PRÉAMBULE
Il est d'usage de décrire comme formes nosographiques distinctes, d'une part les chorées, d’autre part les fics. Cette distinction est parfaitement jusüfiée : entre un vrai tiqueur et un vrai choréique, la confusion n’est guère possible. Il existe cependant entre les chorées et les tics, en particulier chez les jeunes sujets, des analogies pathogéniques et cliniques si fréquentes, des cas de transition tellement nombreux, que le diagnostic reste souvent en suspens. Et c’est surtout par les résultats obtenus avec une thérapeutique similaire que se manifeste la parenté morbide des deux affections.
Pour ces raisons, nous avons cru devoir rapprocher dans ce travail les tics et les chorées de l'enfance dont nous allons étudier les traitements.
Mais auparavant, il importe de spécifier les formes nosographiques que nous aurons à envisager.
Le terme de chorée a été empioyé pour désigner une foule d’affections dont les symptômes sont assez disparates. N’a-t-on pas décrit une chorée rythmique et une chorie arythmique, une chorée électrique et même une chorée molle...
L'expression « danse de St-Guy », usitée couramment comme synonyme de chorée, est encore moins précise. Au temps passé, elle a servi à désigner des manifesta-
tions chorégraphiques, se reproduisant avec une allure épidémique à l’occasion de certaines cérémonies religieuses. On a assimilé ces épidémies du Moyen-Age à des accidents hystériques et l’on a décrit plusieurs variétés de chorées hystériques. On admet aujourd'hui que : «les crises chorégraphiques font partie de la nosographie des foules au même titre que les paniques, les émeutes et toutes les manifestations enthousiastiques. Sous l'influence des mêmes causes excitatrices, l'organisme de la collectivité réagit de la même façon, par une sorte d'effet de sommation d’une infinité de décharges nerveuses. Ce sont, si l’on veut, des réflexes collectifs obéissant à une loi fonctionnelle de la vie des masses (1) ».
S1 l’étymologie permet d'appliquer à ces phénomènes le nom de chorée {ydecx, danse), le langage médical ne saurait y souscrire. Il en va tout autrement de l'affection décrite par Sydenham et qui porte justement son nom : chorée de Sydenham. Il s’agit là d'une forme morbide bien caractérisée, dont l'autonomie clinique est universellement consacrée aujourd’hui.
Lorsque nous emploierons le mot de chorée tout court, c'est la chorée de Sydenham que nous aurons en vue, et nous laisserons de côté dans ce travail les affections décrites sous les noms de chorée de Dubini, chorée d'Enoch-Bergeron.
Mais, à côté de la chorée de Sydenham, on observe aussi journellement, chez les enfants surtout, des « mouvements nerveux », qui participent à la fois aux caractères des chorées et à ceux des tics. Telle est la
(1) H. Meice. La procession dansante d'Echternach. Nouvelle Iconographie de la Salpétrière, Masson, 1904, p. 30.
NT
chorée variable de Brissaud que nous aurons également l’occasion d'étudier.
Quant aux tics, grâce à l'impulsion de M. Brissaud, leur autonomie nosographique a été consacrée dans ces dernières années par les études de MM. Henry Meige et Feindel. Nous n'aurons donc pas à revenir sur leur définition et leur délimitation, quand nous en parlerons dans cette étude. Aussi bien, aurons-nous fréquemment l’occasion de faire des emprunts aux travaux de ces auteurs.
Enfin, dans le groupe encore confus des myoclonies, on observe des « mouvements nerveux », dont la qualification reste souvent indécise. Il ne nous appartient pas de la préciser. Au surplus, nous avons surtout en vue la thérapeutique de ces accidents, et la pratique journalière a démontré que les mêmes procédés de traitement usités contre les tics, leur étaient applicables avec le même succès.
Nous allons donc envisager dans ce travail :
1° Les chorées de l'enfance et en particulier la chorée de Sydenham et la chorée variable de Brissaud ;
2° Les tics de l’enfance.
Dans notre résumé clinique nous aurons exclusivement en vue les enfants atteints de ces affections, et c'est à eux également que s’adresseront nos conseils thérapeutiques.
Quels que soient les liens de parenté morbide qui unissent les tics et les chorées, et bien que les traitements qui conviennent aux uns et aux antres soient basés sur les mêmes principes, nous avons cru cepen-
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dant nécessaire, pour la clarté de notre travail, de décrire séparément le traitement de la chorée de celui des tics. Les méthodes thérapeutiques auxquelles nous croyons qu'il convient de donner la préférence, d'après l’enseignement et la pratique de M. le P' Brissaud et de ses élèves, ont pour base dans les deux cas :
1° L'alitement, avec ou sans isolement ;
2 Les procédés de correction et de rééducation connus sous le nom de discipline psycho-motrice (Brissaud et H. Meige) (1).
Il a été nécessaire d'adapter ces deux méthodes à chacune des maladies que nous avons en vue, et suivant les cas, l’une d'elle prend plus d'importance que l’autre, sans que cependant celle-c1 soit en opposition avec celle-là. Bien plus, elles se complètent réciproquement : la première prépare la voie à l’autre.
L’alitement et l'isolement, grâce au repos physique et mental, permettent à l'équilibre nerveux de se rétablir peu à peu.
Il est plus facile alors d’instiltuer une bonne discipline
psycho-motrice et, par conséquent, de faire une rééducation fructueuse.
(1) Brissaun et H. Mxice. La discipline psycho-motrice. Congrès de Madrid, 1903. Arch. gén. de médecine.