‹ Traitement des chorees et des tics de l'enfanceChapitre 17 sur 20 · TON LE · texte numérisé non relu

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pas uniquement la faute des spécialistes, mais bien souvent celle des malades eux-mêmes qui réclament avec insistance ce genre de traitement. Si on a pu noter quelques résultats favorables, ils sont dus, comme dans certaines autres maladies, surtout à une influence psychique.

Certains tiqueurs, en particulier ceux qui sont atteints de torticolis mental, se sont appliqués à eux-mêmes un traitement orthopédique, sous forme de carcans, de cols, d'appareils de toute sorte, qui, sans faire disparaître les mouvements visés, sont bien souvent la cause de mouvements surajoutés. Mais nous ne nous arrêterons pas à ces cas-là, le torticolis mental, en effet, est une variété de tics qui, jusqu'à ce Jour, n’a Jamais été observée dans l'enfance.

C'est seulement pour mémoire que nous ‘rappellerons le traitement chirurgical employé également contre le torticolis mental. Le Prof Brissaud en a justement fait ressortir non seulement l'inutilité, mais encore les dangers (1).

Incomparablement plus efficaces sont les moyens thérapeutiques qui ont pour objectif de corriger les actes moteurs intempestifs par le contrôle de la volonté.

« Les procédés de traitement véritablement efficaces sont ceux qui, rationnellement institués, tendent à obtenir une régularisation méthodique des actes psychomoteurs, en s'appuyant sur l'éducation motrice combinée

(4) Brissauv. Contre le trait. chirurgic. du torticolis mental. Rev. Neuro., 30 janv. 1897.

à la psychothérapie ; on peut y adjoindre l'isolement et l'alitement » (1).

Le Prof’ Brissaud les a indiqués en 1893 à propos du torticolis mental. MM. Henry Meige et Feindel en ont fait des applications heureuses et en ont précisé les détails.

C’est une discipline médicale de l'immobilisation et des mouvements qui comprend la combinaison de deux procédés :

19 Immobilisation des mouvements ;

20 Mouvements d'immobilisation.

« Le premier est un entraînement à conserver l'immobilité pendant un temps progressivement croissant, le second apprend à régulariser tous les gestes en remplaçant les mouvements involontaires, incorrects et intempestifs par des mouvements voulus, corrects, opportuns ».

Pendant les premiers jours, le médecin surveillera lui-même ces exercices ; son but sera d'obtenir une immobilité tous les jours un peu plus longue et une plus grande correction dans l'exécution des mouvements commandés.

MM. Bnissaud et H. Meige ont donné à cette méthode générale le nom de discipline psycho-motrice.

« À l'inverse des méthodes d'éducation physique, qui ont pour objectif de transformer des actes voulus en actes automatiques, la discipline psycho-motrice tend à supprimer ces actes automatiques et à développer le pouvoir frénateur et correcteur des centres supérieurs. »

Mais le plus souvent il ne suffit pas d'indiquer aux

(1) H. Mercr, Tics (Monographie n° 42), p. 36.

ETC tiqueurs ce qu'ils ne doivent pas faire, car même s'ils tentent de remédier à leurs défauts, leur volonté trop faible ne leur permet pas d'y parvenir, et ils se découragent très vile.

On sait que la volonté a une action inhibitrice sur les tics ; ce fait a une grande importance, car « c’est précisément l'insuffisance du pouvoir inhibiteur de la volonté chez les tiqueurs qui constitue leur principale imperfecüon mentale » (1).

C’est donc contre cette insuffisance qu'il faudra lutter.

« Comme les enfants, ils ont besoin d'éducateurs. Il faut que le sujet prenne ou reprenne l'habitude d'exercer un contrôle efficace sur tous ses mouvements ; 1l faut donc multiplier les occasions de lui faire penser un acte et exécuter l'acte pensé, sans perdre de vue le but à atteindre. Il faut exiger de lui des efforts volontaires constants, {toujours nouveaux, capables d’inhiber les actes moteurs intempestifs, capables aussi de créer des actes moteurs corrects. C’est ainsi que l’on parvient à développer et à perfectionner son activité psycho-motrice. Le malade doit donc faire un effort personnel et maintes fois le répéter. On ne doit pas le considérer comme un patient passif, se bornant à exécuter les ordres donnés, mais comme un élève auquel on apprend à bien penser pour bien agir; c'est un collaborateur avec lequel on travaille à l’œuvre de la guérison » (2).

Les parents seront chargés de faire exécuter chez eux, et plusieurs fois par jour, les exercices que le médecin aura fait faire à l'enfant pendant la dernière séance.

(1) H. Meice et FEINDEL. Tics et trait., p. 100. (2) H. Meice. Tics. Monographie 42), p. 37-38,

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Malheureusement, malgré toute leur bonne volonté, malgré une surveillance incessante, il est des positions et des mouvements vicieux qu'ils ne verront pas et quand bien même ils les remarqueraient, ils seraient le plus souvent incapables d'en faire convenir l'enfant.

