CHAPITRE V
Observations (1).
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OBSERVATION I (inédite).
H... A..., journalier, âgé de 40 ans, entre à l'hôpital de la Pitié, salle Broca, n° 10, service du docteur Polaillon, le 20 juillet 1887. L'accident est déjà ancien et remonte au 4 ou $ juillet. Le malade est tombé assis sur un fourneau: il présente à chacune des deux fesses une brûlure du 3° degré,
(1) Nous publions, pour nous conformer à l’usage, quelques observations inédites en remerciant M. le professeur Tillaux d’en avoir autorisé la publication. Mais c’est surtout sur des observations personnelles que doit s'appuyer l'opinion du chirurgien et nous aurions la plus grande satisfaction à voir confirmer nos conclusions.
de 8 centimètres carrés environ pour la fesse droite et de près de 10 centimètres pour la fesse gauche. La douleur au moment de l’accident était très vive : un médecin appelé enlève avec assez peu de précaution les vêtements et il en résulte une dénudation épidermique assez large de la plaie : on applique un pansement oléo-calcaire, une suppuration abondante se déclare et est accompagnée de lymphangite qui provoque une: adénite inguinale bilatérale. Bien que le pansement soit renouvelé tous les jours, il est constamment souillé de pus : l'élimination de la partie superficielle mortifiée du derme ne se fait pas et des eschares minces, molles et grisâtres subsistent encore au moment de son admission à l’hôpital quinze jours environ après l'accident.
On constate, de plus, quelques brûlures insignifiantes sur la face postérieure des cuisses et de la partie moyenne du mollet.
À son entrée dans le service (20 juillet), le malade est soumis à une détersion soignée par des lavages phéniqués faibles, à la dose de 1 0/0 ; pendant deux jours, les compresses imbibées de solution phéniquée sont laissées en place pour modifier cette plaie fétide et remédier à la Jlymphangite qui existe encore. Puis elles sont remplacées dès le 22 juillet par le pansement à la solution picriquée à saturation : dès le 31 juillet. la plaie bourgeonne bien et tend à se cicatriser : les eschares sont devenues croûteuses et s’éliminent; les portions d'épithélium respectées lors des premiers pansements tendent à s'accoler et s’épaississent par concrétion en croûtes jaunes ambrées de la sérosité qui s’exsude au dessous d’elles.
Le pansement est renouvelé tous les cinq jours seulement, jes 5 et 10 août. Le 13 août, le malade peut être considéré comme guéri et quitte l'hôpital.
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Observations diverses. — Plaies de vésicatoires (qui peuvent être comparées à des brûlures au 2° degré). Brülures superficielles phlycténulaires restreintes. Nous avons ainsi soigné trois plaies de vésicatoires appliqués dans un but thérapeutique. La dessiccation est obtenue en 48 heures environ et sous un seul pansement qu'il est inutile de renouveler.
Observations diverses. — Brûlures punctiformes limitées. |
Dans deux cas qui nous sont personnels, où des brülures par cire à cacheter tombée sur les doigts ont été traitées dans un laboratoire immédiatement au moment de l'accident, la douleur a été nulle et il n'y a aucune réaction de phlyctènes ou de gonflement grâce à l'immersion immédiate dans la solution picriquée. M. Thiéry ne compte d’ailleurs plus les observations de ce genre qu'il a pu réunir : le résultat est absolu et constant.
OBSERVATION II (inédite).
X..., âgé de 29 ans, mécanicien, venu à la consultation de la Charité, service de M. le professeur Tillaux. Nous n’insisterons pas sur les antécédents qui n’ont aucun rapport avec l’affection du malade. Père mort à l’âge de 31 ans, cause inconnue. Mère actuellement bien portante. Pas de frères et sœurs.
À l'âge de 24 ans, le malade a eu les fièvres du Tonkin : il a perdu deux doigts à la suite d’une plaie par écrasement. Le malade est vigoureux, de forte stature, bien portant et exerce la profession de mécanicien.
DE Te Et
Le 8 décembre 1893, en nettoyant la chaudière d'une machine à vapeur, il est grièvement brûlé au bras droit par un jet d’eau bouillante. Il est amené à l'hôpital vers quatre heures de l'après midi, environ trois quarts d'heure après l'accident et pansé aussitôt.
