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aller dans le cabinet médical ; il les verra rentrer redressés, pouvant se renverser en arrière, manifestant leur joie. Le lendemain il nous demandera de le traiter. Il sait par ses camarades que le traitement ne fait aucun mal, il ne le craint plus, il le désire. On peut être certain à ce moment que la guérison est assurée.
Le malade arrive dans le cabinet médical où on l'examine complètement, avec le plus grand soin; nous lui affirmons que sa maladie ne présente aucune gravité; qu'elle est toujours curable, que nous n'avons jamais eu d'échec dans des cas de ce genre, sauf chez de mauvais sujets, de faux malades qui ne désirent rien moins que la guérison, qui mettent tout en œuvre pour persister dans leur état. Tout de suite il dira que ce n'est pas son cas, qu'il y a longtemps qu'il voudrait être guéri, qu'il a tout fait pour cela, qu'il a employé toute sa volonté, mis tous ses efforts, mais que jamais on n'a pu l'améliorer. 11 ajoutera qu'il sait bien qu'ici il va guérir, qu'il a vu tel de ses compagnons d'infortune heureux de sa guérison. qu'il avait hâte d'être traité. Nous le laissons parler, puis nous lui affirmons que son désir va être bientôt réalisé, que la maladie dont il est atteint est toujours curable, qu'elle consiste uniquement en une contracture de certains muscles, qu'on peut faire cesser très aisément par un traitement électrique approprié, non douloureux et qu'il sera surpris lui-même de voir avec quelle facilité il pourra tout à l'heure se redresser, se renverser en arrière, et que sa guérison sera définitive. Nous le faisons alors coucher sur le lit d'examen, dans une position qui lui est commode, sur un côté par exemple. Puis nous faisons un peu de faradisalion très légère, deux à trois divisions de la bobine faradique, sur les muscles lombaires, en ne laissant les tampons qu'un instant pou», lui montrer que le courant n'est pas douloureux et nous le rassurons en disant que c'est la tout le mal qu'il aura à supporter. Nous l'entendons dire que c'est très supportable en effet et qu'il a subi des traitements beaucoup plus pénibles. On pose alors un tampon à la partie inférieure des muscles lombaires, l'autre à la partie supérieure, puis après une, deux minutes nous changeons de côté. Pendant ce temps nous continuons notre persuasion; nous le prévenons que dans un moment il va commencer àsentirses muscles s'assouplir, nous lui recommandons de se laisser aller, d'être tout à fait souple, « tout à fait mort ». Puis nous faisons quelques secousses lentes, les tampons étant tou ^urs placés aux mêmes endroits. Nous lui affirmons que nous v<. ns ses muscles qui commencent à se contracter normalement, qu'il doit les sentir lui-même s'assouplir. Presque toujours il nous
répondra qu'il le sent très bien en effet. Continuant notre persuasion dans ce sens, nous lui répétons qu'il s'agit là d'une chose très simple, banale, qui n'a rien du miracle, qu'il suffit de savoir traiter cette maladie pour en obtenir facilement la guérison. Nous nous efforçons de lui donner l'impression que nous avons une telle certitude du résultat qui va se produire à l'instant, qu'il ne puisse en douter lui-même. Tout ceci a duré à peine une dizaine de minutes, mais il faut se méfier du moment où on doit lâcher les tampons. C'est le moment important, le moment psychologique qu'il faut sentir, qu'il faut atteindre mais qu'il ne faut pas dépasser. On doit sentir, prévoir, que le malade va se redresser sans hésitation, qu'il est absolument convaincu. 