Rien ne serait donc plus utile, dans ces exercices, que d'employer un procédé permettant au petit malade de voir lui-même, de ses propres yeux, les incorrections de ses gestes et de ses attitudes.

Le procédé du contrôle par le miroir conseillé par M. H. Meige (1) remplit ce but.

On procède de la facon suivante : le malade est placé devant une glace pendant qu'il exécute des mouvements méthodiques ou qu'il garde l’immobilité complète. « Le miroir est un maître impeccable, inexorable : 1l ne laisse passer aucune faute inaperçue. Les renseignements erronés que possède le sujet sur ses anomalies de l'attitude ou du geste sont toujours et immédiatement complétés par la vue de son image; il apprend beaucoup plus vite à corriger ses erreurs. Il prend l'habitude de faire cette correction devant le muroir d’abord; progressivement elle lui devient de plus en plus facile. Puis il essaye de répéter les mouvements correcteurs qu'il faisait devant le miroir, lorsqu'il n'est plus devant lui. L'’habitude prise lui facilite cette tâche et les progrès en sont notablement acCcTUS ».

Pour rendre plus efficace le contrôle des gestes et des attitudes, M. H. Meige recommande de tracer sur le miroir deux lignes, l’une verticale, l’autre horizontale,

(1) H. Mec. La correction des tics par le contrôle du miroir. Congrès de Grenoble, 1902. Journ. de méd. et de chir. pratiques, 25 oct. 1902.

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placées de telle façon que le sujet, étant assis devant la glace, ses deux pupilles se trouvent sur la même ligne horizontale, la ligne verticale coupant l’image de la face en deux parties égales, droite et gauche. De la sorte toute déviation d'une partie quelconque du visage est fucilement aperçue (H. Meige, communication orale).

La méthode que nous venons de rappeler s'appliqueau traitement des tics en général. Il nous a paru nécessaire, en présence des conditions variables suivant lesquelles se montrent les tiqueurs et les tics, différences d’âges, de formes, de gravité, d'envisager l'opportunité suivant les cas de tels ou tels modes de traitement : la discipline psycho-motrice, l’alitement ou l'isolement. En effet, il peut y avoir avantage à commencer tantôt par l’une, tantôt par l’autre de ces méthodes, quitte à les employer ou à les combiner ultérieurement.

Ici, nous croyons plus démonstratif de rapporter un certain nombre d'observations, accompagnées de résultats et de commentaires thérapeutiques. Nous les avons choisies de telle sorte qu’elles peuvent servir de guide pour les différentes variétés et les différents degrés de ücs que l’on observe le plus communément.

Observation IV (Inédite). — Communiquée par M. H. Meice

22 novembre 1904. — D..., enfant de 9 ans 1/2, grand, fort, de bonne santé générale.

Il est atteint de tics multiples de la face et des membres supérieurs, qui ont commencé il y a quelques mois seulement, mais se sontaccentués assez vite. Depuis 15 jours surtout les grimaces du visage, les mouvements de rotation de la tête sont beaucoup plus

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violents ; en outre, il existe des secousses très brusques des deux bras simultanément et du tronc. Il y a aussi des mouvements intempestifs d'ouverture et de fermeture des doigts. Enfin, un bruit laryngé et pharyngé, que l'enfant fait très brusquement, surtout le matin dans son lit lorsqu'il est éveillé. Pas le moindre mouvement pendant le sommeil.

L'enfant est peu travailleur, très léger, indiscipliné.

Père nerveux, agité, émotif.

Mère bien portante, calme.

Trois autres fils âgés : l'ainé a eu autrefois des abcès de l'oreille, causés par des grattages intempestifs avec un manche de porteplume. ‘

Un frère du père est onychophage.

L'enfant a été soumis au traitement méthodique, par les exercices d'immobilisation et de mouvements devant le miroir, sous la surveillance des parents.

15 décembre 1904. Lettre des parents « 1l continue ses exercices très régulièrement et à part le bruit de la gorge, qu'ii fait encore, les autres mouvements nerveux diminuent réellement +.

27 janvier 1905. L'enfant ayant un léger rhume, il est conseillé de suspendre les exercices mais de le laisser au lit.

4 février 1905. Le rhume en question était le prélude d'une coqueluche, l'enfant est maintenu au lit, son état nerveux est meilleur, et il ne fait presque pas de grimaces.

La coqueluche s'est terminée normalement et l'enfant maintenu au lit un certain temps encore, a cessé presque complètement tout mouvement nerveux.

Dans leur livre sur les tics, H. Meige et E. Feindel citent un cas analogue :

M..., tiqueur de la face et de la tête, s'étant cassé la jambe, cessa de tiquer pendant toute la durée de l'immobilisation de son membre inférieur, après la guérison ses tics réapparurent.

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Observation V (Inédite). — Communiquée par M. H. Merce.

Le jeune F..., âgé de 9 ans 1/2, est atteint, depuis 2 ans bientôt, de ties du visage, de la tête et des épaules (18 décembre 1905).

