ARTICLE PREMIER
L'épithélioma cutané de l'angle interne de l'œil comporte rarement le sombre pronostic des épithéliomes muqueux. Cependant, la menace de généralisation, toujours possible, aussi bien que les complications graves dont il peut se rendre coupable, du côté des cavités de la face, de la cavité crànienne et du globe oculaire, en font toujours une affection sérieuse. Néanmoins, le médecin hésite souvent sur l'indication thérapeutique,et cette hésitation n’a rien qui doive nous surprendre.
Les néoplasies épithéliales sont-elles des maladies curables ? Il est malheureusement impossible de répondre par un oui où par un non catégoriques. Comme le cancer Ini-même, et de nature aussi obscure, lépithélioma semble être une tumeur à faible vitalité: la preuve de cette désintégration rapide nous est fournie par la facilité de
l’ulcération, expression de la nécrose. En sorte qu'on est
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encore en droit, à l'heure äcluelle, d'adopter pour la thérapeulique de l’épithélioma, la conception que s'en est. faite Wirchow : « Par lui-même, dit-il, le carcinome n’est » pas une tumeur durable. Ses cellules ont plutôt des » caractères caducs et fragiles, ce qui fait que leur vita- » litéa une durée limitée et que, de bonne heure, elles » subissent une métamorphose régressive. Si l'on pou- » vait étendre d'emblée ces métamorphoses à toutes les » parties du cancer el à empêcher la formation de nodu- » les accessoires, on serait sûr d'obtenir la guérison » définitive du cancer. »
C'est en fait ce que réalise le traitement chirurgical, dont le principe, mille fois répété, est d'enlever tout ce qui est malade et même un peu plus,de peur que quelques trainées dégénératives n'aient déjà pénétré des tissus qui paraissaient sains. C’est ce même but que doit s’efforcer d'atteindre le traitement dermatologique, étant bien entendu que nous appellerons médical ou dermatologique tout traitement autre que lextirpation, que cette extirpation soit faite au bistouri, à l'écraseur linéaire ou au thermo-cautère. En conséquence, le traitement dermatologique peut et doit comprendre de véritables moyens chirurgicaux el, c'est pourquoi nous lui préférons cette dénomination à celle de traitement médical.
La première question est de savoir s'il faut toujours intervenir, La presque unanimité des médecins n’admet plus, à l'heure actuelle, Fa possibilité de l'expectative. I n'y aurait point assez d’anathèmes pour qui voudrait défendre le dogme du Noli me langere. Nos prédécesseurs, avec leurs grandes qualités d’observateurs,ne l'avaient pas établi sans motif; peut-être eurent ils le tort de trop généraliser et de faire la règle de ce qui ne devait être que l'exception. Si l'ablation chirurgicale mettait à l'abri de la
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RO récidive, 11 n'y aurait pas d’hésilation permise ; mais, à cause de cette éventualité, il nous semble bien que l'abstention se justifie dans quelques circonstances. Voilà, par exemple, un vieillard de 70 à 80 ans, porteur d'un ulcère Lorpide, à marche excessivement lente : les dégats causés n'allèrent en rien les fonctions visuelles, tout à peine v a-Lil un peu de larmoiement. Pour peu que l'intervention l’effraye, ne vaut-il pas mieux lui éviter les risques d'une récidive qui pourra, elle, être grave, et lui apprendre à vivre avec son ulceus rodens ? Qu'il sache entretenir la propreté de sa petite plaie par des lavages quotidiens à l'eau bouillie, la préserver des poussières à laide d’un pelt pansement,éviler Loutes les irritations qui pourraient acliver la marche. D'ailleurs, cette opinion est celle du professeur Gaucher et de Mollière, qui affirment qu'en pareille occurrence, la survie est plus longue quand on n'opère pas que quand on opère. La douleur, au contraire, commande l'intervention.
Cette conduite, insistons y, doit rester l'exception et jamais la règle.