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142 TRAITEMENT DES PSYCIIONÉVROSES
acrocontractures et acroparalysies, accompagnées de troubles physiopathiques une microsphygmie inégale, mais cependant bilatérale.
Cette microsphygmie bilatérale varie inégalement pour le côté observé suivant différents facteurs :
Le réchauffement (bain chaud ou temps chaud) la corrige beaucoup plus du côté malade que du côté sain équilibrant et même parfois renversant la formule primitive. Nos constatations ici sont en tous points semblables à celles que les premiers ont faites MM. Babinski et Heilz.
Le refroidissement (bain froid ou temps froid) en accuse le degré des deux côtés.
Voici les moyennes de 30 épreuves de réfrigération chez des sujets atteints de mains figées (par bain de 5 minutes h 80 en été) : Mains Agées avant réfrigération . . 1,1
Mains figées après réfrigération . . . 0,7 Mains saines avant réfrigération . . 1,8
Mains saines après réfrigération . 1
Voici les moyennes de 20 épreuves de réfrigération chez des sujets atteints de pieds bots (par bain de 5 minutes à 8° en été). Pieds bots avant réfrigération . i
Pieds bols après réfrigération . 3
Pieds sains avant réfrigération . 5,7
Pieds sains après réfrigération . . 4,1
Le côté sain semble donc, quant à la régulation vasomotrice vis à-vis du refroidissement, participer des mêmes tendances que le côté malade.
Nous avons constaté l'existence de la microsphygmie bilatérale à des degrés divers, dans la grande majorité des casque nous avons examinés. Elle est souvent accusée objectivement par une acrocyanose bilatérale (1). Elle nous a paru très fréquente dans les main-
le courant d'une même journée sous l'influence de la température ambiante, des exercices musculaires, de la position debout ou couchée, des périodes digeslives. Il faut donc pour qu'ils aient quelque valeur que les examens comparativement pratiqués soient faits dans des conditions toujours analogues et particulièrement dans une position identique, à jeun et après repos.
(1) MM. Babinski et Froment avaient signalé la possibilité de constater cette acrocyanose bilatérale quand ils disaient dans leur livre : « Quelquefois même l'autre bras présente quelques troubles vaso-moteurs et sudoraux ».
PATIIOGENIE DES TROUBLES DITS RÉFLEXES i43
figées ; mais elle peut n'être révélée que par temps froid et dispa raitre au contraire par le réchauffement de la température ambiante, alors que l'oscillométrie révèle encore une microsphygmie relative.
La deuxième constatation est la suivante:
Quand le trouble moteur guérit brusquement, dès la première séance de traitement, nous avons observé que sous l'influence des mouvements actifs soudainement récupérés, les oscillations artérielles augmentent du côté malade au point d'atteindre et même de dépasser celles du côté sain. Il y a là une véritable épreuve de la mobilisation active, ou épreuve de décrochage dont les résultats (observés encore après les séances d'exercices actifs imposés aux malades) sont en tous points analogues à ceux de l'épreuve du bain chaud de MM. Babinski et Heitz. Mais ce n'est là qu'une modification vasculaire transitoire. Les modifications définitives sont plus tardives, elles suivent la régression des troubles vasomoteurs, et comme telles, dépendent de la récupération physiologiquement normale des fonctions motrices de l'extrémité atteinte.
Influence de la récupération motrice sur l'évolution des troubles secondaires, caloriques et vaso-moteurs. — Nous avons à cet égard procédé à deuxséries de recherches dont les détails seront trouvés aux documents qui suivent ce chapitre (p. 164).
i° Nous avons mesuré comparativement les plus hautes amplitudes oscillatoires artérielles avant et après la séance de décrochage, puis dans la suite au coure des séances de mobilisation active. C'est là l'épreuve de la mobilisation active dont nous avons parlé plus haut.
Les moyennes des chiffres oscillométriques observées avant et après la séance de décrochage dans une vingtaine de mains figées prises au hasard ont été les suivantes :
Côté sain Côté malade
Avant traitement 2 1,4
Après décrochage et retour soudain
des mouvements actifs .... 2 2,7
11 y a donc, dans l'ensemble, une tendance à réaliser une amplitude oscillatoire supérieure à celle du côté sain. Mais c'est là un chiffre moyen. Si l'on étudie en détail les différents cas on constate que ces modiûcalions, toujours de même sens, dans les cas où le traitement a été appliqué avec succès, sont d'intensité variable avec différents facteurs :
iiiiiii: In
ig
jqp
Main saine
Séance de décrochage
Main malade
Figure 14. — Epreuves de décrochage. — Quinze exemples de modifications survenues sous l'iniluence du « décrochage » dans des cas de main figée. Chaque graphique donne tant pour la main saine que pour la main malade le chiffre de l'indice oscillométrique aussitôt avant (à gauche de la (lécha) et aussitôt après (a droite de la ilèche) la séance de traitement. A noter que le chiffre de l'amplitude oscillatoire reste invariable pour la main saine, qu'il augmente pour la main traitée au point de dépasser celui du coté sain.
PATIIOGÉNIE DES TROUBLES DITS RÉFLEXES i45
Si le trouble moteur disparait soudainement et que le malade puisse et veuille se servir immédiatement correctement de sa main, les oscillations du côté traité atteignent et le plus souvent dépassent celles du côté sain.
