MADEMOISELLE PEYRE
CACHEXIE CANCÉREUSE. — HÉMORRHAGIES.
En août 18Û4, je reçus à Celles, une pauvre cancéreuse qui avait été autrefois daine hospitalière à Lyon, dans rétablissement des Incurables d’Ainay ; elle revenait alors de Turin où elle avait été attachée pendant quelques années à une maison d’éducation. Mademoiselle Peyre, c’était le nom de la malade, portait depuis cinq ans une glande du sein qui s’étant accrue peu à peu s’ouvrit, s’enflamma et donna lieu à des hémorrhagies si abondantes, que cette pauvre fille ne pouvant plus conserver son secret , fut forcée d’abandonner sa profession et de revenir en France, auprès de la famille Lhomond, qui habitait rue de la Préfecture, no 9, à Lyon.
La situation de mademoiselle Peyre était si triste lors de son départ d’Italie, que M. le docteur Toneglio , médecin en chef de l’hospice des Nobles, exprima les appréhensions les plus prochaines et les plus vives sur son compte. Toute opération étant déclarée impossible par les hommes de Part consultés , mademoiselle Peyre se résignait à mourir, lorsqu’elle entendit parler de Celles, ou. elle ne tarda pas à se rendre.
Etat de la malade : Elle était âgée de 49 à 50 ans , d’une petite taille, très brune et d’un tempérament bilieux, elle avait joui d’une très bonne santé jusqu’à l’invasion de l’affection actuelle. Tout le sein droit était alors engorgé et d’un volume considérable, il était dur , bosselé, rénitent, squirrheux en un mot dans toute son étendue; enfin il adhérait aux côtes.
SCROFULEUSES ET CANCÉREUSES.
Vers le tiers externe de ce sein et sur son milieu s’élevait une tumeur rouge, saignante, mamelonnée, du volume d’un gros œuf d’oie, elle formait une sorte de champignon hideux, dont le pédicule était implanté dans une excavation creusée dans l’engorgement du sein. Cette tumeur était douloureuse au plus léger contact; elle rendait un ichor abondant lorsqu’elle ne saignait plus ; douleurs lancinantes et iormicantes très fréquentes, surtout aux approches des évolutions menstruelles et annonçant par leur intensité les flux hémorrhagiques. Toute l’épaule était engorgée; le grand pectoral dur et rénitent, tendu avec force , présentait une épaisseur considérable ; les mouvements du bras étaient si gênés que pour atteindre les cheveux , il fallait que la malade baissât la tete
avec une certaine violence.
Un grand nombre de médecins ont vu mademoiselle Peyre à Celles; je citerai parmi eux M. le docteur Pommier, de Lyon, parce qu il va être question de lui dans le cours de cette histoire ; mais abordons la médication de cette pauvre fille.
Le lendemain de son arrivée, mademoiselle Peyre eut une violente hémorrhagie; je projetai sur cette espèce d’éolipyle saignant une poudre plombo-bismutho-nickêlique ; dès ce premier instant, j’arrêtai l’évacuation du sang et je l’ai fait constamment dans les suites, n’en laissant couler que la quantité que je jugeais utile pour le soulagement de ma cliente. Ces mouvements hémorrhagiques ne me permirent pas de prescrire jamais un seul bain. Quant aux autres parties du traitement, je dois faire observer que ce
furent les sels d’or et d’argent qui en firent toujours la base, sans qu’il me fût possible de pouvoir préciser les influences réciproques de moyens divers que je mis en œuvre tour à tour. Mais ce qui est positif, c’est qu’au 17 septembre d 8Z|8, jour du départ de mademoiselle Peyre, le sein avait repris son volume normal ; la corde antérieure du bras et tout le pectoral ne conservaient plus qu’un léger empâtement; l’épaule était entièrement désenflée, enfin le champignon devenu très petit ne rendait plus une seule goutte de sang ; la santé ne laissait rien à désirer et la malade était presque guérie.
Mademoiselle Peyre se rendit à Mâcon, d’où elle m’écrivit plusieurs lettres dont j’extrais les passages suivants :