OBSERVATION V
(Thèse d'agrégation de Forgue, 1886.)
Il s’agit d’un homme de 32 ans, boucher, vigoureux et solidement charpenté.
Chute violente sur le pavé, souillé de sang et de détritus d’animaux, à l’abattoir de la Villette. La main et l’avant-bras pris sous le corps reçoivent le choc. En le relevant, on trouve la main et la partie inférieure de l'avant-bras complètement appliquées contre la face interne de l’avant-bras. Issue à tra- vérs une large plaie des fragments antibrachiaux supérieurs.
Lavage à l’eau phéniquée et réduction des fragments par le médecin appelé : pansement phéniqué et immobilisation en une gouttière. Le surlendemain, la main et une partie de l’avantbras sont gonflés, noirs ét sonores à la percussion. Pas de douleurs, état général bon. Le quatrième jour, M. Terrillon voit le malade : l'avant-bras et la main sont noirs et gazeux, le bras et le moignon scapulaire sont gonflés avec des téguments brunâtres, sillonnés de trainées livides. Ce qui est frappañt, C’est l'état général favorable du malade ; il boit et mange, les traits he sont pas altérés, la langue est humide, la température est à 380 ; un peu d’agitation cérébrale et d'anxiété respiratoire sont les seuls troubles généraux. On pratique des incisions qui donnent issue à du sang noirâtre et à des gaz, Le lendemain Île gonflément à gagné la base du cou, l’aisselle ét les régions thoraciques voisines. L’angoisse respiratoire augmente et jes troubles cérébraux s’accentuent. La température est à 39° et le pouls.à 120°. Le malade s’alimente, Fe
Dans la journée le délire augmente et la fièvre dyspnéique devient extrême,
Mort dans la soirée du 5° jour,
OBSERVATION VI (Labit, médecin-major au 84° de ligne) (1).
À Rouen, un chasseur à cheval très vigoureux fait dans le manège du régiment une chute violente sur l’avant-bras gauche.
On constate : 1° une fracture simple du radius à la partie moyenne ; 2° une fracture des deux os, située plus bas à deux ou trois centimètres de l'articulation du poignet. Les fragments supérieurs du radius et du cubitus continuent au dehors et sont comme étranglés par une boutonnière cutanée. Ils sont souillés par la poussière et la terre du manège dont on les débarrasse incomplètement au moment de l'accident. Du reste point d’hémorrhagie, ni de troubles de sensibilité de la main.
Dans ces conditions, on tente la conservation du membre, La plaie est nettoyée soigneusement avec la solution phéniquée forte. Quelques esquilles mobiles sont enlevées, enfin le membre est immobilisé après pansement antiseptique.
Pendant 48 heures, tout va bien; ni réactions, ni douleurs, état général satisfaisant. Le troisième jour, changement subit : l’avant-bras jusqu’au coude est tuméfié, douloureux et présente les caractères de l'affection connue sous le nom d'érysipèle bronzé et appelé par les modernes septicémie gangréneuse ou foudroyante, œdème malin, etc. |
L’amputation du bras jugée indispensable est aussitôt pratiquée par Weber, médecin inspecteur, On fait un pansement
(1) Cette observation etles deux suivantes ontété communiquées à l'Académie de médecine par Verneuil et publiées dans le Journaldes Sociétés scientifiques, 12 novembre 1890, pages 455-458,
antiseptique sans réunion immédiate, L'extension du mal est arrêtée du coup et la plaie opératoire évolue à souhait. Mais quatre jours écoulés, c'est-à-dire sept jours après l'accident, on voit successivement reparaitre le trismus, la raideur de la nie, la dysphagie : bref, le tétanos avec tout son cortège.
On institue aussitôt le traitement par le chloral à haute dose,
l’immobilisation, la température constante, etc., mais le tout
inutilement, Bien que la marche ait été lente, les contractures. modérées, la fièvre peu intense, la mort survient au vingt-
deuxième jour.
La plaie d’amputation était guérie.
OBSERVATION VII (Tédenat).
Homme de 33 ans, chute de cheval, luxation de Ja;tète inférieure du cubitus saillant à travers une boutonhière cutanée, mise en contact avec le fumier lentemént chauffé par le soleil de 4 mois, et arrosé par une petite averse trois jours avant l'accident, :
Frisson violent une heure après. Le lendemain, je trouve des. collections gazeuzes à la partie supérieure de l’avant-brasÿ j'incise, je lave avec un liquide antiseptique, je mets le membre dans un liquide antiseptique permanent. Le tissu cellulaire mortifié dans les foyers gazeux s'élimine. Tout s'arrange, la famille croit le danger conjuré. Mais le contact de la plaie avec le fumier me fait craindre l'invasion du tétanos.
Gelui-ci éclate en effet au huitième jour et enlève E blessé :
en 48 heures.
OBSERVATION VIII (Tédenat).
; Il s'agit d’une jeune fille de 23 ans. Luxation du pied en dehors. Le plateau inférieur du tibia porte sur le sol, et dans son cartilage s’incruste de la poussière. L'accident a lieu aux environs d’un abattoir.
