‹ Traitement des maladies scrofuleuses et cancéreuses par les méthodes iatraleptiquesChapitre 7 sur 91 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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CANCER

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Le cancer était, pour les médecins d’autrefois , un ulcère fixé sur des tissus gonflés, indurés et couverts de veines variqueuses , qui lui donnent l’aspect d’un cancre armé de toutes ses pattes.

En voulant caractériser l’essence de ces tumeurs , les modernes anatomo-pathologistes , ont reconnu qu’elles se manifestent sous une foule de formes diverses qu’ils ont désignées sons les noms de : cancers tubéreux, ligneux, napiforme, canchroïde, pustuleux, encéphaloïde, squirrheux, lardacé, fongus médullaire, hématode, etc., enfin, ils ont fini par créer, pour le cancer , une sorte de classification imitée de celle des botanistes. Les tumeurs cancéreuses n’ont pas cependant une existence analogue à celle des cryptogames, et ne sont pas de véritables champignons végétant dans nos parenchymes. Toutes les formes cancéreuses ne dérivent évidemment que du jeu des réactions chimico-vitales qui s’opèrent dans le secret du système celluleux; assertion démontrée même par le scalpel de l’anatomiste, puisque l’on voit ces diverses productions être non seulement co-associées dans une même tumeur, mais s’y malaxer, s’y confondre et s’y métamorphoser les unes avec les autres.

Comprenant tout ce qu’il y a d’insidieux dans les

distinctions et dans les rapprochements trop minutieux des produits du cancer, les cliniciens de notre époque , pour faire concorder entre eux tous les faits , ont divisé les tumeurs suspectes en bénignes et malignes, les premières peuvent, disent-ils, être portées sans danger durant un laps de temps indéfini et guérir quelquefois par les seules ressources de la médecine. Les plus sévères, au contraire, repullulent toutes aisément; mais , ajoutent-ils , elles n’offrent pas entre elles une structure identique et ne se reproduisent pas avec une égale facilité. Cette classe est divisée en cancers 1° nucléaires, 2° libro-pîastiques, 5° épithéliaux.

Ces trois sections, de la terrible maladie cancéreuse, constituent-elles des états morbides essentiellement divers ? Ne peut-on pas admettre que les mailles de nos canevas organiques étant d’une texture différente pour chaque parenchyme, il en résulte une plus ou moins grande aptitude pour une région à contracter telle forme de production cancéreuse de préférence à telle autre ?

D’après ce dogme fondamental , on conçoit qu’en raison d’une sorte de synergie morbifique, le cancer épithélial, par exemple, dont le siège de prédilection réside à la face est, probablement à cause de la densité des tissus, d’une recrudescence moins facile que le cancer nucléaire, dont les seins sont le lieu d’élection. Observons, à notre tour, qu’il n’est pas rare de voir co-exister dans une même tumeur les trois tissus basiques de nos modernes nosographes. Nous ne pouvons donc pas établir des diagnostics essentiellement différents pour ces trois classes de tumeurs,

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

nous le pouvons d'autant moins que nous verrons bientôt les mêmes médications appropriées dans les unes et les autres de ces occurrences.

Rapprochons maintenant ces conditions pathologiques du tableau statistique des maladies cancéreuses présenté à l’Academie royale de médecine en 1841 , par M. Leroy d’Etioles , et nous verrons que sur deux mille sept cent quatre-vingt-un cas , fournis par cent soixante-quatorze médecins, le cancer des lèvres était de cent quatre-vingt-dix-neuf , dans le rapport de : cent soixante-cinq chez les hommes et trente-quatre seulement chez les femmes. M. Leroy est porté à attribuer cette différence du rapport de ce genre de lésion entre les deux sexes à l’usage abusif de la pipe chez les hommes ; il a cru constater également que les éleveurs de pigeons , qui insufflent de la graine dans le bec de ces oiseaux, sont très sujets à ce genre de cancer.

