IE. — MODIFICATION DES LÉSIONS ANATOMIQUES
La streptomycine a toujours exercé une action favorable sur les lésions tuberculeuses proprement dites. Dans l’ordre chronologique, cette influence se manifeste d’abord sur l'hypersécrétion, puis sur les lésions ulcératives et infiltrantes.
1° Très rapidement, l’abondante sécrétion des lésions tuberculeuses diminue, puis disparaît. Le larynx devient propre, net et comme asséché. Ce nettoyage des lésions superficielles, exsudatives, permet de pratiquer un examen laryngoscopique plus précis et de mieux reconnaître les lésions sous-jacentes;
2° Les ulcérations se détergent ensuite de leur enduit. Elles deviennent nettes, puis se comblent et se cicatrisent souvent en quelques jours avec recouvrement épithélial (obs. I, IIT, IV, VIIT, XX et XXI).
3° Après avoir marqué une régression rapide au début du traitement, les lésions d'infiltration et d’œ-
dème semblent diminuer plus lentement par la suite (obs. IL,;°V, VIT, VIIT, Xet XVIIT).
Ce n'est que dans de rares cas (obs. X, XVII, XX) ue nous avons pu assister à une apparente guérison des lésions anatomiques avec restitutio ad integrum du larvnx.
En général, après la régression des lésions, nous avons vu la persistance d'un érythème laryngé avec impression d’une muqueuse épaisse, comme cela s’observe au cours des pharyngo-laryngites chroniques hypertrophiques.
Dans un cas, avec atteinte de l’épiglotte (obs. XV), les lésions cicatricielles rappelaient les cicatrices du fupus.
- Des cicatrices sténosantes du larynx ont été signalées comme séquelles du traitement mycothérapique des tuberculoses laryngées, en particulier par SouLas et Guiccox. Notre malade n° XIV présente actuellement une glotte dure qui semble rétrécie.
SSP EON TE
[V. —— MopniFICATION D'APRÈS LES FORMES CLINIQUES.
Il ressort de nos observations que les formes aiguës sont plus influencées par le traitement que les formes sub-aiguëes ou chroniques.
La maladie d’Isambert, granulie aiguë pharyngolaryngée, dont nous rapportons six cas, évolue vers la guérison, alors que sans la streptomycine son pronostic fatal est la règle (obs. XI, XII, XII, XVI, XVII, XIX).
Par contre, chez une malade ait par mycothérapie, en raison de son état pulmonaire, il n’a été observé aucune modification sur un vieux fibro-tuberculome d’une corde vocale, qui a nécessité une intervention chirurgicale.
Les résultats diffèrent encore selon la localisation. IL semble que les lésions sus-glottiques s’améliorent plus vile et mieux que les lésions glottiques : les cordes vocales restent souvent infiltrées et déformées.
No = PRONOSTIC:
* Grâce à la streptonivcine, le pronostic immédiat est nr amélioré dans les formes classiques de là Luberculose laryngée. Il est complètement transformé en ce qui concerne la maladie d'Isambert.
>° Pour juger du pronostic éloigné, il ne faut pas . de vue le parallélisme entre lésions pulmonaires et laryngées, le larynx s’améliorant en, fonction du recul des lésions pulmonaires. : |
Or, la streptomycine rompt fréquemment ce parallélisme : active sur le larynx, elle améliore peu ou pas du tout le poumon sous-jacent (obs. XVI, XVII, XXI).
Dans ces conditions, le bénéfice de l'amélioration laryngée peut-il être longtemps conservé ? Nos observalions ne remontent qu'à six mois en moyenne et ne nous permettent pas de nous prononcer sur ce point.
Signalons cependant deux récidives : la malade
n° XI, chez laquelle nous avons dû re prendre le traitement en raison d'une nouvelle poussée à allure granulique, el le n° XIV, qui à fait une localisation trachéale haute.
Bon nombre de nos malades ont conservé une expectoration bacillifère après traitement. Cette constatation nous entraîne à les gardér sous une surveillance périodique, car une ré écidive parait toujours possible. I faut faire des réserves quant à la durée de la guérison laryngée.
Malgré les résultats rapides et brillants au point de YUe eo li la tuberculose du larynx reste indirectement sous la dépendance de la thérapeutique phtisiologique, qui doit compléter, dans beaucoup de cas, l’action de la SHenyene sur les lésions du poumon.
NE ToxIcrrr.
