‹ Traitement des affections articulaires par l'électricitéChapitre 13 sur 18 · L. DANION i · texte numérisé non relu

L. DANION i

arthrites en g^énéral, elle a pour résultat de faire disparaître les gonflements, la douleur, la gêne des mouvements, même la pseudo-ankylose liée à l'inflammation. La disparition de ces symptômes s'accompagne de la régression des exsudais inflammatoires superficiels et profonds, isolés, ou associés à l'hypertrophie des tissus fibreux. Ils s'accompagnent encore de la résorption des épanchements syno viaux, lorsqu'il en existe, son action va enfin jusqu'à la rastauration plus ou moins complète des cartilages, suivant la nature de la lésion.

Elle atténue dans une large mesure les conséquences de l'inflammation qui suit les manœuvres de réduction des luxations, ou la rupture des brides ankylosiques. Elle rend ces manœuvres inoffensives lorsqu'elles sont faites même brutalement sur des articulations à petites surfaces, ou progressivement sur toutes les jointures en général. Les altérations osseuses elles-mêmes peuvent être enrayées, et sont susceptibles de régression. Accessoirement les lésions nerveuses ou musculaires (parésie, contractures, atrophie) s'amendent dans une large mesure lorsqu'elles ne guérissent pas.

Voilà d'une manière générale les résultats qu'un traitement convenablement conduit donnera, lorsque le médecin et le malade voudront y mettre la patience nécessaire. Pour les obtenir, ce traitement s'est borné jusqu'ici à des applications exclusivement externes, consistant à emprisonner une articulation entre des tampons, ou des plaques plus ou moins larges, à déterminer au-dessus ou au-dessous de cette articulation soit des contractions musculaires, soit des excitations des nerfs, ou de la circulation, etc., etc.

Il serait intéressant de savoir avant toute chose dans quelle mesure les tissus articulaires sont atteints par

PAR L'KLECTiaCITÉ 211

réleclricilé quel qu'en soil du reste le mode? 11 faut bien l'avouer, nous en sommes réduils à ce siijeL à des suppositions. Les figures scliémaliques de Erb donnent assez bien l'idée exacte de la manière dont le courant doit se comporter en général, suivant les diverses positions données aux électrodes. Mais la notion de l'intensité du courant, ne fût-ce que sur les lignes les plus directes qui relient les pôles, nous est inconnue. Nous ignorons en un mot quelle est la perte du courant actif produite par dérivation, lorsque nous voulons atteindre avec le maximum possible d'intensité un point donné quelconque.

C'est dans le but de combler cette lacune regrettable, que j'avais conçu l'idée d'une série d'expériences qui devaient me conduire d'une manière précise à la connaissance de cette intensité suivant les difîérents points du corps, et en rapport avec les combinaisons variées de positions et de grandeur des électrodes. Je les avais même commencées. Des raisons particulières m'ont obligé à abandonner ce projet. Je donne ici les notions nécessaires à sa réalisation, qui me semble facile du reste, avec la pensée qu'un de mes lecteurs le trouvera peut-être assez intéressant pour le mettre à exécution.

Je suppose deux aiguilles g^i'aduées, complètement isolées, sauf à la pointe laissée à découvert sur une longueur de 1/2 à 1 centimètre. Si les extrémités de ces aiguilles se trouvent placées dans les tissus au même niveau, et à une distance plus ou moins grande l'une de Tautre, après avoir été préalablement reliées à un galvanomètre, il est clair que celui-ci devra enregistrer l'intensité du courant dérivé, lequel représentera exactement l'intensité du courant recueilli, moins la force nécessaire pour vaincre la résistance du circuit. Il ne reste plus qu'à

enfoncer sur les différents points du corps et aux profondeurs clioisies, ou sur des trajets nerveux, sanguins, etc., mis à découvert, les deux aiguilles ainsi préparées, pour pouvoir recueillir l'intensité du courant cherché et que j'appellerai secondaire, pour me faire mieux comprendre.

