‹ Traitement des chorees et des tics de l'enfanceChapitre 19 sur 20 · LS ORNE · texte numérisé non relu

LS ORNE

L'existence de nouvelles bonnes habitudes fonctionnelles normales retentira heureusement sur tout l’organisme.

Mais, là encore, nous croyons qu'il sera bon de la faire précéder de quelques jours de repos au lil et, pendant toute la période de traitement, de faire faire du repos étendu (se lever tard, se coucher tôt, se reposer allongé deux heures dans la journée).

Et, répétons-le encore, le succès de ce traitement dépend en grande partie du rôle que jouera l'entourage de l'enfant pour assurer sa bonne exécution. De même que la désharmonie du ménage est dans bien des cas une des causes les plus favorables au développement des ücs de l'enfance (1), de même cette désharmonie nuira au traitement, quand il ne le rendra pas impossible.

Il faut, en effet, si l'on veut obtenir de bons et de rapides résultats, que le traitement indiqué soit suivi avec une extrême rigueur et une grande régularité.

On conçoit que l'enfant trouve peu agréable d’avoir à se plier à une discipline qui ne lui est pas coutumière, d'autant plus que les petits tiqueurs sont toujours des enfants gâtés, et qu'il essaie de s’y dérober de mille façons, d’attendrir sa mère et de s’en faire une alliée, qui, sous des prétextes variés, laissera remettre au lendemain les prescriptions les plus désagréables. Si l'enfant ne trouve pas cet allié auprès de sa mère, 1l le cherchera, et aura une grande chance de le trouver, auprès de ses grands-parents où d’autres familiers de son entourage.

Quel résultat peut-on espérer obtenir d’un traitement

(1) H. Merce et FeiNvez. Remarques cliniques sur les lics de l'enfance, p. 1.

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suivi à la lettre en présence du père, mais aussitôt relàché ou même abandonné dès que celui-ci aura le dos tourné !

I faut insister sur ce point. Le médecin doit veiller à ce que les parents soient des auxiliaires bien convaincus que le traitement ne sera fructueux que sl est exécuté ponctuellement.

Enfin, les cas les plus graves des tics de l'enfance, ceux qui s'accompagnent d'une véritable folie morale, ne reconnaîtront d’autres traitement efficace que l’isolement avec repos au lil dans une maison spéciale.

À ces indications de premier ordre 1il faut en ajouter d’autres concernant la santé générale des jeunes tiqueurs. Il ne faut pas oublier que ceux-ci, comme les Jeunes choréiques, sont souvent de petits dégénérés, mal développés et anémiés.

Tout de suite une question se pose, qui revient souvent dans la pratique courante : doit-on conseiller à un petit liqueur le séjour au bord de la mer? Le conseiller? Non; mais le défendre systématiquement ? C'est peut-être excessif. De l'avis de M. H. Meige (1), il en est des enfants comme des adultes : certains supportent admirablement l'air marin et même en bénéficient dans une large mesure ; d’autres, d’ailleurs beaucoup plus rares, en sont plus ou moins incommodés ; mais qu'il s'agisse d'enfants ou d'adultes, qu'ils soient tiqueurs ou non, il est impossible, à priori, de prévoir l'effet produit par le séjour au bord de la mer.

C’est une question de susceptibilité individuelle ou,

(1) Communicat. orale,

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comme on dit encore, d'idiosynerasie. L'expérience seule peut renseigner à cet égard le médecin comme les parents et il n’est pas interdit de la tenter.

Ce qui importe, c’est de ménager la transition entre l'air confiné, la vie sédentaire des villes et l'air vif, le grand soleil, les jeux brusques et violents de la plage.