Au moment du pansement, le malade présente une vaste brûlure étendue à toute la face externe et antérieure du bras droit, depuis le V deltoïdien jusqu'à trois travers de doigt au dessus de l'articulation radio-carpienne. La brûlure correspond donc à notre division: Brlure superficielle phlyclénulaire étendue; et occupe environ les deux tiers de la superficie du bras et de l'avant bras. Les phlyctènes, bien que déjà en voie de formation, puisque l’épiderme est soulevé, ne sont néanmoins pas nettement développées? la douleur est des plus vives, aucun pansement n’a été encore appliqué. Seuls les vêtements ont été supprimés avec de grandes précautions, sans rupture notable de l’épiderme ; cependant, en certains points, celui-ci est excorié, le derme mis à nu et des points représentent nettement le 3° degré de Dupuytren, Malgré l’étendue de la lésion, le cas était donc propice à la méthode de pansement par l'acide picrique, puisque la brûlure était éfendue, superficielle et douloureuse. M. le docteur Thiéry applique d'emblée des compresses de tarlatane imbibées de solution d’acide picrique à saturation ; il les recouvre de taffetas gommé et exerce une légère compression à l’aide d’un bandage ouaté. Quelques heures après, non seulement la douleur a diminué, mais loin de s’accroitre, comme cela est de règle, elle disparait presque complètement. Le pansement est renouvelé au troisième jour et, fait remarquable, les phlyctènes ne se sont pas soulevées ; la douleur est absolument nulle ; l’épiderme a un aspect jaune et est un peu macéré, à cause du taffetas gommé qui recouvrait les compresses. M. Thiéry prescrit alors un pansement
es picriqué sec, c’est-à-dire non recouvert de taffetas gommé : ce pansement est renouvelé tous les jours jusqu'au 22 décembre.
A ce moment, le malade peut être considéré comme guéri et peut recommencer son travail.
Ainsi dans ce cas le résultat des applications d'acide picrique a été des plus nets, puisque aucun autre pansement n'a été appliqué et il s'est traduit principalement :
1° Par l'absence complète de phlyctènes dans une brûlure des 2° et 3° degrés étendue qui nécessairement en devait présenter ;
2° Par la cessation absolue et rapide des douleurs ;
3 Par la guérison rapide en 14 jours d’une brülure très étendue dont le traitement, par les méthodes ordinaires, n'eüt certainement pas demandé moins d’un mois au minimum.
OBSERVATION III (inédite).
Mr: X..., âgée de 39 ans, s'approche au moment de se coucher d’un poële de salle à manger, à fort tirage : les deux chemises qu’elle portait, aspirées par le tirage du poêle, prennent feu et se consument sur le corps de la malade dans la région du dos, des fesses et de la face postérieure des cuisses : les flammes sont étouffées par le mari qui accourt à ses appels désespérés.
L'accident a lieu le 9 novembre : la malade est grièvement brûlée ; les brûlures sont mixtes, composées des 2° et ;° degrés; celui-ci surtout dans la région des fesses ; la presque totalité
ob de la face postérieure du corps est brûlée, à l'exception des jambes et du tiers inférieur des cuisses; les douleurs sont horribles et c’est au milieu des cris de la malade que l'on peut détacher les lambeaux de chemise à demi consumés et adhérents.
Une demi heure après l'accident, un médecin applique l’antique pansement occlusif à la baudruche, recouverte de colle de bureau et applique couches sur couches de ce pansement. La malade, complètement alitée, se couche sur le ventre: mais les douleurs sont atroces, les nuits sans sommeil ; il se déclare une suppuration abondante qui transparaît en taches verdâtres à travers la baudruche qui est de temps en temps renforcée de nouvelles couches.
La fièvre apparait et avec elle tout le cortège symptomatique des résorptions de toxine, langue sèche, saburrale, anorexie, délire monotone et température.
