TRAITEMENT DES SCROFULES
Les scrofules furent regardées dans les siècles antiques avec d’autant plus de dégoût qu’elles étaient réputées au-dessus de toutes les ressources de l’art ; aussi nos premiers aïeux se figurèrent-ils que des êtres présumés surnaturels, tels que des princes ou des rois , pouvaient seuls les guérir par de simples attouchements.
Au moyen-âge et à l’époque de la renaissance, les chimistes, rattachant les pratiques de la médecine à la philosophie expérimentale, employèrent les évacuants de tous genres et de toutes formes ; les sudorifiques tant indigènes qu’exotiques ; les incisifs crucifères, les toniques amers et le quinquina surtout ; les sels provenant des corps métalliques ou métalloïdes de toute espèce, tels que le mercure, l'antimoine, le soufre, le fer, le plomb, etc., etc., la magnésie, la strondane, la chaux, la silice, la baryte et généralement toutes les substances que la nature nous présente furent expérimentées tour-à-tour ; les bains de mer, la potasse, l’or, les feuilles de noyer et les semences de ciguë sont, à l’heure actuelle, les seuls objets de la matière médicale qui possèdent un certain crédit.
Depuis l' installation de l’Académie de chirurgie,
vers le milieu d a xvme siècle, cette heureuse rivale de la médecine envahissant peu à peu tous nos domaines a payé sa quote-part dans la médication des maladies scrofuleuses. Mais quelques belles que soient les opérations pratiquées sur cette classe de malades, le chirurgien ne peut disconvenir qu’il n’est qu’un simple acolyte dans ces occurrences, et qu’en définitive c’est au médecin qu’il appartient de surmonter et de vaincre cette classe de maux.
La découverte de l’iode (Gay-Lussac, 1814), son heureuse application dans le traitement du goitre et des glandes (Goindet de Genève, 1 820) provoquèrent l’enthousiasme de tous les médecins, et cet enthousiasme se maintient encore. Un illustre praticien (M. Velpeau) regarde ce corps comme le spécifique de la scrofule. (Séance de l’Académie de médecine, février 1855.)
Associé tour-à-tour avec tous les corps métalliques ou métalloïdes, l’iode a été, je puis le dire, administré sous toutes les formes. C’est principalement par sa combinaison avec le premier des alcalis qu’il a joué un si grand rôle. Est-ce à la présence de l’iode dans la composition de l’huile de foie de morue qu’il faut attribuer la valeur médicale de ce liquide, liquide tellement prôné dans ce moment qu’il semble devoir faire oublier toute autre espèce de combinaison iodique ?
Il ne m’appartient pas de discuter la valeur des procédés mis en œuvre jusqu’à ce jour. Mais que l’on me permette de dire d’après quelles impressions je suis parvenu à créer des médications qui me sont
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
familières, et dont les résultats répondent chaque jour à la confiance que m’accordent mes clients.
Tout germe organique placé dans des conditions convenables se tuméfie d’abord. Bientôt chez le végétal apparaissent sur ses cotylédons les rudiments du collet , des radicules et de la plumule ; linéaments de la souche, des racines et de la tige du nouvel être. Chez les animaux , organisation identique ; chez les vivipares, par exemple, le fœtus adhère à sa mère par des canaux qui se rendent directement au foie, auquel aboutissent les fibrilles de la veine porte qui nous donnent l’idée des radicules du végétal et l’ensemble des vaisseaux artériels qui, partant de ce viscère, impliquent aussi l’idée de la plumule. Chez les ovipares, construction identique, avec cette différence que le fœtus trouve dans les substances albumineuses de l’œuf des produits nutritifs qu’il n’est point obligé d’emprunter au sol ou à sa mère. Lorsque l’être est complet, tous les rapports cessent, et les outillages qui procurent à l’animal une vie indépendante entrent en jeu. Les poumons, les premiers, remplissent leur fonction électro-vivifiante, le cerveau répondant à cet appel met en jeu les fonctions de l’estomac, qui se décharge du méconium dont il est empli chez le fœtus. La bouche aspire les principes alimentaires qui subissent l’influence des sucs fermentescibles produits par les glandes salivaires. Parvenus dans l’estomac, ces aliments forment un bol qui est soumis à l’action des sucs gastriques et aux ferments pancréatiques.
Le foie puise dans le tube digestif, par le système
de la veine porte (espèces de racines), des matériaux qu’il s’adapte, qu’il digère en quelque sorte, pour en former ces sucs bilieux qu’il déverse ensuite dans le duodénum pour confectionner le chyle. En résumant ces divers états, on comprend que la première fonction, celle qui préside au développement de l’être, continue sa progression, alors meme que les machines viscérales sont toutes en jeu. Or, ce système bulbeux comporte lui meme une certaine organisation que nous décèlent les traînées de vaisseaux lymphatiques aboutissant aux glandes conglobées, glandes et vaisseaux qui ne sont certainement pas sans avoir une utilité et un but physiologiques. L’analyse chimique nous montre clairement que, dans la grande circulation, le fer et la sérosité jouent un rôle majeur ; dans la circulation lymphatique au contraire, point de fer, peu ou point de sérosité, et l’humeur alcaline douée d’une certaine consistance. Trois bases sont donc à étudier pour bien comprendre le mécanisme thérapeutique.
1° Fonction électro-magnétique, représentée par le jeu de nos viscères.
2° Labeur chimico-vital, opéré dans le torrent de la circulation sanguine, qu’entretiennent et fomentent les fonctions de l’estomac ;
5° Travaux continus du système absorbant qui jouit d’une action spéciale.
Il n’est pas de mon sujet de m’arrêter un seul instant sur l’électro-magnétisme animal, par conséquent sur tout ce qu’il y a de mystérieux dans l’histoire de la vie.
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
La confection du bol alimentaire m’intéresserait davantage, mais c’est principalement l’étude des phénomènes qui s’opèrent dans le secret du système lymphatico celluleux qui ont été si longtemps l’objet de mes méditations, de mes études et de mes recherches.
Pour obvier aux lésions chlorotiques, le fer introduit par la voie stomacale est le premier de tous les agents ; il n’en est plus de meme pour les scrofuleux dont toutes les souffrances résident dans le système cellulo-lymphatique, qui n’admet pas la présence du fer. A Celles, l’expérience me l’a appris depuis longues années, les scrofules appâtent la boisson et les bains de nos eaux alcalines , ils dédaignent au contraire les eaux ferrugineuses. L’inverse a lieu pour le chlorotique. L’instinct décèle donc l’indication thérapeutique que le praticien est appelé à remplir.
Sept sources coulent dans la vallée de Celles, dont quatre aicalino-gazeuses. Les deux plus importantes sont connues sous les noms de : puits artésien et fontaine Ventadour. Pour donner une idée approximative de ma pharmacologie, je dois tracer ici les analyses de ces deux sources; analyses qui furent faites en d 837 par M. Balard, aujourd’hui professeur à la Sorbonne et membre de l’Institut.