CHAPITRE X Traitement
Les conditions dans lesquelles il faut se placer pour obtenir des pulvérisations biiodo-mercuriques tout l'effet désirable, se déduisent des considérations que nous avons antérieurement émises (chapitre III).
Le pulvérisateur que nous avons fait construire, et dont la description se trouve dans le chapitre 4 permet d'agir avec toute la précision que comporte actuellement la technique de ces sortes d'instruments.
La pression de la vapeur qui est toujours de un à deux atmosplières, facilite d'une part la pénétration de la buée médicamenteuse ; d'autre part le poids de la vapeur qui s'écoule dans des temps égaux étant toujours constant, il est facile par la simple lecture sur le récipient de la quautité de solution pulvérisée, de savoir exactement quel est le litre du spray.
Supposons par exemple que le poids de la
vapeur écoulée en une minute s'élève à 3 grammes, et que clans le même espace de temps le poids du liquide pulvérisé s'élève à 1 gramme, nous aurons comme titre du spray d'après la formule de la page 19.
Grâce à la présence, sur le tube ascendant d'un robinet en verre, le malade peut à son gré et par simple tâtonnement modifier le titre du spray. Si par exemple il trouve le spray trop irritant, il n'a qu'à le fermer en partie pour que la solution soit diluée et sans que pour cela la force et la quantité de la vapem' émise soient modifiées.
La solution que le médecin doit prescrire se formule ainsi :
Biiodure d'hydrargire 1 gramme.
lodure de potassium i —
Eau distillée 1,000 —
Ce qui fait que si cette solution est diluée à moitié par la vapeur d'eau, le titre du spray sera de Or, nous avons établi que la solution biiodo-mercurique est raicrobicide à la dose de
Le biiodiu'e de mercure en se dissolvant dans un excès d'iodure de potassium forme une combinaison appelée iodo-mercurate de potassium, fixe à la température; ordinaire, moins
caustique que le biioclure pur, et infiniment plus supportable que le bichlorure en solution aqueuse.
Il faut s'abstenir ainsi que nous l'avons reconnu, d'ajouter à cette solution n'importe quel principe calmant ou anesthésique (morphine, laudanum, cocaïne), sous peine de voir se former des précipités mercuriels fort complexes, qui atténueraient la richesse de la composition médicamenteuse.
Dans les cas peu fréquents où le malade supporterait difficilement le spray biiodo-mercurique, on pourra avant ou après les séances lui faire inhaler pendant une ou deux minutes un spray de chlorhydrate de cocaïne à ; ce qui exige, si le débit de la vapeur est égal au débit du liquide pulvérisé, la solution pharmaceutique suivante :
Chlorhydrate de cocaïne H grammes.
Eau distillée 100 —
La vapeur étant arrivée à une pression suffisante, ce qui est indiqué par le soulèvement continu de la soupape, le malade ouvre le robinet d'émission et se place à environ 0'",40 centimètres de l'appareil ou plus. Il peut protéger la face et les yeux par une feuille de
DE L.\ TUBERCULOSE PULMONAIRE 9o
carton telle qu'un calendrier, dans laquelle on aurait taillé une ouverture hexagonale du diamètre de la bouche. Celle-ci doit être largement ouverte et la buée largement inspirée.
Au début, nous conseillons la pulvérisation de 10 centimètres cubes de solution, mais cette dose peut être rapidement augmentée et portée à 15, 20, et même 25 centimètres cubes, cela sans aucun inconvénient.
La durée de chaque séance doit être aussi longue que possible, de façon à ce que le malade inspire la majeure partie de la buée et ne la laisse pas se déposer dans la bouche. Ce résultat est obtenu en partie par la demi occlusion du robinet du tube ascendant, grâce à laquelle la pulvérisation se fait très lentement.
Nous croyons inutile d'insister sur les sensations qu'éprouve le patient après les premières séances, sur la coloration particulière de la langue et des dents. Ces j^hénomènes ont été antérieurement décrits dans le chapitre des effets physiologiques et locaux.
Au début du traitement, les séances ne doivent avoir lieu qu'une fois par jour, mais, dès que l'accoutumance commence à s'étabhr, elles doiventêtre faites deux fois, l'une le matin à jeun, avant le premier déjeuner, et le soir avant dîaer.
Une amélioration dans l'état général et local, nous insistons beaucoup sur ce point, ne doit pas être la cause d'un arrêt dans le traitement. Dans les cinq observations dont deux sont publiées dans ce mémoire où nous avons obtenu la disparition des bacilles, les pulvérisations ont été prolongées pendant liuit à dix mois. Il faut insister sur ce point, que toute interruption sera funeste et que la médication doit durer un an environ.
En terminant ce travail, qu'il nous soit permis de dire que nous nous sommes efforcés d'établir avec le plus de rigueur possible la technique des pulvérisations. Cette technique, nous l'avons mise en pratique pour l'emploi du biiodure de mercure qui nous paraissait sous faible dose le meilleur microbicide.
Nous espérons que ces recherches pourront être utiles à quelques malades, et aussi aux médecins qui voudront poursiuvre l'étude d'un procédé qui semble devoir rendre de grands services à la thérapeutique de la phtisie et à l'antisepsie pulmonaire.