‹ Traitement des AnévrismesChapitre 24 sur 58 · OBSERVATION I · texte numérisé non relu

OBSERVATION I

Ectasie de la crosse de l'aorte ; rupture de la paroi au niveau de la dilatation ; mort subite.

V... Edouard. comptable, âgé de 51 ans, est admis dans notre service le 13 octobre 1897.

Ce malade, qui nous a été envoyé par M. le docteur Leclere, de Levallois-Perret, éprouve, depuis environ deux ans et demi, des douleurs dans la partie supérieure du thorax, principalement du côté droit; ces douleurs, de caractère névralgique: lancinantes et survenant surtout vers 4 heures du soir, partent de la partie droite du manche du sternum, suiventles premiers espaces intercostaux, jusque dans le dos et s’irradient dans les deux bras sous forme d’éläncements.

Depuis la même époque, le malade éprouve des palpitations et un essoufflement, qui va jusqu’à la suffocation, chaque fois qu'il fait le moindre effort, lorsqu'il marche un peu vite. ou bien qu'il monte un escalier. Néanmoins, il n'a jamais eu de véritables crises d’angine de poitrine, avéc angoisse et douleurs précordiales. |

(1) Les observations que’nous citons. sont, dans l'original, accompagnées de planches que nous avons le regret de ne pouvoir reproduire,

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Depuis environ un an, il éprouve, surtout la nuit, des picotements au niveau du larynx, qui provoquent de violentes quintes de toux. non accompagnées d’expectoration; sa belle voix de baryton commença bientôt alors à s’altérer, elle devint bientôt rauque et à timbre très bas; en même temps, la respiration devint peu à peu difficile, pénible et bruyante, l’expiration s’accompagnant d'un sifflement glottique très prononcé.

On ne note rien de particulier dans les antécédents du malade, si ce n’est que son père était dyspeptique et sa mère migraineuse. Quant à lui, il s’est toujours bien porté ei n’a eu, comme maladies antérieures, que la rougeole à 5 ans, la scarlatine à 12 et une pneumonie droite en ‘1890. 11 à présenté aussi des signes manifestes d'herpétisme : a eu des migraines, des épistaxis, des hémorrhoïdes, une névralgie sciatique à 30 ans; enfin des douleurs articulaires en 1890.

Il aurait eu en outre, à l’âge de 24 ans, un chancre, probabiement simple, qui n’a été suivi d’aucun autre accident. Il n’a jamais eu de fièvre typhoïde, ni de fièvres palustres ; n’a pas été dans les pays chauds et n’a pas habité de pays marécageux.

Le malade exerce un métier peu fatigant (comptable) et qui l'oblige à rester assis.

C’est un homme bien constitué et d'apparence robuste ; son cœur est volumineux ; on en sent l« pointe battre dans le

sixième espace, à 16 centimètres de la ligne médiane: on per-

çoit en outre un deuxième foyer de battements situé à droite du sternum;,et, à ce niveau, la percussion dénote une matité étendue de plus de 10 centimètres de la ligne médiane. Les battements du cœur sont forts, réguliers et non accompagnés de frémissements perçus à la main: à l’auscultation, on entend les deux bruits ducœur. réguliers mais intenses, et surtout le deuxième son aortique, qui est claquant; on ne perçoit néanmoins ni souffles ni dédoublements au niveau ‘du cœur où de la poche aortique. Le doigt perçoit au niveau de la fourchette sternale les battements violents de l'aorte. Le pouls, régulier, mais faible,

est synchrome des deux côtés et bat 80 fois à la minute. Les poumons sont normaux. Le foie est abaissé ; sa matité remonte au cinquième espace intercostal, dépasse en bas de deux forts travers de doigt le rebord costal. La rate normale mesure 11 sur 16 centimètres. Le ventre ne présente rien de particulier à noter ; l'estomac est en bon état et les digestions bonnes On trouve, au niveau des pieds et des jambes, un peu d'hyperalgésie, le malade avoue avoir pris, de temps à autre, de l’absinthe ou de l’amer Picon.

Rien de particulier du côté des urines, si ce n’est une faible polyurie nocturne (2 litres) avec urines claires et transparentes. et de densité peu élevée (1.010 à 1.015), mais ne renfermant pas d’albumine.

Le diagnostic posé est artério-sclérose avec dilatation de l'aorte et on prescrit au malade de l’iodure dé potassium ; en outre, pour combattre les quintes de toux nocturnes, on lui administre chaque soir 1 gramme puis Î gr. 50 de sulfate de quinine : enfin une potion contenant 3 grammes de chloral, car le malade se plaint d’insomnie provoquée par des cauchemars.

Sous l'influence du repos et de ce traitement, l'état du malade s'améliore, les douleurs névralgiques diminuent, le sommeil devient normal ; seules les quintes de toux persistent, quoique moins longues et moins pénibles.

Le 5 décembre on fait à la fesse droite une injection sous-cutanée d’une solution stérilisée de gélatine (1 gr. pour 100 cme. de sérum artificiel) et le 15 décembre, nouvelle injection d’une solution de gélatine (1 gr. 25 pour 125 cmc. de sérum.)

A la suite de ces injections, on n’observe aucune réaction locale ou générale.

Le 20 décembre, le malade éprouve tout à coup des douleurs le long des premiers nerfs intercostaux droits, tellement vives, que l’on est obligé de lui faire une injection de 0 gr. 02 de mor phine pour le calmer. Le lendemain il est repris de nouveau. mais la douleur est plus sourde, contusive et s'accompagne d’une

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