OBSERVATION VI
T. Laurent, lapidaire, âgé de 52 ans. a eu dans son enfance des fièvres intermittentes et à 20 ans la syphilis. Vers la fin du mois de juin 1898, il est pris tout à coup d’une toux rauque bientôt suivie de dyspnée, avec accès d'étouffement et de dysphagie; six mois plus tard il commence à éprouver des douleurs le long des premiers nerfs intercostaux droits.
C’est un homme robuste et bien constitué, la face et le cou sont légèrement œdématiés, les lèvres et les pommettes cyanosées, les veines de la partie supérieure du tronc, ainsi que les jugulaires,sont très dilatées. Le cœur n’est pas augmenté de volume ; mais à droite du sternum, dans les deuxième et troisième espaces intercostaux, on perçoit à la palpation des battements, coïncidant avec une zone de matité, s'étendant jusqu'à
9 centimètres du bord droit du sternum. Il n'y a pas de tumeur visible à l’extérieur; mais l’auscultation. à ce niveau, permet d'entendre le double battement de l’orifice aortique; pas de souffles. Le pouls (64 par minute) est normal; les artères radiales ne sont ni dures ni sinueuses, les autres organes sont intacts, à part le foie et la rate qui offrent une augmentation de volume, qu'expliquent les habitudes du malade qui, depuis plusieurs années, boit de trois à quatre litres de vin par jour.
Du 30 juin au 1” août, nous lui pratiquons trois injections sous-cutanées de gélatine ; le 6 août, il quitte l'hôpital, amélioré, la bouffissure de la face et du cou ayant diminué et l’oppression étant considérablement atténuée.
Le docteur Monmarson. qui nous l'avait adressé. nous a dit dernièrement qu'il allait bien, et qu’il continuait un travail pé-
nible.
OBsERvATION VII
Anéorysme de la région antérieure de La crosse de l'aorte (observation du docteur Turbiau. Journal de médecine interne, 15 juillet 1900.)
Nous reproduisons textuellement la note du docteur Turbiau.
Ce malade vint me trouver au commencement d’octobre 1898 Il était atteint d’un anévryvsme de la région antérieure de la crosse de l'aorte, et souffrait depuis deux ans et demi environ. A l'examen on constatait que la paroi pectorale était légèrement bombée en dehors du bord droit du sterpum à la hauteur des deuxième et troisième espaces intercostaux.
En cette région on trouvait, très nets à la vue, palpation, pereussion., auscultation, tous les signes d’une tumeur anévrysmale. La pression provoquait de vives douleurs, mais ce dont se plaignait surtout le malade. c'était des irradiations doulou- reuses extrêmement vives vers l’épaule et vers le bras.
Au moment où il me fit demander, t{ souffrait horriblement quittant à peinele lit. La position horizontale atténuait la souf: france au niveau de la saillie pectorale, mais les douleurs frradiées étaient intolérables. |
Etant donnés les antécédents du malade (syphilis ancienne depuis plus de 18 ans, accès de paludisme pendant la période de travail, à Panama,) j'essayai les traitements spécifiques à haute dose, sans autre résultat qu’un amaigrissement considérable.
Après six semaines de traitement inutile, je commençai vers le milieu de novembre, les injections de gélatine dans du sérum artificiel.
DE Es
Méta nn LT à
Je fis une série de 20 injections, — une tous les trois jours. Les premières furent faites avec une solution à 20/0. J'en injectai 100 grammes, puis. augmentant progressivement le titre des solutions, les dernières furent à 4 0/0. da
Ces injections étaient assez douloureuses, très inégalement
d’ailleurs, mais bien peu furent suivies d’ure réaction intense. Après cinq ou six injections. il y eut un résultat manifeste : la diminution des douleurs ; dans la suite, il se produisit d’autres modifications. Le volume de la tumeur restant le même. les symptômes se modifièrent sensibleméni ; les battements, le frémissement, le souffle, nettement perceptibles, s’atténuèrent. * Vers le milieu de janvier, le malade ne souffrant plus. dormant bien. engraissé et plus fort, reprenait peu à peu ses occupations. Dans le courant du mois de mars, quelques douleurs reparaissent. Je fais trois nouvelles injections de 100 grammes à 3 0/0, les douleurs cessent. Tout va bien jusqu’en juillet. Au commencement d'août, les douleurs font leur réapparition, elles sont aussi vives qu'au mois de novembre, mais ne s'étendent pas à tout le bras.
A l’examen local, il semble que les symptômes de l’anévrysme sont presque aussi nets qu'avant le traitement.
Je commence une nouvelle série d’injections et, cette fois encore le soulagement est assez rapide et les mêmes modifications locales se reproduisent. Après huit injections, il y a une grande amélioration. L'état du malade est à ce point satisfaisant, fin septembre, qu’il accepte une situation aux Colonies et part.
Depuis, j'ai reçu trois fois de ses nouvelles et, malheureusement, elles ont été de plus en plus mauvaises; les douleurs étaient intenses et rendaient très pénible tout travail, il paraitraît même que la saillie pectorale auraitaugmenté. En résumé, les injections de gélatine ont toujours amené une diminution des douleurs et déterminé deux fois des modifications favorables de l’état local.
BD
Nous avons revu ce malade, en août 1903, dans un bon état général mais souffrant de son anévrysme ; il venait dans le service de M. Lancereaux, se soumettre à une nouvelle série d’injections. Elles eurent le même effet favorable que jadis. Extérieurement la tumeur n'avait pas sensiblement grossi ; elle faisait bomber légèrement la paroi pectorale, pas plus ; en certains points, le doigt enfoncé entre les espaces intercostaux sentait des mouvements d'expansion qui disparurent rapidement, sauf un qui résista longtemps au traitement.