III. ACTION DU SAVON SUR LES TISSUS INFECTÉS
a) ACTION DU SAVON SUR LE PUS ET LES TISSUS MORTIFIÉS
Après avoir étudié le pouvoir bactéricide et antitoxique du savon, il nous reste à examiner comment il parvient à déterger les plaies infectées. Nous étudierons pour cela l’action du savon sur le pus, les caillots, les tissus mortifiés qui encombrent ces plaies.
L'action du savon sur Jes leucocytes et le pus a été précisée par MM. AcHarD et LEBLANC. Ils mélangent dix gouttes d’une bouillie leucocytaire recueillie, dans le péritoine d’un cobaye après injection de fécule de pomme de terre, à, d’une part 20 gouttes de solution savonneuse à 1 pour 1.000 salée, à 8 pour 1.000 et citratée à 6 pour 1.000; et d’autre part à 20 gouttes d’eau salée citratée sans savon. Après un contact de trois quarts d’heure à l’étuve à 370 et centrifugation, ils constatent que, dans la solution savonneuse, le culot cellulaire est beaucoup plus volumineux et se prolonge par un flocon qui nage dans le liquide. Dans ce culot ‘l'examen microscopique ne montre que des débris informes ou des cellules très al-
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térées, tandis que dans l’eau salée citratée, sans savon, les cellules sont presque normales ; de plus, dans la solution savonneuse, les globules rouges qui ne les leucocytes sont homolysés.
Pour étudier l’action du savon sur le pus, MM. Achard et Leblanc provoquent la formation d’un abcès septique
chez un chien par une injection sous-cutanée d'essence dé térébenthine. Le pus est mélangé, à volume égal, d’une
part avec une solution savonneuse à 1 % et d'autre part avec de l’eau salée physiologique, Le tout est abandonné
24 heures à la température du laboratoire. Au bout de ce
temps la solution savonneuse formait un liquide opaque, homogène, tandis que l’eau salée était claire avec un sédiment de leucocytes. Le savon avait par conséquent
“provoqué la dissolution du pus et en même temps sa
fluidification.
Les caillots sont également dissociés, fluidifiés, puis
liquéfiés.
Les débris de tissus sphacélés, en 12 à 48 heures, sont imprégnés, gonflés, puis dissociés dans leurs divers éléments; ils finissent par former un magma gluant; les corps gras deviennent plus visqueux. .
® Cette action sur les tissus sphacélés est commune à tous les alcalins. La solution de bicarbonate de soude concentrée du Pr Lucas Championnière entraîne la même désintégration, la même destruction des albumines décomposées. Il en est de même de la pommade savonnable du Dr Camescasse, dont les deux principaux éléments
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= sont le bicarbonate de soude et 1 lanoline : graisse | absorbant l’eau en grande proportion et par suite ne
BH LS ’6pposant pas au savonnage préalable. Enfin, l’action ii Æ du Dakin sur les matières organiques putréfiées est très probablement, due à la forte proportion de soude qu il contient. Or, lorsqu'on met du savon en solution, une petite partie se décompose en matière grasse et en alcalis 5 1 libres, à l'état naissant, qui sont très actifs. re fe En conclusion, l’action favorable du savon, comme lo=. 3 pique des plaies, paraîl due surtout à la fluidification, par l'alcali, du pus, des débris sphacélés et des coagulalions albumineuses qui lendent à se former à leur surface els dans leur profondeur, fluidification ‘qui empêche la jor- à malion de croûtes el qui facilite l’écoulement de lous ces résidus. Ainsi, la solution savonneuse débarrasse la plaie d’albumines putrides et septiques.
Ce liquide résiduel .qui s'écoule de la plaie a pu être m. recueilli aseptiquement et examiné. C’est un liquide
clair, mais plus souvent opalescent, plus ou moins vis-
queux, se prenant parfois en masse glaireuse. Il est so luble dans l’eau, se trouble par l’action des acides, de la chaleur, forme un dépôt léger par centrifugation. On constate la présence en petite quantité de matières albuminoïdes et d'acides gras, sa composition est variable et ‘ l'extrait sec obtenu en chauffant à 1100 varie de 7 à
39 pour I .000. Sa réaction est alcaline.
Au microscope, on ne trouve pas d'éléments figurés du. sang, On trouve quelques cristaux d’ Spies gras, de très nombreux germes.
: d PHÉNOMÈNES D "OSMOSE ENTRE LES TISSUS ; ET LA SOLUTION DE Savon
à Mais pos du savon ne se borne pas à une simple “uidifeation e
| Mis au contact de la plaie, la solution de savon. rs a 10 va présenter des phénomènes d’osmose et 20 va être
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décomposée par le gaz carbonique provenant des tissus.
