TRAITEMENT DU CANCER
Vers le milieu du xme siècle, Raymond-Lulle parcourait toute la terre connue pour trouver un remède contre le cancer, qui dévorait son amante ; ses recherches furent vaines, il n’eut que des larmes à verser dans les suites.
Au temps de Louis XIV, le prince des médecins de cette époque, Boerhaave affirma que le cancer est une maladie essentiellement nerveuse; il s’abstint de divagations et de recherches; abstention bien sage de la part d’un homme qui, n’ayant aucune idée sur l’essence du fluide électro-nerveux , craignit de tomber dans le romantisme médical.
Durant le cours du siècle dernier, Storck et Dehaën préconisèrent l’un le sedum airé, l’autre la ciguë; la réputation du sedum n’eut pas un long retentissement , mais celle de la ciguë se maintint plus longtemps et vient d’être renouvelée de nos jours. Dehaën manipulait lui-même ses compositions cicutiques , mais quel était son mode <le préparation? Il a emporté son secret dans la tombe. Les contemporains du professeur de Vienne lui concédaient cependant plus de soixante guérisons de vrais cancers, ainsi qu’une foule de demi-résultats. Le scepticisme contesta, dans les suites, les succès du
maître et l’on oublia la ciguë aussi bien que le sedum.
Au temps de mes études, quelques professeurs nous parlaient de l’innocuité , de l’utilité possible de l’acétate de plomb, de celle ducamphre et même du phosphore; ils prescrivaient également des bouillons altérants, toujours aiguisés par le cerfeuil, des applications de pulpe de carottes, enfin, le régime laiteux et quelques rares dérivations sanguines. Tristes et faibles ressources , qui ne portèrent point de soulagement à notre professeur de pathologie médicale, à l’illustre Baumès qui, rongé par un cancer de la face, se bornait à le couvrir d’onguent rosat, et nous disait : je porte un rioli me tangère.
A cette époque, Broussais qui remplissait le monde de l’éclat de ses doctrines et du bruit de son nom , essaya d’assimiler le cancer à une simple phlegmasie chronique et voulut le traiter par des émissions sanguines; atteint lui-même, quelques années plus tard, d’un cancer de l’anus, il s’empoisonna par l’hydrochlorate de morphine pour échapper à ses atroces douleurs , terrible leçon donnée aux médecins trop exclusifs dans leurs doctrines (1).
Le cancer fut ensuite comparé à d’espèces de géodes lymphatiques, ou, si l’on veut, à une masse de vacuoles qui l’on crut pouvoir faire oblitérer par de simples procédés mécaniques. La compression eut quelques moments de vogue.
M. Canquoin présenta, à son tour ses préparations
(1) Broussais essaya de rhomœopathie avant de se donner la mort.
SCROFULE t S ES FT CANCÉREUSES.
zinciques pour remplacer le deuto-chlorure de Rhases (i), et la pâte arsenicale du frère Côme. A l’heure actuelle, le docteur Landolfi préconise ses ustions bromiques, mais tous ces procédés ne sont que de simples ressources chirurgicales qu’il ne faut pas trop prôner, car, après tout, couper ou brûler n'est pas guérir.
Guérir? mais par quelle voie, par quels moyens peuton attaquer une maladie aussi insaisissable, aussi rebelle?
D’après les dogmes que nous avons émis sur le siège et sur l’étiologie du cancer, il est avéré que, s’il nous était possible de maintenir constamment le système lymphatico-celluleux dans son état de flexibilité et de souplesse normale, on préviendrait le développement de toute texture fîbreuse-lardacée ou encéphaloïde, on éviterait, par conséquent, toutes les désorganisations ultérieures de ces dégénérations premières et par suite le cancer. Veiller à la grande régularité de l’imbibition et de la transsudation , à la santé parfaite du système lymphatico-celluleux, est un premier dogme de pratique médicale auquel les médecins ont trop peu songé jusqu’à ce jour. Oui, l’on a trop négligé l’étude hygiénico-thérapeutique du système celluleux , et cependant personne n’ignore que l’étrille vaut une mesure d’avoine pour le cheval. Les fonctions du tissu adipeux sont beaucoup plus actives, par suite bien plus importantes qu’on ne pense , et la preuve de cette assertion résulte des expériences de
(1) Au huitième siècle, le médecin d’Aaron-al-Raschid eut le premier l’idée de brûler le cancer ; c’est ainsi que le deuto-chlorure de mercure a été introduit en médecine.
M. Achard de Berlin, qui nous a appris à faire engraisser , par l’insufflation de l'air atmosphérique , telle partie que bon nous semble d’une volaille, d’un mouton ou de tout autre animal domestique. D’après ce peu de mots, on comprend qu’en maintenant, qu’en équilibrant toujours les fonctions normales de la peau et du système cellulo-lymphatique, on peut s’opposer à la formation de tous ces tissus accidentels dont le cancer est le summum , le nec plus ultra ; mais prévenir le cancer ne suffit pas, me dira-t-on , il faut le guérir quand il existe.
Les soins hygiéniques usuels les mieux dirigés sont impuissants pour prévenir les squirrhosités organiques; à ce compte, en effet, les gens riches n’en seraient jamais atteints. Or, c’est parmi eux quelles sévissent peut-être avec le plus de fureur.