La véritable difficulté apportée à la réalisation de ce projet consiste dans la construction d'un galvanomètre, d'une extrême sensibilité, pouvant donner des centièmes de milli-ampère, et peut-être même des divisions de centièmes(l). Ilestfacilede comprendre quel'introductiondans ces recherches d'une unité de mesure est indispensable pour établir des rapports exacts, Il est impossible du reste, aujourd'hui, de faire de l'électrothérapie sans mesures. Nous arriverions ainsi à savoir pour les articulations avec quelle intensité on peut atteindre la cavité articulaire du genou par exemple, en le faisant traverser transversalement avec 20 ou 25 m. a, et des électrodes de 3 centimètres de diamètre, avec quelle intensité serait atteint le nerf sciatique en plaçant un tampon de 4 centimètres de diamètre sur son trajet à la hauteur du grand trochanter, et l'autre de même diamètre au creux poplité en employant une intensité de 15 m. a. je suppose, etc., etc.

On peut prétendre que la connaissance de ces intensités secondaires importe peu à la thérapeutique. Mais outre qu'elle lui donnerait une précision dont les sciences savent toujours tirer profit, je reste convaincu qu'elle révélerait très probablement des faits inattendus, pour ce qui concerne principalement le système nerveux. On rencontrerait peut-être dans certaines circonstances déterminées, des neutralisations de courants, ou des résistances plus ou

(I) Le galvanomètre D'Arsonval serait, j'en suis convaincu, suffisant comme sensibilité.

moins grandes an passage de l'électricilé qni deviendraient d'un grand enseignemenL En un mot il y a là une série d'inconnues qu'il serait très intéressant de déceler. Mais nous devons renoncer, présentement tout au moins, à la satisfaction de savoir avec quelle intensité les parties profondes des tissus sont atteintes par rapport à l'intensité mère, et nous sommes réduits à des conjectures sur cette action profonde.

Quoi qu'il en soit, si nous cherchons à nous rendre compte de la manière dont agit l'électricité, nous trouvons, que des idées d'électrolyse peuvent à la rigueur se présenter à l'esprit avec les courants continus, mais avec la faradisation et le mode statique elles perdent beaucoup de leur valeur. Je n'envisagerai du reste, quant à présent, que l'électro-thérapeutique articulaire locale dans la recherche des notions susceptibles d'aider à comprendre les résultats fournis par l'électrothérapie.

Dans les arthropathies, les processus inflammatoires à marches variées jouent toujours un rôle imporlant, le plus souvent le rôle principal. Or l'électricité précisément est un moyen aussi puissant que sûr, pour triompher de ces processus, grâce à son action sur la circulation. Cette action (dégagée des obscurités qui environnent son interprétation, et de certaines particularités sans intérêt encore aperçu) aboutit très nettement à la dilatation des vaisseaux sanguins et lymphatiques, et par suite à l'augmentation du drainage circulaire, au dégorgement des tissus, et à la résorption des exsudais. La conséquence de cette action est, en même temps que l'élimination des produits inflammatoires et de l'inflammation elle-même, le rétablissement de la nutrition dans des conditions normales.

Remak, en réunissant à ces effets l'idée forcément

vague d'une mutation éleclrolytico-chimique dans les tissus, accompagnée d'un transport électrodynamique des liquides, a donné à l'ensemble le nom d'effets calalytiques.

L'action de l'électricité ne se borne pas à cette action électro-synthétique, ainsi que nous le verrons dans un instant. Cependant il convient d'ajouter qu'il s'agit ici particulièrement des courants continus. S'ils peuvent appuyer leur action sur des effets électro-chimiques, iln'en est pas de même des courants induits, dont les oscillations sont incompatibles avec des effets chimiques. Or dans la pratique ce sont eux qui sont employés de préférence aux courants électro-magnétiques à courants continus, bien que ces derniers aient l'avantage sur eux de produire des effets électro-chimiques, Je rappelle toutefois que Ton peut remédier à ce défaut à l'aide de l'extra-courant des appareils volta-faradiques, dont la libre disposition est ménagée dans les appareils usuels. (Il est bien entendu que je n'entends pas parler de ces petites boîtes répandues avec trop de profusion, malheureusement pour la réputation curative de l'électricité. Car un grand nombre de médecins, avec la meilleure foi du monde bornent encore à ces petits appareils le champ d'action de l'électrothérapie). Quoi qu'il en soit, les effets électro-chimiques et électro-dynamiques étant déniés à la faradisation (courant des bobines induites), et ce mode d'électricité produisant à lui seul dans un nombre de cas considérable des effets antiphlogistiques et résolutifs dans les arthrites, il est nécessaire d'analyser leur mode d'action.

