CHAPITRE VUl
Effets physiologiques.
Les effets physiologiques de la pulvérisation sont toujours au bout d'une ou deux séances, que les sujets soient sains ou malades, une sensation d'irritation ou de brûlure larvnpro-tracliéale qui persiste pendant deux ou trois jours . Cette sensation que perçoit toute personne qui se soumet même à une seule séance, s'étend jusqu'à la pointe du sternum et sur les parois latérales de la poitrine. Elle est assez pénible, s'accompagne tout d'abord d'une sensation de sécheresse qui se traduit par un besoin incessant de tousser et de cracher. Au début du traitement les malades voient donc en général lenr toux et leur expectoration augmenter. (Obs(n'v. 2, o, 8, 9, 12, 13,-20, 22, 24, 27.)
TRAlTKMliNT DE LA TUBERCULOSE PULMONAIRE 81
Crachats. — Dans certains cas cette augmentation ne persiste pas, et l'on voit le poids des crachats diminuer rapidement, tandis que dans d'autres il reste stationnaire et tend à augmenmenter en même temps que la toux reste plus fréquente, plus quinteuse et plus pénible. Chez ces derniers la prolongation du traitement ne fait qu'aggraver la situation, et qu'exagérer k sécrétion bronchique déjà fort abondante. Ainsi, dans l'observation 21 elle s'élève en un mois de 265 grammes à 330 grammes, dans l'observation 22 de 45 grammes à 140 grammes, dans l'observation 23 de 145 à 200 grammes, dans l'observation 26 de 170 à 270 grammes.
Cet état de choses paraît tenir à la forme anatomique de la lésion. Lorsque nous avons vu se produire la diminution des crachats (de 225 à MO, de 30 à 10, de 85 à 25, de 60 à 15 grammes, de 50 à 10, etc.) ou presque leur disparition (de 235 à 20, de 50 à 0, etc.,) il s'agissait toujours de formes où la lésion était peu avancée, et ne se caractérisait que par des râles sous crépitants, des craquements et du souffle bronchique; les 19 malades qui ont bénéficie au bout d'un temps relativement court d'une diminution de leur expectoration, étaient tous excepté le n" 9 au premier et deuxième degré. Dans le cas
n" 9, il s'agissait d'une énorme caverne sans réaction sur l'économie et dont nous sommes arrivés en trois mois de traitement cà tarir la sécrétion, situation qui s'est maintenue depuis dix-huit mois.
Les malades dont l'expectoration augmentait avec le traitement, étaient tous au troisième degré et présentaient des phénomènes d'autoinfection qui se caractérisaient par de la fièvre et des sueurs. Dans deux cas, 24 et 25, ces derniers symptômes s'étaient amendés sans que l'état général panit en être modifié.
Une particularité constante est que l'expectoration augmente quelques jours après la cessation du traitement. Ainsi le sujet n" 2 qui ne. crachait que 10 grammes, après 2 mois de traitement, en crache 50 à sa première rentrée, et 60 à la seconde alors que l'expectoration était retombée à 20 grammes après la seconde période de traitement. Les sujets 7, 10, 17 présentèrent les mêmes particularités. Par contre, ceux des malades dont la sécrétion bronchique était presque tarie à leur sortie, et qui surtout avaient suffisamment prolongé leur traitement ne présentèrent par ces rechutes autant du moins que nous avons pu le constater. Aussi croyons-nous qu'il est indispensable de pi'olongor très Ion-
temps les pulvérisations si l'on veut en tirer un bénéfice durable.
En même temps que l'expectoration diminue, elle change de caractère ; de verdâtre et purulente qu'elle était, elle devient séreuse et liquide.
Chez les personnes dont les crachats sont fétides, on voit l'odeur disparaître au bout do quelques pulvérisations. Ce qui tient à la destruction des organismes saprogènes qui vivent concurremment dans le poumon avec le bacille de la tuberculose. Dans tous les cas où la médication est favorable, les crachats présentent au bout de quelque temps les caractères de ceux d'une bronchite aiguë. Il y a donc tout lieu de crou-e que à l'action générale et parasiticide du biiodure s'ajoute une influence topique sur la muqueuse bronchique.
