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AVANT-PROPOS

tâche, souvent ingrate, de récupérer des « fonctionnels » : hystériques récents, ou anciens et rebelles.

V observation poursuivie pendant seize mois et portant sur plus d'un millier de malades de cette catégorie nous a fourni de nombreux documents qui, pour la plus grande partie, sont venus entièrement confirmer les faits que l'un de nous' avait observés depuis le début de la guerre, et les idées qu'il avait émises avec Lhermitte dans les « Psychonévroses de Guerre ». Quelques-uns au contraire sont apparus nouveaux, soit en raison du lieu d'observation (Centre Neurologique de /' Intérieur), soit en raison de travaux récents portatif sur les Troubles Nerveux dits « réflexes », dont les exemples cliniques ne s'observent qu' exceptionnellement dans les Centres Neurologiques d'Armée.

C'est à l'élude de cette seconde catégorie de faits que depuis un an et demi nous nous sommes particulièrement attachés.

De ce travail commun, de nos causeries nombreuses, de nos discussions toujours amicales, mais souvent passionnées, est né, peu à peu, un faisceau de vues et d'idées que nous voudrions tenter aujourd'hui de lier en gerbe en exposant ici le Traitement des Psychonévroses de Guerre.

Si nous employons ici le terme de Psychonévrose comme l'ont fait G. Roussy et J. Lhermitte dans leur volume sur les Psychonévroses de guerre, c'est pour souligner le lien qui unit ce nouveau Précis au précédent, dont il forme en cpuelque sorte une suite et une étude complémentaire. C'est aussi pour faire ressortir à nouveau la part qui revient à l'élément psychique dans la genèse des accidents nerveux dont nous aurons à nous occuper : origine souvent évidente, parfois plus difficile à dépister, mais qu'il est toujours important de rechercher, de savoir reconnaître, puisque c'est cet élément psychique qui conditionne le traitement par la psychothérapie.

Mais il est à remarquer que le cadre des Psychonévroses dépasse de beaucoup en étendue les limites que nous avons cru devoir lui donner dans ce petit volume. En effet, les Psychonévroses comprennent non seulement les accidents hystériques proprement dits, mais encore les états neurasthéniques, psychasthéniques, émotifs, allant même jusqu'auxpetits états confusionnels ou mélancoliques, c'est-rà-dire aux confins des troubles psychopathiques auxquels ils sont si souvent mêlés.

Ici, pour rester sur le terrain essentiellement pratique et pour nous conformer au plan général suivant lequel ont été conçus les Précis de cette Collection Horizon, nous avons voulu nous borner à l'étude des troubles nerveux fonctionnels les plus fréquemment

observés dans les Centres Neurologiques militaires de la zone des armées ou de l'intérieur, et principalement à ceux que nous avons été à même d'observer et de traiter depuis plus d'un an et demi dans notre Centre spécial des Psychonévroses de la Station neurologique de Salins; à ceux pour lesquels on obtient le meilleur rendement thérapeutique ; à ceux enfin auxquels s'adressent les méthodes de psychothérapie que nous aurons à exposer telles qu'elles nous ont été inspirées par les besoins du temps présent. Cette catégorie de manifestations morbides répond, en somme, à la plus importante des Psychonévroses observées durant cette guerre, •c'est-à-dire aux accidents d'ordre hystérique. Troubles hystérirpies, pithiatiques, fonctionnels, névropathiques, psychonévrosiques ou d'habitude, tels sont les vocables sous lesquels on pourra les ranger et qui serviront, en lin de compte, à désigner une même entité morbide.

Nous ne saurions aborder l'étude du traitement avant d'avoir résumé VEvùlution et défini les Conceptions actuelles concernant ces manifestations pathologiques.

Un Aperçu clinique nous a paru le prélude indispensable de cet ouvrage. Ainsi, le débutant trouvera retracés ici, les aspects cliniques les plus habituels des troubles psychonévrosiques susceptibles d'être traités et guéris durant la guerre. Parmi eux, les uns classiques et depuis Longtemps connus, ont été simplement multipliés par les conditions du temps présent. Les autres plus spéciaux à la pathologie de guerre mains ligées ou pieds bots, contractures du coude et du genoùj de l'épaule et de la hanche) sont encore discutés quant à leur pathogénie et à leur curabilité Leur description sera donc plus complètement analysée et nous appor* terons à leur sujet, la contribution de notre expérience

personnelle, au moins pour la part capable d'influencer leur traitement.

Pour tenter de provoquer la disparition d'un trouble pathologique, il est indispensable de connaître les lois qui ont présidé à son apparition, à son évolution, à sa stabilisation. C'est pourquoi nous essayerons d'esquisser X Histoire étiologique de l'accident névropathique en temps de guerre ; d'établir comment, sous quelles influences et dans quelles conditions il naît ; comment, pourquoi et dans quel sens il évolue ; toutes notions qui seront précieuses à connaître quand, voulant réaliser le cheminement inverse, le médecin tentera d'en jirovoquer la disparition.

