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nient léger qui d’ailleurs disparaît de lui-même, comme nous l'avons dit, en huit à dix jours, après que l'on a cessé d'administrer l'acide picrique, on n’a point, en s'en tenant aux doses thérapeutiques, observé d'accidents d'intoxication. Il en est de même dans l'application chirurgicale de ce topique, et la rareté des accidents toxiques peut tenir à plusieurs causes :
19° Le faible pouvoir toxique de l'acide picrique qui est d’ailleurs assez peu soluble ;
2° À la conservation de l'épiderme soulevé dans les brülures et qui s'oppose à l'absorption de la solution : cependant dans plusieurs cas où nous l'avons vu appliquer largement en pleine surface bourgeonnante, comme dans notre observation V, l'intoxication n’a pas eu lieu davantage ;
3°’ A ses propriétés astringentes, grâce auxquelles les tissus sont condensés, durcis, resserrés, phénomène peu propice à l'absorption par la plaie des topique; de pansement.
Quoi qu'il en soit, l'intoxication n'existe pas, ou doit être éxceptionnellement rare : peut-être la vulgarisation du procédé viendra-telle infirmer notre opinion, mais, pour le moment, nous nous en tenons à cette affirmation jusqu'à preuve contraire ! Aussi l'acide picrique nous paraît-il être le topique de choix, non seulement dans les brûlures étendues où il faut agir énergiquement et où l'absorption des antiseptiques peut être redoutée, mais encore et surtout dans le traitement des brülures étendues chez les enfants qui peut
RENE être la source d'accidents graves d'intoxication, comme : on sait, avec les procédés jusqu'ici employés.
La recherche toxicologique de l'acide picrique pouvant présenter de l'intérêt, nous la résumerons en quelques mots, nous contentant, au point de vue physiologique, de dire que, pris à l'intérieur à dose mortelle, l'acide picrique décompose les globules du sang.
Sa recherche en médecine légale doit consister dans la méthode suivante :
On traite les matières suspectes par l'alcool bouillant acidulé de quelques gouttes d'acide chlorhydrique. Après épuisement par l'alcool, la solution est filtrée bouillante et évaporée au bain-marie, puis reprise par l'eau distillée bouillante et enfin concentrée par évaporation. Le liquide obtenu contient l'excès d'acide picrique sur lequel on peut alors essayer une des réactions que nous avons déjà mentionnées (p. 57). La plus simple consiste à faire macérer de la laine dans la solution suspecte, cette laine est colorée par l'acide picrique en jaune indélébile.
Parmi les autres accidents qui peuvent être consécutifs à l'emploi de l'acide picrique, on pourrait s’attendre à trouver les irritations dermiques, les érythèmes si fréquents après l'emploi des topiques ordinaires, il n'en est rien. Cependant M. Thiéry n'en a observé aucun exemple et nous n'avons nous-même rien pu constater de semblable chez les malades que nous avons observés. Ce fait ajoute encore à la valeur de l'acide picrique dans le traitement des brûlures
chez l'enfant où les érythèmes par les topiques sont si fréquents et parfois si sérieux.
Jusqu'à présent nous n'avons donc trouvé à ce procédé aucun inconvénient, et il est temps de mention ner le seul qu'il possède, mais c°lui-là irrémédable.
La solution picriquée est douée d’un pouvoir colorant considérable, si bien qu'il colore en un jaune persistant et tenace, non seulement les téguments du malade voisins de la brülure, ce qui n’a aucune gravité, mais encore les mains du chirurgien obligé d'exécuter le pansement. Il en résulte une coloration des plus désagréables qui persiste plusieurs jours et une amertume qui se révèle chaque fois que la bouche est en contact avec les doigts ainsi maculés d'acide picrique.
C’est là un inconvénient, non pas sérieux, mais réel . cependant, qui rend toujours un peu délicate l’application du pansement et nécessite parfois l'emploi de pinces, voire même de gants en caoutchouc.
Il y aurait intérêt à trouver quelque agent qui püût faire disparaître immédiatement (comme pour la teinture d’iode, le permanganate de potasse, les couleurs d’aniline, etc.) la coloration produite.
Nous avons cherché dans ce sens, et nos recherches sont restées sans résultat. Les pharmaciens que nous avons interrogés, les... professionnels pyrotechniciens eux-mêmes subissent cet inconvénient (beaucoup moindre pour eux. puisqu'ils n'emploient pas la solution) sans y remédier ; la colôration jaune de la peau
tr reste indélébile et ne disparait spontanément que par le frottement et la chute de l'épiderme (1).
En dehors de ce léger inconvénient, nous n'en trouvons pas d'autre et l'acide picrique peut être signalé à juste titre comme le topique le plus pratique (puisqu'un faible volume de cristaux représente une quantité de solution considérable) que le praticien puisse désirer.
(1) Peut-être leau boriquée atténue-t-elle l'intensité de la coloration.