En présence de ces accidents, une consultation est demandée le 22 novembre : à ce moment, la presque totalité de la plaie est suppurée : l'épiderme est accolé à la baudruche et ne peut être conservé : la malade est dans un état général grave qui fait craindre une issue funeste, on institue le traitement suivant :
1° Il est utile de déterger complètement la brûlure en supprimant les couches de baudruche appliquées, et, pour ce faire sans faire souffrir la malade, de recouvrir pendant deux ou trois heures le pansement actuel avec des compresses de tarlatane imbibées d’eau boriquée tiède à saturation et recouvertes de taffetas gommé ;
2° La baudruche enlevée, lavage avec des tampons imbibés de la solution suivante : liqueur de Labarraque diluée ;
3° Après ce lavage, faire tous les jours un large pansemeut composé de compresses de tarlatane imbibées de solution
d’acide picrique à sat irstion et recouvrir de taffetas gommé et d’ouate (1);
4° reir2 l’examen des urines , fumigation de thymol dans la chambre (qui répan lait une odeur épouvantable) ;
$° Alimentation. — Injections hypodermiques suivant prescript ons ultérieures du médecin traitant.
Conformément à cette consultation, le docteur P... supdrima la baudruche appliquée par un autre confrère : au dessous s’étalait une nappe de pus horriblement fétide, et la plaie fut lavée à Ia liqueur de Labarraque; celle-ci, peu diluée, fut douloureuse, et la malade eut le tort de rapporter cette douleur à l'acide picrique dont le nom l'avait frappée, nouveau motif pour adopter une autre terminologie.
Les pansements à l’acide picrique furent renouvelés tous les jours, tant était prononcée la suppuration : la douleur que ressentait la malade qui s’obstinait à la lui attribuer triompha de la résistance du médecin au dire duquel, cependant, la cicatrisation a fait pendant les applications picriques de grands progrès.
La fièvre et le délire, qui ont débuté au cinquième jour après l'accident et qui faisaient craindre la mort de la malade, cessèrent quelques jours après les premières applications d'acide picrique. Les urines, qui contenaient de l’albumine, n’en présentent plus trace. Actuellement (27 décembre), la plaie a bon aspect, la cicatrisation est complète à la région lombaire encore recouverte de quelques croûtes. La suppuration persiste encore aux régions fessière, dorsale et à la face postérieure du
(1) Nous ferons remarquer que la brûlure était suppurée, enflammée et avec périlymphanpgite, ce qui explique que l’on ait appliqué un pansement humide.
O2 bras, mais la plaie est bien détergée et les pansements sont moins douloureux. Tout fait donc espérer une issue favorable.
OBSERVATION IV (1) (inédite).
MICHEL brûle grièvement la main en totalité et la plus grange partie de l'avant-bras droit en renversant de l’eau bouillante. L’accident est arrivé le 8 décembre dernier. Le membre lésé ne tarde pas à se couvrir de phlyctènes, et présente, outre ces brûlures du 2° degré, des plaques grisâtres ramollies qui ne sont autre que
âgée de 27 ans, de bonne santé antérieure, se :
des brûlures du derme ; nous avons donc affaire à une lésion: du 3° degré.
Au moment de l'accident, la malade ressent une si vive douleur que l'équilibre nerveux en est troublé : elle a une courte période de délire, puis devient pâle, anxieuse et la syncope survient.
Un médecin appelé, prescrit des applications de liniment oké-calcaire qui ne donnent aucune amélioration des symptômes douloureux. La malade reste fort souffrante, déprimée : sa bràlure l'affecte beaucoup: la douleur persiste et empêche le sommeil.
En présence de la persistance de ces symptômes, M. Lacombe a l'idée de remplacer par la solution picrique (1/200) le pansement oléo-calcaire. Pa
En quelques heures, la douleur disparaît ; la sérosité des
(1) Cette observation nous a été obligeamment communiquée par M. Lacombe, stagiaire des hôpitaux, qui après avoir vu appliquer Île traitement dans le service du professeur Tillaux, a eu l’occasion de le mettre lui-même en pratique.
phlyctènes déjà développées se résorbe rapidement ou se concrète sous forme de croûtes ; l'œdème du membre qui s'était développé s'améliore beaucoup.On fit quatre autres pansements et aujourd'hui 26 décembre; dix-huit jours après l'accident, la lésion est complètement guérie depuis plusieurs jours ; il n’y a pas eu suppuration : quant à la cicatrice, elle est dès maintenant inappréciable.
