IV. RÉSULTATS
Le traitement de la fièvre typhoïde par les applications de glace, les lavements froids et le v ccin iodé est-il une méthode favorable ?
. Diminue-t-il la mortalité? les rechutes et les complications sont-
elles moins nombreuses? La durée de la maladie est-elle raccourcie ?
Au début de notre première année d’internat, nous avions songé à diviser nos typhiques en 2 groupes de malades dont les uns auraient été traités par les moyens habituels, les autres par la méthode qui fait l’objet de ce travail.
La comparaison des résultats eût été plus probante, maïs le D' Mar-
masse avait dans la vaccinothérapie une telle confiance (que nous avons
partagée par la suite) que nous n’avons pas cru pouvoir priver des «té-
moins » des bénéfices de la méthode. »
Nous prendrons donc comme point de comparaison les données des statistiques: sans doute, il est difficile d’exprimer par un chiffre exact la fréquence absolue de la terminaison mortelle, ou des compliications, ou des rechutes dans une maladie dont des facteurs multiples, sociaux, climatiques et individuels entre autres, viennent influencer la marche; malgré leur apparence, les chiffres fournis par les statistiques ne peuvent pas prétendre à une précision mathématique; néanmoins, portant sur un grand nombre de cas, ils nous donnent des «moyennes » qui ne sont pas sans valeur.
La mortalité, pour la fièvre typhoïde traitée par les méthodes habituelles, était évaluée à 15,82% par Murchinson, relevant les observations du London Fever Hospital, pour une période de 33 ans. En Allemagne, Griesinger, réunissant les statistiques hospitalières, donne comme chiffres 18 à 19 % avec des écarts de 13 à 24%. En Amérique, Walters indique 12 à 20%. En France, Jaccoud, relevant 64 000 cas, donne 10,74 %, Chomel, à Paris, 22%, Merklen (statistique parisienne de 1866 à 1894), 14 à 24%, Chantemesse (Hôpitaux de Paris d'avril
1901 à octobre 1904) 18 %. Brand, puis Glénard, par la balnéothérapie, l’abaissent à 9 %.
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Les chiffres sont plus faibles pour les infections paratyphiques, surtout pour le paratyphus A. Merklen et Trotain ont 15 décès sur 446 cas (3%): 10 sur 90 para B, 5 sur 356 para A. Boidin a une mortalité de 6% pour les para B et 1,4% seulement pour les para A. Carles a une mortalité globale de 4,70 ; Rathery, Ve ue Ambard et Michel 6,79 %.
Les rechuites s’observent dans 5 à 10 4 des cas; la proportion semble être plus élevée pour les affections paratyphiques que pour les typhoïdes.
Les comphcations peuvent porter sur tous les appareils, tous les tissus ; ce sont les complications intestinales qui sont les plus importantes et, entre elles, l’hémorrhagie, dont la fréquence oscille autour de 5°, et la perforation qui se rencontre dans 2 ou 3 % des cas. Dans les infections paratyphoïdes, cette dernière constitue une rareté, alors que l’hémorrhagie est plus fréquente (8%) que dans la dothiénentérie.
La durée de la fièvre typhoïde normale, d’après les classiques, est de 3 septénaires, correspondant, le premier à la période d’invasion, le
second à la période d'état, le troïsième à la période terminale; en réalité,
si la première et la dernière période de la maladie ont une durée relativement fixe et voisine de 7 jours, la période d’état à une durée beaucoup plus variable: il n’est pas rare de voir le stade des oscillations stationnaïres et le syndrome typhoïde durer quinze jours, vingt jours et même, dans les formées prolongées, plusieurs semaines. Quant aux formes abortives, elles se rencontreraient dans 17% des cas, d’après Letulle.
Les moyennes indiquées par les en sont de 24 jours (Murchinson), 28 (Gauchery), 33 (Jewet), 29 (Wetters).
Pour le paratyphus, où les formes atténuées ou écourtées ne durent guère qu’une douzaine de jours et parfois moïns encore, contre 3 et 4 mois pour les formes sévères plus rares, mais dont Carles, Netter et Ribadeau-Dumas rapportent des observations, Coyon et Rivet indiquent une durée de 3 à 5 semaines, et, d’après ces auteurs, le stade amphibole serait plus fréquent et plus DORE que dans la fièvre typhoïde.