11 faut prendre garde par conséquent à la dernière phrase que l'on prononcera et tâcher d'obtenir du patient qu'il dise par exemple, qu'il se sent tout à fait souple, tout à fait transformé, qu'il n'est plus le même homme, etc. Nous lui affirmons que nous en sommes certains eneffeten voyant la façon dont se contractent ses muscles, que nous allons être heureux de la joie qu'il va avoir à sentir combien il lui est facile de se redresser. Nous le faisons mettre alors à genou sur le bord du lit pour tromper son automatisme : on arrivera ainsi à le faire se redsesser bien plus facilement que s'il était debout. Pendant qu'il s'agenouille, nous répétons encore qu'il va être surpris de la souplesse de la facilité qu'il va éprouver à se mettre droit. S'il est « à point » nous n'aurons pas besoin de l'aider et pour lui montrer combien notre conviction est absolue, nous nous écartons de lui sous un prétexte quelconque pour paraître ne point l'observer, mais tout en continuant à lui parler, en lui demandant, de telle façon que la réponse ne puisse être autrement qu'affirmative, s'il ne" se sent pas infiniment plus souple, tout à fait transformé. Nous nous retournons alors sans paraître le surveiller, et habituellement nous le retrouvons droit, ayant peut-être l'air de faire encore quelque effort, pour s'y maintenir. Nous nous approchons de lui et l'engageons a faire des mouvements de latéralité du tronc pour lui démontrer en le lui affirmant combien tout cela est devenu aisé; nous l'aidons un peu au besoin mais en le guidant simplement, sans y mettre la moindre force. Puis de la même façon, nous le faisons se renverser en arrière plusieurs fois de suite. Nous le préparons à se lever en lui disant qu'il est guéri puisqu'il peut se renverser en arrière, que ses troubles de la démarche vont disparaître maintenant qu'il est droit, comme ils disparaissent toujours chez tous les plicaturés redressés. Nous le faisons mettre debout et marcher tout de suite, corrigeant au besoin le petit défaut de
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la marche qui persiste, en lui montrant qu'il ne s'agit là que d'un reste d'habitude qui va cesser après quelques pas. Puis nous l'aidons à nous dire sa joie et nous en profitons pour lui faire faire quelques mouvements du tronc en avant, en arrière, sur les côtés. Peut-être dira-t-il qu'il éprouve encore un peu de douleur en faisant ces mouvements. Nous n'en paraissons pas surpris et lui affirmons que ces douleurs passent toujours au bout de 24 ou 48 heures, d'autant plus vite que les malades font plus d'exercices. Nous le faisons habiller et nous le reconduisons dans sa salle. Nous nous assurons ainsi qu'il se présentera marchant normalement ; nous lui faisons faire des mouvements du tronc devant ses camarades sans paraître prendre ceux-ci à témoins, mais sous le prétexte de lui faire répéter une dernière fois devant nous ce qu'il devra faire "dans la journée. Nous n'aurons plus beaucoup de peine avec ce malade les jours suivants et il nous sera très reconnaissant de sa guérison. Il deviendra même pour nous un aide précieux pour la guérison des autres. Le tout aura duré 20 minutes à une demi-heure; le moins longtemps possible sera le mieux.
La rapidité de la guérison totale est très variable ; elle peut réaliser toute la gamme étendue depuis le résultat soudain jusqu'au résultat lentement progressif. Dans ce dernier cas c'est par entraînement prolongé que l'on arrivera à la guérison lolale. La cause des résultats lents peut tenir à quelque faute de psychothérapie (préparation insuffisante du malade ou manque de confiance du médecin), elle peut tenir aussi quelquefois, mais c'est là 1 exception, à l'existence de lésions organiques coexistantes ; dans ce dernier cas on n'obtient que la part fonctionnelle de la difformité, le reliquat restant étant justifié par des modifications organiques vérifiées par la radiographie. Cette éventualité nous parait réaliser une infinie exception.
Dans tous les cas ces malades doivent être entraînés longuement sous surveillance du médecin et n'être confiés à l'entraînement militaire que lorsqu'à aucun moment on n'aperçoit plus de tendance au ressouvenir de l'attitude vicieuse. Il faut avouer, quelle qu'en soit l'explication, que dans la majorité des cas anciens et invétérés, il subsiste pendant longtemps et même après assouplissement total de la musculature, une tendance habituelle, révélée surtout après les fatigues, à ébaucher la difformité première. Pour cette raison et en règle générale, ces sujets seront proposés pour un changement d'arme ou mieux pour le service auxiliaire, ou même la réforme temporaire quand ii s'agit de cas très anciens.
2» Crises hystériques. — Pour les crises hystériques le traitement est en quelque sorte prophylactique.