Ces ties ont commencé par de légères grimaces, des clignements d'yeux, puis sont survenus des mouvements de tête, secousses brusques à droite ou à gauche, et des haussements d’épaules. [ls ont traversé des alternatives diverses, tantôt plus accentués, tantôt s'atténuant.

Pour le tic des lèvres, la cause peut être attribuée à la très mauvaise dentition de l'enfant, et surtout aux appareils prothéthiques qu'on lui fait porter : deux appareils distincts, l'un pour la mâchoire inférieure, l’autre pour la mâchoire supérieure ; ce dernier est de date récente et les tics de la bouche se sont notablement aggravés depuis lors : l'enfant ne cesse de frotter ses lèvres contre la pièce métallique.

Comme tous les tiqueurs, il est doué d'une sensibilité subjective exagérée ; le moindre contact anormal provoque chez lui des réactions motrices excessives. C’est ainsi qu’il déclare lui-même ne pouvoir supporter la moindre gêne dans les emmanchures de ses vêtements, la moindre pression autour de son cou ; il porte un col marin largement ouvert ; mais ce col, en toile, est un peu raide ; à la plus minime pression, l'enfant exécute avec sa tête et son cou des mouvements de défense, assurément excessifs et déplacés.

I est d’ailleurs capable, lorsqu'il y porte attention, de maitriser ses tics et de rester quelque temps complètement tranquille. Il ne fait aucun mouvement anormal pendant le sommeil. Indépendamment de ses tics, à l’ordinaire, il est remuant, bavard. Il est surtout extrêmement gâté, étant fils unique. Ses parents ne semblent pas avoir compris toute l'importance qu'il y avait à le corriger de ses grimaces. La mère en entrevoit bien la nécessité, mais se trouve à cet égard en désaccord avec le père, chose fréquente dans ies familles des tiqueurs.

Au demeurant, l’enfant est d’une bonne santé, bien développé pour son âge ; il n’a jamais été malade.

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La mère a constaté que chaque fois que l'enfant était mis au repos, ses ties s’atténuaient. Elle rappelle même ce fait intéressant : l’année deruière il a eu la rougeole et il est resté au lit pendant une quinzaine de jours environ : ses tics avaient complètement disparu ; ils n’ont commencé à reparaître qu’assez longtemps après le séjour au lit.

REMARQUES. — Voilà une observation banale de petit tiqueur. Il faut cependant retenir un détail : c'est l'influence provocatrice que peuvent avoir les appareils de prothèse dentaire.

On sait que les jeunes tiqueurs, en tant que dégénérés, présentent souvent des anomalies d'implantation des dents, et l’on s’explique que les dentistes cherchent à corriger ces implantations vicieuses à l’aide d’appareils de redressement. Cependant, il y a lieu de se demander si l'emploi de ces appareils n’est pas contreindiqué dans certains cas. La gêne qu'ils causent, provoque des mouvements incessants des lèvres et de la langue, et chacun de ces mouvements peut devenir un tic qui persiste alors même que l'appareil a été supprimé. Il importe done de choisir entre des déformations dentaires, disgracieuses assurément, mais qui quelquefois s’atténuent spontanément avec les années, et, d'autre part, l'infirmité plus disgracieuse encore qu'est un tic des lèvres, créé parfois de toute pièce par le port d'un appareil. Les parents seuls peuvent faire ce choix. Il est du devoir du médecin de les avertir des conséquences possibles de ce mode d'orthopédie. Il faut, en tout cas, leur recommander un redoublement de surveillance, car ils peuvent mener de front la eure orthopédique et la prophylaxie des tics, s'ils sont suffisamment attentifs.

Dans le cas actuel, un autre fait est à retenir, c’est l'effet sédatif produit sur les tics par le séjour au lit de l'enfant à l’occasion d’une maladie intercurrente.

L’infection n’a joué qu'un rôle secondaire dans la disparition passagère des mouvements nerveux; c'est le séjour au lit qui a produit ce résultat. Des faits du même genre ont été maintes fois relevés dans les antécédents des jeunes tiqueurs. Ils sont tous favorables à l'emploi de l’alitement.

Voici le traitement conseillé à ce petit malade :

En attendant que l'enfant puisse être soumis à une discipline et à une gymnastique méthodiques pendant un mois ou deux, il est nécessaire de recourir au traitement par le repos au lit.

Ce traitement doit être gradué de la façon suivante :

On commencera par augmenter notablement la durée du séjour nocturne au lit ; cette durée sera d’au moins 12 heures ; l'enfant se couchera à 8 heures au plus tard, pour se lever à 8 heures du matin. Si l'amélioration ne survient pas au bout de huit jours, il sera nécessaire d'augmenter de 2 en 2 heures cette durée du séjour nocturne au lit, jusqu’à 14, 16 heures.

Ou bien, en maintenant la dose de 12 heures de lit pendant la nuit, on ajoutera 2 heures de lit dans la journée, après le déjeuner, de 1 heure à 3 heures. S'il est nécessaire on prolongera le séjour au lit diurne de 1 à 2 heures.

