‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 15 sur 91 · DES SCROFULES ET DU CANCER A MON POINT DE VUE · texte numérisé non relu

DES SCROFULES ET DU CANCER A MON POINT DE VUE

Je viens de donner un léger croquis des tableanx synoptiques des scrofules et du cancer , tableaux à peine ombrés, il est vrai, de peu de valeur par conséquent pour le médecin clinique , mais suffisants pour le malade auquel ils doivent donner Féveil en temps opportun. Ges tableaux, tirés des signes extérieurs et des résultats nécropsiques des maladies tuberculeuses et squirrheuses, ne dirigent qu’à demi ma pratique médicale. Je ne m’arrête pas, en effet, à tous les désordres que l’anatomie nous décèle, et je range toutes les tumeurs en deux grandes classes. Ces deux classes sont basées sur les résultats thérapeutiques produits par les eaux artésiennes de Celles , administrées sous forme de bains de six heures de durée. Toutes les tumeurs (à l’exception du goitre et des loupes peut-être) (1), ont une tendance prononcée, les unes à suppurer, les autres à tomber en gangrène; les premières appartiennent à la classe des maladies scrofuleuses, les autres à celles des cancers.

Si je consulte actuellement mes souvenirs , je dirai

(1) J’ai peu traité de goitres et peut-être pas une seule loupe ; quelques goitres se sont résolues par aventure , en quelque sorte durant le cours des médications que je dirigeais contre d’autres tumeurs.

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

que Bordeu , dans son traité sur les maladies chroniques, exalte les eaux de Baréges dans la médication des scrofules ; je me remémore aussi d’avoir lu au temps île mes études dans je ne sais quel journal qu’une grande dame de Prusse guérit à Baréges d’un cancer du sein , qu’elle vit tomber en gangrène; la plaie se cicatrisa. Je conclus de ces laits qu’à Baréges la médication par les eaux conduirait à des résultats à peu près identiques à ceux que j’obtiens à Celles. Ce que je viens de dire , pour Celles et pour Baréges , serait également vrai pour une foule d’autres eaux minérales si je les administrais à ma façon; j’ai la conviction profonde que ma classification des tumeurs est vraie, et découle, ou pour mieux dire se rattache aux deux grandes lois dont les contrastes furent compris par les observateurs de tous les âges, et représentés chez tous les peuples par des allégories plus ou moins ingénieuses.

Je n’ai point cherché à étayer la doctrine que j’émets , par des expérimentations générales sur l’organisme, ce genre de recherches me paraît superflu, mais les pratiques chirurgicales ^ qui ont cours dans ce moment, me donnent à elles seules une démonstration suffisante de la valeur de ma classification nosologique. Les caustiques si nombreux et si divers, employés depuis Rhasès jusqu’à nous pour la destruction des tumeurs cancéreuses, n’opèrent certainement pas une sursaturation chimique de toute la matière morbide ; une partie du parenchyme de la tumeur , étant saturée avec une certaine énergie, on voit la mortification s’étendre au loin , et quelquefois jusqu’aux

derniers ramuscules; une sorte de synergie thérapeutique frappe des tissus maladifs sans atteindre les tissus normaux. Les caustiques dont s’arme le chirurgien ne doivent donc leurs succès qu’au mode de texture des tumeurs cancéreuses, et à leur prédisposition à se sphacéler sous l’influence d’une incitation modérée. De là , l’utilité des caustiques ou pour mieux dire leur innocuité contre le cancer , tandis qu’ils sont nuis contre les tumeurs scrofuleuses qui n’ont pas la même tendance. Les hommes de l’art ont donc , au point de vue pratique et sans s’en rendre compte, rangé toutes les tumeurs dans les deux classes que je leur assigne. Mais quels sont les points de départ, quel sont les limites à établir entre ces deux sections nosologiques? En médecine, tout se tient, tout se lie, tout s’enchaîne; ainsi , les lésions du système cellulo-lympathique ont entre elles de grandes connexions , une sorte de parenté qui ne permet pas de les ranger dans des cadres immuables , de les parquer à l’instar de tous ces êtres de la création que nous groupons si bien dans nos colonnes de botanique. L’on ne peut , je me plais à le dire , établir un mur d’airain entre les lésions scrofuleuses et cancéreuses; elles peuvent, au contraire, non seulement se marier entre elles, mais se convertir même les unes dans les autres. Il n’est pas rare , nous le savons , de voir un sujet scrofuleux, dans son jeune âge, devenir cancéreux sur ses vieux jours. Je vois aussi dans le cours des médications qui me sont familières le vrai squirrhe cancéreux perdre peu à peu ses aspérités, ses couleurs livides, ses veines concomitantes cesser d’être

CANCÉREUSES ET SCROFULEUSES.

OÙ

variqueuses, les douleurs se dissiper , lesquirrhe enfin prendre la consistance et l’aspect d’une simple tumeur lymphatique, qui comporte et reçoit vers la fin la médication mitigée des scrofules proprement dites ; mais n’anticipons pas sur la marche des faits.

En méditant sur les notions pathologiques, esquissées dans le chapitre précédent, on voit que des praticiens très consciencieux et très éclairés ont constaté des guérisons de tumeurs présumées cancéreuses. D’illustres anatomo-pathologistes, entre autres Laënnec, ont vu sur le cadavre que des phénomènes d’absorption sont possibles dans l’intérieur d’une tumeur cancéreuse. Ces mouvements d’imbibition sont faibles, très faibles, imperceptibles même; mais enfin ils sont démontrés par le scalpel, et si l’on admet ce dilemme, Ton souscrit par cet aveu à la solution possible du problème du cancer. La médecine, nous ne saurions en disconvenir, est à la remorque de toutes les autres sciences , mais puisque le physicien et le chimiste ont acquis des connaissances , dont le degré de perfectibilité tient du prodige , pourquoi notre tour de progresser n’arriverait-il pas? L’art de guérir sera-t-il donc toujours restreint dans des limites infimes que

l’on ne saurait dépasser? . L’épée de Damoclès

sera-t-elle donc éternellement suspendue sur la tête d’un pauvre cancéreux? Non, il est toujours des espérances fondées même dans les cas les plus rigoureux et les plus extrêmes. Ainsi , je le dis avec un certain amour propre, par le fait seul que l’absorption est possible dans une tumeur cancéreuse , j’étais en droit de rêver des agents thérapeutiques d’une divisibilité

infinitésimale , et de chercher à les introduire , à les ingérer dans le canevas celluleux et dans les tissus cancéreux eux-mêmes. De là , mes plans de matière médicale. La médecine prend donc à mes yeux un rang nouveau ; d’autres destinées vont s’ouvrir pour elle. Mais avant de soulever un coin du rideau qui voile bien des mystères, portons nos regards en arrière et disons quelques mots sur les médications que l’on a opposées jusqu’à ce jour aux ravages des scrofules et du cancer.

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