Il reste à la faradisation un moyen qui lui est commun avec la galvanisation, c'est le drainage circulatoire, elle aussi possède une action vaso-dilatatrice. Mais de même qu'il est impossible de rendre la diminution ou l'arrêt de

la fond ion vaso-molricc locale, seule responsable d'une aiihrile chronique rhumatismale par exemple, de même il est impossible d'allribuer, uniquemeni, à l'acUon de la faradisalion sur les vaso-moleurs ses effcls curalifs. Aussi bien morbidement, que curativemenl, il existe d'autres facteurs. La faradisalion produit aussi une impression spéciale sur la sensibilité, impression qui varie avec la tension électrique. Elle possède en outre une action spéciale sur les nerfs et les muscles, parfaitement déterminée, ayant même des lois bien définies, mais cette action spéciale n'est en quelque sorte qu'accessoirement utile h la guérison de l'arlhrite elle-même, soit en provoquant quelques contractions musculaires dans le but d'activer la circulation en dessus ou en dessous de l'article, soit en agissant sur des états parétiques, ou atrophiques. Mais la somme des connaissances exactes sur lesquelles il est possible d'appuyer une explication des résultats de l'électricité d'induction dans les arthropathies, se borne à la notion de ses efifets sur la circulation et sur la sensibilité.

J"ai tenu à poser nettement la question, car si les courants continus possèdent tout un arsenal d'actions physiologiques séduisantes, dont on peut s'emparer pour expliquer leurs résultats, il n'en est pas de même de la faradisalion. Ces deux modes d'électricité n'ont dans le cas particulier, qu' une seule manière commune d'agir, pour le reste leurs procédés diffèrent.

J'ai déjà cité pour les courants continus, les actes électrolytico-cliimiques, et électrodynamiques entrevus, constituant avec la dilatation active des vaisseaux sanguins et lymphatiques cette sorte d'action électro-synthétique que Remak a désignée sous le nom d'effets catalytiques. J'ai ajouté que là ne se bornait pas le mode d'action des cou-

rants galvaniques. D'une manière générale en effet, avec l'intensité moyenne, le mode galvanique détermine à la peau une sensation de cuisson due à l'appel énergique (produit par l'électrolyse) d'acides et de bases aux pôles. C'est une véritable cautérisation superficielle et disséminée qui peut agir à titre révulsif. Quant à l'action plus profonde et à l'action collatérale qu'entraîne le résultat sensible de cette électrolyse, elles sont loin d'être chimiquement définies, ou pour mieux dire elles ne le sont pas du tout. A ma connaissance du moins, l'analyse n'en a pas encore été tentée. Le temps n'est pas loin en effet (si étrange que le fait puisse paraître), oh les électrothérapeutes se demandaient si les effets cutanés révulsifs produits par le mode continu, n'étaient pas des effets thermiques Le doute cependant n'est pas possible, il y a bien production d'acides et de bases aux pôles. Ce phénomène a pour effet évident de déterminer un mouvement des humeurs, des échanges nutritifs sans doute favorables au rétablissement des conditions normales. Dans des cas particuliers, la cautérisation acide ou basique superficielle peut être transformée en cautérisation plus profonde qui très probablement possède des propriétés spéciales, mais qui a en tout cas sur les autres caustiques le grand avantage de pouvoir être graduée et localisée à volonté. Les cautères bipolaires offrent sous ce rapport de grandes commodités et de grands avantages.

