PL. V
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souvent néfastes de leur entourage, du milieu dans lequel ils vivent. Il a été utilisé, durant cette guerre, dans de nombreux centres neurologiques.
Ses indications peuvent être ainsi résumées :
Il peut n'être qu'un des temps de la préparation, précéder le décrochage et destiné alors à faciliter celui-ci. L'un de nous (Roussy), dans un Centre Neurologique d'armée, l'a fréquemment employé dans ces conditions, avec grand avantage. Faute d'installation suffisante, nous n'avons pu l'utiliser dans ce but à l'intérieur. Il n'est d'ailleurs pas indispensable ,quand l'atmosphère morale du service est bonne, et que ce service ne renferme pas à la fois des organiques et des fonctionnels.
La contagion de l'exemple y supplée et au delà. Nous y avons eu recours cependant d'une façon presque systématique pour certaines manifestations où il agit en général remarquablement : crises nerveuses rebelles, anorexie ou vomissements hystériques par exemple.
En dehors de ces cas, nous nous sommes servis de l'isolement surtout en cas d'échecs et de récidives.
Son application peut se faire de différentes façons. On peut, comme le faisait M. Uejerine dans ,1a salle Pinel à la Salpétrière, isoler les malades dans une salle commune, à l'aide de rideaux entourant les lits. C'est ainsi que nous avons traité la plupartdes crises el les incontinences d'urine à l'hôpital Veil-Picard à Besançon. Nous avons isolé également de cette manière les malades particulièrement récalcitrants, au début de leur préparation.
Il est préférable, quand cela est matériellement possible, de placer les malades dans des chambres séparées, surtout lorsqu'il s'agit d'échecs ou de récidives.
Pour certains sujets à mentalité particulièrement mauvaise, pour les cas de récidive, où la volonté du sujet est en cause, on est souvent contraint d'employer un isolement plus rigoureux (lit el régime lacté).
La durée de l'isolement est essentiellement variable suivant les cas. II ne nous a pas semblé qu'il y avait intérêt à le prolonger longtemps. Si l'isolement n'a donné aucune amélioration au bout d'un mois il est rare que celle-ci survienne dans la suite.
Les résultats sont également variables. Ils sont généralement
excellents lorsque l'isolement est employé comme moyen de préparation. Ils sont très bons aussi en ce qui concerne les récidives. Sous cette influence celles-ci cèdent le plus souvent en quelques jours. Ils sont beaucoup plus inconstants lorsqu'il s'agit d'échecs de décrochage. Ainsi l'isolement nous a été souvent utile pour les sujets à bonne mentalité dont le décrochage avait échoué pour une cause quelconque; alors souvent 24 ou 48 heures de solitude durant lesquelles on continue par intervalle l'action psychothérapique, suffisent à amener une amélioration.
Si l'isolement joue un rôle variable dans la disparition des accidents, son action prophylactique est indiscutable. Quand les malades savent que, s'ils ne sont pas guéris ou du moins très améliorés, ils seront placés dans une chambre pour pouvoir y travailler seuls, ils font certainement plus d'efforts pour obtenir cette guérison, ou cette amélioration. La crainte de l'isolement, même peu rigoureux est pour beaucoup salutaire, aussi bien au moment du décrochage que pendant la période d'entraînement.
De plus, en évitant de faire rentrer, dans la salle commune un échec de décrochage, l'isolement évite les influences fâcheuses que le contact avec ce malade non guéri ne manquerait pas de produire sur les voisins. Il contribue largement ainsi au maintien de l'atmosphère morale.
En résumé, Y isolement répond à un double but : thérapeutique et prophylactique.
Nous nous sommes efforcés au'cours de ce chapitre de mettre en lumière les caractéristiques de la méthode thérapeutique que nous avons appliquée. Chacun pourra y reconnaître les inspirations dues à nos devanciers du temps de paix et juger la valeur des adjonctions personnelles que les circonstances actuelles nous ont dictées. Nous n'avons jamais songé à proposer notre façon de faire comme un modèle à suivre ; nous croyons au contraire que la psychothérapie doit varier suivant les tendances individuelles, et nous sommes persuadés que des modes d'action essentiellement distincts peuvent conduire en définitive à des résultats également favorables.