De toute nécessité il m’a fallu innover des médications propres à donner de l’élasticité , de la souplesse au canevas celluleux , mais où réside le siège de ces médications et en quoi consistent-elles? Le cancer ayant son point de départ selon le trajet des glandes conglobées , en dehors par conséquent du système circulatoire et hors de l’influence de nos appareils électro-moteurs , il importe , pour agir plus directement sur lui , de l’attaquer par la voie iatraleptique. Les tramées des vaisseaux absorbants conduisent immédiatement le principe médicamenteux sur les noyaux engorgés, ce qui n’empêche pas de l’introduire aussi par la voie stomacale , mais en craignant toujours de réagir sur ce viscère ainsi que sur tous les appareils de la physique animale. Les molécules iné-
dicamenteuses, doivent, d’après mes plans de curation, pour être opposées aux scrofules ainsi qu’au cancer , se glisser à la sourdine dans les mailles de nos tissus. Les recherches, les expérimentations indicibles que j’ai faites pour parvenir à la solution du double problème posé dans cet écrit m'ont mis dans le cas de redouter toute excitation générale. Il faut absolument que la dissolution des molécules albumino-plâtreuses , qui composent la substance du cancer , s’opère par des réacteurs occultes et dans le secret du système capillaire. Sous l’influence des sels d’argent co-associés tour à tour avec les sels de plomb et de bismuth ou avec l’oxyde stannique, réactionnés par les sels alcalins de la source artésienne et administrés par la voie iatraleptique , on voit ces molécules plâtreuses qui soudent toutes les fibres du cancer , se résorber peu à peu. L’évaporation bien lente, il est vrai, mais constante delà matière cancéreuse, permet à l’organe, en apparence détruit , de reprendre à la longue l’aspect et la consistance qui lui sont propres. L’ordre se rétablit partout, les vaisseaux semi -hypertrophiés ambiants, de l’état cancéreux, se contractent de nouveau , redeviennent aussi petits et aussi flexibles qu’auparavant. Le cancer est donc curable, pourvu que ses tissus ne soient pas parvenus à une dégénération extrême. Dans ce dernier cas > les indurations concomitantes d’une tumeur en pleine suppuration peuvent se résoudre encore et le vrai cancer se limiter, se pédonculer et devenir accessible aux procédés chirurgicaux.
En me résumant, j’affirme que l’argent est aux tumeurs squirrheuses, ce que le cuivre est aux lésions
scrofuleuses et le fer à la chlorose; dans les deux premiers cas , c’est toujours dans la profondeur desorganes , dans les replis cachés du système lymphatique qu’il importe d’agir en craignant toujours d’émouvoir , d’impressionner la colonne sanguine ainsi que les divers outillages de l’organisme. Cette conclusion est bien simple, bien facile à énoncer, je le confesse , mais combien de tribulations , combien de douleurs indicibles ne m’a-t-il pas fallu supporter pour la poser et la formuler avec une précision , que j’ose dire mathématique. Les soucis, les chagrins qui m’ont assiégé depuis près de vingt ans, ont été si nombreux et si cruels que, s’il fallait recommencer une semblable carrière, je prierais le ciel qu’il éloignât de moi ce calice d’amertume. Jetons du reste le voile de l’oubli sur mon passé que je puis résumer en affirmant qu’il est bien peu d’agents que je n’aie employés isolément ou combinés , deux à deux , trois à trois , etc., dans l’intérêt de la solution du double problème des scrofules et du cancer. Oui, j’ai manié tour à tour tous les agents métallurgiques que j’avais sous la main , et je n’aurais encore que des résultats peu satisfaisants si je n’avais eu enfin l’heureuse pensée de demander aux rochers et aux minerais qui m’environnent , leur eau de saturation.
Parmi les nouvelles eaux minérales que j’obtiens par voie de distillation, je dois signaler la suivante (1), dont l’analyse a été faite par M. Baudrimond , professeur
(1) Voir la Notice relative aux eaux de Celles , notice insérée vers la fin de cet écrit.
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES. 73
à l’école de pharmacie de Paris. Cette eau, concentrée au quinzième de son volume, me fournit un astringent parfait avec lequel je comprime le col de Futérus, les glandes de la gorge ou toute autre tumeur , dans tous les cas où les médecins opèrent des attouchements avec le nitrate d’argent.
Ce même liquide est aussi devenu , pour moi , un excipient de toutes mes formules propres à la médication du cancer, mais , dans ces circonstances , je ne le concentre pas, et le fer qu’il contient se précipite et se trouve remplacé par un sel arge’ntifique. Les indications que je viens de donner ne sont pas, on le comprend, à beaucoup près suffisantes, mais n’oublions pas que l’opuscule que je livre aujourd’hui à la publicité, n’est qu’une sorte d’annonce. Le paysage sur lequel j’attire les regards des médecins et des malades est enveloppé de cette vapeur humide, de cette rosée qui couvre toujours l’horizon au lever de l’aurore; mais peu à peu la lumière se fera. Bornons-nous, pour le moment, à tracer quelques observations propres à nous déceler les situations les plus fixes de cet immense panorama.