La galvanisation fournit donc une série d'actions au milieu desquelles il est bien difficile de préciser à laquelle revient le plus de succès, si toutes même sont utiles à la guérison. Il est rationnel cependant d'admettre qu'elles se prêtent un mutuel appui. Je n'hésite pas, pour mon compte, à attacher une grande importance à l'impression, à l'ac-

lion (( siii ffeneris » produite par rôleclricité sur les exlrémités nerveuses ; ces actes réflexes devant entraîner à leur suite le rétablissement dans des conditions normales, ou tout au moins meilleures, des forces qui président à la nutrition. Cependant il ne paraît pas douteux que l'action directe soit prépondérante, et que l'état anatomo- pathologique puisse être modifié dans une large mesure, sans l'intervention des actes réflexes. J'ai cité comme effet immédiat le rétablissement du drainage circulatoire.

Pour ce qui concerne les actions électrolytico-chimiques et électro-dynamiques, peut-être conviendrait-il de placer entre eux et l'effet obtenu l'action du système nerveux. Cependant il est possible, et c'est une hypothèse sur laquelle je vais avoir h revenir, il est possible, dis-je, que l'électricité produise ses résultats à l'aide d'une action que j'appellerai complémentaire, substitutive peut-être, et dans laquelle les actes mécanico-chimiques ou physiques, n'auraient rien à voir. C'est-à-dire qu'étant admise la suprématie du système nerveux sur tous les actes de la nutrition, sur tous les actes vitaux en un mot, l'électricité en raison de sa nature même serait apte à rétablir par l'action complémentaire, substitutive peut-être dont j'ai parlé, son fonctionnement ou perverti, ou ralenti, ou quelquefois même détruit. Ma pensée va donc beaucoup plus loin que des actes électrolytico-chimiques.

Si dans cette hypothèse on se préoccupe des conditions dans lesquelles doivent être faites les applications galvaniques, au point de vue de leur durée, il semble au premier abord que des courants faibles et de longue durée devraient réaliser sur les autres des avantages marqués. Il n'en est rien. D'abord parce qu'une forte intensité produit des effets catalytiques et des effets.de révulsion ayant sans

aucun doute leur utilité, et en outre parce qu'il se développe dans ces conditions, après la suppression de l'action directe du co'irant, une sorte d'action indirecte provenant des courants de polarisation^ lesquels perpétuent pendant fort longtemps, après une séance de quelques minutes, l'action du courant primaire. Pour le dire en passant, c'est certainement à ce privilège que possède le courant primaire de développer des courants secondaires, qu'il faut attribuer les actions remarquables de rélectro-caustique chimique.

Nous avons vu que le mode faradique en dehors de l'extra-courant, ne possède pas de propriétés électrolytiques, et que cependant au point de vue de la régression des symptômes arthropathiques, il n'en produit pas moins des effets analogues à ceux des courants constants, et quelquefois même supérieurs. Son action a des analogies avec celle du mode galvanique, ainsi que nous l'avons vu également, en raison de la dilatation qu'elle produit sur les vaisseaux, dilatation qui a pour résultat de déblayer le terrain inflammatoire et de placer par suite la nutrition dans de meilleures conditions. L'impression cutanée extrêmement vive, violente même qu'elle peut déterminer, est de nature à produire des effets révulsifs, aussi bien que des effets réflexes sans doute peu différents de ceux du mode galvanique ; mais là où les effets s'identifient probablement, c'esl dans l'action produite sur le système nerveux, action que j'ai appelée complémentaire.