Ne pouvant dans le cadre de ce livre décrire toutes les tenta-, tives, toutes les réalisations de traitement des Psychonévroses de guerre, et restant fidèles au programme restreint que nous
nous sommes tracés, nous préciserons plus loin à l'appui d'exemples concrets, les détails de noire expérience personnelle (').
(1) M. Clovis Vincent, au Centre Neurologique de Tours a institué une méthode qu'il appelle : La rééducation intensive des hystériques invétérés.
De la communication qu'il fit à la Société médicale des hôpitaux de Paris le '21 juillet 1 9 10, nousdétachons les passages qui suivent :
« La méthode comprend donc trois temps :
1° Un temps de déclanchèment ;
2o Un temp»de fixation ;
3» Un temps d'entraînement.
« Les deux premiers temps se succèdent immédiatement l'un à l'autre et peuvent durer une heure, deux parfois. Le troisième temps est beaucoup plus long et dure de un à trois mois.
« 1" Temps de déclanchèment. Rééducation intensive proprement dite. — C'est le temps que les poilus appellent « torpillage ». C'est le temps pendant lequel on vainc l'inertie de l'homme. On emploiera pour cela tout le temps, toute l'énergie nécessaire, mais on vaincra. 11 faudra que, dans ce temps, l'homme prenne conscience que la volonté du médecin croîtra comme sa résistance. Ce temps est le véritable temps de rééducation forcée, appuyée parle courant galvanique. Je dis rééducation, parce que tout se passe comme si l'on réapprenait à l'homme quelque chose qu'il a désappris.
« La rééducation est directe ou indirecte.
Directe : cela veut dire qu'on exhorte l'homme à faire le mouvement ou l'acte même qu'il déclare ne pas pouvoir faire. Il ne peutpas étendre les doigts fermés dans la main, on lui dit <■ Ouvre la main » et on l'oblige à le faire.
Indirecte : cela veut dire que pour amener l'homme à tel but déterminé, modifier par exemple une claudication, arrêter un tremblement, on l'exhorte à faire une série d'actes qui l'amènent mécaniquement et sans l'intervention directe de sa volonté à marcher correctement ou à ne plus trembler.
« 2o Fixation des progrés obtenus. — En général c'est pendant cette phase de fixation que l'homme se sent guéri. Pendant toute la phase de déclanchèment et une partie de la phase de fixation, l'homme a le visage inquiet, on sent qu'il fait effort pour conserver les progrès faits ; il est concentré en lui-même, puis petit à petit
7$ TRAITEMENT DES PSYCIIONÉVROSES
son visage s'anime : il devient souriant, ses yeux deviennent mobiles et souvent il dit lui-même,» Je suis guéri, ça y est, je suis content ». L'homme alors va se reposer. Le lendemain nous le revoyons, nous nous assurons que le terrain gagné est bien gagné, ou s'il y a un léger recul, nous regagnons ce qui a été perdu.
« Nous nous chargeons nous-mème de cette seconde phase du traitement comme de la première. Elle est très dure pour nous, autant peut-être que pour l'homme. Ceux qui nous accusent d'être inhumains avec nos blessés ne savent pas sans doute qu'il est des jours où nous courons six, huit kilomètres, en traînant ou poussant des hommes auxquels il faut rendre leur automatisme naturel.
«3» L'entraînement. — Au lycée Descartes il existe trois grandes sections : celle des plicaturés, celle des hommes atteints de troubles du membre supérieur, celle des hommes atteints de troubles des membres intérieurs. Les premiers font des mouvements d'assouplissement, des sauts, de la course ; les seconds fontde l'échelle; les derniers marchent, courent, sautent à la corde. Certains hommes qui sortent de notre entraînement sont de véritables athlètes et très aptes au combat.
« Telle est notre méthode de traitement des hystériques, ce qui la distingue:
« C'est, l'acharnement que nous déployons contre les phénomènes hystériques, c'est le temps et la force que nous dépensons.