La Prophylaxie de ces accidents nerveux est d'une importance capitale. Plus encore que pour toute autre affection elle domine l'action thérapeutique. On ne luttera jamais plus efficacement contre les Psychonévroses de guerre, qu'en s'efforçant d'en limiter l'éclosion, d'en atténuer le développement. Tous les médecins, dans tous leurs postes, à l'avant comme à l'arrière, dans toutes les spécialités, peuvent et doivent coopérer à cette œuvre de salubrité mentale. Plus cette formule sera admise, plus elle sera mise en pratique, et plus la tâche du thérapeute sera simplifiée C'est la mise en œuvre de cette prophylaxie qui, pour une grande part, aidera à résoudre un problème neurologique du temps présent : l'encombrement des centres régionaux par de nombreux hystériques anciens et invétérés.

A l'heure actuelle, c'est par le Traitement systématique inlassable de ces malades que l'on répondra aux nécessités les plus immédiates. Les traitements appliqués aux Psychonévroses de guerre ont été multipliés, s'inspirantdes variables tendances individuelles. Toutes les méthodes sont bonnes qui tendent au même but : la

large récupération des invalides nerveux purement fonctionnels. Nous aurions pu énumérer ici les différentes méthodes thérapeutiques appliquées et décrites depuis la guerre ; mais dans le cadre restreint de ce livre, il, nous eût été impossible de donner à chacune d'elles un développement suffisant, et nous n'aurions peut-être pas réussi à en donner une idée aussi exacte que les auteurs qui les ont préconisées. Aussi nous bornerons-nous à décrire plus longuement le procédé psychothérapique que nous avons personnellement mis en œuvre. Nous ne prétendons nullement apporter ici un traitement type des Psychonévroses de guerre ; nous croyons, au contraire, que chacun doit y apporter sa note personnelle et que les modes d'action peuvent, dans leurs détails d'application, varier à l'infini. Mais nous pensons que la description analytique et complète d'une méthode thérapeutique longuement vécue, mise en parallèle avec les résultats qu'on en a retirés, réalisera au moins pour le débutant une ligne de conduite sur laquelle il pourra greffer ensuite ses inspirations personnelles.

L'étude analytique des résultats thérapeutiques et particulièrement du mode de disparition d'un accident nerveux est de nature à faire mieux comprendre le mécanisme d'apparition et d'évolution de ce trouble pathologique. C'est en ce sens que notre Conception pathogénique de certains troubles nerveux, révélés par la guerre, est née de l'impression de large curabilité que nous avons retirée de leur traitement systématique. C'est pour cette raison, c'est parce que ces notions pathogéniques ont été déduites du traitement, c'est parce qu'à leur tour elles influeront sur l'idée que l'on se fera des limites, de la puissance et de l'efficacité de ce traitement, que nous avons donné dans ce livre une

extension — au premier abord hors de proportion — à ce chapitre de pathogénie.

Le Pronostic et surtout l'Avenir militaire des Psychonévrosés de guerre posent peut-être un des problèmes les plus complexes et les plus difficilement solubles qui se présentent à l'heure actuelle. C'est cependant par ce chapitre que nous croyons devoir terminer cette étude. Faire disparaître un trouble fonctionnel, obtenir le retour d'une fonction antérieurement nulle ou insuffisante est chose fréquemment et parfois facilement réalisable. Au contraire, affirmer que la guérison se maintiendra, qu'elle résistera à toutes les conditions adverses, chez des sujets à mentalité déficiente, ce serait formuler une opinion plus audacieuse. Nous nous sommes efforcés de démontrer dans quelle mesure et avec quelles réstrictions l'on était en droit de compter sur l'utilisation militaire des sujets traités et « guéris » d'accidents psychonévrosiques nés de la guerre:

Le travail que nous publions aujourd'hui est, plutôt qu'une œuvre didactique, le résumé et la conclusion temporaire d'une activité médicale de guerre. Sans doute il se ressent des conditions, de l'heure où il a été élaboré ; sans doute n'aura-t-il pas les qualités d'une étude longuement mûrie. Nous croyons cependant qu'au moment présent une publication même hâtive n'est pas inopportune quand elle a pour but d'ajouter à l'œuvre commune quelques arguments en faveur de la curabilité d'accidents sans cesse renaissants du fait de la guerre.

Nous espérons donc, que le mobile pratique, militaire et social qui nous a guidés, fera accepter au lecteur les imperfections que ce livre peut encore contenir.

Besançon-Salins .

Juin 1918

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