Quant aux effets de l'électricité statique, effets qui dans bien des cas sont extrêmement nets, leur interprétation semble se prêter à moins d'hypothèses lorsque l'on considère l'action locale. La rupture de l'équilibre statique de l'électricité au moment de la production des étincelles, sur un point désigné elle massage percutant, si je puis

l'appeler ainsi, produit par le choc de ces élincelles, ont pour résultat de modifier dans un certain nombre de cas, quoique beaucoup plus lentement que les modes j<alvanique et faradique, l'état inflammatoire, et la régression des exsudais et des produits organisés dans les arthrites. Quant à la part qui revient dans ces résultats à l'action produite par l'électricité statique sur l'état général, et particulièrement sur la restauration du système nerveux dans certains cas, il est impossible de la déterminer, mais il est permis d'aftirmer qu'elle est active.

En résumé, lorsqu'on cherche à pénétrer dans l'intimité des divers actes électriques, le lecteur a pu s'apercevoir qu'une part malheureusement trop large encore doit être réservée aux hypothèses. Que l'appui physiologique le plus sûr, qui puisse servir à leur interprétation, réside dans les résultats obtenus sur les vaso-moteurs. Que néanmoins, parmi les hypothèses, il en est qui ont pour se défendre de solides arguments puisés dans les effets physiques ou chimiques de l'électricité, et que même la plus aventurée, c'est-à-dire celle d'une action complémentaire a pour elle des analogies vérifiées par le galvanomètre.

Les considérations qui précèdent ne concernent que l'action locale de l'électricité, mais là ne se borne pas cette action, môme lorsque le traitement n'a été appliqué que sur un territoire restreint, et ce n'est pas là un des résultats les moins curieux des propriétés électrothérapiques. Les faits pourtant ne sont pas discutables, et ceux qui manient l'électricité ont dû, comme moi, reconnaître que souvent, très souvent même, à la suite d'un simple traitement local d'une affection quelconque (névralgies, myalgies, paralysies, arthropathies, etc.), il survient une

amélioration des plus marquées de l'état général. On pourrait prétendre dans ces cas que l'atteinte portée à l'état général n'est que le reflet de l'état local, mais une observation sommaire montre qu'il n'en est rien, et que si certaines affections, en raison même des douleurs violentes dont elles s'accompagnent, ou de leur gravité intrinsèque (tumeurs blanches par exemple), peuvent avoir un retentissement sur l'état général, il en est d'autres qui sont purement et simplement greff'ées sur un état général, et c'est la réfection de cet état général qui est opérée par l'électrothérapie locale. Je dois ajouter que ce résultat se produit d'autant mieux que l'électricité est appliquée sur une région plus rapprochée du tronc, une hanche par exemple ou une épaule (je laisse de côté à dessein l'utérus, en raison de l'importance de son rôle physiologique). Cependant l'amélioration générale peut se produire même lorsque la région est très éloignée (genoux, cous-de-pied, poignets) ; on voit dans ce cas l'appétit se relever, la sécrétion sudorale, lorsqu'elle était supprimée, reparaître pendant que le malade éprouve un sentiment de bien-être et parfois de vigueur tout particulier, et, je le répète, l'observateur le moins attentif pourra journellement vérifier ces faits.

Leur interprétation du reste trouve un point d'appui solide dans quelques phénomènes que je crois utile de rappeler brièvement.

En premier lieu, l'excitation électrique d'un segment inférieur ou supérieur de la moelle produit une contraction généralisée des membres . La moelle ici ne sert pas de conducteur, mais entre bien en fonction sous l'influence de l'électricité. Une action portée dans les nerfs cruraux ou sciatiques peut produire des contractions dans les membres supérieurs. Il faut admettre qu'ici encore c'est l'excitation

de la moelle qui est en jeu. Les couranis continus ont la propriété de déterminer une sensation de goût particulière (sensation métallique, styptique) lorsqu'ils sont appliqués dans le voisinage du glosso-pliaryngien chez tous les individus à quelques exceptions près. Mais il en est qui ressentent très nettement ce goût particulier lorsque l'application a lieu aux épaules, aux bras, ou aux jambes. Je crois même utile de signaler ici un phénomène que j'ai observé à ce sujet, c'est que cette sensation apparaît progressivement soit avec une intensité électrique moindre, soit à plus grande dislance, au fur et à mesure du traitement auquel sont soumis certains malades. Il semble qu'avec le temps leur sensibilité à l'action des courants se soit accrue, alors qu'il était logique de supposer le contraire.

