RÉSULTATS ÉLOIGNÉS
Statistique de tous les cas opérés par Morestin selon son procédé, jusqu'à l’année 1912.
Nous venons de nous étendre sur lexcellence souvent incroyable du pronostic fonctionnel ; nous n'avons pas prétendu que tous les opérés en arrivaient à ces merveilles. I
nous reste à voir combien échappent à la broncho-pneumonie, d’une part, et parmi ceux qu'épargne cette complication essentielle de la chirurgie des cancers buccaux, combien échappent à la récidive proche, aussi bien locale que ganglionnaire.
Il nous suffit, pour cela, de donner le relevé des résultats éloignés que notre maître Morestin a donnés à la séance du 22 mai 1912 de la Société de Chirurgie, de toutes les opérations qu'il a pratiquées selon son procédé jusqu’en 1912.
Sur II opérés : Un est parti après le premier temps.
Deux sont morts après le premier temps : l’un par ulcéralion
de la jugulaire interne ; l’autre de broncho-pneumonie.
Sur les 8 reslanl :
Un est mort de broncho, 15 jours après la première opération. Un autre est mort aussi de broncho, quelques mois après. - Deux n’ont pas donné de nouvelles.
Des 4 restants :
Un a récidivé au bout de deux ans, — il eût élé encore opérable, avec le sacrifice du maxillaire, qu'il a refusé. Un a été vu sans récidive, au bout de 4 ans 14ÿ — — — 4 ans.
— — — 14 mois.
De cette statistique de onze opérés, dix sont donc à conserver sur lesquels trois sont morts de l’opération ou d’un de ses temps (dont deux par broncho-pneumonie). La mortalité opéraloire est de 30 %,.
Sur les sept survivants, quatre cas restent guéris — ce qui fait 40 % de guérison — se décomptant comme suit une récidive après deux ans ; et sans récidive, un cas de qualorze mois, un cas de quatre ans et un de quatre ans el demi.
B. — Le cancer a envahi le plancher dans sa totalité.
Cote les cancers qui ont atteint la totalité du plancher, deux opérations peuvent être proposées :
Une opération économique, résection verticale et frontale par dédoublement de l'arc du maxillaire : c’est le procédé de J.-L. Faure.
re
Une opéralion mulilanle, la résection symétrique ou non de l’arc du maxillaire.
Nous parlerons peu de l'opération de J.-L. Faure qui a été décrite dans la thèse de Robillard (1). Elle commence aussi par le curage ganglionnaire et ne devient spéciale que lorsqu'il s’agit de fendre l'épaisseur du maxillaire par une coupe oblique en haut et en avant, qui laisse en place le bord inférieur de l'os et sa face externe, et détache au contraire sa face interne et lerebord alvéolairecancérisés. La thèse de Robillard, très pauvre en renseignements, ne contient d’ailleurs pratiquement pas detechnique. ,
L'observation unique de J.-L. Faure donne comme ligne générale de conduite les divers temps suivants : curage ganglionnaire, section au bistouri des attaches maxillaires du plancher (c'est-à-dire en plein tissu cancéreux!) (2) et abrasion ensuite à la pince gouge du rebord alvéolaire cancérisé, et à la pince gouge courbe (?) de la face interne de l'arc maxillaire, en passant par la bouche et par la plaie sus-hyoïdienne « de telle sorte que le maxillaire à 14 fin est réduit à une baguette de un centimètre de hauteur et de deux à trois millimètres d'épaisseur » (?)
Tous les chirurgiens ont'eu recours à l'opération radicale.
Cette opération a été décrite avec soin par Vallas qui a apporté une statistique de trente-sept cas avec de beaux résultats. Nous en donnerons la technique telle qu'elle se dégage de la lecture des nombreuses observations apportées par ce chirurgien à la Société de Chirurgie dé Lyon, et d’après un article plus complet paru dans le Lyon Chirur-
gical (3).
Deux cas sont à envisager
Le cancer est latéralisé el la résection, pour vartable que puisse être le niveau des deux sections osseuses, est une résection de la branche horizontale.
Le cancer est médian, et la résection porte symétrique ment sur la totalité de l'arc maxillaire.
(1) Thèse Paris, 1901-1902.
(2) Le Pr. Hartmann utilise le thermocautère chaque fois qu’il s’ agit de sectionner des tissus suspeécls.
(3) Lyon-Chirurgical, 1912, tome VIT, n° 1, p. I.
RÉF ER t
Nous irons vitesurla description des deux opérations dont les temps principaux diffèrent peu de ceux que nous avons décrits à propos de l’opération de Morestin.
PREMIER CAS : HÉMIRÉSECTION
19 Jncision el disseclion de la région sous-maxillatre.
20 Seclion de la lèvre el relèvement de la joue, comme dans le procédé de Morestin. Jusqu'ici l'opération a été strictement cervicale. À partir de ce temps il faut aller vite.
30 Réseclion du maxillaire. La section antérieure est faite au niveau voulu par les lésions. La postérieure par contre, prête à discussion. ;
En effet, si on la fait porter aussi au niveau réclamé par les lésions, le trait de scie passera à la partie postérieure de l'arc horizontal et conservera la totalité de la branche verticale et l’angle du maxillaire, c’est-à-dire le nivéau des puissantes insertions des masticateurs. Ceux-ci agissant en toute liberté et sans contre-partie, attireront alors le fragment osseux et en peu de jours amèneront sa pointe à ulcérer le palais. Nous verrons que la déviation de l’hémi-maxillaire restant, également fatale’ pose déjà un problème prothétique. Encore ici, la prothèse possède-t-elle un bras de levier important et le plus généralement des dents pour l’établir sans trop de difficulté. On ne possède au contraire aucun moyen d'action sur la branche verticale isolée du maxillaire, dont la conservation ne saurait par ailleurs que créer des douleurs et des complications. Aussi, alors qu’on pourrait prendre la résection la plus parcimonieuse pour la plus désirable, Vallas recommande de reséquer résolument en pleine branche verticale.
À procéder ainsi on gagnera d’ailleurs un avantage inestimable ‘et d’une autre nature. Nous verrons que lorsque l’exérèse est achevée toute l'attention du chirurgien doit viser à refermer la cavité buccale afin d’éviter sa communication avec les plaies cervicales. Pour cela on doit mobiliser le plus possible les lambeaux muqueux de la plaie opératoire et les suturer ensemble. Dès lors, si l'angle de la mâchoire est conservé, il y aura peu d’étoffe, et d’autre