Si malgré ces prescriptions les mouvements nerveux persistent, il ne faut pas hésiter à mettre l'enfant au lit d'une façon absolue nuit et jour, sans occupation et dans la demi-obscurité.

Ce traitement sera prolongé pendant 8, 10 et même 15 jours, jusqu’à disparition complète des tics.

On commencera alors à lever l'enfant pendant des temps de durée croissante, 2 h., 4 h.,6 h., etc. S'il fait mine de tiquer de nouveau, on le remettra au lit absolu pendant deux ou trois jours, puis on recommencera les levées progressives. Par la suite, chaque fois que l'enfant aura tendance à se montrer plus agité et plus nerveux, On aura soin d'augmenter les rations du lit, en le faisant coucher de meilleure heure; et s’il est nécessaire, on lui fera passer, de temps à autre, un jour ou deux complets dans son lit. Quand ce traitement est appliqué strictement, ses bons effets sont presque certains. Les durées de séjour au lit, qui doivent être assez prolongées au début, peuvent être, par la suite, notablement réduites, tout en procurant les mêmes bons résultats.

Il résulte de ces observations :

1° Qu'il est possible d'obtenir des résultats par la

discipline psycho-motrice chez un enfant ayant moins de dix ans (observation n° #);

2 Que, d'autre part, l’alitement absolu peut en donner d'aussi satisfaisants.

Il a fallu il est vrai, dans nos cas, des circonstances fortuites, pour qu'on fut amené à employer ce dernier traitement.

Nous nous trouvons donc en présence de deux procédés, amenant l’un et l’autre à de bons résultats, dans un temps sensiblement égal.

L'un d'eux est simple, facile à appliquer, à la portée de tout le monde: l'autre demande plus d'attention, semble souvent trop astreignant aux yeux des parents et nécessite de la part du médecin une compétence spéciale. Il est d'autant plus difficile à appliquer que les enfants sont plus Jeunes.

Dans quelles conditions donnera-t-on la préférence à l’une ou à l’autre méthode ?

Si après examen de l'enfant et interrogatoire prolongé des parents, on se rend compte que le premier est trop inattentif ou trop indiscipliné, ou bien que les seconds sont trop faibles pour exercer une surveillance efficace, où enfin si aucun médecin, ayant la pratique de la disciphne psycho-motrice, ne peut prendre la direction du traitement, dans ce cas-là, 1l faut recourir à l’alitement et tout ce que nous avons dit pour les jeunes choréiques est 1c1 applicable aux jeunes tiqueurs.

Dans la pratique hospitalière, si l’on a à faire à des parents qui n’ont pas les loisirs nécessaires pour con-

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sacrer à leur enfant un temps suffisant, cette méthode est appelée à rendre de grands services.

Si, au contraire, on se lrouve en présence d'un enfant intelligent, discipliné, si les parents semblent aptes à exercer la surveillance qu'on leur demande, si enfin une direction médicale compétente peut être utilisée, alors il y à tout avantage à employer immédiatement la discipline psycho-motrice. Il est bon en effet d’habituer J’enfant de bonne heure à exercer lui-même un contrôle attentif de ses actes. Il n'est pas plus difficile de lui apprendre à rester tranquille et à exécuter des mouvements corrects, que de lui enseigner une gymnastique sportive, ou un art d'agrément, tel que la danse ou le jeu du piano. Et c'est tout bénéfice pour lui que d'être tenu de bonne heure à un entraînement méthodique, au calme et à la pondération. Il y gagnera autant au point de vue mental qu'au point de vue physique.

Enfin il est des cas où il peut être avantageux de recourir à l'emploi simultané de ces deux modes de traitement. Suivant les circonstances, on alternera la période d’alitement absolue avec l'emploi de la discipline psychomotrice.

Mais dans tous les cas, 1l est indispensable de recommander aux parents des jeunes tiqueurs qu'ils laissent ceux-ci au lit le plus longtemps possible, au moins 12 heures par jour.

Voici maintenant l’histoire d’un tiqueur plus âgé et le traitement qu'il convient de recommander dans les cas du même genre. ;

Observation VI (Inédite). — Communiquée par H. Meice.

Pierre C..., âgé de 13 ans, est venu le 23 décembre 1903 à la consultation du P* Brissaud à l’Hôtel-Dieu. Il est atteint depuis l’année dernière de mouvements nerveux qui s'accompagnent de bruits respiratoires et vocaux.

Au début, il passait fréquemment la main sur sa tête, battait souvent de la paupière et poussait une sorte d'aboiement.

Puis il s’est mis à faire une série d’oscillations de la tête, toujours accompagnées de projections d'air, sous forme d'éternuements ou d’aboiements. Ces derniers se répétaient avec une fréquence et une intensité telle « qu’il en perdait le souffle », dit son père.

Plus tard, il se frottait le front avec son chapeau et enfin il crachotait.

Ces phénomènes se produisirent bientôt d'une façon presque constante pendant la journée ; lorsqu'il était occupé ou distrait, il éternuait moins fréquemment.

La nuit, aucun mouvement anormal, sommeil tranquille.

