CHAPITRE I
La Tuberculose rénale est-elle guérissable
en dehors de l'intervention chirurgicale ?
Il semble, au premier abord, que poser la question, c’est la résoudre. Nous connaissons tous, en effet, des cas de guérison spontanée de tuberculose pulmonaire, osseuse ou articulaire ; pourquoi le rein ferait-il exception à la règle? Et cependant Albarran (1) soutient : « qu’on n’a pu lui montrer, tant en France qu’à l'étranger, une seule pièce anatomique démontrant la guérison de la tuberculose rénale sans qu'il y ait destruction totale du parenchyme. »
Néanmoins, M. Le Fur, dans trois autopsies, a trouvé des tubercules crétacés entourés d'une
(1) Société de l’Internat des hôpitaux de Paris (1908),
PA de
coque fibreuse épaisse ; l'examen histologique lui à montré que c'était de la tuberculose éteinte. Sutter déclare avoir trouvé dans un rein néphrectomisé une caverne aux parois lisses et brillantes.
La cascification totale de l'organe est fréquente. | Hallé, sur 103 reins tuberculeux, a trouvé 16 fois l’oblitération totale de l'urétère et 10 fois l’oblitéra= tion partielle. Pousson, Rafin, Estor, Macaigne et Vanverts citent des cas de guérison par sclérose. D'ailleurs, la plupart des auteurs ne nient pas la
guérison de tubercules ; ce qu'ils nient c’est
l'extinction complète de la tuberculose rénale.
M. Paul Delbet, dans son rapport à l'association d'Urologie (1905), se basant sur 247 cas, tant autopsies que néphrotomies et néphrectomies, conclut que dans 64 pour 100 des cas, il y a eu tendance à la guérison, mais que dans tous ces cas, hormis les 7 où il y avait Caséification totale de l'organe, il existait à côté, des lésions en évoluiion.
Cette statistique, dont nous ne nous dissimulons pas l'importance, perd de sa valeur si-nous songeons, comme il le dit d'ailleurs lui-même, que les tuberculeux guéris n'ont pas d'histoire et que, seuls, les malades en évolution aboutissent à l’am-
phithéâtre ou à la table d'opération. C’est, d’ailleurs,
ce qui se passe tous les jours pour les tuberculeux pulmonaires. Personne ne songe à nier la guérison de cette catégorie de malades; et, cependant que de rechutes ! Un refroidissement, une période de sur
: MAS Ces Menage et de nouvelles lésions apparaissent, lésions qut pourront, à leur tour, se scléroser ou entrainer la mort. Il en est de même pour le rein : la rechute est possible, mais elle n’est pas fatale.
Hallé (L', toutinterventionniste qu'il est, ne peut s'empêcher de constater « la tendance naturelle des organes génito-urinaires vers la guérison du processus tuberculeux par enkystement ou élimination et cicatrisation fibreuse ; partant, dit-il, la lésion tuberculeuse est curable, ouérison relative, sans doute, au prix de destructions étendues, d'infirmités graves, il est vrai. » ; |
Deschamps, dans un article paru en 1907, dans les Annales des maladies des organes génilo-urinaires, publie deux observations du service du docteur Bazy :
1e Observation. — « Une pyonéphrose partielle, « occupant le pôle supérieur du rein, forme une « collection enkystée et ne communique pas avec « l'urétère, les urines sont troubles, l'état général « très mauvais, la température oscille entre 38 5 et «990 ; pas de troubles vésicaux. :
«M. Bazy fait une néphrectomie partielle et laisse en place la moitié inférieure du rein. Par la suite « l'état général s'améliore, les urines redeviennent claires et la cystoscopie permet de contrôler le
{) Association d'Urologie (1903),
AO « fonctionnement des deux reins. Voilà donc une « lésion tuberculeuse très avancée qui avait laissé complètement indemne le reste de l'organe. »
de Observation. — « Une jeune fille présente des « symptômes de cystite intense, urétérite gauche « et un amaigrissement considérable.
« On institue le traitement médical ; son état « s'améliore progressivement, les douleurs dispa- « raissent bientôt complètement, les mictions et « l'urine redeviennent normales. |
« En février 1907, la malade est dans un état de « santé florissante. » |
Je ne saurais mieux terminer ce chapitre qu’en : rapportant les paroles de M. de Keersmaecker à Ia Société Belge d'Urologie (1909), opinion partagée par M. d'Haenens : « Je ne doute plus de la GARE « médicale de mes tuberculeux urinaires.
Et, dans la même session, à propos de l’observation d’une tuberculose vésico-rénale guérie, M. de Smeth, de Bruxelles, dit : « J'ai trouvé que la malade « ne souffrait pas assez pour la priver d'un rein et « en présence du résultat obtenu, j'ai tout lieu d’ ètre « salisfait, »