‹ Traitement des affections articulaires par l'électricitéChapitre 14 sur 18 · L. DANION · texte numérisé non relu

L. DANION

de cette force un attribut de l'électricité, et mieux encore, une transformation de l'énergie électrique, s'appropriant à la diversité presque infinie que réclame la vie des éléments anatomiques. En dernière analyse, cette force nous serait donc inconnue, mais ne serait qu'uji mode d^^Ténergie électrique engendrée elle-même par des réactions organico-chimiques.

11 est possible même que l'énergie électrique suffise à cette tâche, mais alors à la faveur de conditions qui échappent complètement à notre observation, car ce que nous savons des effets physiques et chimiques de l'électricité est insuffisant à nous faire comprendre qu'elle puisse pourvoir aux besoins exigés par le maintien et l'entretien de la vie.

La part prise par l'électricité est indiscutable, sa production est active, sa présence constante, et son rôle est très probablement de subvenir en permanence aux besoins de la force ultime qui préside aux actes vitaux. Elle doit être raliment de cette force. C'est ainsi que l'on arrive à obtenir un rapprochement entre les besoins de ï organisme et Vem- • ploi des divers modes électriques , Mais ce fait en quelque sorte macroscopique une fois établi, les nuages s'amoncellent, et le champ est ouvert à une foule d'hypothèses.

Bardet, dans son I^raité élémentaire et pratique d'électricité, s'empare de la théorie des interférences nerveuses de Cl. Bernard et Vulpian,et pense que l'on peut sans difficulté l'étendre à toutes les manifestations nerveuses, u II y « aura, dit-il (si l'on considère le fluide nerveux quel qu'il f( soit, comme un mouvement vibratoire), interférence, « toutes les fois que des ondes de valeur égale et de sens '( contraire \iendront k se rencontrer, ce qui annulera '< l'action qui aurait dû être produite par chacun de ces

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(( coiir,iiils. (ïerlaiiics inl(3rrérences scroni pliysiolof^'ique.s, « cl d'autres seront paihologiques, el le processus palho- « logique sera déterminé par la suppression de l'action (( excitatrice normale de la fonction physiologique. »

Cette liy^potlièse présente assurément beaucoup de vraisemblance, elle est en tous cas très séduisante dans sa simplicité, et j'ajouterai même dans son élasticité. Il existerait un état vibratoire normal représenté, si l'on veut, par un état quelconque de tension nerveuse physiologique, par exemple, susceptible de se troubler sous des influences variées, et d'être ramené à la normale dans certains cas par l'électricité. En poussant jusqu'au bout les conséquences théoriques associées , il existerait dans le cas qui nous occupe^n état interférentiel primitif en quelque sorte diathésique qui, avec quelques variantes, donnerait les divers états arthropathiques passés en revue.

Cette théorie a le défaut d'escamoter l'état organique duquel dépend la déviation interférentielle. L'anomalie des interférences ne pourrait être qu'une anomalie de fonction, laquelle suppose un état organique défectueux. Ces modifications de l'état organique sont presque toujours préparées de longue main. Elles apparaissent sous forme de lésions anatomiques manifestes dans certains cas et sont inaccessibles à nos moyens actuels d'investigation dans d'autres.

En outre, s'il est facile pour la lumière par exemple de comprendre que l'état vibratoire des molécules éthérées peut produire des degrés variés, d'ombre, de clarté et de couleurs, en raison de la dissémination de la matière éthérée qui obéit dynamiquement aux diverses incitations qui l'obligent à entrer en fonction, il n'en est plus de même des vibrations du fluide nerveux.

La disposition anatomique du système auquel est incorporé ce fluide, ses fonctions physiologiques, entraînent la conviction d'im mouvement régulier préexistant^ d'un mécanisme bien ordonné, et répugnent à l'hypothèse d'une substance éthérée répandue dans tous les points du corps sans ordre, sans loi d'aucune sorte, et à la disposition en quelque sorte du système nerveux qui s'en emparerait sous l'influence des incitations provocatrices de ses divers actes. L'hypothèse de l'arrivée en sens contraire de deux ondes nerveuses semble être la négation de la disposition anatomique du système nerveux d'une part, et en second lieu violente à un tel point les notions acquises sur le fonctionnement des centres nerveux, par rapport aux extrémités, que la théorie des interférences nerveuses physiologiques et pathologiques, qui en émane, devient bien difficile à admettre.