Lésions. — Cette influence topique sur les sécrétions bronchiques, semble également démontrée par la modification des signes d'auscultation.
Toutes les fois qu'il s'est agi de lésions ulcéreuses, les signes ont persisté tout en présentant de notables modifications dans leurs caractères. Ainsi, pour la plupart des cas les râles muqueux et humides se sont transformés en râles et craquements secs. Dans l'observation 2, dont le
sujet s'est soumis à la médication pendant sept mois non consécutifs, ses craquements et râles étaient au 1" octobre remplacés par de la respiration rude et du souille. Dans l'observation 9, où il existait ime caverne énorme, le gargouillement très manifeste pendant plusieurs mois a été remplacé par du souffle tubaire qui persistait encore il y a quelques jours (1" octobre), alors que la maladie présentait toutes les apparences d'une guérison complète.
Dans quelques cas (obs. 5 et 25) les signes d'auscultation ont totalement disparu, mais il s'agissait alors de lésions superficielles, de bronchites catarrhales spécifiques dans lesquelles la présence des bacilles et la durée de la maladie avaient seules pu nous permettre d'affirmer qu'il s'agissait de tuberculose. Dans quelques cas longuement observés en ville (observations qui ne figurent pas dans notre mémoire), nous avons vu le bacille disparaître complètement. D'où nous concluons qu'en détruisant les bacilles du crachat, nous empêchons leur migration par la voie des bronches. D'autre part, nous n'ignorons pas que la plupart de ces microphytes infectieux se logent dans les lymphatiques, la paroi des vaisseaux et le parenchyme pulmonaire, et qu'à ce titre ils reste-
raient à l'abri de la désinfection extérieure, si le biiodure n'était pas absorbé par l'épitélilium pulmonaire et les vaisseaux sous jacents.
Toux. — La toux suit une évolution parallèle il celle de l'expectoration. Au début du traitement alors que les organes respiratoires sont irrités par les pulvérisations, la toux augmente. Elle se produit souvent sous forme de quintes à la fin des séances, et s'est même accompagnée quelquefois de vomissements alimentaires. Nous sommes arrivés à pallier cet inconvénient en substituant à la fin des pulvérisations une solution de chlorlivdrate de cocaïne à celle de biio-
Kl
dure .
A mesure que l'expectoration diminue, la toux se calme et devient de moins en moins quinteuse. Elle arrive même à ne plus se produire que le matin et le soir, et à cesser complètement la nuit.
Laryngites. — La toux que provoquent les pulvérisations est tout particulièrement pénible chez les sujets atteints de laryngite. Encore faut-il établir des distinctions. Quand il ne s'agit que d'une simple altération de la voix causée par une laryngite catarrhale, le traitement est parfaitement supporté. Qu'il s'agisse par contre, de la véritable laryngite ulcéreuse avec aphonie,
toux qu'intense, dysphagie, le traitement est difficilement supporté. Il se produit alors une véritable éréthysme des voies respiratoires, et la pénétration de la buée médicamenteuse détermine une toux violente qui s'accompagne souvent de vomissements alimentaires.
Hémàptysies . — Nous étions préoccupés au début de nos essais par la crainte que les pulvérisations n'exposassent les malades aux poussées congestives.
Or, l'expérience nous a démontré qu'il n'en était rien, alors même qu'il y avait eu des liémoptysies antérieures (2,3, 7, 8, 10, lo, 16, 17), dont quelques-unes même étaient récentes. Chez aucun de ces malades, il n'est survenu d'hémorragie importante. Nous avons quelquefois constaté dans les crachats l'apparition de petites stries sanguinolentes qui disparaissaient d'ailleurs après une interruption de traitement d'un jour ou deux.
Tube digestif . — Comme phénomènes locaux, nous avons encore à signaler les effets que les pulvérisations peuvent avoir sur la bouche et les dents.
Chez certains sujets il se produit une coloration légèrement noinitrc! de la langue et des dents qui doit être attribuée à la formation du
sulfure de mercure provenant des gaz plus ou moins sulfhydriques qui se dégagent de la sertissure des dents et de la saburre linguale.