Nous avons noté quelques incidents au cours de la streptomycinothérapie, mais sans gravité.
Cinq de nos malades ont présenté des phénomènes labyrinthiques avec vertiges (obs. Ne VIEIL OX ENS XX).
Ces incidents sont apparus vers le dixième jour du traitement, soit après administration d’une dose de 19 gr. environ.
Un de ces malades n’a présenté aucune réaction vestibulaire à la reprise du traitement avec de fortes doses.
Une patiente a fait une gingivo-stomatite ulcéreuse qui a nécessité l’arrêt de la streptomycine pendant huit jours; par la suite, le traitement a été repris aux mêmes doses sans nouvel incident (obs. X).
Un malade a présenté une hypoacousie Iégère accompagnée de vertiges après quelques semaines de traitement, à raison de » gr. par jour (obs. XVI).
Quelques malades, en outre, ont accusé des troubles gastriques avec vomissements, mais sans état vertigineux.
À la suite de ses travaux relatifs à la toxicité de la streptomycine, M. le professeur Monrannow, de Genève,
MR
a bien voulu nous communiqüer dernièrement ce qui suit :
« Il semble bien que la streptomycine exerce une action particulièrement nocive sur l'appareil cochléovestibulaire et en premier lieu sur le nerf vestibulaire, rappelant de manière frappante, bien qu'il n'y ait là qu'une simple analogie, celle de certains poisons exceptionnels du groupe de l’arsacétine, qui ont une affinité élective pour le ganglion de Scarpa et les fibres nerveuses qui en émanent. En effet, les lésions que nous avons enregistrées ne sont pas toujours du type périphérique et l’atteinte isolée de la fonction vestibulaire, en l’absence de trouble cochléaire, aux doses moyennes, permet d’exclure l'éventualité d’une labyrinthite, par exemple d'une labyrinthite méningogène. |
« Selon toule apparence, la streptomycine est toxique pour le système nerveux et, en particulier, pour l'organe sensoriel vestibulo-cochléaire. »
D'après FarriNGrToN, il est difficile de préciser si les accidents de la streptomycinothérapie sont dus aux impuretés ou au produit bactérien lui-même. Le mécanisme des troubles vestibulaires n’a pas été établi.
Le siège de l’action du produit est sans doute central, car l'atteinte est bilatérale et symétrique.
Pratiquement, à la dose journalière de 1 gr. 50, dose active dans la bacillose laryngée, la streptomycine
est d’une toxicité basse, mais non complètement inoffensive.
VIT. — PossiBILITÉ DE GUÉRISON.
Pouvons-nous parler de guérison ? La réponse à une pareille question est difficile, car on observe indiscutablement des cicatrisations d’ulcérations et des résorptions d'infiltrations, mais jamais nous n'avons vu, après traitement, un larynx reprendre un aspect absolument normal. Cependant, des états cicatriciels vrais ont été publiés,
Il paraît logique de penser, surtout avec ce que
nous savons des autres localisations bacillaires, méningitiques en particulier, quil peut toujours rester un foyer micro-nodulaire caché et somnolent, en attendant de repartir ou encore qu'un nouvel ensemencement laryngé, à point de départ HAAONIE, peut se reproduire.
La streptomyceine agit sur les microbes de la même façon que les sulfamides ou la pénicilline, c’est-à-dire par effet bactériostatique, bactériolytique et bactéricide. L’expérimentation a montré in vitro qu'une concentration de 1 microgramme au cm° de streptomycine arrête la multiplication du bacille de Koch, mais il faut 50 microgrammes de ce produit pour tuer le germe en question. Nous savons qu’il est à peu près impossible d'obtenir, chez l’homme, des concentrations sanguines supérieures à 20 microgranmies au em° du produit, donc très inférieures au taux bactéricide.
Par la disparition rapide des signes fonctionnels et en particulier de la dysphagie, la streptomycine permet aux malades de reprendre une alimentation normale et de mieux lutter contre leur infection.
Mais il faudra d'autres résultats et un recul plus important pour pouvoir aflirmer la guérison de la tuberculose laryngée.
Dans le champ d’une chimiothérapie anti-tuberculeuse, jusqu'ici bien décevante, la streptomycine apparaît comme le premier médicament actif contre le bacille de Koch et sa localisation laryngée.
Elle permet, pour l’avenir, de grands espoirs motivés par des succès expérimentaux indéniables et par des faits cliniques encourageants, comme il ressort des résultats que nous avons rapportés.
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