Pas de maux de tête, pas de crise convulsive, ni perte de connaissance, aucun trouble de la sensibilité, de la réflectivité.

L'enfant, intelligent, travaille bien à l’école.

Outre ces accidents nerveux qui certainement peuvent être considérés comme des tics, il présente aussi un phénomène curieux, d’ailleurs fréquent chez les tiqueurs, c’est la parole automatique, à voix basse, sorte d'auto-écholalie. HW murmure, fréquemment et sans raisons, des phrases telles que : « faut pas dire, faut pas dire ». Parfois ces mots sont sussurrés assez nettement pour qu'on puisse les entendre, d’autres fois il ne fait que le mouvement des lèvres. Il lui est arrivé aussi de prononcer distinctement au moment des crises les plus violentes, des mots sans suite, à haute voix.

Il a aussi des gestes fréquents, chez les douteurs, des hésitations pour porter un verre ou une cuillère à sa bouche.

Voici les conseils qui ont été donnés au père de l’enfant : rester une huitaine de jours à Paris, afin de revoir le petit malade à quelques jours de distance.

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Déjà, lors de son arrivée, ses crises, ses mouvements des bras et de tête avaient disparu spontanément : la nouveauté de Paris, les distractions multiples, le changement de vie avait suffi Dès la première entrevue à l'Hôtel-Dieu, on a parlé devant l'enfant de l’enfermer dans une maison spéciale si ses tics persistaient. La crainte de cette mesure sévère a suffi pour qu’il se surveille spontanément, au point que depuis 8 jours, il n’a plus un seul tic.

Devant cet état de choses, il a paru superflu de faire prolonger le séjour à Paris; on pouvait attendre, pour prendre une mesure d'isolement, qu'une nouvelle crise reparaisse, si tant est qu’elle dût se reproduire.

L'enfant devra modifier des habitudes fâcheuses, comme de veiller trop tard, sous prétexte de se distraire en jouant aux cartes. Il doit se coucher tôt, se lever tard, rester au lit douze heures au moins, et si les mouvements nerveux reparaissent, se mettre au lit dans la journée, deux, trois, quatre heures, au besoin même la Journée entière.

Il devra retourner à l’école, le travail ne pouvant que lui être profitable. L'instituteur devra le réprimander et même le punir s’il fait mine de tiquer, ou de murmurer, tout bas ou de cracher sans cesse.

REMARQUES. — Dans les cas de ce genre, les meilleurs médecins sont les parents, pourvu qu'ils aient la fermeté nécessaire. Il faut leur démontrer qu'ils n’ont rien à redouter et tout à gagner au contraire, s'ils se montrentattentifs à réprimer les caprices, quels qu’ils soient, de leurs enfants. [ls doivent les réprimander à chaque nouveau tic ou à chaque velléité de tiquer, et les menacer d'une mesure de rigueur qui joue souvent un rôle d’épouvantail très précieux.

Si les parents veulent bien comprendre la nécessité d’une telle discipline et s'ils l’appliquent sans rigueur excessive, mais avec une fermeté constante, on peut espérer vraiment une amélioration et même une guérison. Sinon, l'enfant est menacé de voir ses tics s’aceroître en nombre et en intensité.

Il faut commencer à lutter de très bonne heure. La discipline

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psycho-motrice appliquée avec succès contre les tics limités et persistants, doit être souvent précédée d'une tentative de correction faite par l'entourage familial. Si les parents ne réussissent pas, soit par faiblesse, soit par ignorance, alors il est indispensable d'éloigner l'enfant de ses parents et de le mettre dans une maison d'éducation spéciale.

Enfin il faut recommander aux malades d'envoyer au moins tous les mois un bulletin de santé.

Chez notre petit malade, ces prescriptions ont été observées avec le plus grand soin et voici les extraits des bulletins transmis par lui-même ou par ses parents.

2 février 1904. L'enfant écrit que sa santé est bien meilleure, qu'il va régulièrement à l’école et que le travail ne le fatigue pas.

7 mars. « Ma santé est toujours bonne, je vais tous les jours à l'école. »

5 avril. Mêmes constatations.

11 juin. L'enfant a eu quelques jours de malaises, perte d'appétit, mais il va beaucoup mieux actuellement.

3 janvier 1905. Lettre du père : « la santé de mon fils est toujours bonne, il ne s’est jamais ressenti de rien. »

Observation VII (H. Me1GE, Journ. für Psycho. u. Neuro., Bd. 11, 1903. Leipzig, p. 56).

43 octobre 1902. — Enfant de 10 ans, israélite, roux.

Mère nerveuse, deux frères bien portants, une sœur morte à 13 mois d’une méningite tuberculeuse. Le petit malade a eu des convulsions dans l'enfance et presque toutes les maladies contagieuses du jeune âge. Enfin, il a toujours été nerveux.

Vers l’âge de 7 à 8 ans, on a remarqué qu'il avait des mouvements convulsifs du visage. D'abord des clignements des paupières. Ces accidents auraient débuté pendant un séjour que l'enfant fit au bord de la mer; des grains de sable seraient entrés dans ses

yeux ; il aurait eu, peu de temps après, une conjonctivite, et c’est de cette époque, que date son habitude de cligner les paupières.