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Pour bien comprendre l'efficacité de notre façon de procéder à l'égard des crises nerveuses, il faut bien prendre en considération les deux poinls suivants :
D'abord l'énorme contagiosité de cet accident. Pour souligner ce fait, il suffit de rappeler qu'il y a des régions, des bôpitaux à 'crises, qu'il y a des salles, des étages à crises dans certains hôpitaux, qu'il y a des heures spéciales pour les crises (le plus souvent en l'absence des médecins).
D'autre part, l'influence de la volonté sur les crises nerveuses et la possibilité, chez un malade qui le veut, d'éviter la production d'un semblable accident. Pour confirmer la réalité de ce fait il suffit de remarquer que les malades choisissent le lieu et l'heure de production de leurs crises, qu'elles ne surviennent que dans les occasions où ils sont observés et enfin que tels malades ont des crises avec tel médecin et n'en ont pas avec tel autre.
Nous croyons amplement prouver l'influence de la volonté du sujet — en dehors de tout autre élément de -psychothérapie — sur les crises nerveuses, par la description de notre façon de procéder à leur égard et des résultats que nous avons ainsi obtenus.
(Juand on nous envoie des «crisards», ils sont dès leur entrée à l'hôpital d'attente, prévenus que toutes crises doivent cesser ici parce qu'il s'agit d'un accident pouvant être évité par la volonté du malade. Une simple conversation résume généralement toute notre psychothérapie. Comme d'autre part ces malades ne trouvent plus de crisards dans le nouvel hôpital où ils arrivent, ils cessent sous cette doqble influence d'avoir des crises hystériques. Tout au plus de loin en loin, un soir de sorlie, sous l'influence de l'alcool verra-t-on une récidive passagère.
S'il s'agit d'un malade dont la mentalité plus simple nécessite l'application du « traitement » l'on appuiera la persuasion d'un peu de faradisation sur la nuque et le dos par exemple ou dans les mains. S'il s'agit d'un cas plus tenace il sera traité par l'isolement et au besoin le régime lacté.
Dans ces conditions nous voyons généralement les crises cesser dès l'entrée de nos malades.
Si cependant, exceptionnellement, une crise survient, à peine est-elle au début, le malade est trait ô par aspersion d'eau froide, par application du balai faradique (courant douloureux) sur les téguments ; on arrête la crise, le sujet est sévèrement admonesté, mis au besoin un jour ou deux à l'isolement. Et l'expérience nous montre qu'il ne recommencera plus.
Par ce traitement plus particulièrement prophylactique nous
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avons éliminé les crises nerveuses de notre milieu hospitalier. Nos crisards se sont tous plies à la nécessité de n'avoir plus de crises, tout au moins tant qu'ils sont sous notre surveillance médicale.
Là d'ailleurs est le fait important pour décider de l'utilisation militaire de ces sujets.
Tant qu'ils sont sous surveillance médicale spéciale ils resteront indemnes. Mais, et particulièrement quand ils sont de retour au dépôt, au front, qu'ils trouvent un milieu médical moins averti, il est fréquent qu'une récidive survienne.
Il serait désirable, et ceci s'applique à beaucoup des accidents dont nous avons décrit le traitement, que dans toute la filière médicale suivie par ces malades après guérison, on soit averti et convaincu qu'une crise hystérique ne doit pas se reproduire chez un homme une fois guéri, si telle est la ferme volonté du sujet. Ainsi peut-être pourrait-on rendre systématiquement à l'armée des sujets, complètement sains, le plus souvent jeunes, qu'il est vraiment inéquitable de garder à l'arrière.
3° Mains figées et pieds bots. — Nous terminons à dessein par cette catégorie d'exemples. Il s'agit là de manifestations morbides, 'de nature encore très discutée, révélées ou en tous cas infiniment multipliées par la guerre. Leur apparition n'est pas contemporaine de l'accident de guerre; le syndrome clinique qui les réalise est le résultat d'une évolution plus ou moins longue. Pour cette raison, ce sont les types des accidents que l'on rencontre très fréquemment dans les centres de l'intérieur. Enfin des résultats que Ton obtient en les traitant par psychothérapie découlent des déductions capables d'influer sur la conception pathogénique à laquelle on s'arrête pour expliquer leur allure clinique spéciale.