« Ce sont nos procédés de rééducation, véritables manoeuvres qui amènent les hommes à nous céder malgré eux si on (irrive à leur imposer les mouaements qui constituent ces manœuvres: course, descente à l'échelle, etc..
« C'est l'application du courant galvanique pour appuyer la rééducation, qu'il fasse réagir l'homme volontairement ou automatiquement.
« C'est, après la victoire, la consolidation immédiate de la victoire par une véritable fixation du progrès obtenu, grâce à l'exécution pendant une heure, deux heures s'il le faut, de certains mouvements.
« C'est l'entraînement de l'homme dans l'atmosphère morale « où il a commencé à guérir. »
Considérations générales
Il nous semble utile de terminer ce chapitre par quelques considérations générales.
Les locaux. — Bien évidemment les hystériques peuvent être traités dans n'importe quelle formation sanitaire. Quand on ne doit avoir affaire qu'à des fonctionnels récents, quand ceux-ci sont peu nombreux, on peut ne prendre aucune disposition spéciale. Mais si un grand nombre de fonctionnels doivent être groupés dans un même établissement hospitalier, s'il s'agit de malades dont les accidents très anciens ont résisté à tous les traitements appliqués antérieurement dans différents centres, il est fort utile de bien choisir les locaux d'hospitalisation. Les forts désaffectés ont paru présenter de grands avantages, à (elle enseigne que la Commission de contrôle neuro-psychiatrique créé par le ministère a demandé dans son rapport de décembre 1917 la création, de préférence dans ces forts, de plusieurs services pour hystériques rebelles. Nous croyons personnellement et par expérience que les inconvénients en sont plus grands que les avantages. Ceux-ci résident surtout dans l'éloignement habituel de toute agglomération et dans l'installation intérieure qui se prête généralement bien à l'organisation d'un hôpital. Mais la croyance que les malades y seront plus facilement gardés et que la hauteur des murs suffira à les empêcher de les franchir est purement illusoire.
A l'heure actuelle, en présence de considérations extra-médicales, politiques et sociales, il n'est pas sans danger de grouper des hystériques dans des forteresses, alors qu'il est certain que ce n'est pas par des mesures coercitives que l'on peut arriver à des résultats, mais bien par des mesures persuasives. Les séminaires, les couvents, les chartreuses, aussi isolés que les forts et d'un aspect moins rébarbatif, conviendraient beaucoup mieux à cette hospitalisation (*).
Enfin la dénomination de ces services spéciaux n'est pas sans importance. Il y a toutes sortes d'inconvénients à employer les
(1) Depuis le mois de juin 1918 nous avons organisé un nouveau service de Psychonévroses dans une Chartreuse aux environs de Bourg. Les conditions d'éloignement, jointes a la beauté du site, la disposition des locaux, la possibilité de faire l'aire aux malades récemment traités des travaux de culture font de cette Chartreuse un hôpital incontestablement supérieur à celui de Salins.
8o TRAITEMENT DES PSYCHONÉVROSES
termes de centre d'invigoralion,- de centre de répression, de service d'isolement, de centre disciplinaire, etc. Outre que ces appellations sont parfaitement inexactes, elles ne sont pas sans influencer défavorablement les malades, voire même l'opinion publique. Le terme de « services de rééducation fonctionnelle » proposé par la Commission neuro-psychiatrique et adopté à une réunion des chefs de centres neurologiques (Val-de-Gràce, décembre 1917), paraît tout à fait approprié.
Le Médecin. — Son rôle est capital. Il faut savoir que certaines conditions sont nécessaires. Beaucoup d'échecs sont imputables aux médecins. Il est fréquent en eltet de voir des patients traîner de formations en formalions leur névropathie, leur tremblement, leurs tics ou leurs crises nerveuses, et finir par « guérir » quand ils ont enfin trouvé le médecin qui a su leur imposer confiance dans son traitement.