C’est en effet surtout cette brusque transition, qui cause assez souvent chez les jeunes enfants, tiqueurs ou non, transportés du jour au lendemain de la ville à la mer, toute une série de petits malaises, parfois des poussées fébriles, de l’insomnie, de l'agitation. Evidemment les petits tiqueurs sont plus exposés que les autres à un redoublement de nervosisme en pareil cas. Mais en prenant soin de graduer leurs jeux, de limiter leurs ébats pendant les premiers jours, l’accoutumance s’'acquiert rapidement, — exception faite, comme nous l’avons dit, pour certaines prédispositions individuelles, — on évite de la sorte toute exagération de phénomènes nerveux.

Il faut, bien entendu, défendre les bains de mer pendant les premiers jours, mais au bout de cinq à six jours, des bains de courte durée [une 1/2 minute à | minute au plus), les jours de forte chaleur, peuvent être tentés sans danger, quitte à les suspendre si l’on s'aperçoit que l'enfant en est incommodé.

Pourquoi priver un enfant chétif des bienfaits que lui procurerait un mois passé loin de la ville, au frais, au muleu d'une vie nouvelle, calme, hygiénique? Le repos étendu conseillé à nos petits malades peut être fait agréablement et utilement au bord de la mer et il sera bon de couper la matinée et la soirée de chaque fois deux heures de repos étendu au grand air.

En résumé, le séjour au bord de la mer, compris de la sorte, peut non seulement n'être pas préjudiciable, mais rendre des services aux jeunes tiqueurs, ainsi qu'aux petits choréiques.

Ce qu'on peut affirmer en toute certitude, c’est que le séjour au grand air, dans la montagne ou à la campagne, doit être recommandé. Il faut à ces petits malades de longues vacances reposantes. Pas d’exercices trop violents, pas de jeux excitants, jamais de surmenage physique, comme aussi jamais de surmenage intellectuel. Des distractions calmes, des exercices modérés, une vie simple, aussi « végétative » que possible.

Enfin, nous l'avons dit, les traitements médicamenteux sont pour le moins superflus chez les enfants üqueurs. Aucun de ces traitements ne paraît avoir d’action efficace sur les phénomènes nerveux proprement dits, mais ceci ne veut pas dire qu'il faille systématiquement repousser toute médication qui pourrait être commandée par l’état général ou l’apparition d'une maladie surajoutée.

En ce qui regarde l’état général, tout ce qui a été dit des jeunes choréiques, pour les médicaments comme pour l'hvdrothérapie, est également applicable aux jeunes tiqueurs et l'on peut en particulier recourir avec profit à la médication arsenicale et surtout ferrugineuse chez les sujets anémiés.

Des procédés analogues à la méthode de M. Brissaud ont élé mis en usage en Allemagne, en particulier par le Prof Oppenheim. Celui-ci a consacré une notice à ce qu'il appelle la « Uebungstherapie ». « J’ai déerit, dit le Prof Oppenheim ce procédé thérapeutique indépendam-

ment de Brissaud, — dont la première publication est certainement parue avant la mienne — et de H. Meige et Feindel. Nos expériences et nos opinions se superposent sur presque tous les points. Les miennes cependant contiennent une particularité importante qui n'a pas été mentionnée par ces auteurs : l’exercice de la suppression des mouvements réflexes ou de défense, ou des mouvements émotifs. Par exemple, je dirige vivement un instrument pointu vers les yeux du patient et je l'oblige à réprimer le réflexe palpébral. De même, je l’exerce à combattre le réflexe nasal, les mouvements de défense d’origine douloureuse ou ceux que provoque le chatouillement, etc., el ainsi je fortifie son appareil d'arrêt (1) ».

« Une telle concordance dans la conception et la pratique, dit à ce propos M. H. Meige, témoigne suffisamment de la valeur d’un traitement dont les bons résultats sont devenus depuis inattaquables, aussi ne pouvonsnous que nous féliciter de cet accord » (2).

(4) OPrENHEIM. Lehrbuch der Nervenkrankheiten. Berlin, 1905, p. 1276. (2) H. Muice. Journ. für Psycho. u. Neuro. Bd. II, p. 6. Leipzig, 1903.

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