CHAPITRE PREMIER
Historique
L'idée d'employer comme traitement des anévrysmes une solution de gélatine en injections sous-cutanées est de date récente.
Ce n'est qu'en 1897, en effet, que MM. Lancereaux et Paulesco firent une première communication à l’Académie de médecine sur le traitement des anévrysmes en général et de l’anévrysme de l'aorte en particulier, par des injections sous-cutanées d’une solution gélatineuse (1).
Cette idée leur fut inspirée par des expériences de MM. Dastre et Floresco, qui, sans but pratique, furent conduits à injecter de la gélatine dans Le système veineux des animaux, et virent que la coagulation du sang était augmentée. C’est ce fait qui servit de point de départ à la méthode que nous voulons étudier.
Dans la même année, M. Carnot (2), partant du même
(1) In Bull, Acad. Médecine, séance du 22 juin 1897. (2) Comptes rendus de la Société de Biologie, 25 février 1996.
principe, employa la gélatine comme hémostatique local, en l’appliquant directement sur la partie qui saigne. :
Il faut arriver à MM. Lancereaux et Paulesco pour entendre dire que la gélatine en injections sous-cutanées, a une valeur en thérapeutique et déterminer exactement quelle est cette valeur.
« La guérison spontanée des anévrysmes, disent-ils (1) s'effectue, grâce à la formation des caillots, dans le sac dont la cavité se rétrécit et finit par disparaître.
« Le but idéal de la thérapeutique des anévrysmes doit donc être de favoriser l'effort de la nature, c'est-àdire la formation du caillot. »
L'expérience démontrait l’action de la gélatine sur la coagulabilité du sang, mais une grande difficulté se présenta lorsqu'il s’est agi de donner à ce fait expérimental une application pratique dans la thérapeutique humaine. fe
Les injections intraveineuses de gélatine pouvaient être très dangereuses et, en tout cas, étaient peu pratiques. C'est alors que MM. Lancereaux et Paulesco eurent l’idée d'introduire la gélatine par la voie sous-cutanée.
Pour s’assurer de la réalité de la pénétration, dans le sang, cle la gélatine introduite par cette voie, ils firent des expériences sur des animaux et constatèrent que la gélatine introduite dans la cavité péritonéale d'un lapin est entièrement et rapidement absorbée et augmente
(1) Séance Acad. Médecine, 22 juin 1897.
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sensiblement la coagulabilité du sang chez cet animal.
MM. Camus et Gley reprirent ces expériences et prétendirent que la gélatine ne s’absorbe pas (1), mais il ne fut pas difficile à MM. Lancereaux et Paulesco de démontrer que ce que MM. Camus et Gley prenaient pour de la gélatine, n’était que de la fibrine.
Par des chiffres, ils démontrèrent que la gélatine est rapidement et totalement absorbée (2).
(1) Expérience de MM. Camus et Gley.
Is injectent 100 centimètres cubes de sérum gélatiné : à 2 0/0 dans le péritoine de deux lapins, et. au bout de deux heureset demie recueillent dans leur péritoine 50 centimètres cubes d’un liquide qui, évaporé, leur donne un résidu, pesant 1 gr. 90 dans un cas, 1 gr. 80 dans l’autre.
Ils qualifient ce résidu : Gélatine et concluent que la gélatine du sérum n'avait pas été absorbée.
MM. Camus et Gley, chez un troisième lapin, ne retrouvent plus que 12 centimètres cubes de liquide qui, évaporé, laissent un résidu pesant 0 gr. 34 : ils le qualifient encore : Gélatinr et, l'expérience semblant prouver que la gélatine à été absorbée, ils ajoutent sans preuve : il'est clair qu'il a dû rester plus de gélatine adhérente aux parois et aux viscères de l'abdomen.
(2) Expériences de MM. Lancereaux et Paulesco.
1° Ils injectent dans le péritoine d'un lapin 100 centimètres cubes de sérum physiologique non gélatiné. — Au bout de deux heures, ils retrouvent dans son péritoine 26 centimètres cubes d'un liquide qui contient de l'albumine {les auteurs l'ont dosée) et de la fibrine (en flocons). Ils lavent les viscères et les parois de l'abdomen et recueillent l’eau de lavage. — Le liquide péritonéal et le liquide de livage, débarrassés de leur albumine et convenablement traités, fournissent un résidu qui pèse O gr. 4145.
Donc quand on s’occupera de lapins ayant reçu un sérum gélatiné, il faudra se rappeler que l'injection de séram non gélatiné fournit un résidu, nécessairement exempt de gélatine.
2° Ceci posé, MM. Lancereaux et Paulesco font sur un deuxième lapin, de même poids, de même force que le premier, une deuxième