Le médecin psychothérapeute doit avoir de l'autorité morale; c'est à lui de l'acquérir dans son service et de prendre sur ses malades l'ascendant nécessaire qui lui permettra d'agir efficacement. En médecine militaire, le prestige du galon est un auxiliaire précieux qui facilite beaucoup ce procédé de thérapeutique dans lequel le médecin doit jouer le double rôle de « confesseur » et « d éducateur ». Convaincu de la curabililé de tel trouble, il doit communiquer au malade sa conviction, entrer en communion, enconlact psychique intime avec lui pour lui imposer sa façon de penser. C'est au cours des premières conversalions avec le malade — une fois le diagnostic dûment établi — que ce travail s'opère, et que l'on arrive peu à peu à gagner la confiance du sujet, pour le dominer et finalement vaincre ses appréhensions, si comme il arrive souvent, on rencontre de sa part une certaine résistance.
On parlera donc avec bienveillance, en même temps qu'avec autorité, en mettant en pratique le vieil adage de la « main de fer dans un gant de velours ».
Du premier entretien dépend presque toujours la réussite du traitement, et lorsque le malade sort du cabinet médical pour rejoindre sa salle, on peut prévoir à la façon dont il se sera comporté durant l'interrogatoire, si la guérison sera facile ou non à obtenir.
Au cours du traitement, au cours de la première séance dont dépend la guérison, il faut faire preuve de grande patience; il ne faut pas s'énerver, se fâcher, prononcer des paroles regrettables dont le malade a bien vite fait de se saisir pour s'en faire une arme défensive ou même offensive. Ce n'est pas là toujours chose facile, et tous ceux qui ont quelque pratique de la psychothérapie savent qu'il est des jours, des moments où l'on réussit mieux qu'à d'autres à traiter les névropathes. Aussi, lorsqu'un résultat se fait trop attendre, et qu'au cours d'une séance déjà trop prolongée, on n'obtient plus aucun bénéfice, si l'on se sent à bout de patience, on ne doit pas persister et il faut renvoyer au lendemain sous prétexte de laisser reposer le patient. On aura soin dans ce cas d'isoler le malade. Cette façon de procéder par « séances fractionnées » est un pis aller mais est susceptible de donner parfois des résultats satisfaisants. Il nous est arrivé de voir sortir de notre cabinet un paralytique traînant encore les jambes, un muet ne reparlant qu'avec hésitation et qui le lendemain matin, à la visite, se déclarait complètement guéri, et qui l'était réellement. Mieu\ vaut réserver ainsi la possibilité, même hypothétique d'une action lente et progressive que de compro mettre le résultat en poussant à bout un malade mal disposé.
Le médecin. doit aussi prendre garde de ne rien faire, de ne rien dire qui puisse suggestionner, dans le mauvais sens, le malade. Ces suggestions médicales sont malheureusement aussi fréquentes que dangereuses.
Enfin on aura soin de ne pas sembler suspecter chez le sujet la simulation, durant les premiers entretiens tout au moins, ni de proférer trop vite des menaces de mesures disciplinaires. Ce sont des procédés extra-médicaux, employés souvent à tort dès le début qu'il faut réserver à une classe spéciale de « malades » et n'utiliser qu'en dernier ressort. Nous ne les avons jamais vus réussir chez les psychonévrosés.
Ce qu'il faut, c'est se placer en médecin vis-à-vis d'un malade, c'est le considérer comme un névropathe et lui com muniquer cette impression, même s'il est ou peut sembler suspect d'exagération ou de simulation; se rappeler combien le diagnostic de simulation est difficile à faire, pour ne traiter comme tels que ceux qui le méritent. Aux autres, à ceux
dont la guerre a fait des déséquilibrés du système nerveux, des « blessés psychiques », il faut fournir l'occasion, la force, l'énergie ou la volonté de guérir, toutes choses qui leur manquent et qu'ils sont incapables de retrouver par leurs propres moyens.
Nous insistons donc sur la nécessité de procéder à l'examen méthodique du sujet, même lorsque la nature de l'affection paraît s'imposer a priori. Cette remarque est loin d'être superflue ; à voir défiler dans un même service un grand nombre de névropathes, on est forcément enclin à se laisser entraîner par son impression première et aussi à accepter un diagnostic déjà porté antérieurement. L'examen poursuivi à nouveau avec la plus grande minutie, avec le secours de toutes les méthodes usuelles : ponction lombaire, radiographie, etc., permet non seulement de réformer des diagnostics, mais il concourt, adjuvant précieux, à donner au sujet la confiance en celui qui ensuite lui affirmera la curabilité de sa maladie et lui promettra la guérison.
