CHAPITRE IV
Comment administrer la créosote ?
La voie buccale est la première qui se présente naturellement, aussi la créosote a-t-elle été, tout d’abord, administrée en capsules ; mais l'estomac en accepte difficilement une. trop grande quantité, 6 à 8 capsules par jour sont le maximum de la dose habituelle ; au delà, il se produit des phénomènes d’intolérance, de l’irritation et ce n’est pas un mince inconvénient pour un tuberculeux que de voir son appétit diminuer. On perd d’un côté ce que l’on gagne de l’autre.
La voie anale a été employée aussi. Dans quelques services, on donne tous les jours aux tuberculeux des lavements dont voici la formule :
Créosote de/héire © % 4 grammes.
Huile d'amandes douces. . 30 ane Ai ane ae are te DE) 0) —
Ainsi administrée, la créosote est assez bien absorbée. Nous avons nous-même traité de cette façon 5 malades de la clientèle de notre ami M. le D' Cantin à Brie-Comte-Robert mais nous avons dû y renoncer : chez trois d’entre eux, nos lavements ont déterminé de la diarrhée et des troubles gastriques.
La voie pulmonaire devait aussi être employée. Les
inhalations et les pulvérisations de créosote sont des remèdes de pratique courante. Nous reprochons aux pulvérisalions de ne pas faire pénétrer le médicament au delà de la partie supérieure des voies aériennes. Quant aux inhalations, même avec l'appareil à air comprimé du professeur Germain Sée, nous ne croyons pas qu’elles puissent faire pénétrer la créosote dans les alvéoles pulmonaires remplies de pus ou de sécrélions catarrhales. Elles n’agissent donc que sur les parties saines du poumon.
Le procédé du D' Tapret, qui consiste à faire vivre les tuberculeux dans une atmosphère chargée de créosote et sous une certaine pression, nécessite une installation et un genre de vie qui en font uniquement un (raitement d'hôpital et un traitement momentané. Nous ne parlerons que pour mémoire des injections parenchymateuses « qui n’ont donné que des résultats passables ou médiocres » (Bouchard).
Reste la voie endermique. Administrée de cette facon, la créosote est très vite absorbée. L'organisme tout entier bénéficie de son effet salutaire et fortifiant et la muqueuse pulmonaire en l’éliminant se trouve heureusement modifiée. On nous objectera que les alvéoles pulmonaires malades, étant dépourvues d’épithélium, n’éliminent pas la créosote ; cela est vrai jusqu’à un certain point ; mais pour peu qu’il subsiste dans une alvéole quelques cellules épithéliales, le médicament y pénètre et la partie malade subit son influence bienfaisante. Nous faisons ainsi à la fois, de la thérapeutique générale et locale et nous saturons l’organisme de créosote tout en ménageant les voies digestives de nos malades.
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Picot, Gimbert, de Cannes se sont fait les promoteurs de cette méthode et les merveilleux résultats, apportés par ce dernier au congrès de la tuberculose, sont la meilleure preuve de son efficacité.
Le Dr Gimbert emploie pour ses injections une solution au 1/15 ou au 1/20. Il fait deux injections par jour et fait absorber à chaque fois de 4 à 6 grammes de créosote à son malade. Il se sert pour cela d’un appareil assez ingénieux à l’aide duquel, sous l'influence de l'air comprimé, la solution médicamenteuse passe lentement à {ravers RUE dans la peau du malade.
Ce procédé, excellent par ses résultats, nous paraît, en pratique, susceptible de critiques sérieuses :
Les malades sont obligés deux fois par jour de rester immobiles pendant près de 3/4 d'heure pour laisser goutte à goutte pénétrer le liquide dans leurs tissus.
Peu douleureuse, ilest vrai, cette injection devient pénible par sa longueur même, de plus le malade ne peut que difficilement se traiter lui-même, la présence du médecin ou tout au moins d'un aide expérimenté étant nécessaire pendant toute la durée de l'injection.
L'appareil, malgré sa simplicité, n’en reste pas moins un appareil d’un maniement assez délicat, d’un nettoyage compliqué et susceptible de dérangements fréquents. On comprend facilement que l'injection de 60, 80 et même 120 grammes de liquide huileux sous la peau, détermine en ce point une petite tumeur qui ne se résorbe que lentement, gêne le malade pendant un bon moment après l’opération, et en cas d’inflammation {quoique cette compli-
Roux 3
MERFTQES cation soit très rare) devient aisément le point de départ d’un abcès volumineux. |
Aussi préférons-nous de beaucoup le procédé si simple adopté dès le début par le D’ Vigeneaud et qui, depuis 3 ans, nous donne d'excellents résultats et point d'accidents.