OBSERVATION V (inéaite).
X..., doreur sur métaux, âgé de 30 ans, entre à l'hôpital de la Charité dans le service du professeur Duplay, le 2 septembre 1893. Il est d'abord soigné suivant les médications de M. Duplay, puis M. le professeur Tillaux prend le service et traite à son tour le malade.
: C’est un garçon assez robuste et vigoureux qui ne présente pas de tare morbide antérieure.
Le 2 septembre, dans l'atelier où il exerce sa profession, il fait une chute dans un bain d’or bouillant dont il indique la composition :
Cyanure de potassium........ $00 grammes Bisulfitede soude”... t2- 21600 — 2Phosphate de-soude. :..:...…. 1500 — Or dissous dans l’eau régale... 250 — EAU TS en site SR LES ee 250 litres.
Les deux jambes sont entièrement plongées dans le liquide jusqu’à la partie supérieure. Il en résulte, malgré la rapidité de l’immersion, une brûlure grave comme bien l’on pense.
On retire le malade du bain d'or et on plonge immédiatement les membres dans l’eau froide, puis on applique un pansement
na au liniment oléo-calcaire. La douleur reste vive, le pansement est continué pendant quatre jours puis est remplacé par la vaseline boriquée.
Pendant tout ce temps, le malade a été soigné chez lui, mais jusqu’au 24 septembre la plaie très étendue, comme nous l'avons dit, conserve mauvais aspect, car il s’agit d’une brûlure au 4° degré ; loin de s'améliorer, l’état local reste stationnaire, et le 24 septembre le malade est obligé d'entrer à lhôpital, salle Velpeau, n° 1, dans le service du professeur Duplay.
On applique un pansement à la vaseline iodoformée pendant 15 jours ; mais l'iodoforme provoque un abondant erythème et au bout de quinze jours il y a lieu de revenir aux pansements à la vaseline boriquée qui sont appliqués jusqu’au 1$ no-
vembre.
Du 10° au 2ot jour de sa brülnre, le malade a ressenti des douleurs excessivement vives.
Au 15 novembre, l’état est le suivant: du côté de la jambe droite, la moins lésée, on trouve une plaie de l'étendue de huit travers de doigts environ, bourgeonnant franchement ; tout autour l'épiderme est macéré et en voie de desquamation. Du côté de la jimbe gauche, la plaie bien granuleuse, il est vrai, et presque détergée, occupe la totalité de la face externe et de la face postérieure de la jambe.
C’est dans ces conditions, peu favorables à l’acide picrique, puisqu'il ne s’agit pas d'une brûlure superficielle, que la solution d'acide picrique est appliquée, d'abord recouverte de tafetas gommé. Jusqu'au 8 décembre elle ne donne pas très grande amélioration et il y a macération des parties voisines. On prescrit alors le pansement picrique sec, c’est-à-dire sans taffetas gommé, qui est encore appliqué aujourd’hui 28 décembre. Sous l'influence de ce pansement, il y a dessiccation de tout l’épiderme macéré qui s’épaissit en plaques croûteuses mais non
purulentes. Du côté de la jambe droite, l'amélioration est telle, au dire du malade lui même, qu’actuellement il ne reste plus qu’une surface dénudée insignifiante.
Du côté gauche, la plaie est elle-même restreinte dans des proportions très notables et sera rapidement cicatrisée.
Mais ce qui est surtout remarquable, c'est l’abondante prolifération épithéliale d'où il résulte une dessiccation complète de la couche cutanée et une invasion kératoplastique remarquable de toute la zone dénudée.
On remarquera que ce cas, brûlure très profonde, était tout à fait défavorable à la méthode de l'acide picrique, dont les propriétés ont cependant eu le meilleur résultat.
Nous avons pu observer depuis quelques jours deux cas de congélation avec phlyctènes traités dans le service de M. Tillaux avec un succès complet.
L'impression de notre thèse était terminée et il ne nous a pas été possible de les publier.