CHAPITRE V
Des substances antiseptiques.
Depuis que le docteur R. Kocli a démontré que la phtisie pulmonaire dont l'inoculabilité avait été mise hors doute par M. Villemain, est due à un organisme microscopique de l'ordre des bacilles on est revenu avec persévérance sur le traitement de cette affection par les inhalations et les pulvérisations.
Dans ce but, on a employé les eaux sulfureuses, auxquelles l'on peut faire le grave reproche d'être douées d'une asepticité très faible, les solutions de créosote, d'acide phénique, dont le pouvoir antiseptique n'est malheureusement pas aussi puissant qu'on l'avait cru tout d'abord. Nous en dirons tout autant des acides salicylique, benzoiquc, du benzoate de soude, etc..
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substances dont l'action microbicide est faible, eu égard à l'ennenii qu'on a à combattre.
On a encore préconisé les essences de térébentbine, dont l'action est encore bien inférieure à celle des corps que nous venons de citer.
Plus récemment on a lancé dans la thérapeutique antibacillaire, l'acide fluorbydrique, remarquable par la propriété qu'il présente d'attaquer le verre. La chimie possède cependant des acides minéraux encore plus énergiques, puisque plusieurs d'entre eux dissolvent le plomb, le platine, l'or, respectés par l'acide fluorbydrique; nous voulons parler des gaz cbloroazotique et chloroazoteux dégagés par l'eau régale, et dont l'action ne le cède pas en énergie à l'hydracide du fluor.
Nos expériences nous permettent d'affirmer en outre que ces vapeurs acides, capables d'irriter fortement les muqueuses, sont neutrahsées complètement par les liquides que sécrète l'économie, par les crachats, dont l'alcalinité est manifeste; et quand bien même ce fait n'existerait pas, les vapeurs des hydracides, si avides d'eau, une fois entrées en solution présentent un pouvoir antiseptique inférieur celui de l'acide phénique.
Les vapeurs d'iode qu'on a de même employées dans les inhalations pulmonaires, montrent des propriétés trop irritantes ; d'ailleurs,
comme nous l'avons constaté, l'iode se combine rapidement à la matière organique et cesse d'être à l'état de liberté. Nous avons pu laisser pendant plusieurs jours au contact de ces vapeurs des microbes vulgaires sans être parvenus à les détruire , tandis que le brome gazeux et surtout le chlore humide, agissent avec plus d'énergie sur les bactéries, mais ce sont là encore des agents destructeurs beaucoup trop puissants pour nos tissus. L'antiseptie ne doitpas consister à détruire, mais à préserver et à conserver nos organes ; et ce but peut être fort heureusement atteint sans avoir recours à la classe des antiseptiques corrodants.
Pour choisir un exemple, nous prendrons l'acide benzoïque, très inofFensif quand on l'applique sur la peau, et l'acide nitrique monohydraté qui la détruit en quelques secondes, nous pourrions citer pareillement l'acide sulfurique, dont les brûlures sont également fort graves. Cependant l'expérience démontre que l'acide benzoïque est un excellent antiseptique à 1 pour 1 ,000, tandis que les acides minéraux que nous venons de citer demandent pour montrer une action désinfectante identique à être trois fois plus concentrés, c'est-à-dire en solution titrant 3 pour 1,000.
11 faut donc raisonner le choix des antiseptiques, et se rappeler que les corps qui peuvent dissoudre les métaux ou le verre, se montrent à l'essai trois à quatre fois moins désinfectants que plusieurs sels de la chimie peu caustiques, tels que par exemple les sels de cuivre, et cent fois moins bactéricides que les mercuriaux, auxquels nous avons donné la préférence.
C'est donc après nous être livrés à une étude longue et minutieuse, c'est après avoir déterpiiné successivement le pouvoir aseptique des principaux corps employés en médecine, que nous avons été amenés à les classer eu égard à leur propriété antimicrobienne dans l'ordre indiqué par le tableau suivant :