Il me paraît nécessaire [à(t chercher ailleurs une explication du fonctionnement normal, ou anormal du système nerveux. Lorsqu'on examine comment ce système se comporte dans ses rapports avec l'électricité, on est frappé des modifications qu'elle peut y développer. Il présente à la réaction électrique une sensibilité excessive sur tous les points. Chacun sait qu'il est peu de personnes qui ne soient plus ou moins impressionnées par les temps orageux. Sous l'influence de la tension électrique le système nerveux est plus excité. Les diverses sensations éprouvées par les personnes électrisées statiquement, témoignent de Taction énergique du fluide électrique sur le système nerveux. Une simple étincelle produite sur un point du corps > la personne étant en communication avec une machine Carré, détermine par la chute brusque du potentiel un véritable trouble cérébral. Si après avoir fait passer à travers le

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cerveau, un couranl continu même 1res faible (3 à 4 m. a.), on ouvre brusquemenl le circuit, l'impression produite sur le cerveau est telle qu'elle peut aller chez certaines personnes jusqu'à la syncope.

Ces faits prouvent qu'un certain état d'équilibre, peutêtre même une hauteur électro-dynamique constante, analogue à la température fixe du corps, est nécessaire au fonctionnement du système nerveux. De là à admettre que des variations dans cet équilibre doivent entraîner des variations dans son état physiologique, il n'y a qu'un pas. La nécessité cïun certain degré de tension électrique paraît donc ?iécessaire'au bon fonctionnement du système nerveux. Il est possible même que l'expérimentation physiologique dirigée dans ce sens, arrive à la constatation de ce fait; constatation qui ne me parait nullement inaccessible à des moyens d'investigation bien conduits. Mais au delà, qu'existe-t-il? Le plus sage serait peut-être de se soustraire à la tyrannie du comment et du pourquoi, et d'avouer qu'il est prématuré de chercher à fonder une théorie avec les éléments existants, mais la science, en somme, ne s'édifiant que sur des ruines, il n'existe aucun inconvénient à lui fournir des aliments.

L'hypothèse qui dans le cas actuel me paraît la plus plausible, consiste à admettre qu'en présence du tissu nerveux, l'électricité change son mode d'énergie, et se transforme en un fluide d'une nature spéciale, qualifié de fluide nerveux. Les éléments anatomiques nerveux joueraient en un mot le rôle de réactif. En partant de ce principe on peut se figurer la masse encéphalique, la moelle épinière, les ganglions rachidiens, les ganglions sympathiques comme des centres actifs de transformation, et des réservoirs de tension nei'veuse, véritables accumulateurs

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chargés de subvenir aux besoins de l'organisme par l'inlermédiaire du réseau nerveux.

La configuration seule de ce réseau fait naître immédiatement, par analogie avec le système sanguin, l'idée d'une circulation nerveuse, mais une pareille circulation ne paraît nullement nécessaire aux fonctions du système nerveux. Quant au maintien de l'état physiologique à la faveur duquel le tissu nerveux conserverait ses propriétés les plus actives de transformation de l'énergie électrique en énergie nerveuse, il paraît légitime de la placer sous la dépendance de la tension électrique.

En résumé, deux facteurs seraient donc indispensables à la fond ion normale du système nerveux; intégrité des éléments anatomiques, intégrité de la tension électrique.

L'exposé qui précède permet de se rendre compte du rôle hypothétique que l'électricité doit jouer dans toutes les affections dominées par des troubles du système nerveux. Il est facile de comprendre, en effet, que des modifications dans la tension électrique, et surtout une insuffisance de cette tension, correspondront en quelque sorte à un vice de nutrition du système nerveux et entraîneront comme conséquence une déviation dans son fonctionnement. Il est fort possible aussi que les ruptures d'équilibre y produisent ces états particuliers qui échappent aux investigations microscopiques les plus parfaites.

L'interprétation de l'action des divers modes électriques devient elle-même très facile. Ils posséderaient, dans l'hypothèse précédente le privilège de restituer au système nerveux ses propriétés transformatrices perdues ou tout au moins détériorées, au moyen d'une excitation toute naturelle, qu'il avait cessé de trouver dans la tension électrophysiologique. Sous son influence, les centres nerveux

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devenus plus aciifs, IroiivoraienI en quelque sorte une occasion d'accumuler de la force nerveuse utile à leur fonelionnement ultérieur, lout en conservant peut-être une impression modificatrice favorable susceptible de les ramener à leur état normal.

Il ne serait pas difficile de montrer que ces idées lliéoriques peuvent s'adapter h toutes les situations pathologiques du système nerveux, et le lecteur a pu reconnaître qu(^ si elles sont loin de dissiper les mystères au milieu desquels se cache l'énigme de la vie, elles ont du moins le mérite de l'unité, de la simplicité et de la généralité. Impenefrabilis transit vitœ cursus.

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