Quels sont d'autre part les résultats obtenus par la vaccinothérapre?
La mortalité est nettement abaissée, sauf toutefois pour Lyon qui, de 1903 à 1913, perd 21 malades sur 180 (soit 12%); de Massary, qui utilise la réfrigération par la glace associée à la vaccinothérapie soigne 46 malades et a 3 décès (soit 6,52%). Sacquépée, Netter, Smaliman,
Josué voient leur mortalité atteindre 7 %. Courmont et Rochaix 5% seulement, Meakings, Forster, Vincent n’ont que 2,4 à 2,7 % de décès, Gauchery 4 %. Rathery, en 1916, traite 147 paratyphoïdes par la vaccinothérapie avec 5 décés (soit 3,4%), alors que, sur 972 cas traités difiéremment, 57 se terminent par la mort (soit 7,78 %).
Petrovitch, la même année, totalise 2270 cas avec une mortalité inférieure à 3%; une autre série de 460 malades lui donne 15 morts, soit 2,9 %,, alors que, sur 220 témoins, il en meurt 26 (13 %). Pruvost, dans sa thèse, rapporte 32 observations de vaccinothérapie chez des enfants avec 1 mort (3%).
Avec le vaccin iodé, Nunez, de Montevideo, obtient 16 guérisons pour 16 malades traités dans le 1e" septénaire, maïs en perd 2 sur les 4 qu’il ne commença à vacciner qu'après le 30€ jour de la maladie.
Ranque et Senez, en 1017, publient 118 cas traités par le vaccin iodé, avec 6 morts, soit 5%. Thibaut rapporte dans sa thèse 18 cas soignés par la même méthode avec 1 mort (soit 5,50 %).
Notre ami Barcelot, interne des hôpitaux d'Orléans, à bien voulu nous communiquer la statistique concernant les typhiques et paratyphiques traités à l’Hôtel Dieu de cette ville au cours de ces trois dernières années.
En 1920 et 1921, sur 54 malades traïtés par les bains froids, la glace et les lavements froids, il en meurt 18 (dont 4 traités en plus du traitement classique, par le bactériophage), soit une mortalité de 33 %, chiffre très élevé; mais il semble que l’épidémie ait été particulièrement grave, les formes ataxo-adÿnamiques avec réaction méningée s’étant souvent rencontrées. En outre, 6 des cas ayant eu une issue fatale, concernent des personnes âgées de plus de 55 ans.
Quoi qu’il en soit, sans vouloir faire dire aux chiffres plus qu’ils ne peuvent — il n’y a peut-être là qu’un simple hasard — lui ayant communiqué les observations du service, il traite en 1922, par le vaccin iodé, 8 malades qui guérissent.
La rareté des rechutes est signalée par plusieurs auteurs, maïs leur présence a été quelquefois observée. Gauchery rapporte 1286 cas avec 91 rechutes, ou 7,07 %.
Quant aux complications, le même auteur rencontre 34 fois l’hémotrhagie intestinale sur 718 cas, ce qui fait un pourcentage de 7,32. La perforation n’est signalée que 6 fois dans les observations de 51 auteurs.
La durée de la période fébrile est diminuée.
Sacquépée et Wilson rapportent une moyenne de 14 à 15 jours. Thiroloix, Richardson 18, Chantemesse 217.
Netter voit l’apyrexie survenir au bout de 14 jours chez ses malades traités par la vaccinothérapie au lieu de 21 chez les témoins. Watters 20 jours au lieu de 30. Hortz et Gauchery 27 au lieu de 27. Ardin Delteil . 26 au lieu de 32, avec des moyennes de 19, 23 et 34 jours suivant que le . malades ont été traités avant le 5e jour, entre le 5° et le ro ou après le 10€ jour.
Meakings et Forster voient la période fébrile raccourcie de 9 jours, Gray de 7.
Pour Ranque et Senez, la moyenne de la période fébrile a été de 19 jours pour 110 cas; le détaïl de leur statistique indique: 16 jours pour les 46 cas où le vaccin iodé fut injecté dans le rer septénaire, 21 jours pour les 45 cas traités entre le 7 et le 15° jour et 23 jours pour les cas où le traitement ne fut institué qu'après le 15° jour.