Etudions d’ abord les phénomènes d'osmose in vitro. Dans un dyaliseur, on verse d’une part une solution sa-
tu contiennent 10 grammes de savon). Cette solution contient du savon, mais en outre, en petite quantité, des : globules de corps gras et des alcalis provenant de la
A décomposition d’une petite partie du savon. Dans cette
solution, le savon d’un côté, les corps gras et alcalis de l'autre sont en équilibre, c’est-à-dire que si on élimine
l’alcali, par exemple, par un procédé quelconque, Vos,
-mose entre autres, une nouvelle quantité de savon va se . décomposer pour rétablir cet équilibre rompu. Les (OILe gras vont se trouver en excès et vont s ’accumuler. ‘On verse, d’ autre part, une solution salée à 8 pour 1.000 qui également est en partie décomposée en Na et Cl. Au bout de 3 jours on constate les faits suivants : Le savon n’a pratiquement pas diffusé : seuls, 0 g. 477
À Le es = . ÿ ACT Pr: z / la solution savonneuse, a diminué d’une quantité supé-
rieure à ce chiffre.
Les globules de corps gras n’ont pas diffusé du tout
| vonneuse à 507/1.000 (200 grammes par: exemple qui
sont passés dans l’eau salée, et cependant lesavon, dans
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et ils se trouvent en quantité plus abondante dans la solution savonneuse ; - "DE je : ne TOM 4
Les alcalis de la solution savonneuse sont, par contre, % trouvés en quantité appréciable dans l'eau salée 12, 00 Le chlorure de sodium, inversement, est trouvé dans, |
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Ja solution savonneuse où il passe facilement ; ns. À
À Enfin, l’eau est passée de la solution saline Vers la solution savonneuse dont le niveau s'élève. ”
Ces réspltats étant connus, que se passe-t- id au ni
veau de la plaie ? La plaie se ‘comporte très *RpeOETnAE 2. 4
|tivement comme l’eau salée physiologique. HT AGE PRES ‘3 Le savon ne pénètre pas dans les tissus de la plaie. | | 2 Les globules de corps gras non “plus, ets aceumulent. É:
à sa surface. Le rôle de ces globules dé corps gras sera : à
étudié plus loin à propos de l’action du CO?sur le savon.
Les tissus de la plaie font appel aux sels de soude, LL ceux-ei S attaquent comme nous l’avons vu aux matières nécrosées et les Ro. : VE Ces produits de désintégration vont se trouver entraînés par un courant dû à la diffusion des liquides dé. l'organisme vers la solution savonneuse en raison de ‘l'appel osmotique exercé par cette solution.
FE set produit ainsi un véritable drainage de la plaie,
drainage qui a pour conséquence d’ expulser le pus déjà modifié, les bacilles, les corps étrangers trop petits pour pouvoir être extirpés ; ces éléments vont être incorporés
au liquide visqueux provenant de la lyse du pus et ma- ne tières albuminoïdes et enfin éliminés par le pansement.
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c) ACTION DU GAZ CARBONIQUE DES TISSUS SUR LA SOLUTION DE SAVON
Maintenant, comment se comporte, la solution savonneuse au contact du gaz carbonique des tissus ?
Mais tout d’abord que se produit-il lorsqu'on fait barboter du CO? dans une solution savonneuse à 50 /1.000 ?
Le liquide commence par mousser, puis peu à peu il prend un aspect laiteux et en même temps la mousse disparaît. À l’examen microscopique on constate la présence de fins globules de matières grasses ; la centrifugation est impuissante à modifier cet état. La chaleur soutenue rend à la solution sa translucidité par suite de | la resaponification. Le CO? a décomposé le savon en mettant en émulsion la matière grasse à l’état naissant: en très fines particules colloïdales. L’alcalinité Hibre doit augmenter de ce fait et par conséquent l’osmose également.
Cette matière grasse est également mise en émulsion par le CO? naissant de l’organisme, au contact même des tissus ; elle s’interpose entre les tissus et les impuretés, détruit leurs adhérences. Suivant une comparaison du Dr Rarynski chaque globule de graisse agit comme aulant de minuscules leviers qui soulèvent, puis finissent par détacher les produits nécrobiotiques, et les jellent dans le liquide vecteur dont nous venons de parler plus haut. Nous avons vu que les phénomènes d’osmose mettaient également en liberté de semblables globules de corps gras ; l’action détersive, extractive du savon paraît donc très importante.
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L'action sédative s'explique également par. la mise en
liberté de matières grasses n ’ayant aucune affinité pour’ les tissus avec lesquels elles sont en contact. Elles forment à un revélement qui va proléger les lissus enflammés contre # © Les irrilalions de voisinage. Cest probablement la pré-sence de ces matières grasses à la surface de la plaie qui explique que les pansements n’adhèrent pas et que le renouvellement ne soit pas, pour le blessé, une source de
douleurs et qu’au niveau de la plaie: ne se produise au- à
.cune hémorragie en nappe. ME THHRNTST Enfin les solutions savonneuses ont une action émolliente en relâchant et diminuant la tonicité des tissus, :
les rendant plus mous, plus perméables.