a) Main figée. — La main figée, dans ses multiples apparences, est réalisée par des localisations diverses et des prédominances variables de paralysies, de contractures ou d'association des deux troubles moteurs. Le mode d'action de la psychothérapie sera le même que dans les cas précédents. Le malade préparé par l'ambiance sera averti que ses muscles vont être «réveillés» ou au contraire « assouplis. » Par des secousses ou des courants tétanisants faradiques réalisant les mouvements absents ou déficients, on appuiera l'affirmation faite. Au moment psychologique, on commandera les mouvements à faire. On fera plusieurs fois ouvrir, fermer la main, remuer les doigts rapidement, on fera serrer le dynamomètre, prendre une chaise et la soulever. Il faudra obtenir tout de suite le retour à la normale de l'étendue, de la
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rapidité et si possible de la force. Il persiste souvent de la méiopragie sur laquelle nous nous expliquerons ailleurs. On recommandera bien au malade, une fois la séance terminée, de se servir dans la suite presque uniquement de la main malade et on s'assurera pendant qu'il se rhabille qu'il mette tout de suite cette recommandation en pratique.
Mais ce n'est pas tout, et les éventualités possibles sont dans les mains figées plus variées, plus complexes :
S'il n'y a que contracture ou paralysie, il s'agit d'une main figée hystérique pure, le cas est assimilable à toutes les localisations déjà étudiées.
Si au contraire, il y a adjonction de troubles caloriques, vasomoteurs, trophiques, il s'agit d'une main figée dite « réflexe » et considérée comme beaucoup plus rebelle à la psychothérapie. Envisageons ces éventualités et voyons quelles déductions thérapeutiques il faut en tirer.
Nous étudierons et analyserons longuement plus loin (chap. V) les mains figées dites « réflexes » dans leurs rapports avec la psychothérapie et nous chercherons à établir que dans tous les cas le trouble moteur doit être considéré comme pithiatique et les troubles caloriques, vaso-moteurs, trophiques, musculo-tendineux, articulaires, comme des troubles secondaires de l'hystérie. Mais môme s'il en est ainsi, la coexistence de ces troubles est parfois de nature à entraver partiellement l'action de la psychothérapie. Voyons dans quels cas et dans quelle mesure?
S'il y a des rétractions musculo-tendineuses ou des ankyloses articulaires fibreuses, on ne pourra obtenir qu'un résultat partiel et la motilité ne reviendra que dans la mesure où elle ne sera pas mécaniquement entravée. Le malade doit en être prévenu à l'avance et ce serait de la mauvaise psychothérapie que lui promettre plus qu'on ne peut obtenir. Ces cas même s'il y a doute sur l'importance de la part fonctionnelle, doivent être traités avec confiance; l'on est souvent surpris au décrochage, d'obtenir une amélioration inespérée et de voir le reliquat organique se réduire à un minimum imprévu.
Toute autre est la situation s'il n'y a que des douleurs, des raideurs articulaires susceptibles seulement de réductions progressives. En pareils cas nous avons observé parfois qu'au décrochage la mobilisation des articulations douloureuses inhibait brusquement le retour de la motilité et nous avons dû à ce fait des résultats imparfaits. Aussi, nous l'avons dit, quand il y a douleur articulaire, nous pensons qu'une mobilisation préalable est indiquée.
Mais il faut se garder de la prolonger trop longtemps, de faire croire au malade qu'on veut à nouveau le traiter par la kinésithérapie — si souvent employée antérieurement et sans succès dans ces cas. — Il faut lui dire que c'est une préparation de quelques jours nécessaire pour éliminer l'élément douloureux. Quand le sujet se sera habitué à la possibilité de la mobilisation passive, il pourra être traité et à la séance de psychothérapie on obtiendra le retour de la motilité compatible avec le reliquat de raideurs articulaires. C'est alors seulement que la physiothérapie devra être instituée dans ses modes variables (mobilisation, bains chauds, etc.) et qu'elle sera seulement susceptible de donner ses vrais résultats.
Nous croyons et avons vu en effet que la physiothérapie n'est utile et efficiente dans les mains figées que dans la mesure où elle est subordonnée et secondaire à la psychothérapie. D'ailleurs le retour des mouvements actifs volontaires n'est-il pas le meilleur et le plus parfait élément physiothérapique auquel on puisse recourir. Par conséquent, exception faite pour les quelques séances de mobilisation destinées à diminuer les douleurs articulaires, la psychothérapie représente le temps premier et capital du traitement.
