‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 11 sur 91 · UO · texte numérisé non relu

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Il est un troisième tissu qui s’entremêle souvent avec les deux premiers , le plus ordinairement il semble végéter d’une manière indépendante et isolée au milieu de nos organes durant de longues périodes. Ce tissu mérite de fixer toute l’attention du praticien, parce qu’il peut non seulement dégénérer en vrai cancer , mais , surtout , nous induire en erreur pour le diagnostie , ce corps à caractère ambigu , se nomme tissu fibreux.

Le tissu fibreux est formé par l’assemblage et l’entrelacement de fibres blanches très fermes et difficiles à rompre. Sa couleur est blanche, parfois cependant elle est un peu jaunâtre et ressemble aux tendons et aux capsules fibreuses des articulations; elle peut être également d’une nuance bleuâtre, brillante, argentée; enfin, dans quelques circonstances, on distingue des vaisseaux et des nerfs dans sa structure. Les tissus fibreux forment fréquemment des tumeurs isolées qui n’ont pas de tendances au ramollissement, à la suppuration et à l’ulcération, ils possèdent une sorte de vitalité presque aussi énergique, dans quelques circonstances , que celle des organes normaux ; il sont très disposés à l’inflammation , à la carie , et surtout à la nécrose, circonstances qui les rapprochent de la famille des cancers, Aussi , n’est-il pas rare de voir une tumeur diagnostiquée fibreuse, revêtir, dans les suites, le vrai caractère cancéreux et en suivre la marche.

Je ne donnerai point ici la description de tous les produits cartilagineux , fîbro-cartilagineux , osseux , qui se trouvent quelquefois dans l’intérieur d’une tumeur , parce que toutes ces productions rares et

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

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exceptionnelles , ne sont que les résultats d’une sorte de réaction des forces chimico-vitales et qu’elles n’impliquent en rien les considérations cliniques que nous aurons à émettre sur les médications des scrofules et du cancer.

Le tubercule se trouve quelquefois dans une tumeur cancéreuse, mais il n’est alors qu’une sorte d’épiphénomène, un accident et rien de plus. Le tubercule, dans son état de crudité , est formé d’une substance homogène, toujours opaque, de couleur blanche, ou d’un blanc sale, parfois jaunâtre et même grisâtre.

La suppuration peut avoir détruit entièrement un tubercule , avant meme qu’il n’existe d’écoulement manifeste ; il se ramollit alors dans son centre et se transforme en une matière purulente et grumeleuse. Par ces faits, il est évident que le tubercule appartient à la classe des maladies scrofuleuses et non à celle du cancer. Mais je délaisse ces détails pour dire quelques mots sur l’étiologie du cancer.

ÉTIOLOGIE DU CANCER.

Les médecins vétérinaires étaient autrefois si ignorants des vrais principes de l’art , qu’ils ne soupçonnaient pas les altérations pathologiques des organes chez les animaux. Au commencement de ce siècle M. Dupuy les ramena dans la voie de l’observation clinique ; de nos jours, M. Delafont, dans les séances académiques de janvier et de février 1855, a noblement vengé la médecine vétérinaire de l’abjection dans laquelle elle avait été si longtemps.

Mieux inspirés que les médecins hippiatres, les agronomes ont constaté , depuis un temps immémorial , que les arbres et même tous les végétaux , contractent fréquemment des nodosités susceptibles du s’ulcérer et de dévorer , de proche en proche , presque tout le parenchyme d’un végétal. Ces nodosités , sciées dans tous les sens, offrent un assemblage de noyaux très durs , fortement enlacés entre eux et dont l’aspect présente une certaine analogie avec le tissu médullaire du végétal et nous donne l’idée d’un vrai tissu encéphaloïde. Les plantes peuvent donc être la proie du cancer , qui est le type d’une de ces lois désorganisatrices dont la nature se sert pour anéantir ses propres ouvrages; mais d’où vient-il, et quel est son mode de production ?

Le cancer, étant une affection morbide propre à tous les êtres vivants, ne peut être regardé comme le produit d’une dégénération de la syphilis, maladie spéciale à l’homme.

Les scrofules se marient quelquefois au cancer, mais elles ne dégénèrent en tissus cancéreux que dans un âge avancé , lorsque l’organisme acquiert cette consistance sénile, dont la puissance indurative se manifeste principalement sur les glandes conglobées.

Le climat n’a pas une grande influence sur la production du cancer ; cependant , les milieux ambiants ne pourraient-ils pas coopérer, ou du moins faciliter, son mode de production? J’ai vu bien des malades éprouver du regret d’avoir habité trop tôt des appartements nouvellement plâtrés.

Le cancer du ramoneur, répétons-le, n’indique-t-il

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

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pas que la suie , probablement aussi d’autres corpuscules impalpables ? pourraient être ranges parmi les causes productrices des lésions cancéreuses? Les coups dirigés sur des organes délicats , les mamelles , par exemple , sont regardés comme une cause puissante de ces sortes de maux. Cette opinion exagérée , il est vrai , acquiert cependant de la consistance , lorsqu’on sait que l’agriculteur redoute de voir monter sur ses arbres un homme portant des souliers ferrés. Les empreintes des clous provoquent des nodosités et des ulcérations consécutives, qui, en s’irradiant de proche en proche, attaquent, dans les suites, le parenchyme de l’arbre et le corrode. Des incisions , même très profondes , pratiquées avec un intrument tranchant n’occasionnent jamais de pareils accidents.