Sur les deux mille sept cent quatre-vingt-un cas de tumeurs cancéreuses dont il s’agit, les femmes sont au nombre de deux mille cent quarante-huit, et celui des hommes n’est que de six cent trente-trois ; d’où provient cette énorme différence?. .. Je ne crains pas de le dire, par anticipation, la femme qui possède un luxe de vie destiné à l’acte de la reproduction, voit le canevas celluleux se sursaturer de principes alibiles, lorsque la menstruation et la fécondation cessent ou sont troublées dans leur marche, de là ces indurations anticipées et localisées de préférence sur les seins ou l’utérus. La plénitude et la densité progressive du système adipeux, qui s’accroît au fur et à mesure du progrès des ans, est à coup sûr la cause qui pré-

dispose le plus à la formation des affections cancéreuses, ainsi que le démontre si bien le tableau suivant,

que j’emprunte toujours à M. Leroy-d’Etioles.

Les deux mille sept cent quatre-vingt-un cancéreux , dont il a été fait mention, se rangeaient dans les rapports suivants :

De un à dix ans .

De dix à vingt . .

De vingt à quarante ans. .

De quarante à soixante ans

Au-dessus de soixante ans.

Total.

Ces faits ne suffisent-ils pas, je le demande pour étaver mes présomptions étiologiques sur la nature du cancer. Peyrilhe avait donc raison d’affirmer que si V espèce humaine atteignait ï extrême vieillesse , tous les hommes finiraient par devenir Cancéreux. Après être parvenus en effet à leur summum de plénitude, les tissus des vieillards ne se condensent-ils pas , ne se solidifient-ils pas en quelque sorte? La rigidité de tous les mouvements de l’octogénaire et la torpeur générale de son organisme céderaient assurément s’il lui était possible de rendre aux canevas rudimentaires de ses parenchymes leur vacuité, leur textilité et leur élasticité d’autrefois. Par une loi immuable de la vie , les parenchymes du vieillard tendent sans cesse à acquérir cette densité squirrheuse qui me paraît être un état transitoire à l’organisation encéphaloïde , cachet caractéristique du cancer. Je le répète avec Peyrilhe, le cancer serait le

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

terme ultime de l’excès de densité de nos tissus, si par une combinaison providentielle, leur condensation progressive n’engourdissait en temps opportun nos fonctions végétatives et ne mettait fin à l’existence. Veut-on une autre preuve pour établir qu’une condensation préalable , un excès de richesse végétative en quelque sorte, est une cause prédisposante du cancer? Voyez les sujets atteints dans leur jeunesse , tous (ceux que j’ai observés du moins) sont doués d’un tempérament des plus heureux ; si vous les interrogez attentivement et les scrutez bien sous tous les rapports, vous ne tarderez pas à reconnaître que les évacuations mensuelles chez les femmes ne sont pas dans un rapport suffisant avec le degré d’énergie vitale dévolue à la pauvre malade. Toutes les constitutions cependant peuvent être la proie du cancer, mais les plus riches de préférence. Ce dogme est tellement vrai que la fille lascive qui se livre résolument à tous les excès du libertinage est peu sujette au cancer ; elle, meurt au contraire de consomption , parce qu’elle épuise les sources de la vie et ne les corrobore pas. Chez les cancéreux, comme chez les scrofuleux, Tétât maladif existe donc à priori et longtemps avant l’apparition d’un premier noyau d’engorgement. Les causes irritatives dont parle M. Leroy d’Etioles, celle des coups portés sur le sein d’une femme, et l’influence de la suie sur la production du cancer ne sont que des causes déterminantes qui opèrent avec d’autant plus de facilité qu’elles frappent sur un sujet déjà prédisposé à ces sortes de lésions. Chez les cancéreux, en effet, le canevas de tout l’organisme.

