‹ Traitement des Brûlures Superficielles Par la Solution Saturée d'Acide PicriqueChapitre 5 sur 29 · CHAPITRE PREMIER Sa · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER Sa

Essai de Classification des brûlures.

Depuis longtemps les chirurgiens se sont efforcés de donner des brûlures une classification qui put comprendre tous les cas. Les uns se fondèrent, pour établir des catégories, sur la nature de l'agent qui avait produit la brûlure et distinguèrent les brûlures one:

Brülures par le calorique rayonnant ; — les liquides ; — les solides ; — les gaz; — les vapeurs, dont l'importance variait avec la chaleur spécifique de chacun de ces agents.

Dans une seconde catégorie, on classait les brû-: lures potentielles par les caustiques, celles-ci d'autant plus graves que le caustique était plus avide d'eau ou était capable de se combiner (phosphore par exemple) aux liquides de l'organisme pour former des composés caustiques.

Mais une telle classification était bien arbitraire et n'a pas prévalu : on lui a préféré celle où, sans tenir compte de l'agent de la lésion, le chirurgien n'envisage que les désordres produits. Fabrice de Hilden, un des premiers, eut l'idée de tenir compte surtout de la profondeur de la lésion et distingua les brûlures en trois variétés ou degrés.

Cette classification a été reprise et adoptée par Boyer et Billroth qui admettent :

1 degré. Rougeur de la peau; terminaison par résolution ;

2° degré. Phlyctènes et destruction .-du corps muqueux de Malpighi et même d'une certaine épaisseur du derme ;

3° degré. Eschares.

Cette classification avait un inconvénient. Sans doute le premier degré correspondait bien ce à que l’on a ap-

eee pelé la sinapisation, mais il n'en était plus de même du second degré qui pouvait comprendre à la fois la formation de phlyctènes, comme dans la vésication, et même la formation d'eschares ; le deuxième degré avait donc le tort de réunir des brûlures sans lésions autres que celles de l'épiderme, c'est-à-dire, brülures qui, à l'époque où cette classification était proposée, devaient essentiellement guérir sans suppuration, et des brûlures plus profondes avec eschares superficielles du derme qui guérissaient par suppuration.

C'est le grand reproche qu'on pouvait faire aux auteurs de cette classification, reproche qu'ils ne pourraient encourir aujourd'hui que l'on connaît la possi-

bilité de la guérison des brülures superficielles du derme sans suppuration, autrefois regardée comme nécessaire et indispensable. F

De plus leur 3° degré comprenait à la fois et les eschares légères et les eschares très profondes allant jusqu'à la carbonisation du membre; variétés bien différentes, puisque ces dernières peuvent être justiciables de l'amputation.

Bichat admit quatre degrés et ce fut un pas verslaclassification qui a rallié les suffrages et est encore classique actuellement. Nous voulons parler de la classification de Dupuytren qui n'admit pas moins de six deorés de brülure ; cette classification est trop répandue et pour ainsi dire trop banale pour qu'il soit possible d'y insister. Nous la reproduirons donc simplement :

1" deoré (sinapisation). Rougeur érythémateuse. Guérison ; efflorescence de l'épiderme.

STE a

2° degré (vésication). Phlyctènes. Le derme est resp:cté, guérison par desquamation.

3° degré (cautérisation). Eschares superficielles légères du derme. Guérison par cicatrices légères.

4° degré. Destruction du derme et même du tissu cellulaire sous-cutané. Guérison par élimination de l'eschare.

5° degré. Destruction des parties molles situées au dessous du panicule graisseux. Cicatrisation longue.

6° desré. Carbonisation des parties molles et même des os. Guérison par amputation ordinairement.

De cette classification, il est nécessaire de rapprocher celle qui a été donnée pour les brûlures des muqueuses.

1* degré. Hyperhémie et congestion de la muqueuse.

2° deoré. Destruction de l'épithélium.

3° degré. Destruction de la muqueuse en totalité.

La classification de Dupuytren, si généralement acceptée, est passible cependant de quelques objections :

Si la différence entre le premier degré (sinapisation) et le deuxième degré (vésication) est bien nette, il n’en est plus de même entre le deuxième et le troisième degré ; en fait, on peut dire que la plupart des brülures caractérisées par des phlyctènes (2° degré) s'accompagnent de lésions des sommets papillaires du derme, qui pour superficielles qu'elles soient n’en existent pas moins, à tel titre, qu'avec nos méthodes d'investigation histologique actuelles, il n’est que la

ne forme la plus légère de ces brûlures qui puisse être caractérisée du nom de brülure au deuxième degré.

L'eschare nette et presque toujours colorée, qui caractérise la brûlure au quatrième degré, l'individualise suffisamment, mais le diagnostic de cette variété avec celle du cinquième degré est le plus souvent difficile ou impossible et ne devient bien souvent qu'une affaire d'interprétation.

Aujourd'hui que le côté thérapeutique de cette question a pris une importance capitale depuis qu'il nous est possible d'éviter la suppuration des plaies, il serait possible, non plus en se basant sur l'anatomie pathologique, mais sur les indications thérapeutiques, de restreindre le nombre de ces divisions et faisant un retour en arrière d'admettre de nouveau, avec quelques modifications, la classification de Bichat.

1° deoré. Erythème ; c'est le 1°" degré de Dupuytren.

2° degré. Phlyctènes et lésion superficielle du derme, ce degré correspondant aux 2° et 3° degrés du même auteur.

3° deoré. Eschare plus ou moins profonde: 4° et 5° degrés de Dupuytren.

4° degré. Carbonisation qui n'est plus une brûlure à proprement parler (6° degré classique).

Pour justifier au point de vue thérapeutique cette division nous ajouterons :

Le 1° et le 2° degré sont justiciables des moyens simples, pourvu qu'ils soient conformes à l'asepsie ou à l’antisepsie. La résolution sera constante, la cicatrice nulle ou très légère.

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