C’est entre la quarante-cinquième et la cinquantième année que le cancer se développe le plus fréquemment chez la femme; lorsqu’il frappe de jeunes filles, il a pour cause, nous l’avons observé, les évolutions mensuelles irrégulières et peu en rapport avec l’énergie de leur tempérament.

Ne semble-t-il pas , d’après ces notions bien positives, que chez les cancéreux, répétons-le sans cesse, il existe une exubérance de matériaux dans les mailles du tisssu aréolaire , de là un labeur chimico-vital excédant, par suite, exagération morbide des propriétés occultes du canevas rudimentaire des tissus , enfin, induration consécutive de l’organe sur lequel se porte l’action d’une prédisposition générale.

Quelles que soient, en dernière analyse, les véritables causes étiologiques du cancer , remarquons qu’elles

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portent leur principale influence sur des tissus glanduleux ou graisseux.

Ces tissus , par leur transformation pathologique , ne semblent-ils pas nous indiquer qu’ils possèdent des fonctions normales offrant une certaine analogie avec celles du cerveau?

Tous ces petits corps ganglionnaires, visibles ou présumés tels, ne reçoivent-ils pas et ne conserventils pas , jusqu’à un certain point, le fluide électromagnétique qu’ils répandent ensuite imperceptible ment dans tous leurs alentours? Une partie donnée, étant excitée, stimulée d’une manière insolite, les tissus glandulo-graisseux circonvoisins , n’étant plus équilibrés dans leurs rapports corrélatifs, laissent dégager, d’une manière erratique, le fluide électro-sensitif qu’ils ne cumulent et ne dispensent plus d’une manière normale. Dans cet état de perturbation il se forme des noyaux , qui , en se multipliant de proche en proche , se réunissent entre eux , forment des masses , qui deviennent souvent énormes et envahissent non seulement des organes , mais parfois des régions entières. Des douleurs , souvent atroces , se développent dans ces tumeurs et s’irradient au loin, des secrétions morbifiques s’établissent et deviennent immenses , le malade enfin tombe dans la cachexie cancéreuse.

L’hérédité est regardée , par bien des praticiens , comme la cause la plus puissante du cancer, et pour étayer cette assertion, on a recours à des exemples fournis par l’histoire de quelques personnes illustres : Mme Deshoulières et sa fille; Antoinette Thérèse; Mme de Lavallière, et sa fille la duchesse de Châtil-

Ion, succombèrent toutes les quatre, nous disait le professeur Delpech, à des cancers du sein. Bien d’autres cas analogues présentent, on l’affirme par contre de nos jours, des coïncidences aussi fâcheuses. Ces faits sont vrais , mais je dirai que Anne d’Autriche mourut également d’un cancer des mamelles et je ne crois pas qu’aucun membre de la famille des Bourbons ait été frappé d’aucune maladie chronique, propre à faire présumer l’existence d’un tissu cancéreux.

Oublions, au reste, toutes les citations analogues ainsi que tous les tableaux statistiques qu’on l’on pourrait dresser pour affirmer ou nier l’hérédité du cancer, mais faisons observer que, chez tous les êtres vivans , les tissus lardacés et cérébriformes sont si fréquents dans les lésions organiques, qu’on peut les regarder, à bon droit, comme une des deux grandes chaînes auxquelles se rattachent les lésions destructives de toutes les espèces. La formation des tissus cancéreux , dans l’économie , doit être considérée comme une conséquence de notre constitution et comme une sorte d’héritage universel auquel personne ne peut se promettre de pouvoir échapper. L’hérédité du cancer n’est donc pas suffisamment établie pour qu’elle doive inspirer des craintes exagérées à une famille qui compte quelques victimes dans son sein. Cette cause, enfin, perd beaucoup de sa valeur, dès l’instant où je démontre, par des faits irrécusables, que les tissus cancéreux sont résolubles et que dans des cas, même très avancés, on peut rendre au système celluleux sa souplesse et son élasticité normale.

En terminant ce tableau, nous dirons que toutes les

graines , provenues d’un même arbre et et d’un même fruit , ne donnent pas des sujets identiques ; les uns s’élancent avec une vigueur exubérante , d’autres restent constamment dans des conditions médiocres , d’autres , enfin , sont toujours chétifs et rabougris; tout cela , en raison du sol dans lequel ils sont implantés , de l’influence du soleil et de celle des milieux ambiants. A ces causes modifiantes de la puissance végétative, il faut annexer pour les animaux celle du croisement des races.

Je ne suivrai pas le cancer dans ses dégénérations ultimes, je laisse à d’autres le soin de nous faire connaître, par des dissections bien dirigées, les infiltrations séreuses, le dessèchement des fibres musculaires, la coagulation plâtreuse de certaines parties molles , la fragilité du système osseux , tous les désordres pathalogiques, en un mot, que l’anatomiste trouve sur le cadavre. Mon unique but est d’observer la progression des phénomènes morbides , qui peuvent nous décéler le véritable caractère du cancer afin d’en déduire un mode de procédé thérapeutique. Les montions que la nature met parfois en œuvre pour modifier et enrayer une maladie aussi rebelle , sont rares et exceptionnelles ; mais ne les dédaignons pas , constatons-les , au contraire , avec beaucoup de soin.

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