On attachera enfin une grande importance à l'examen psychologique, en faisant longuement parler les sujets, en notant leur degré de développement intellectuel, leur niveau social, en cherchant à dépister leur état mental, d'où dérivent des indications thérapeutiques précieuses : un sujet débile nécessitant d'autres procédés dé traitement qu'un homme intelligent, instruit et cultivé.
Le malade. — Certaines conditions inhérentes au malade sont à prendre en considération.
Les névropathes, à passé pathologique chargé, ayant déjà fait avant la guerre de multiples manifestations nerveuses sont bien souvent difficiles à traiter. Ces psychonévroses datant de l'avantguerre sont plus rebelles que les psychonévroses de guerre; néanmoins on peut arriver chez eux à des résultats permettant une utilisation relative.
L'état psychique du malade a une influence certaine. Le raisonnement le mieux conduit n'aura que peu de prise sur un sujet entaché de débilité mentale ; la mentalité du patient est à notre avis le facteur de gravité qui domine tous les autres.
Les fonctionnels qui redoutent la guérison ne sont pas rares. Nous avons vu comment évoluait bien souvent l'état mental de
ces sujets au cours de leurs interminables hospitalisations. A. ce point de vue, l'ancienneté de l'accident joue un rôle important.
Plus les accidents sont de date ancienne, plus la mentalité tendra à être mauvaise et plus aussi sera ancrée l'idée d'incurabilité. Un malade « ne,uf » ou non encore examiné et traité, sera donc plus facile à guérir, qu'un sujet dont les accidents sont invétérés. Pour qu'ils puissent guérir facilement, ces vieux malades doivent être placés dans des milieux où les conditions matérielles et surtout l'atmosphère morale sont particulièrement favorables, et permettent ainsi par une modification de la mentalité, d'obtenir une disparition de leurs accidents presqu'aussi rapide que s]il s'agissait de cas récents.
La nature du trouble psyclionévropathique ne nous parait pas avoir d'importance. Ce qui le prouve c'est que certains neurologistes trouvent les paralysies plus faciles à traiter que les contractures, tandis que d'autres sont d'un avis contraire. Les deux raisons suivantes nous paraissent bien mieux, que la natui v de l'accident, pouvoir expliquer la facilité ou la difficulté que l'on éprouvera à faire disparaître tel ou tel trouble :
C'est d'abord la confiance que le médecin a en lui : si après avoir guéri facilement un cas de paralysie, il «manque» un cas de contracture, il abordera avec confiance le nouveau cas de paralysie, avec quelque méfiance au contraire le prochain malade atteint de contracture. La psychothérapie en sera influencée ; faite avec conviction au premier, elle lui donnera laguérison. Le second au contraire la sentira trop hésitante pour y puiser la foi en la guérison.
C'est ensuite l'atmosphère morale du milieu. Tel paralytique rentrant dans sa salle bien guéri, impressionnera de façon heureuse ses voisins atteints de la même affection et rendra leur guérison facile. En revanche un échec ou une guérison imparfaite influenceront l'entourage beaucoup plus encore, mais en sens contraire cette fois. Nous avons eu maintes fois l'occasion d'observer ces faits qui se traduisent par la production de séries bonnes ou défectueuses. Aussi avons-nous l'habitude à Salins, quand un résultat imparfait de tel accident est le point de départ d'une mauvaise série dans le service de l'un de nous, de ne plus prendre, pendant quelques semaines dans ce service, de malades
présentant des troubles comparables. Un nouveau succès ultérieur nous rend notre confiance, rétablit la bonne atmosphère et provoque le retour de séries heureuses.
Le milieu. — Si la personnalité du médecin joue le rôle capital en conditionnant, par l'autorité morale qu'il, a su acquérir, les résultats psychothérapiques, si l'état psychique du patient, l'ancienneté de l'affection ont aussi pour une bonne part leur influence, il est un troisième facteur, non moins important à considérer : le milieu dans lequel sont soignés et traités les psychonévrosés.