Il eut ensuite des mouvements convulsifs des lèvres; depuis quelque temps, il hoche la tête, soulève ses épaules et agite un peu ses bras. Enfin, il fait parfois un petit bruit avec sa gorge.

Le tic de hochement de tête n’est guère ici qu'une habitude mimique intempestive. L'enfant s’est accoutumé à hocher la tête chaque fois qu’il commence une phrase, quelle qu’elle soit : même lorsqu'il dit « non », il fait avec la tête un geste d'affirmation.

Les tics des épaules sont provoqués par le contact des vêtements sur la peau. Le petit malade est cependant vêtu comme il convient d’habiller les enfants de son âge, et les prédisposés aux ties tout spécialement, c’est-à-dire, avec des vêtements amples, les emman- . chures très larges et le col très mou. Ce n'est pas l’étroitesse des vêtements qui a pu provoquer les mouvements des épaules. Mais l'enfant raconte lui-même qu’en été, lorsqu'il a chaud, et lorsque son gilet de flanelle trempé de sueur vient à coller sur ses épaules, il a pris l'habitude d’agiter celles-ci pour en détacher le gilet, habitude qu’il a conservée, même en hiver, lorsqu'il n’est pas en sueur.

Il existe aussi un tic d’élévation du pavillon de l'oreille gauche, apparent surtout pendant la parole, tic dont le malade ignorait l'existence, et qu'il a suffi de lui signaler pour qu'il s’en corrigeât.

Outre le tic de clignotement des paupières, qui est un mouvement convulsif intermittent, un tic clonique, le petit malade présente une attitude permanente des paupières que nous avons déjà signalée plusieurs fois. C’est un tic tonique de clignement, contraction tonique permanente des muscles orbiculaires qui rétrécit la fente palpébrale et donne parfois à la physionomie un aspect somnolent.

Les parents ont parfaitement constaté que depuis 2 ou 3 ans l'expression du regard de l’enfant avait changé du fait de cette habitude de tenir ses paupières demi-closes. Ces contractions permanentes donnent ici au visage une apparence souriante, même lorsque le sujet n'a aucune occasion d’être joyeux; le clignement des paupières et les rides qui se forment aux angles externes des yeux rappellent l'acte physionomique caractéristique du rire franc.

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L'enfant est d’ailleurs volontiers rieur. Il est surtout d’une extrême mobilité, reste très difficilement tranquille sur sa chaise et s'agite beaucoup en parlant; mais il est parfaitement capable de eonserver l’immobilité la plus absolue aussi longtemps qu’on le désire; il suffit de lui en intimider l’ordre et il l'exécute ponctuellement.

C’est un petit bavard ; il parle avec volubilité, mais il sait aussi s'imposer le silence ; en classe il a toujours d'excellentes notes de conduite.

Voici dans quelles circonstances ces tics se produisent. I dit luimême très nettement : « C’est surtout lorsque je ne fais pas attention à m'observer, que je tique; je peux toujours, si je m'y applique, m'empêcher de tiquer ». Dans sa famille, aux repas surtout, ces tics sont très fréquents. En classe, quand on l'interroge, il ne tique pas ; mais il tique souvent quand il écrit vite et lorsqu'il fait une lecture qui le passionne.

Si on lui fait une observation, il cesse quelque temps de tiquer ; il lui est arrivé de rester pendant quelques heures complètement calme pour obtenir une récompense qu'on lui avait promise, s’il arrivait à ce résultat; une fois même la promesse d’une « canne à pêche » a suffi pour qu’il restât un jour entier sans tiquer.

Lorsqu'il est fatigué physiquement, ou par uu excès de travail, ses tics augmentent toujours.

Devant le médecin, ses ties sont très peu fréquents et il dit qu'il en est ainsi parce que sa présence lui rappelle qu'il doit penser à se maitriser.

Cet enfant est d’une intelligence très vive, avide de s’instruire, curieux de toutes choses, cependant d’une légèreté d'esprit audessous de son âge ; il n’est pas capable d'une volonté bien soutenue ; mais son amour-propre est très vif.

Il est imaginatif ; sa mémoire est excellente. Il est assez satisfait de lui, et volontiers fait son éloge et se vante de prouesses souvent amplifiées.*

Il n’a pas de petites manies bien caractérisées.

Mais il est peureux; il ne peut rester le soir seul dans une chambre pour s'endormir, il faut que quelqu'un soit près de lui; il

raconte qu’il se réveille souvent la nuit, effrayé, croyant entendre causer près de lui. En réalité, il ne s’agit que d’une habitude détestable. Cette peur est la conséquence d’une conversation entendue par l'enfant dans l'entourage domestique. Une histoire de cambriolage d’une villa voisine de celle qu'il habite à la campagne a été racontée devant lui par une femme de chambre avec un grand luxe de détails terrifiants ; depuis lors, l'enfant est toujours effrayé par ce souvenir, au moment de s’endormir.