On fait un lavage phéniqué. Appelé le 3° jour, je trouve une arthrite purulentétibio-tarsienne, avec phlegmon diffus jusqu’au genou et infiltration gazeuse.
Incisions multiples.
Vers le 20€ jour, tétanos qui guérit. Plus tard, j'ai fait la résection et aujourd’hui, la malade, grande et belle montagnarde marche bien.
OBSERVATION IX (Inédite).
Le nommé , palfrenier, entre à l’hôpital Necker, dans le service de M. le professeur Le Dentu, salle Malgaigne. litn® , pour une fracture de jambe compliquée.
L'accident est arrivé de la façon suivante : cet homme était à cheval, marchant à une allure modérée. En sens inverse vint une voiture conduite à une allure rapide. En passant, le moyeu de la roue de derrière du véhicule heurta la jambe du cavalier, il perdit l'équilibre et tomba à terre. La jambe subit tout le choc et il se produisit une fracture des deux os au tiers moyen; les fragments avaient perforé la peau, et la culotte était déchirée à ce niveau. Un médecin appelé immédiatement l’examina, et
après avoir lavé les fragments et avoir exploré le foyer de frac- - ture, fit conduire le malade à l'hôpital. | A son arrivée, on fit immédiatement une large désinfection
TESTEVUIDE, 3
de la plaie et des parties osseuses ; les irrégularités du fragment supérieur du tibia étaient encore souillées de terre. Enfin, après régularisation des pointes osseuses, on fit la réduction, mais après avoir débridé les parties molles pour pouvoir nettoyer et désinfecter la plaie. Pas de suture, pansement antiseptique.
Un point important à noter est le mauvais état général du malade, Il est dans un état nerveux très accentué, il s'agite, pousse des gémissements et demande qu’on ne lui coupe pas la jambe, alors que personne ne lui en parle. [1 remue sans cesse, redoute la moindre douleur, demande qu’on f’endorme à chaque pansement pour ne rien sentir. La langue est sèche, sa face pâle. Le regard est brillant et anxieux. La respiration est rapide et peu profonde. Le malade, bien qu'étant un garçon bien charpenté, paraît très nerveux et d’un moral assez faible, Par moments, il semble sortir d’un véritable état de stupeur et il verse des larmes en déplorant son accident et en accusant son mauvais sort, Il parait avoir peu de résistance, est très nerveux et maigre,
Le lendemain, le malade ne présente rien de particulier localement, mais son état général reste mauvais, le moral en particulier est très atteint, Grande surexcitation nerveuse,
respiration précipitée, pouls fréquent, dur et vibrant sous le doigt.
Le troisième jour : douleurs très vives, gonflement énorme au dessus du genou ; crépitation gazeuze et teinte bronzée des téguments au niveau de Ja jambe seulement,
On fait plusieurs incisions libératrices et des pansements iodoformés. Immobilisation dans une gouttière en fil de fer.
Amélioration locale en quelques jours, mais l'état général reste toujours déplorable, le malade est très frappé ; il a peur de mourir. Il s'assoupit par moments et se réveille en sursaut avec des cauchemars.
La suppuration est abondante au niveau des plaies ; il n’y a
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plus d'emphysème sous cutané, mais une collection purulente s’est faite à la partie supérieure de la cuisse, à l'union des tiers moyen et externe, on l'incise.
Le malade s’affaiblit et maigrit beaucoup ; ses traits sont tirés, les yeux excavés et cernés. Il se plaint de douleurs atroces dès qu'on touche au membre fracturé.
Les pansements sont renouvelés chaque jour et faits avec des compresses humides trempées dans le &ublimé,
Dans le courant de janvier 1897, l’état général décline peu à peu; les forces s’affaiblissent et le malade en somme semble se cachectiser profondément. L'état moral reste mauvais. La surexcitation nerveuse est tellement vive qu'après un des pate sements, le malade a une sorte de crise nerveuse.
Cependant, la température 37°$ ou 389 le matin, n’atteint pas 39° le soir. L’appétit a disparu et le pronostic s'assombrit de jour en jour,
Les jours suivants on est obligé d’avoir recours à une anesthésie légère au chloroforme pour pouvoir faire les pansements Délire avec crise et gémissements ; le malade pourtant reconnait les personnes qui le soignent, mais il est de plus en plus faible, Enfin, vers le commencement de février on dut se décider à pratiquer une amputation haute de la cuisse,
Mais au cours de l’opération, on vit que malgré la hauteur à laquelle on était remonté, on n'était pas” en tissu sain, Les muscles étaient séparés les uns des autres par un tissu conjonctif épaissi, infiltré de sérosité louche, évidemment purulente,
La moelle osseuse du femur était elle-même molle et altérée, On dut évider le canal avec la curette. Quelques points de suture seulement soutinrent le lambeau et on fit un large drainage.
Aucune amélioration, Les forces continuent à décliner et le malade meurt quelques jours après.