Il est de toute évidence que les hôpitaux de la zone des armées (Centres Neurologiques de l'avant) constituent à ce point de vue des milieux éminemment favorables. Leur confort très relatif, leur discipline toute militaire, leur proximité du front, leur éloignement et leur difficulté d'abord pour les familles conviennent particulièrement à ce genre de traitement et rendent les guérisons beaucoup plus aisées et plus rapides qu'à l'intérieur. Depuis plus de trois ans, nous nous efforçons de soutenir cette opinion, avec preuves à l'appui. Elle est admise aujourd'hui par tous les neurologistes.
Sans doute dans les centres neurologiques de l'intérieur, on peut aussi guérir les névropathes, mais aux prix de quelles difficultés, de quelles lenteurs rend-on ces guérisons définitives. C'est par semaines ou par mois que se compte la durée totale du traitement, alors qu'à l'avant c'est par heures et par jours.
Mais la notion de lieu, zone de l'avant, zone de l'intérieur, quelque importance qu'elle ait, n'est pas tout. Il faut créer dans un service l'ambiance et l'atmosphère désirables, ce qui est particulièrement facile sous le régime militaire.
La discipline générale, et surtout médicale, doivent y être sévères, mais* justes ; le personnel, infirmiers et infirmières, parfaitement bien dressé et mis au courant de la façon de se comporter vis-à-vis de ce genre de malades.
Les malades en entrant sauront de suite qu'ils vont avoir affaire à un Major qui peut les guérir, mais que certaines manifestations nerveuses bruyantes comme les crises convulsives hystériques sont interdites, sous peine d'un séjour plus ou moins long à l'isolement, que tout névropathe invétéré sera maintenu
COMMENT TRAIÎER LES PSYCHONÉVROSES 85
au lit et à la diète lactée tant que les accidents ne se seront pas parfaitement amendés. Une fois cette ambiance établie, les guérisons s'enchaînent facilement les unes aux autres.
Qu'on ne croie pas enfin que ce soit chose très difficile que de créer un tel milieu : c'est l'affaire de quinze jours à trois semaines, ainsi que nous en avons pu faire personnellement, à plusieurs reprises l'expérience, au cours de diverses mutations.
Il faudra entretenir dans la suite, avec le plus grand soin, cette atmosphère, en évitant les mauvaises contagions de l'exemple, en ne faisant pas retourner un échec dans une salle commune, en noyant dans une salle de bons malades tel sujet à mauvaise mentalité, tous points sur lesquels nous avons déjà insisté en temps et lieu.
Il ne faut pas que la vie hospitalière soit oisive. Il est bon de chercher à occuper les malades récemment traités qui sont à l'entraînement médical ; beaucoup d'entre eux sont devenus paresseux à la suite de longs mois de vie hospitalière inactive. En leur donnant une occupation autant que possible en relation avec leur profession civile on leur rend bien souvent le goût du travail en même temps qu'on leur fait faire des mouvements utiles à leur guérison.
L'introduction des jeux et des sports dans le milieu hospitalier aura elle aussi une heureuse influence.
Enfin, si la sévérité est de mise avec les récalcitrants, avec les simulateurs, elle ne doit pas se généraliser et au contraire il est capital que les malades de ces formations hospitalières sentent une atmosphère de fermeté bienveillante dans leur entourage. Il est tout aussi utile d'encourager, voire de récompenser les bons sujets apportant des elforts personnels à leur guérison, que d'user de rigueur contre ceux qui manifestent les tendances inverses.
Variantes du traitement. — 1° Suivant le lieu. — Ce
que nous avons dit précédemment s'appliquera surtout au traitement des hystériques de l'intérieur, c'est-à-dire à ceux dont la cure est de beaucoup la plus complexe.
Pour les malades delà zone de l'avant, le traitement sera généralement plus simple et aussi beaucoup plus facile et rapide.
80 TRAITEMENT DES PSYCIIONKVROSES
C'est ainsi qu'il sera le plus souvent inutile de les préparer, inutile aussi de les soumettre à un entraînement prolongé, en raison du peu d'ancienneté de leurs accidents et surtout de leur état psychique si différent de celui des hystériques invétérés.