Nos résultats personnels sont les suivants:
Sur 42 malades, nous avons eu I décès: 2,5% (vaccinothérapie instituée tardivement).
Nous avons observé 3 rechutes, peu graves d’ailleurs, qui se tradui- : sèrent seulement par une courte reprise du tracé fébrile.
Aucun de nos 41 malades n’a eu de complications, sauf une femme. qui fit une méningite dont l’origine typhique ne peut être affirmée.
Le total général des jours de maladie, comptés du début de l’invasion au retour à la température normale, a été de 832 jours, soit une moyenne générale de 20 jours.
Le détail nous montre que:
Pour 15 cas (8 T; 2 TB; 6 B) où le traitement par le vaccin iodé fut commencé dans le re" septénaire, le total a été de 2417 jours, soit 15 en moyenne.
Pour 22 cas (13 T; 5 T+B; 3 B; r A), où le traitement ne fut institué que pendant le 2° septénaire, le total a été de 457 jours, soït 21 en moyenne.
Pour 3 cas, où on ne put injecter du vaccin qu'après le 15° jour, le total a été de 134 jours, soit 44 en moyenne. C’est également dans un Cas de vaccinothérapie tardive que nous avons eu un décès à enregistrer.
Sur ces 4I cas, où la température fut prise régulièrement jusqu’à guérison complète, la défervescence à 37°.a été obtenue:
du 7€ au 14° jour dans 0 cas, soit 22%; du 13° au 21° jour dans 19 cas, soit 47 %; après le 21° jour dans 13 cas, soit 31 %.
Dans 7 cas une seule piqûre a suffi. Deux ont été nécessaires dans 18 cas; il en a fallu 3 dans 10 cas, 4 dans 4 cas, 5 dans 2 cas.
Nous avons traité 14 enfants de 4 à 13 ans qui ont guéri.
Trois de nos malades, en état de grossesse, ont guéri sans accidents d'aucune sorte.
D'une manière générale:
Les fièvres typhoïdes ou paratyphoïdes graves ont évolué comme des formes bénignes.
Dans maintes cas, la maladie a tourné court. Nous avons vu plusieurs fois les taches rosées faire leur apparition, alors que la température était redescendue à la normale.
Il y a une diminution de la gravité des symptômes: on observe une heureuse modification de l’habitus général du malade. L’état typhoïde si spécial fait place rapidement à une sensation de bien-être marquée; les troubles nerveux des ataxo-adynamiques délirants disparaissent brusquement. Le pouls de l’asthénique devient plus ample et mieux frappé. Les taux des urines augmente rapidement: peut-être n'est-ce qu’une conséquence indirecte de la vaccinothérapie: le malade aïlant mieux peut prendre davantage de liquide.
Toutes ces modifications heureuses traduisent un véritable réveil de l’organisme. Et la prompte entrée des malades en convalescence permet une reprise de l’alimentation et un lever précoces.
En fin de ce chapitre, nous inscrirons un résultat important obtenu par la vaccinothérapie et qui a fait l’objet d’une communication de Ranque, Senez, Chevrel et Gruat; ces auteurs ont recherché la bactériurie en utilisant la technique qu’ils ont décrite sous le nom de «Autouroculture »: les urines du typhoïsant additionnées de X à XV gouttes d’une solution à 1/200 de vert malachite sont mises directement à l’étuve. La bactériurie recherchée par l’ensemencement de l’urine en milieu bouillon pourrait, dans les mêmes conditions, donner d’autres résultats: le milieu «urine » n’est pas un milieu inerte et doit contenir des anti- COTps.
Par leur procédé, ces auteurs ont constaté que la bactériurie, dont la durée moyenne est de 15 jours chez les malades non soumis au traite- . ment bactériothérapique, ne se prolonge pas au delà de 5 joursen moyenne . chez les typhiques traités par le vaccin iodé. ve Ces constatations sont importantes au point de vue de la prophylaxie: le malade demeure moins longtemps dangereux en tant que | «semeur de germes ».
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