REMARQUES SUR L'EMPLOI DU VACCIN IODE
L’injection n’est pas douloureuse.
Les indications et contre-indications sont dans l’ensemble celles de tous les vaccins.
Signalons que l’atoxicité du vaccin et la bénignité des réactions vaccinales (car pour marquées qu’elles puissent parfois se montrer,
ou
elles ne sont jamais dangereuses et nullement alarmantes) nous ont engagé maintes fois, afin.d’instituer un traitement aussi précoce que possible, à procéder de la manière suivante: En présence d’une infection typhique cliniquement établie, nous avons recueilli du sang par ponction veineuse et, sans attendre que les recherches de laboratoires viennent confirmer notre diagnostic, nous avons pratiqué la première injection. Le malade ne court aucun risque en cas d'erreur de diagnostic et a tout à gagner à cette vaccinothérapie précoce, si la recherche de l’agglutination ou l’hémoculture sont positives. Signalons aussi que la gravidité n’est pas une contre-indication. Trois de nos malades, enceintes de 3 mois 1/2, 5 mois 1/2 et 6 mois ont vu leur grossesse continuer et ont accouché à terme d’enfants vivants et normaux.
L'apparition ou la présence des règles n’est pas une contre-indication.
Nous n’avons pas eu l’occasion de soigner de fièvre ne chez des vieillards; maïs nous pensons qu’on peut les traiter par la vaccinothérapie, avec précaution toutefois et sans espérer autant de succès que chez les enfants, même tout jeunes, où elle donne des résultats des plus nets, vraisemblablement. dus à ce que leur organisme neuf peut répondre avec une intensité extrême à la moindre excitation. Pour ces derniers, il convient de réduire les doses: l’injection d’essai sera de 1/3 ou 1/4 de centimètre cube; on augmentera prudemment et on ne dépassera pas un centimètre cube.
Pour abaisser la température au cours de la fièvre typhoïde, on a eu recours à des médications internes et à des moyens externes.
Or, un typhique a intérêt à prendre le moins de médicaments possible; il arrive parfois que les «antipyrétiques » fatiguent et irritent l’estomac, provoquant des vomissements (pyramidon) ou de l’hypothermie grave avec collapsus même à petites doses (cryogénine), diminuent par retentissement sur le cœur et sur le rein l’élimination de produits toxiques (antipyrine, acide salicylique, salicylate de soude, acide benzoïque) ou bien agissent, non comme tels, mais comme toniques
. (quinine). Enfin, l’abaissement artificiel de la température après leur
injection est extrêmement fugace. On peut dire que, dans son ensemble, , la courbe de température n’est pas influencée, ni la période fébrile raccourcie.
A ce sujet, notre maître, le Dr Paul Blum, écrivait en 1920: (Parmi mes typhiques), j'ai choisi trois groupes de cinq malades qui, arrivés à la même période de leur maladie, présentaient une allure clinique aussi rapprochée que possible. J’ai observé ces malades pendant 10 jours, en prenant la température 4 fois dans la journée, à 8 heures, 12 heures, 16 heures et 20 heures. Cinq malades ont reçu pendant 10 jours, à 8 h. et à 13 heures, un cachet composé de 0,65 gr. d’antipyrine, 0,10 gr. de pyramidon et 0,25 gr. de sulfate de quinine. Ceng autres ont été traités sans antithermiques. Les cinq derniers ont absorbé journellement quatre de ces cachets, à 8 heures, 13 heures, 18 heures et 23 heures; mais, dès le 2€ ou 3° jour, j'ai dû interrompre cette cure antithermique à cause des réactions pénibles présentées par ces malades. Pour chacun des deux premiers groupes, j'ai fait le total des températures obtenues pendant 10 jours chez chaque malade à raison de 4 prises quotidiennes de température. J'ai additionné les résultats obtenus pour chacun de ces cinq malades. Et, en faisant ce total, j’obtenais ainsi la somme des
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températures faites en 10 jours pour les 5 malades en observation, c’està-dire le résultat de 200 prises de température. En divisant ce total par 200, j'ai eu la température moyenne de l’évolution thermique... Or, il est arrivé... que les malades qui avaient pris des antithermiques ont fait une température moyenne de 38,49, alors que les autres n’ont pas dépassé 38,6 0... »; et il concluait: «Dangereux à haute dose. les antipyrétiques employés à des doses moyennes restent sans effet sur la fièvre ».
Les moyens externes comprennent un certain nombre de méthodes hydrothérapiques, en premier lieu la balnéation froide: La méthode de Brand, qui possède une action thérapeutique très efficace et très réelle, est néanmoins pénible pour le malade; elle lui impose un effort continuel, Tout repos prolongé lui est interdit, et qu’elle soit ou non responsable de certaines complications, comme ses adversaires le prétendent, elle exige, outre la présence presque obligatoire du médecin ‘ dans les cas graves, un personnel nombreux, entraîné et dévoué. Possible — et aux prix de quels efforts! dans un service hospitalier — elle devient souvent d’une application difficile, pour ne pas dire irréalisable, en ville et à la campagne.
D'autres moyens, plus doux, ont également été employés: les lotions, vulgarisées par Jaccoud, les affusions, préconisées par Currie et employées en France par Récamier, Chomel, Trousseau, Guéneau de Mussy, puis les enveloppements humides.
Toutes ces méthodes, qui comportent certaines contre-indications, permettent d'obtenir un abaïssement thermique d’importance variable, mais passager, discontinu.
Paraïlèlement à MM. Flandin et Lamperrière dans le service du Dr Chauffard, nous avons réalisé la réfrigération permanente (préconisée par Riegel) au moyen d’une large vessie de glace sur l’abdomen. «Cette thérapeutique, disent-ils, qui, au point de vue général, produit des effets hypothermisants équivalent à ceux de la balnéation, est, au point de vue intestinal, logique: on traite par la glace l’inflammation d’un segment borgne de l’intestin, comme l’appendice, on traite par la glace un typhique qui a eu des hémorrhagies intestinales. Pourquoi n’auraiton pas des succès analogues à la période d’état d’une affection qui lèse presque tout l’intestin grêle? »
Cette méthode n’a pas de contre-indication; sous son influence la diarrhée diminue, parfois même disparaît, et aucun de nos malades n’a eu des complications intestinales.
Les lavements ont été préconisés par Foltz, de Lyon, en 1875: il proposait d’administrer toutes les deux ou quatre heures un litre d’eau froide à 10-150. Nous avons utilisé l’entéroclyse, donnant sans pression et aussi lentement que possible un litre d’eau bouillie froide à 18° ou 20 ?, que nous avons renouvelé une fois et plus dans les formes hyperthermiques. Les lavements calment la sensation de soif, sont diurétiques, évacuent l'intestin et peuvent servir au besoin de vélcule à des agents médicamenteux (adrénaline par exemple).
En résumé, voici le traitement de la fièvre typhoïde tel qu’il a été appliqué depuis plus de trois ans à l’Hôtel Dieu de Blois:
a) Glace sur le ventre en permanence;
b) Lavements froids (un ou deux litres par jour);
c) Vaccinothérapie (vaccin iodé).