Au Régiment, le médecin aura surtout à faire de la prophylaxie. Nous y avons déjà insisté dans un précédent chapitre. En période d'activité il lui sera souvent difficile de s'occuper des commotionnés, mais par son influence morale, cependant, il obtiendra facilement la disparition de troubles commotionnels légers et évitera ainsi des évacuations de longue durée à Tintérieur. Si cela n'est pas toujours possible dans les périodes d'attaque en raison de l'encombrement du poste de secours, cela peut être pour ainsi dire toujours réalisé au contraire en période de calme, ainsi que l'un de nous a pu personnellement s'en rendre compte.
A r Ambulance divisionnaire de triage, il est déjà beaucoup plus facile de traiter ces malades. L'un de nous, au début de l'offensive de la Somme, dans des conditions matérielles pourtant défavorables, puisque l'ambulance était installée dans un abri souterrain, près des lignes et assez copieusement bombardée, a pu guérir facilement les sourds-muets qui se sont présentés assez nombreux. L'un d'eux arrivé de la veille au régiment et réévacué aussitôt, traînait sa surdi-mutilé depuis quatorze mois, dans les hôpitaux de l'intérieur. Saguérison vint démontrer l'influence favorable de la zone de l'avant sur le traitement de ces affections.
Une persuasion bien faite permet en général d'obtenir aisément la disparition des accidents récents. Dans les cas où elle ne suffit pas, on utilisera avec avantages, comme adjuvant, en l'absence de pile faradique, les injections de médicaments douloureux, l'éther par exemple. La possibilité de renvoyer ces soldats à leur corps après deux ou trois jours de repos ou si la dépression nerveuse est trop marquée, sur le Centre Neurologique d'armée voisin, avec une fiche indiquant que la disparition des accidents fonctionnels a été obtenue, souligne à la fois la nécessité et l'importance prophylactiques de ce traitement bâtit.
Au Centre Neurologique d Armée, le traitement est aussi
beaucoup plus facile que dans les centres de l'intérieur. Il est presque toujours inutile de préparer les malades. A Doullens, nous avions l'habitude de traiter les fonctionnels dès leur arrivée à l'hôpital et ils entraient pour la première fois dans leur salle, déjà guéris de leurs troubles fonctionnels. Une surveillance médicale de quelques jours était ensuite suffisante. Seuls étaient préparés les quelques hystériques invétérés hospitalisés au cours d'une convalescence dans la région.
En résumé on peut dire que dans les formations sanitaires de l'avant le traitement des fonctionnels est infiniment plus facile, plus efficace et plus rapide que dans les hôpitaux de l'intérieur.
2°. — Suivant la nature des accidents. — Nous avons eu surtout en vue dans ce qui précède le traitement des accidents psychonévropathiques purs, non associés à des accidents organiques, ou à des accidents secondaires, dits physiopathiques.
Nous allons voir maintenant comment doivent être traitées ces associations morbides.
a) Traitement des associations hystéro-organiques. — Il n'est pas rare que sur des accidents nerveux organiques légers viennent se greffer des troubles fonctionnels intenses, tels par exemple, une hémiplégie hystérique totale venant compliquer une hémiplégie organique très légère, ou encore une paralysie radiale pithiatique survenant au cours d'une paralysie radiale organique en voie de guérison. Dans ces cas, le médecin devra, par un examen aussi complet que possible, faire la part du pithiatisme et de l'organicilé, se rendre compte par conséquent de ce qui est immédiatement récupérable et des séquelles qui persisteront. Une fois sa conviction faite, il fera la psychothérapie habituelle, mais dès le début il préviendra le malade que la guérison ne sera pas tout à fait complète, que tel mouvement redeviendra absolument normal, mais qu'il restera tel ou tel symptôme que l'examen antérieur aura permis de préciser.
b) Tracement des troubles psychonévropathiques associés à des accidents secondaires. - Nous avons en vue ici les manifestations hystériques plus ou moins anciennes sur lesquelles sont venus se greffer des troubles secondaires dit physiopathiques. Nous prendrons comme type les acro-paralysies et acro-