CHAPITRE PREMIER
Considérations générales sur la pulvérisation des liquides médicamenteux.
Le traitement thérapeutique que nous préconisons contre les affections pulmonaires, étant fondé sur l'exacte pulvérisation des liquides, il nous a paru indispensable d'indiquer tout d'abord ce que nous entendons par le mot imlvérimtion souvent confondu dans le vulgaire avec des modes de médication fort voisins, tels que les inhalations de vapeur, de gaz, les fumigations.
Pulvériser un liquide, c'est le réduire en gouttelettes d'une extrême ténuité. Mieux un liquide
est pulvérisé, et plus sont fins les globules du
brouillard liiimide qui résulte de cette opération.
Nous préférons encore considérer la pulvérisatmi comme une opération mécanique dont le but est (V émulsionner un liquide avec im élément gazéiforme.
Tandis que les gaz et les vapeurs peuvent être inhalés à l'état de pureté, les liquides pulvérisés sont toujours inspirés avec l'air qui leur sert de véhicule.
On ne confondra pas la vaporisation d'un liquide avec ^^pulvérisation., bien qu'on puisse pulvériser un liquide par la voie physique de l'ébuUition; on sait en effet que, par suite du refroidissement, les vapeurs émises par un liquide bouillant forment avec l'air un brouillard constitué par des sphérules microscopiques.
Mais tandis que la vaporisation exige le secours d'une température parfois élevée, la pulvérisation peut être effectuée à froid, ce qui présente, comme on va le voir, de très grands avantages.
On a également vanté, pour faciUter l'absorption des liquides par les voies respiratoires, un grand nombre d'appareils inhalateurs, basés sur l'évaporation des liquides à la température ordinaire ; la plupart d'entre eux reposent sur ce fait : que l'air dirigé à travers des substances volatiles,
s'en imprègne, et peut ainsi les amener par le jeu de la respiration au contact de l'épithélium pulmonaire ; nous donnons volontiers à ces instruments le nom H'évaporateurs.
Les vaporisateurs et les évaporateurs doivent être exclus à notre avis de la pratique" médicale, toutes les fois qu'il est nécessaire de soumettre les malades à l'action d'un médicament composé, rigoureusement dosé.
Comme on sait, une solution médicamenteuse contenant des sels métalliques, soumise à la vaporisation rapide par l'action de la chaleur, laisse uniquement échapper de l'eau distillée, ou bien des proportions sans cesse variables de substances volatiles, si la solution renferme des corps d'un point d'ébullition difïérent, tels que des mélanges de goudron, d'étlier, de chloroforme, etc.
L'évaporation présente les mêmes inconvénients ; le liquide le plus volatil disparait le premier, et la proportion des substances volatiles va sans cesse variant avec le poids des principes actifs inhalés.
Nous n'insisterons pas plus longtemps sur ce dernier mode de médication applicable uniquement aux inhalations de chloroforme, d'éther, de brome, etc., et en général de tous les corp3
liquides non mélangés, doués d'un faible point d'ébullition.
Quelques substances pures peuvent être à la rigueur pulvérisées par vaporisation; de ce nombre se trouvent l'essence de térébenthine, la naphtaline, l'acide benzoïque, le soufre, etc. ; mais hors ces cas particuliers, on est forcé de recourir à la pulvérisation mécanique, qui ne change en rien la nature du liquide médicamenteux, autrement dit qui laisse à chaque sphérule de spray la composition que le liquide présente dans son ensemble.
Cette affirmation serait pourtant trop rigoureuse, si on l'étendait aux solutions qui contiennent des principes très volatils (solutions éthéréesjbromées, etc.), ou très altérables, comme les eaux sulfureuses, ou saturées de corps gazeux (acide carbonique, sulfhydrique, chlore, etc.).
Dans le cours des expériences relatées dans ce mémoire, nous nous sommes servis de substances salines parfaitement fixes dans les conditions où elles ont été employées. Les sels de mercure étant difficilement dissociabh^s à basse température au contact de l'air, ce point ne devait pas nous occuper. Cependant il est un sujet qui mérite d'attirer l'attention, nous voulons parler de la concentration inévitable dont toutes
DE Lk TUBERCULOSE PULMONAIRE H
les solutions pulvérisées deviennent le siège.
Pour se rendre bien compte de ce phénomène, considérons une spliérule liquide lancée dans l'atmosphère par une force pulvérisante quelconque. Si on pouvait la suivre de l'œil, on la verrait décroître rapidement, devenir de plus en plus petite, perdre peu à peu son élément aqueux, enfin disparaître et laisser à sa place un cristal ténu ou une molécule amorphe représentant exactement le poids de la substance solide que la sphérule tenait en dissolution.
Ainsi, tout liquide pulvérisé tend à se concentrer de plus en plus et à disparaître finalement au contact de l'atmosphère non saturée de vapeur d'eau, dans laquelle on le projette. Le médicament change donc de manière d'être, et si le malade est placé à une grande distance de l'appareil, il ne saurait inhaler que des particules solides d'une grande finesse. La pulvérisation se transforme alors en une véritable i?isufflation,ce, qui ne présente aucun inconvénient si le corps inspiré a la faculté de se redissoudre au moindre contact d'humidité.
On s'imagine difficilement l'état de division extrême que peut acquérir une substance solide dissoute en faible proportion dans de l'eau qu'on soumet ensuite à une exacte pulvérisation.
Cependant les idées peuvent être fixées à cet égard par un calcul élémentaire, que l'examen microscopique vient corroborer.
Voici, pour prendre un exemple rentrant dans notre sujet, une solution de sublimé à ï:^; introduite dans un appareil pulvérisateur, elle peut, suivant le degré de perfection de cet instrument, être réduite d'emblée en spliérules liquides d'un diamètre variant de ^ à 4 de millimètre ; pour ne rien exagérer, admettons que la particule liquide a de millimètre ou 50 jj. . Si le sublimé avait la même densité que l'eau, la sphérule desséchée laisserait un noyau de volume mille fois moindre, mais, comme le sublimé corrosif a une densité voisine de 5,40,1e volume du noyau sera 5,000 fois plus petit, il possédera à peu près ]e diamètre d'un micrococcus de grosseur moyenne, soit environ 3 [>■.
C'est, en elTet, ce que l'observation microscopique confirme pleinement : pour apercevoir les granulations abandonnées parles liquides pulvérisés, il faut user de très forts grossissements, et encore ne parvient-on pas toujours à les distinguer aisément sm' la lamelle de verre qui a été exposée de façon à les recueillir.
11 n'est pas douteux qu'à cet état de division, ces granulations ne puissent atteindre les der-
nières ramifications bronchiques ; d'ailleurs^ c'est là un fait que nous établirons solidement dans un paragraphe spécial. Disons seulement pour l'instant que dans le traitement par les solutions minérales pulvérisées, il est plus nuisible qu'utile de placer les malades trop près de l'origine du jet du pulvérisateur.