Une seringue de Pravaz ordinaire, tout au plus une seringue analogue mais d’un volume double et une solution bien stérilisée de créosote à 1/2 ou à 1/3, voilà tout ce qu'il faut au médecin ou au malade pour traiter la tuberculose. Nous faisons des piqûres à nos malades deux fois par jour, de préférence à la région thoracique ou dorsale, d’une pleine seringue des solutions ci-dessous :
Créosotedehétre rc een 90 1° € Huile d'amandes douces . . . . 10 Vaselmediquides 2er eeen0 Créosote de hêtre. 5: 20 5 2 { Huile d'amandes douces. . 5
Vaseline liquide.
nous guidant pour leur choix simplement sur la sensibilité, plus ou moins grande, de nos malades.
Les solutions ainsi composées se présentent sous l’aspect d’un liquide huileux très fluide, qui s'échappe facilement de l'aiguille de Pravaz, s'étale très bien dans le tissu cellulaire, ne provoque aucune réaction inflammatoire et n’est pas plus douloureux que la solution moins concentrée du D' Gimbert.
Dans une thèse soutenue l’an dernier, le D' Hamon, publiant les observations du D' Burbureau sur les injections hypodermiques de créosote, dit que la solution au 1/15
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employée par ce dernier, après avoir expérimenté toutes les autres, est la seule bonne. Nous doutons qu'il ait expérimenté nos solutions à parties égales ou au tiers, car il serait assurément moins affirmatif.
Nous croyons, avec M. le D' Vigeneaud, que l'addition de vaseline liquide à la solution, lui communique des qualités légèrement anesthésiques très précieuses. « Ces injec- » lions, dit-il, déterminent une impression de brûlure fort » supportable qui ne dure que peu de temps. La réaction » générale, qui n’est pas constante, se traduit dans cer- » (ain cas par un peu de moiteur de la peau, un léger état » fébrile très fugace et encore cette réaction est-elle plutôt » rareel ne se manifeste plus au bout de très peu de temps. » Jamais de troubles du côté de l'estomac ni des reins ». Dans une communication M. le professeur Germain Sée, qui fait dans son service beaucoup d’injections de gaïacol iodoformé, ditque la créosote est mal supportée par l’estomac et par la voie endermique. Nous ne connaissons pour notre part aucun cas où la créosote, injectée sousla peau d’après notre méthode, ait déterminéun accident quelconque.
Nous avons actuellement l’expérience de plus de trois mille piqûres faites par nous ou à notre connaissance. Nous n'avons jamais vu de malades interrompre leur traitement comme trop douloureux et les 3 ou 4 abcès qui se sont développés à la place d’une piqûre, nous semblent attribuables à un défaut d’asepsie de l'aiguille et non à la qualité irritante du liquide injecté. |
Ordinairement, il se produit à peine un peu de douleur et le lendemain on ne trouve que difficilement la trace de la piqûrede la veille. Ce procédé, on le voit, est remarquable
Ne
par sa simplicité. Point n’est besoin de s’immobiliser pendant un assez long temps ; point n’est besoin de la présence du médecin. Le malade pauvre, surtout l’ouvrier, se fait très facilement sa piqûre lui-même matin et soir sans subir, du fait de son traitement, la moindre perte de temps et sans que des considérations d'ordre pécuniaire ne l’obligent à l’interrompre.
L'appareil n’est pas cher, facile à nettoyer, très solide et la solution n’est pas non plus coûteuse.
On obtient facilement des malades qu'ils prennent l’habitude de flamber leur aiguille avant de s’en servir et on réalise ainsi toutes les conditions d’asepsie désirables car, notons-le en passant, la piqûre ainsi faite ne demande pas d’antisepsie de la région (point important dans la pratique chez des individus souvent peu soigneux de leur personne). Pourvu que la solution soit prise chez un bon pharmacien, faite avec de la vraie créosote, de l’huile bien stérilisée assez profondément et que l'aiguille de la seringue ait été flambée, les abcès el eschares, notés par quelquesuns, ne se produiront pas.
Le D' Gimbert injecte 90 à 120 grammes de liquide pour faire pénétrer 2 à 8 grammes de créosote dans l'organisme ; nous en injectons 3 ou 4 fois moins et nous obtenons les mêmes résultats.
Le seul avantage de sa méthode c’est de faire pénétrer dans l’économie, par la voie endermique, en même temps que la créosote, principe actif, une quantité appréciable de corps gras, aliment très utile au tuberculeux. Mais en préconisant l'emploi de la créosote par la voie endermique nous ne négligeons pas le traitement général : l'hygiène,
l’aération, la suralimentation sont par nous toujours prescrits à nos malades dans la mesure du possible. Rien n’empêche de faire prendre au malade une ou deux cuillerées de glycérine qui remplaceront les 100 ou 120 grammes d'huile manquant à nos injections. Notons à ce propos que le gavage joint à nos piqüres de créosote a donné, chez quelques tuberculeux dyspeptiques, les meilleurs résultats.
Ce serait sortir de notre sujet que d'aborder ici le traitement général de la tuberculose.