CHAPITRE IV
Le traitement des psychonévroses de guerre découle directement de leur nature : troubles ayant pour base un élément psychique, ils relèvent de la psychothérapie raisonnée et persuasive, telle qu'elle a été préconisée et pratiquée depuis nombre d'anuées par Dejerine, Babinski, Dubois, etc.
Mais la guerre, en multipliant à l'infini le nombre des psychonévroses (dans un temps relativement court) et en modifiant leurs conditions d'apparition, devait créer de nouvelles nécessités et réclamer une thérapeutique énergique et rapide. Il fallait en effet lutter contre l'extension, par contagion morale, des troubles névropathiques en prenant des mesures prophylactiques appropriées ; il fallait rendre possible le traitement de ces malades, presque tous curables, afin de renvoyer aux armées ceux qui peuvent redevenir des combattants ou de permettre l'utilisation à l'intérieur de ceux qui ne peuvent plus retourner au feu. Dans ce but, le Service de Santé a groupé dans des services spéciaux « Centres Neurologiques ou Neuro-Psychiatriques » de l'intérieur ou de la zone des armées, les malades de cette catégorie. Cette organisation a donné d'excellents résultats, elle a rendu de grands services, tant aux malades eux-mêmes qu'à la collectivité.
Dans ce chapitre nous allons exposer la façon de traiter et de guérir les psychonévrosés. Sans doute, chaque neurologiste aura ses procédés personnels qu'il préférera à tout autre parce qu'ils lui donnent de bons résultats; sans doute aussi il y a de multiples façons de procéder, variables suivant les cas et les indi-
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vidus : méthodes lentes et méthodes rapides. De même que tel malade l'ait, en quelque sorte, son accident psychonévrosique à sa manière, et lui donne souvent une empreinte individuelle, de même tel médecin impliquera à sa méthode thérapeutique une note individuelle. En somme, c'est afTaire d'équation personnelle. Il est indispensable pour le traitement, comme pour la prophylaxie, de bien connaître la genèse habituelle des accidents psychonévrosiques et l'état mental des malades qui en sont atteints. Nous avons décrit l'un et l'autre dans un précédent chapitre.
Nous verrons maintenant très succintement quelles sontles différentes méthodes réalisables de traitement des psychonévroses, pour décrire ensuite notre façon d'appliquer la psychothérapie. Puis nous indiquerons les modifications à apporter au traitement suivant le lieu (zone des armées, zone de l'intérieur), suivant leur nature (troubles psychonévrosiques purs ou associés). Nous terminerons ce chapitre par quelques considérations générales et par quelques exemples de traitement.
Le rôle du médecin ne devra pas se borner seulement à guérir les accidents psyehonévropathiques. Il faudra aussi, et peut-être même surtout, s'efforcer de modifier l'état mental des sujets, si intensément troublé. Ce n'est pas là toujours besogne facile.
Voyons parmi ces différentes méthodes celles qui tendent à ce but.
A. — Les différentes méthodes thérapeutiques
Si l'hypnotisme a été fort en honneur autrefois, il ne compte plus guère de partisans actuellement, en France du moins. Certes il permet d'obtenir facilement et rapidement la guérison de beaucoup d'accidents pithialiques, mais il ne modifie pas le terrain mental, et même, il tend à augmenter la suggestibilité déjà si grande des sujets atteints. Cette raison suffirait à elle seule à faire rejeter cette méthode. Il en est d'autres. D'abord tous les sujets ne sont pas hypnotisables et il ne serait pas sans inconvénient de traiter des malades ou blessés de guerre par un procédé qui leur impose une suggestion en leur enlevant tout contrôle sur eux-mêmes. Enfin il n'est pas douteux que,
maintenant surlout, après plus de quatre ans de guerre, beaucoup de malades refuseraient ce traitement.
La suggestion directe, celle qui consiste à administrer une pilule de « mica panis », de bleu de méthylène, etc.. sans action directe du médecin, aurait peut-être moins d'inconvénient. Mais si elle peut faire disparaître des accidents récents chez des malades particulièrement crédules ou suggestionnables, elle ne réussira que bien exceptionnellement chez les malades anciens, qui ont subi déjà de nombreux traitements. En outre, et surtout, celle rhéthode ne peut avoir aucune influence favorable sur l'état psychique. Enfin il ne s'agit pas là de procédés médicaux dignes de ce nom.
La persuasion raisonnée telle que la pratiquait le professeur Dejerine est, sans conteste, une méthode parfaite de psychothérapie. Elle consiste à montrer au malade la nature véritable de sa maladie, à lui prouver qu'elle n'est due à aucune lésion organique, mais bien tout simplement à une conviction erronée, à une suggestion mauvaise qui s'est établie dans son esprit ; qu'il ne dépend que de lui de corriger celte erreur dont la disparition lui permettra de mobiliser son bras ou sa jambe qu'il croit paralysée. Elle consiste à employer un raisonnement exact, plus ou moins scientifique suivant les sujets et'qui arrive à entraîner la conviction du malade. Elle réside comme dit Brissaud « dans l'ensemble des moyens destinés à montrer au patient par où pèche sa volonté et à exercer ce qui lui en reste dans un sens favorable». — A coup sûr, c'est la méthode de choix. C'est celle qui permettra le mieux d'agir sur l'état psychique et nous avons dit déjà que c'était là le point important. Employée seule, sans le secours d'adjuvants dont nous parlerons plus loin, elle n'est malheureusement pas toujours applicable dans les circonstances actuelles. Outre qu'elle exige du médecin un temps habituellement considérable, elle ne peut s'appliquer à tous les cas. Si elle peut et doit toujours être employée seule chez les hommes d'intelligence exceptionnelle, elle risquera souvent d'échouer chez les sujets d'intellect moyen ou insuffisant, et surtout chez ceux qui ont perdu tout espoir, parfois même tout désir de guérir; chez ces prolongateurs très souvent inconscients, mais conscients aussi parfois dont le nombre est grand dans les services spécia-