CHAPITRE IV
Des dispositifs adoptés pour la pulvérisation des liquides.
Les pulvérisateurs dont nous avons fait usage ont été de deux sortes :
Les pulvérisateurs à demeure ;
Les pulvérisateurs portatifs.
Les premiers sont spécialement destinés à servir dans les hôpitaux et les cliniques, les seconds s'adressent aux particuliers.
Pulvérisateur à demeure. — Nous donnerons ici la description du pulvérisateur installé à l'hôpital Rothschild pour nos études sur le traitement des tuberculeux. Il a été construit sur nos indications par la maison Wiesnegg de Paris. Il se compose de deux parties indépendantes, d'un générateur et de plusieurs pulvérisateurs proprement dits.
La fig. 3 donne le modèle de la chaudière qne nous avons employée.
Surune enveloppe en laiton, repose unechau-
Fig. 3.
dière cylindro-spliérique, munie d'an manomètre M et d'une soupape de sûreté S. Un robinet R permet de lancer la vapeur dans deux tubes de cuivre V et V', et de la conduire aux pulvérisateurs ; un deuxième robinet R' sert à l'expulsion de l'air et de la vapeur. N est le niveau d'eau du générateur, et r,r',r", sont les robinets de jauge.
La chaudière est chaufFée par une double cou-
ronne de bec Bunsen, qui reçoit le gaz par une conduite bifTurquée, de façon à permettre d'éteindre séparément l'une ou l'autre couronne de brûleurs. Le robinet R" est piqué sur une conduite à eau, et sert à alimenter la chaudière au moyen d'un tube de caoutchouc qu'on adapte à l'un des robinets de jauge.
La figure 3 représente de même un fragment de la table où sont placés les pulvérisateurs et les écrans destinés à protéger le visage des malades au moment des inhalations ; ces écrans mobiles fort simples, se composent d'une plaque de cuivre vernie E percée à son milieu d'une ouverture hexagonale, et pouvant glisser sur une tige verticale, de façon à permettre au malade de placer cette ouverture dans le centre du jet.
La fig. 4 donne le dessin de notre pulvérisateur.
Sur le tube abducteur de la vapeur T, est vissé un robinet R terminé par une douille rectiligne percée d'une ouverture de 1/2 à 1/3 de millimètre; sur cette douille glisse un arc A pouvant y être solidement assujetti au moyen d'une vis de pression, cet arc est terminé à son autre extrémité par un anneau retenant une pointe de verre, liée au tube à robinet de verre
P du récipient au moyen d'un petit tube de caoutcliouc.
Ce récipient V est formé d'un flacon à éprouvette.graduée par 5 c. m. c, fermé par un bou-
chon de caoutchouc à trois trous, dont l'un est destiné au passage du tube à robinet P, l'autre donne passage à un entonnoir E, permettant de remplir le flacon sans toucher au système; le troisième trou est garni du petit tube non représenté dans la figure 4 qui donne issue à l'air au moment du remphssage.
La planche que nous donnons est si aisée à comprendre que nous n'entrerons pas dans d'au-
très explications. Le robinet de la vapeur étant entièrement ouvert, le liquide est aspiré jusqu'à la pointe de verre S et projeté sous forme de spray sur les écrans derrière lesquels se tiennent les malades.
Ces détails connus, on saisira facilement la
Fig. o.
projection horizontale (fig. 5) de notre installationà l'hôpital Rothschild. Situé dans le coin d'une pièce, le générateur G est en communication avec deux tubes de cuivre longeant les murs, et légèrement inclinés de façon à permettre à l'eau condensée de gagner les robinets de purge R,R. Sur le parcours de ces tubes, sont placés lespulvéri-
sateui's P,P,P, au nombre de cinq, reposant sur les tables T,T, supportant également les écrans. Cette disposition, imposée par le local qui nous a été graciensement accordé, ne nous paraît pas très recommandable; dans une pièce un peu vaste, nous conseillons de disposer en cercle, la rampe conduisant la vapeur, à l'extérieur de laquelle seraient disposés des tables ou des tabourets pour soutenir les pulvérisateurs et les écrans. Le tube circulaire serait légèrement hélicoïdal, de manière à favoriser l'écoulement de l'eau condensée vers un robinet purgeur terminal.
Quoi qu'il en soit de ces dispositions plus ou moins heureuses, notre appareil peut-être mis sous la pression d'une atmosphère dans l'espace d'un quart d'heure, et comme chaque pulvérisation dure environ cinq minutes, dans l'espace d'une heure nous aurions pu traiter 50 tuberculeux, si nous les avions eus ; en un quart d'heure nous traitions une dizaine de ces malades, dont l'un d'eux remplissant les fonctions de mécanicien en chef avait rapidement appris à chauffer le générateur, à le régler, et à veiller au bon fonctionnement de la machine et des pulvérisateurs.
Cet essai que nous avons tenté et qui nous a parfaitement réussi, nous fait espérer que de
semblables installations considérablement perfectionnées pourraient avoir lieu clans les hôpitaux, et permettre de traiter matin et soir en fort peu de temps par notre médication, des centaines de tuberculeux. Cette installation se prêterait d'ailleurs à l'emploi des pulvérisations médicales de toute nature.
Pulvérisateurs jwrtatifs. — S'il est aisé d'établir à poste fixe un pulvérisateur fonctiontionnant d'une manière irréprochable, il est beaucoup plus difiîcile d'obtenir des constructeurs de semblables appareils portatifs se prêtant commodément au traitement des malades à domicile. Cependant le type représenté par la fig. 6 remplit toutes les conditions désirables, c'est-à-dire qu'il donne la pression sous un poids invariable, et permet' au médecin de régler le titre du spray.
Cet appareil se compose d'une lampe à alcool, L, d'un générateur C, d'une ouverture d'ahmentation E, d'une soupape à poids constants placée sur le dôme de la chaudière, d'une douille à robinet R', sur laquelle se visse solidement un arc métallique M, maintenant au moyen d'une vis de pression le tube de verreà robinet R, dont l'extrémité plonge dans le récipient gradué V, contenant le liquide à pulvériser.
La lampe à alcool doit pouvoir débiter une source de chaleur assez élevée, sans toutefois
Fig. 6.
être capable de produire une pression supérieure à quatre atmosphères.
Le générateur sphérique fait avec une feuille de cuivre de 1 millimètre d'épaisseur, estampée en deux hémisphères réunies par une brasure irréprochable, est muni d'une soupape de notre
38 ÏRAITEMIîNT DE LA. TUBERCULOSE PULMONAIRE
invention, consistant en une masse de laiton tournée en forme de poire, de façon à rapprocher de la base le centre de gravité. Sur cette base est implantée une tige terminée en bas par un cône de 1 de hauteur sur 1 de diamètre. Le cône s'engage à frottement dans une ouverture conique qui donne issue à la vapeur dès que celle-ci atteint une pression comprise entre atmosphère et une atmosphère et demie. Quand la soupape laisse échapper un jet de vapeur continue, on ouvre le robinet R', et la pulvérisation commence. On voit alors le liquide du récipient s'élever par une ascension rapide jusqu'au jet de vapeur ; quand le robinet R est grandement ouvert, cette ascension rappelle celle de la colonne de mercure au sommet d'un tube barométrique que l'on incline, et le choc sec qui en résulte. Le réglage de la position respective des deux orifices par lesquels s'échappe la vapeur et le hquide à pulvériser est assez délicat, il exige quelques tâtonnements que le constructeur peut d'ailleurs éviter aux malades.