LES CHORÉES DE L'ENFANCE
Rappelons en quelques mots les principaux caractères de la chorée de l’enfance.
Un enfant d’une dizaine d’année, le plus souvent une fillette, arrive accompagnée de sa mère.
Du premier coup d'œil le diagnostic est fait.
Généralement émotionnée par la vue du médecin, si souvent représenté par les parents comme un épouvantail, « un croquemitaine », dont ils se servent pour obtenir la tranquilité et l’obéissance de leurs enfants, la petite malade se livre à des gesticulations désordonnées, plus nombreuses et plus amples qu’en temps ordinaire (1).
Ce sont des mouvements dans lesquels on ne peut reconnaître aucune espèce de coordination ; ils sont indéfinissables, inexplicables, ils échappent à toute description. C'est un « mouvement amorphe ; l’extension du bras dans l'espace, loin de représenter un geste, suit une marche serpigineuse, brusquement interrompue par les écarts les plus imprévus » (2).
L'enfant s'est assise, mais elle ne cesse de s’agiter sur sa chaise pendant que nous nous renseignons auprès de la mère.
(4) Cette règle n’est pas absolue; quelquefois en effet, sous l'influence de l’inhibition causée par l'émotion, les choréiques gesticulent moins en pré:
sence du médecin ; l'inverse est presque la règle chez les tiqueurs. (2) Onvo. Presse médicale, 30 septembre 1899.
se CL de
Nous apprenons alors que, plusieurs semaines avant le début de la maladie, elle était devenue maussade, qu’elle frappait à tout instant ses petits frères ou sœurs, qu'elle ne jouait plus avec eux, qu'elle évitait et fuyait ses parents. À l’école, sa distraction perpétuelle Jui attira les fréquentes réprimandes de ses maîtres.
Au moment où la mère s’aperçut des premiers mouvements insolites, l'enfant se plaignait un peu de fatigue générale ; elle manquait d’appétit, elle était pâle.
Les mouvements ont débuté par une main, puis ils se sont étendus à tout le membre, à la face, au reste du corps, mais en gardant toujours une intensité plus grande du côté où ils avaient commencé.
Ils disparaissent avec le sommeil.
Pendant que la mère nous donne ces renseignements, notre petite malade continue à s’agiter sur sa chaise. Elle fait une série de grimaces qui donnent à sa physionomie une expression, Lantôt gaie, tantôt pleurarde. Elle fait claquer sa langue.
Nous lui demandons de nous raconter, par exemple ce qu'elle fait à l’école. Elle se met à parler lentement, fait une grimace, tortille sa langue dans sa bouche, reprend tout à coup son récit en précipitant ses mots, comme si elle voulait rattraper le temps perdu par ces gestes inutiles.
Prions-la maintenant de se tenir debout ; elle ne restera pas une seconde tranquille, s’appuiera tantôt sur une jambe, tantôt sur l’autre ; de temps en temps elle manquera de perdre l'équilibre.
Faisons-la marcher; elle oscille, üitube, entrechoque ses pieds, ses genoux, plie sur ses jambes ou fait de petits sauts.
Ordonnons-lui de prendre un vase contenant des fleurs et de le porter à sa mère ; elle s'approche du vase, se livre à une série de mouvements désordonnés autour de celui-ci ; nous craignons qu'elle ne le brise, mais rassurons-nous ; Car, tout à coup, comme si elle voulait le dérober, elle le prend et le transporte sans le renverser.
Elle sait écrire. Nous lui demandons de nous donner un spécimen de son écriture. Elle recommence d’abord ses simagrées des mains pour saisir son porte-plume, puis quand elle le tient, autour de l'encrier ; elle finit enfin par se mettre à écrire. Elle le fait comme elle parle, lentement d’abord, d’un air gauche ; son écriture est celle d’un enfant qui vient d’apprendre, mais elle s'accompagne de grands paraphes ; elle fait des poses, puis repart brusquement, écrit quelques mots plus ou moins lisibles. Elle se tache les doigts, fait des pâtés, s'arrête et repart pour recommencer de même.
Il faut poursuivre l'examen.
Chez les choréiques, l’état des réflexes est des plus variables suivant les jours et suivant les sujets. Ceux-c1 sont souvent normaux, mais ils peuvent être exagérés des deux côtés, comme chez la plupart des névropathes; des deux côtés aussi, ils peuvent sembler affaiblis ; ce n’est souvent qu'une apparence et parce qu'en réalité la recherche de ces réflexes a été défectueuse. D’autres fois encore, 1ls sont inégaux, il y a exagération du réflexe patellaire et olécranien d’un même côté.
Les réactions électriques n’ont rien de particulier ; et,
ts
chose remarquable, on ne trouve pas d'hypertrophie musculaire dans ces membres perpétuellement en mouvement : au contraire, on observe fréquemment de l’amyosthénie.
Au point de vue subjectif, les petits malades se plaignent souvent de douleurs articulaires vagues, de rachialgie ; on doit alors rechercher tous les signes de l'infection qui a été le point de départ de la chorée, et tout particulièrement le rhumatisme.
Mais revenons à notre petite malade.
Son instabilité et son air d'inquiétude sont frappants. Donnons-lui, en effet, un livre avec des images, pendant que nous continuons à causer avec la mère. Elle le feuillette d’un air distrait, s’arrêtant à peine aux gravures. Elle se lève, va regarder à la fenêtre, écoute ce qu'on dit d'elle et enfin retourne à son livre, pour le quitter de nouveau l'instant d’après, se lever encore, toucher un objet, se rasseoir, etc.
Son attention, Sa mémoire aussi, sont capricieuses. On nous dit qu'elle excellait à l’école dans la récitation des fables et dans le calcul. Il n’est pas douteux que l’enfant soit intelligente, et pourtant, si nous lui demandons de nous réciter quelques fables, elle le fait très bien pour certaines, alors que pour d’autres, elle ne peut nous en dire que quelques vers isolés.
Mêmes lacunes pour le calcul : une soustraction compliquée est résolue sans fautes ; l'instant d’après il lui est impossible d’additionner deux chiffres.
Sa mère nous dit qu'elle a toujours été peureuse, mais que depuis peu elle l’est devenue à un point exagéré : la nuit elle a peur de tout, elle refuse d'aller dans le coin
RER et
sombre d'une pièce éclairée, à plus forte raison dans une pièce obscure.
Le caractère de l'enfant s’est beaucoup modifié. Son émotivité est extrême ; ce ne sont que colères subites, Joies excessives, crises de larmes ou rires fous.
Enfin, elle a souvent des cauchemars, des sortes d'hallucinations; on se demande parfois si elle n’a pas quelque délire.
Voilà, rapidement esquissé, le tableau clinique de la chorée des jeunes enfants. Il va sans dire qu'il existe de nombreuses variantes et que nous n’avons pas la prétention de décrire toutes les formes de chorée, mais simplement la plus vulgaire.
À côté de ce type clinique, qui correspond à l’affection décrite par Sydenham, il est bon de rappeler celui auquel M. Brissaud a donné le nom de chorée variable, il représente d’ailleurs un type de transition entre la chorée et les tics. En voici, d’après lui, les caractères principaux :
« Sur la signification du mot chorée, aucune ambiguité : la chorée consiste en des mouvements involontaires survenant sans but et en apparence sans cause, pendant le repos comme pendant l’action, par conséquent illogiques et maladroits ; ils suffisent pour caractériser symptomatiquement une névrose dont la durée est limitée lorsqu'il s’agit de la chorée mineure (dite de Sydenham) et illimitée lorsqu'il s’agit de la chorée majeure (dite d'Huntington).