le système celluleux n’a plus sa consistance normale et une somme d’élasticité suffisante ; s’il était possible de constater l’état des graisses sous-cutanées , on leur trouverait cet aspect jaunâtre et consistant que la physionomie elle-même décèle dans les suites. Au reste, les dégénérations cancéreuses, en se manifestant sur des points multiples , ne dénotent-elles pas une prédisposition universelle de l’organisme? Toutefois, remarquons avec soin que les engorgements cancéreux s’irradient et se multiplient autour du noyau ou des noyaux primitifs qui deviennent des centres vers lesquels convergent en s’égarant les forces chimicovi taies ambiantes ; de là ces produits morbides dits tissus accidentels qui se rangent en deux grandes classes. Les uns sont mollasses et tournent à l’état de putrilage ; les autres, indurés, bosselés, plus ou moins squirrheux, se gangrènent avec une facilité extrême. Les premières dégénérations dites scrofuleuses appartiennent évidemment, d’après leur étiologie, à l’anaélectro-nervisme , et les secondes, dites cancéreuses, ne seraient-elles pas un produit de l’idio-électrisme ?... L’indolence, la torpeur, pour mieux dire, des premières dégénérations, la férocité, l’atrocité des douleurs qui caractérisent les secondes, me paraissent étayer suffisamment cette double assertion. D’après ces aperçus pathologiques, on est en droit de conclure qu’au milieu de ces appareils de perturbations organiques, la nature ne s’écarte jamais entièrement des lois qui régissent le monde; cela posé, il devient évident qu’elle ne dévie pas non plus d’une manière absolue, des abscisses coordonnatrices de l’économie

SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.

vivante , lorsqu’elle crée chez l’homme des productions accidentelles. C’est donc en vain que l’on cherche à comparer ces sortes de corps à de vrais cryptogames, l’analogie que l’on observe fréquemment entre certains produits pathologiques et nos tissus normaux est une démonstration du théorème inverse que nous avons énoncé. C’est inutilement aussi que, pour donner une sorte de définition des produits cancéreux, on nous dit qu’ils sont hétérornorphes (contre nature), puisque l’œil armé du meilleur microscope ne trouve pas dans l'économie de tissus analogues.

C’est encore en vain que l’on cherche à nous inculquer l’idée de tissus morbides spéciaux, et que l’on nous parle d’une cellule spécifique dite cancéreuse. Toutes ces suppositions sont à mes yeux fallacieuses, puisqu’il existe, on ne saurait le nier, au milieu de la bouillie scrofuleuse et de la végétation cancéreuse, des règles positives. L’ordre règne au milieu du désordre , tous les phénomènes normaux ou morbides de la vie se lient et s’enchaînent ; il est donc inutile de créer une sorte de panthéisme médical , qui n’est propre qu’à jeter la confusion dans les idées et le désespoir dans le cœur du médecin clinique. Des motifs nombreux et une foule de considérations, qu’il serait trop long d’énumérer, me portent à croire qu’il existe une analogie positive entre nos végétations morbides et nos textures organiques ; les microscopes les plus puissants, il est vrai , ne nous font pas toucher, palper ces connexions orga no-morbides, mais si nos recherches se portent tour à tour sur l’homme et sur les animaux d’un ordre supérieur, mes intui-

tions se convertissent en certitude. Le microscope, en effet, quelle que soit sa puissance, pourra-t-il jamais nous faire pénétrer les mystères ultimes de l’organisme? Le micrographe peut-il espérer d’être plus heureux que le chimiste qui, bien certainement, ne saurait nous donner le dernier mot des réactions chimiques qui s’opèrent dans le laboratoire celluleux. Il existe, on ne peut le nier, des limites où la puissance d’investigation dont l’homme est doué s’arrêtera toujours ; de toute nécessité il faut dans certains cas se borner à de simples intuitions, se contenter par conséquent d’idées approximatives et vraisemblables. Cela posé dans l’histoire du cancer, les souffrances caractéristiques de ces sortes de maux, mises en rapport avec nos notions les plus positives en matière de physique , ne nous indiquent-elles pas que ces dégénérations proviennent de l’exagération, du développement ultime, d’un mode de texture inhérent à nos tissus ?... Ce tissage lui-même n’aurait-il pas été tressé pour répandre un jet continu de fluide électrosensitif dans le rayon de la sphère d’activité de chaque point ambiant?... Cette cellule cancéreuse, dont on fait tant de bruit de nos jours, est-elle-donc autre chose qu’une ampliation pathologique du canevas celluleux, dans lequel s’est opéré la dégénération cancéreuse?... Pour moi, je le dis avec une conviction profonde, tous les tissus dits accidentels ne sont point d’espèces de cryptogames qu’il importe d’enlever au plus vite pour empêcher leur graine de pulluler aux alentours. Tous ces tissus ne sont à mes yeux que les produits des aberrations électro -sensitives des lois

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