Le traitement a commencé le 13 octobre 1902.

Le jeune malade est extrêmement attentif et suit avec beaucoup d’assiduité les indications qui lui sont données ; il met de l’amourpropre à bien exécuter les exercices qui lui sont prescrits: il les répète à domicile devant un miroir, et chaque fois qu’il est possible sous la surveillance de sa mère. Celle-ci certifie l’attention qu’il a mise à se surveiller.

Séances d'immobilité progressive ; exercices des paupières et du globe oculaire, exercices des lèvres, de la tête, des épaules et des bras ; exercices respiratoires sont conseillés et doivent être répétés régulièrement deux fois par jour, à heures fixes.

22 octobre — Un mieux notable s’est déjà manifesté : l'enfant a pu rester pendant plusieurs repas sans tiquer ; en outre, le tic tonique de clignement tend à s’atténuer : les yeux sont plus ouverts et le changement qui en résulte, dans l'expression de la physionomie, a frappé des personnes qui ignoraient que l'enfant suivit un traitement approprié ; on lui a retrouvé le regard qu'il avait avant l'apparition de ses tics.

Les conseils n'ont pas seulement porté sur la correction des mauvaises habitudes motrices. On s’est attaché à débarrasser l'enfant de la peur excessive qu’il avait de rester seul au moment de s'endormir, en lui expliquant, d'une part, l’absurdité de sa crainte, en stimulant, d'autre part, son amour-propre, en lui demandant de montrer à tous qu’il était capable de surmonter une appréhension ridicule. Enfin, en lui promettant des récompenses, on à obtenu ce que n’avaient pu obtenir les parents, ni par prières, ni par corrections. L'enfant s'endort désormais seul et reste même isolé le soir à un étage différent de celui où se trouvent ses parents.

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Il est très fier de cette victoire sur lui-même. Ce résultat a son importance, car l'entrainement à prendre de bonnes habitudes, quelles qu’elles soient, a toujours un retentissement favorable à la correction des mauvaises habitudes motrices.

19 novembre, — Au bout de 15 jours de traitement, tous les tics avaient complètement disparu, ainsi que la peur de se coucher seul.

Depuis plus de 15 jours, l'enfant n’a pas fait un mouvement nerveux.

Depuis la guérison s’est maintenue.

« Cette peur, aussi bien que ces tics, auraient pu être supprimés beaucoup plus tôt par les parents; mais l'enfant est gâté, il est Le dernier né, ses premières années ont été maladives, on a toujours craint pour sa santé, on l'a vu très nerveux, très sensible à toutes les réprimandes, à toutes les contrariétés ; on a craint d’'exagérer son nervosisme en multipliant les observations. Ce fut une faute.

» Assurément, avec les enfants de ce genre, il est de toute nécessité d'employer une extrême douceur dans les moyens de correction ; mais sans les brusquer, on peut beaucoup obtenir en stimulant leur attention et leur amour propre. Les parents ne doivent pas l’ignorer, et lorsqu'on est appelé à soigner un jeune tiqueur, c'est autant à son entourage qu’à lui-même qu'on doit donner les conseils et les avertissements.

» [1 ne faut pas craindre de dire devant les parents et les enfants, les inconvénients qu’il y a à négliger la correction des ties ; il est bon de leur faire comprendre la gravité que peut prendre l’affection, si le malade n’est pas soigneusement surveillé, et le plus tôt possible.

» Souvent la peur du tic est le commencement de sa guérison.

» Faut-il considérer cette guérison comme définitive ; et le petit malade est-il désormais à l’abri de toute reprise de ses tics ?

» On doit toujours étre réservé à l’égard du pronostic, car les rechutes sont fréquentes en pareils cas. [1 n'y a peut-être pas une observation prolongée de tiqueur dans laquelle on ne puisse retrouver à des intervalles plus ou moins lointains des rechutes plus ou moins longues; celles-ci coïncident généralement avec une

période de fatigue physique ou intellectuelle, ou parfois de petites - infections (maladies saisonnières, grippe, simple rhume), parfois aussi, chez des sujets plus âgés, avec des préoccupations. Un fait digne de remarque, c’est que les grandes émotions brusques, très violentes, semblent être plus rarement l'occasion de ces rechutes que les soucis, les tracas, les préoccupations d’affaires, les chagrins concentrés que l’on s'efforce de dissimuler.

» Un de nos malades âgé de 42 ans, a cu plusieurs crises de tics qui, toutes, ont été nettement provoquées par des préoccupations d’affaires ; par contre, cet homme a eu dans sa vie un chagrin cruel et subit, la perte d’une fille de 10 ans, morte de la façon la plus imprévue : cette émotion soudaine et violente n’a pourtant pas été suivie d’une reprise de tics ; tandis que chaque nouvelle complication d'affaires nécessitant un « ruminage » intellectuel prolongé et caché, détermine régulièrement une rechute.