Enfin une dernière éventualité peut se produire : il n'y a pas de troubles articulaires, pas de lésions musculo-tendineuses, il y a seulement des troubles caloriques et vaso-moteurs : la main est froide et bleue surtout par temps froid; on considère généralement que cet état est coexistant d'une diminution de la force musculaire, d'une méiopragie indépendante du trouble moteur pithiatique. Notre expérience nous a appris qu'on peut aborder ces cas avec autant de confiance que toutes les psychonévroses ; que les mouvements redevenus normaux en ■ étendue et en rapidité, la méiopragie restante est inconstante, variable et dépend plus de la mentalité du sujet et de la perfection du décrochage que de l'intensité des troubles vaso-moteurs; qu'enfin elle n'est pas plus marquée que celle des autres localisations paralytiques fonctionnelles des membres, au moins telles que la guerre nous les a révélées.
Pour ce qui concerne l'avenir des troubles caloriques et vasomoteurs après guérison du trouble moteur, ils sont d'une rétrocession lente, mais notre expérience nous a appris que plus le décrochage a été parfait, plus dans la suite, les mouvements se rapprochent de la fonction physiologiquement normale et plus ces troubles s'atténuent rapidement. En ce sens ils subissent l'action
tardive et indirecte de la psychothérapie initiale aussi bien que de la psychothérapie ultérieure qui consiste à surveiller et exhorter sans cesse le sujet à se servir de sa main.
Les modifications des troubles trophiques, peau, ongles, muscles, sont également tardives et se produisent peu à peu sous l'influence du retour de la molilité normale.
A la fonction motrice seront donc subordonnées les modifications régressives des troubles secondaires.
On surveillera le retour et les progrès des fonctions motrices au dynamomètre. Nous tenons à ce point de vue, pour chaque malade, un tableau permettant de surveiller l'évolution du retour de la force musculaire, d'admonester le retardataire, de récompenser celui qui l'ait des efforts rapides. Quand on estime avoir obtenu un résultat suffisant le malade est envoyé à l'entraînement militaire et, s'il n'a pas de reliquat organique, il pourra rester au service armé.
Il faut dans les cas guéris se tenir en garde contre ce fait que, si le malade se sert mal et peu de sa main, il aura encore tendance par temps très froid, à présenter du refroidissement, de la cyanose et un peu de méiopragie. Ceci ne persiste, nous semble-t-il, que chez les malades qui n'ont pas eu la volonté d'exercer suffisamment leur main guérie ; mais quelle que soit la cause de cette éventualité il ne faut pas méconnaître sa possibilité et même sa relative fréquence, pour la décision concernant l'avenir militaire de chacun de ces malades.
b) Pieds bots. — En dehors de leur localisation, de la coexistence possible — quoique moins fréquente et moins marquée — de troubles vaso-moteurs et caloriques, les pieds bols réalisent une localisation motrice plus simple que celle observée dans les mains figées.
Pour cette raison la sélection préalable des malades dans les salles doit être encore plus attentivement surveillée ; en effet, si les mains figées, infinimenl variables, dans leurs aspects cliniques, auront relativement peu d'occasions de se copier, en revanche les pieds bots presque tous semblables, ont tendance à l'imitation bonne ou mauvaise. En entourant le nouveau cas de malades bien guéris on aidera par conséquent à sa préparation, pour la séance de psychothérapie ; si au contraire, il voit autour dalui des résultats imparfaits, il fixera dans son esprit l'idée d'un retour incomplet à la normale. Cette constitution, cette surveillance de l'ambiance pour les pieds bols est aussi importante en raison de l'extériorisation marquée du moindre délaut dans un pied bot traité.
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Un malade atteint de main figée se sert imparfaitement de sa main, conserve une diminution de la force musculaire, le \oisin ne le verra, ne le saura pas toujours; mais au contraire si un pied bol n'est pas bien'réduit, le malade aura une boiterie disgracieuse qui n'échappera pas aux nouveaux venus en imminence de traitement, dont le sens d'observation et de critique est, nous l'avons vu, aiguisé de façon extrême. Donc autant que possible le patient ne sera pris au traitement qu'après avoir été bien entouré et complètement convaincu. S'il y a de mauvais éléments dans le service, il vaut mieux attendre.