Ces faits suffisent à éclairer les résultats généraux obtenus par l'action locale de l'électricilé, en ce sens qu'ils témoignent de sa prodigieuse diffusion. Ils démontrent l'active intervention du système nerveux, car il est impossible de les isoler d'une transmission de l'action électrique par l'intermédiaire des nerfs et de la moelle épinière. 11 n'est même pas douteux, lorsque l'action du courant se produit sur une seule épaule par exemple, que la moelle allongée, voire même l'encéphale, ne soient intéressés par irradiation.

Ces résultats entraînent avec eux une conséquence en quelque sorte forcée, c'est que le promoteur des modifications produites est le système nerveux. J'ai tenu à citer des exemples d'effets lointains obtenus directement par l'électricité afin de ne pas laisser de place à la confusion, et de prévenir ainsi la supposition qui ferait dériver les etîets généraux ainsi obtenus, d'actions réflexes. En dernière analyse cette action est de même nature que celles qui

sont produites beaucoup plus immédiatement par des applications percutanées faites directement sur les centres nerveux. Il n'y a donc pas lieu d'en faire à part l'étude électrothérapeutique ; son interprétation est intimement liée à celle des phénomènes généraux obtenus par les applications électrothérapiques centrales.

Une des questions les plus intéressantes, sinon la plus intéressante ayant trait à ces phénomènes généraux, est assurément de savoir si les états diathésiques, desquels dérivent certaines arthropalhies peuvent être modifiés par l'action électrique. C'est à peine si la question du traitement local est connue, à plus forle raison celle du traitement de la diathèse, et aucune investigation n'a encore été dirigée dans ce sens.

En analysant les observations que j'ai présentées, on en trouve plusieurs qui témoignent très nettement de l'action antidiathésique de l'électricité. Remak avait entrevu celle action, et produit certains faits qui témoignaient en faveur d'une action généralisée. S'il est vrai que les preuves n'en seront fournies d'une façon indiscutable que par une série d'observations de longue haleine, il n'en existe pas moins en sa faveur des présomptions qui sont déjà une quasi-certitude. Je n'hésite pas pour mon compte à conclure à cette action, en présence des résultais que me fournit aujourd'hui l'observation clinique établie sur un traitement général ajouté au traitement local. L'électricité est bien un moyen d'action puissa7it, pour combattre les états diathésiques liés à la ménutrition .

Les résultats du reste ne peuvent avoir rien de surprenant, si on les confronte avec la pathogénie des diverses diathèses que j^ai passées en revue. Si ces affections, comme je me suis efforcé de le démontrer, sont sous la

dépendance de Iroubles du syslèmc nerveux, aucun moyen ne pouvait être mieux approprié que l'éleclricilé à leur IrailemenL

J'ai déjà cité de nombreux faits physiologiques et thérapeutiques susceptibles de faire naître la foi dans l'action généralisée de l'électrothérapie appliquée aux états diathésiqucs, mais je crois utile aux besoins de la cause de n'en négliger aucun, et je veux avant de clore ce chapitre apporter de nouveaux éléments de conviction. Ils sont tirés de certains faits thérapeutiques se rapportant aux diathèses collatérales de la diathèse arthritique.

Un coup d'oeil sur les résultats électrothérapiques obtenus dans ces affections est du reste indispensable, car il est une objection qui se présente immédiatement à l'esprit lorsque l'on égrenne le chapelet arthritique. Si la logique veut que ces affections collatérales (diabète, gravelle, asthme, etc.), soient unies à la diathèse mère, elle doit vouloir aussi une miité d'origine, c'est-à-dire une névro-pathogénie, et en fin de compte une justification électrothérapique de cette origine.

L'objection est certainement sérieuse, et si une plus longue observation à venir devra encore décider pour elles dans quelle mesure précise elles peuvent être atteintes ou détruites par l'électricité, il n'en existe pas moins déjà certains faits qui fortilîent la conviction, qui corroborent les prévisions, et qui apportent une nouvelle pierre à l'édifice électrothérapique des affections articulaires.