» Pour en revenir à notre petit malade, on peut dire que, malgré sa guérison, il reste un candidat aux tics. Ce succès actuel n’en est pas moins important, car, jusqu'à ce jour, toutes les médications employées étaient restées inefficaces. Mais ce qui doit être considéré comme un bénéfice définitif, c’est l’expérience acquise par cet enfant, de la possibilité de se débarrasser de ses tics, grâce à une surveillance attentive et en recourant aux exercices prescrits.

» Ce n'est pas une chose négligeable, en effet, que de savoir que l'on a entre les mains le moyen de se guérir. Le plus grand service que nous puissions rendre aux tiqueurs, c’est de leur apprendre comment nait leur maladie, comment elle se développe et comment ils peuvent la déraciner. L'œuvre du médecin n’est donc pas uniquement celle d’un rééducateur, mais bien surtout celle d'un éducateur ; et cette éducation ne doit pas s'adresser seulement aux malades, lorsqu'il s’agit d'enfants, il faut aussi instruire et discipliner leur entourage. C’est en montrant aux parents comment on doit s’y prendre pour corriger une habitude vicieuse, quelle qu’elle soit, qu'on leur donne le moyen C’appliquer aux enfants la meilleure des thérapeutiques.

» Pour le petit malade dont je parlais, on s’est évertué à expliquer clairement et simplement devant lui et devant sa mère, la néces-

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sité de la surveillance des actes moteurs. Et l’on a surtout insisté pour bien leur faire comprendre que les avertissements, les conseils et même les réprimandes qui s’adressaient aux tics, ne devaient pas être considérés comme des gronderies et des reproches, mais bien comme des moyens médicaux destinés à guérir la :maladie au même titre que des pilules ou des potions.

» N'oublions pas enfin que le tic est une « maladie d'habitude » survenant chez des sujets à volonté capricieuse et instable. Nous devons porter autant d'attention au redressement de ces volontés mal équilibrées qu’à la correction des troubles moteurs. »

Ces deux dernières observations nous semblent être une preuve des bons résultats de l'emploi de la discipline psycho-motrice chez les tiqueurs âgés de plus de 10 ans. On y voit aussi l'influence incontestable qu'exercent sur les jeunes sujets, d’une part le changement de vie, de pays, d’autre part la menace d’une mesure de rigueur, telle que l'éloignement du milieu familial et même l'entrée dans une maison de surveillance spéciale. Et il faut bien le dire, cette perspective n’agit pas seulement en stimulant les effets correcteurs de l'enfant ; les parents eux aussi, alarmés à la pensée de se séparer de ce dernier, mettent tous leurs soins, toute leur vigilance à le surveiller attentivement ; 1l ne faut jamais hésiter à menacer les parents qui semblent trop faibles, de la nécessité qu'il y aura peut-être pour eux à se séparer de leurs enfants, s'ils ne font pas exécuter à la lettre les recommandations prescrites.

Il faut attribuer, dans la thérapeutique des tics, une

place importante à la correction d’un certain nombre

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de troubles fonctionnels, respiratoires, élocutoires, digesüfs, etc., qui sont intimement liés aux « mouvements nerveux » chez le jeune tiqueur.

Voici, à cet égard, deux observations empruntées à

MM. H. Meige et E. Feindel (1).

Observations VIII

Suzanne B..., fillette de 8 ans, est venue à la consultation de M. le Pr Brissaud, à l'Hôtel-Dieu, le 24 mars 1904.

Elle est atteinte de tics multiples, qui ont débuté il y a un mois environ. Aucun détail à relever dans les antécédents. L'enfant est de bonne santé. Elle est intelligente, travailleuse ; et même, elle se préoccupe avec trop d'ardeur de gagner des « bons points » ou des « Croix » à Sa pension.

Ses tics ont apparu sans qu'on puisse en trouver la cause provocatrice ; il n’y a dans l’école qu’une petite fille qui soit atteinte d'un tic (haussement d'épaule). Chez Suzanne, les mouvements nerveux ont débuté par un froncement du nez. Actuellement, elle présente un clignement, tantôt bilatéral, tantôt unilatéral droit, des paupières, avec soulèvement du coin de la bouche ; en outre, un tic des globes oculaires : lorsqu'elle fixe pendant un instant, son œil se déplace brusquement à droite et en haut. ;

À signaler aussi un plissement du front, quand l'enfant réfléchit ou cherche quelque chose. De plus, elle mord et suce ses lèvres (Cheilophagie) (2).

Aucun mouvement nerveux pendant le sommeil ; la petite fille affirme que, lorsqu'elle est dans son lit, même éveillée, elle ne tique jamais; ce que son père confirme. Les ties sont plus fréquents le soir que le matin, et plus fréquents lorsque l’enfant est inactive que lorsqu’elle est occupée. Elle sait d’ailleurs très bien qu’elle peut

A) H. Meice et Fennec. Remarques cliniques et thérapeutiques sur quelques tics de l'enfance. Journ. de neurologie. Bruxelles, 1904, p. 70.

(2) H. Merce. Tics des lèvres, cheilophagie, cheilophobie. Congrès de Bruxelles, août 1903.

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