Le décrochage est relativement simple si le malade est de bonne mentalité et s'il est « mur ».
Pour les pieds bols « ballants » on procédera ainsi : après quelques secousses musculaires, on provoquera faradiquement la réduction de l'altilude vicieuse ; au moment voulu on commandera le mouvement déficient et sitôt que le malade l'aura réalisé, on lui commandera la marche, la course et le saut à cloche pied sur le pied malade.
Même chose pour le pied bot contracture mais « réductible ». On persuadera le malade de l'amplification, de la plus grande facilité de la réduction passive après avoir « assoupli » les muscles du mollet par des secousses lentes. Ensuite l'on procédera comme dans le cas précédent en lui faisant réaliser des mouvements actifs de correction.
Dans les pieds bots irréductibles ou « bloqués » il y a parfois association à un certain degré d'équinisme. Mais ni le degré de la contracture, ni la plus grande complexité de la déformation, n'influent sur le résultat du traitement. Nous avons observé et particulièrement dans ces cas considérés comme plus rebelles — deux catégories de faits bien distincts quant à l'action de la psychothérapie.
a) S'il s'agit de sujets à bonne mentalité qui n'ont pas subi de multiples tentatives de traitement, on obtient une guérison aussi rapide, aussi aisée que dans les cas précédents. Quelques secousses faradiques appuyant les paroles de persuasion, mouvements passifs, mouvements actifs, marche, course ; en quelques minutes nous avons observé la réduction de pieds bloqués datant de 12 à 24 mois et plus.
Nous avons objectivé la rapidité des résultats en notant sur les empreintes prises avant et après la séance, l'heure exacte. Nous notons sur ces empreintes des durées de 15, 10 et même 5 minutes (Voir fig. 1-9. PI. XII).
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b) Une autre catégorie de faits est réalisée par les sujets à mauvaise mentalité, ayant épuisé tous les hôpitaux, tous les traitements (physiothérapie, électrothérapie, réduction sous aneslhésie, appareils plâlrés) ayant été envoyés dans des services de chirurgie pour interventions correctrices acceptées ou refusées par eux. Ces sujets, adressés à notre centre comme récalcitrants, ont subi une véritable contre-psychothérapie préalable et il est extrêmement difficile de les préparer à nouveau. C'est dans ces cas que nous avons dû nous épuiser en des séances de une, deux, trois heures et plus, que nous n'avons obtenu des résultats que lentement progressifs avec tendance fréquente au retour de la déformation, que nous avons observé le plus souvent les récidives et enfin que nous avons constaté sur l'ensemble de notre service l'influence néfaste de cette catégorie de persévérateurs.
C'est donc la mentalité du sujet, sa préparation antérieure qui conditionneront pour la plus grande part l'obtention d'une guérison soudaine, lente ou très longuement progressive. C'est elle aussi qui conditionnera la stabilité de la guérison, ou au contraire la tendance aux récidives. Cette distinction» capitale élant faile, nous pourrons affirmer qu'à origine, à passé communs, la guérison d'un pied bol par psychothérapie est indépendante dans une certaine mesure :
De la forme clinique;
De l'ancienneté du cas;
De l'existence des troubles secondaires (ceux-ci étant limités ici aux troubles vaso-moteurs et caloriques).
Si l'on a obtenu une guérison soudaine, l'entraînement médical sera court et facile. Bientôt le malade pourra aller à l'enlrainemenl militaire, faire- des marches de 5 à 10 kilomètres et enfin être renvoyé à l'armée, service armé avec proposition pour une arme plus sédentaire que l'infanterie.
Si au contraire on a affaire à une guérison lentement progressive (ce qui est l'exception) il est rare que l'on obtienne un résultat parfait Alors force est de proposer le malade pour le service auxiliaire.
Enfin si l'on observe à un moment quelconque de l'entraînement des récidives partielles ou complètes, on les voit généralement céder rapidement par quelques jours d'isolement. Ce fait, ainsi que celui d'avoir vu ces récidives passagères survenir en véritables épidémies momentanées, puis céder complètement, souligne bien l'importance du facteur psychique dans ces affections et par conséquent la prise que doit avoir une psychothérapie bien comprise et judicieusement appliquée sur leur évolution.