Je ne rappelle que pour mémoire les succès incontestables et incontestés que donne l'électricité dans la chorée, laquelle n'est qu'un anneau de la chaîne rhumatismale.

Le traitement électrique se montre aussi très efficace dans l'asthme, ainsi qu'en témoignent les faits de Caspari,

Brenner, Neftel, Schmitz, Schaffer, etc., auxquels je pourrais ajouter des faits personnels.

Les observations rares pour ce qui concerne le diabète sucré, sont plus nombreuses pour la forme insipide. Si Erbdit n'avoir observé à ce sujet que des résultais négatifs, on peut en revanche citer des effets très favorables obtenus par Neftel dans un cas de diabète sucré invétéré, ainsi que dans le cas de Le Fort. Je puis citer moi-même une amélioration très notable de diabète insipide invétéré, et resté rebelle à toutes les médications, chez une femme de quarante-neuf ans qui cessa d'elle-même le traitement, et dont la quasi-guérison persiste encore aujourd'hui au bout de huit mois. Ce fait vient à l'appui de ceux qui ont été obtenus par Althaus et Leidel.

Quant à la gravelle, l'obésité, etc.^ il n'a été dirigé, à ma connaissance, aucun traitement méthodique. Mais je crois pouvoir conclure de certains faits observés indirectement que l'obésité tout au moins, fournit une indication électrothérapique. Je ne veux pas m'étendre davantage sur ce sujet déjà un peu hors cadre, mais j'ai tenu à répondre en quelque sorte par anticipation à une objection probable, et à montrer que dans une certaine mesure tout au moins, et en dépit d'essais presque embryonnaires de traitement, les affections collatérales de l'arthritisme peuvent être avantageusement modifiées par l'électricité.

Les questions que j'ai soulevées jusqu'ici ont pu recevoir une solution sinon entière, du moins dans une certaine mesure satisfaisante, mais celle qui se rapporte auxprocedés intimes de l'électrothérapie reste toujours en suspens. Cette difficulté d'interprétation provient, je le répète, peut-

être, de notre ignorance absolue sur le mécanisme des fonctions du système nerveux, sur la biologie en un mol. Le plus grand tort que l'on puisse avoir dans les recherches susceptibles de conduire à la connaissance de ces fonctions, est certainement de le disloquer en permanence el de pousser les recherches analytiques tantôt dans un sens, tantôt dans un autre; de prendre dans un cas le grand sympathique, ou mieux encore un fragment du grand sympothique et de le tourner et retourner dans tous les sens, pour s'attaquer ensuite à la moelle épinière, ou aux hémisphères cérébraux ou cérébelleux en procédant avec eux de la même manière. De sorte que ce grand système interrogé par morceaux, ne donne que des morceaux de réponse. J'ai la ferme conviction pour ma part, que ce ne sera pas un des moindres mérites de l'électrothérapie que d'arriver à élucider bon nombre de questions relatives aux actes profonds du système nerveux, et de délimiter la part exacte qui lui revient dans les faits biologiques, après avoir élucidé celle qui lui revient dans les faits pathologiques.

Quoi qu'il en soit, les idées qui paraissent avoir aujourd'hui le plus de tendance à s'imposer en physiologie, reposent sur la corrélation des forces, sur des équations dynamiques, si je puis m'exprimer ainsi, d'oii il résulte que l'ensemble des actes vitaux, c'est-à-dire la biologie, n'est qu'un ensemble de faits dynamiques. Mais quelle est la force qui en dernière analyse préside aux phénomènes vitaux, la force qui maintient intacte, la forme, la nature, la somme d'éléments anatomiques nécessaires à telle ou telle fonction, qui maintient intacte cette fonction et en l'absence de laquelle elle déviera, périclitera, et finira même par disparaître? Plus on pénètre dans la question, et plus on est tenté en quelque sorte malgré soi, de faire

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