S'il y a persistance de troubles articulaires limitant et gênant la récupération motrice, ou s'il s'agit d'un malade sans volonté qui manœuvre paresseusement sa main, ou enfin s'il s'agit d'un sujet à mauvaise mentalité, essayant de se reprendre et qui ne veut pas faire correctement les mouvements possibles, alors l'amplitude oscillatoire du côté traité quoique notablement augmentée n'atleint pas celle du côté sain.
2° Nous avons dans la suite de l'entraînement réalisé des séances de mouvements actifs répartis également sur la main saine et la main malade. Les résultats sont les mêmes et varient pour les mêmes causes que dans l'épreuve précédente.
3° Nous avons comparé l'influence des mouvements passifs et des mouvements actifs sur les troubles vaso-moteurs. Nous avons toujours eu l'impression et nous la confirmons par quelques cas démonstratifs, que seule la motililé active a une influence importante sur les troubles vaso-moteurs. 11 y a là de quoi expliquer pourquoi telle main figée, traitée pendant de nombreux mois sans modifications par physiothérapie passive, guérit au contraire progressivement par les exercices actifs consécutifs au traitement psychothérapique qui a récupéré la motilité normale.
4» Enfin nous avons dans la suite de l'entraînement médical suivi chez nos soldats le sens et la tendance des variations oscillométriques. Nous avons observé que leur tendance vers l'égalisation normale s'observe dans les cas où, soit la forme clinique (formes non articulaires), soit surtout la volonté, le zèle du sujet, ogt permis une utilisation physiologiquement normale du membre récupéré. Nous avons observé qu'il ne faut pas se presser de déclarer les troubles secondaires définitivement guéris et qu'une négligence prolongée dans l'usage du membre expose à des récidives partielles et plus ou moins durables des troubles vaso-moteurs.
Enfin nous avons vu que chaque fois que pour des raisons d'obstacles articulaires, de volonté déficiente, de mauvaise mentalité, le membre est peu ou mal utilisé, la tendance vers la normale n'est que très lente.
Il y a dans tous ces faits que nous avons constamment observés et dont nous donnons plus loin quelques exemples, une indication importante, croyons-nous, concernant l'influence du retour de la motilité sur la régression des troubles vaso-moteurs et
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• Coté sain
O Coté malade
Figure il 1. — Comparaison dus modifications oscillométriques sous l'influence des mouvements passifs (avant traitement) et des. mouvements actifs) après traitement'.
A. — Main figée.
îB. — Pied bot.
Chacun de ces graphiques donne pour le côté sain et pour le côté malade les chiffres correspondants aux indices oscillométriques.
! A noter que ta mobilisation passive n'amène pas de modification des amplitudes oscillatoires du menlbre malade, qu'an contraire la mobilisation active après récupératiomruolnae les augmente et tend à les égaliser à celles. du côté sain.
PATHOGÉNIE DES TROUBLES DITS RÉFLEXES i4 7
peut être il'une façon plus générale, concernant l'influence du mouvement sur l'évolution des troubles vasculaires.
Il nous reste maintenant à discuter le mécanisme de celte aetion :
Causes prédisposantes et déterminantes des troubles vasomoteurs. Rôle du sympathique dans leur apparition et leur évolution. — « L'importance des troubles vaso-moteurs, disent MM. Babinski et Froment, qui nous a depuis si longtemps frappés et dont nous avons cherché à faire une analyse clinique précise, dénote d'une manière évidente l'entrée en jeu du système sympathique ».
L'origine première de ces troubles vaso-moteurs serait toujours pour ces auteurs au niveau de la lésion causale, et c'est encore le même mécanisme réllexe, empruntant cette fois la voie sympathique qui en motiverait l'apparition et l'évolution. A l'appui de cette hypothèse, ils invoquent ce fait « que les troubles vaso-moteurs et thermiques peuvent s'étendre bien au-dessus rlu coude et jusqu'à l'épaule dans une lésion de la main. Parfois même l'autre bras présente quelques troubles vaso-moteurs et sudoraux. Il est permis, ajoutent-ils, d'invoquer encore à l'appui de cette idée, la mutabilité de ces troubles susceptibles de se transformer transitoiremenl d'un moment à l'autre, l'hyperthermie succédant à l'hypothermie et l'amplitude des oscillations mesurée au sphygmomanomètre devenant, plus grande du côté lésé, alors qu'elle était bien plus petite quelques instants auparavant ».
MM. Babinski et Froment éliminent pour ces raisons la possibilité de paralysie ou de névrite sympathique pour expliquer les troubles vaso-moteurs.
Nous rejetons d'autant plus volontiers avec ces auteurs l'idée d'une lésion anatomique des voies sympathiques, qu'elle serait en désaccord complet avec la large et parfois rapide curabilité de ces désordres circulatoires. L'allure clinique et évolutive nous pousse à accepter la probabilité d'une intervention des ganglions sympathiques envisagés comme centre réflexe vaso-moteur. Mais nous avons tendance à envisager tout autrement que MM. Babinski et 'Froment le mécanisme et particulièrement le point de départ du réflexe vaso-moteur, ce point de départ n'étant paslié pour nous directement au traumatisme, mais bien aux modifications consc'ctij/iïx's de 'la fonction motrice.
En effet, si le trouble causal des désordres circulatoires devait être toujours le traumatisme initial comment s'expliquerait-on la
i48 TRAITEMENT DES PSYCIIONÉVROSES
localisai ion élective des accidents circulatoires au niveau des membres et même surtout à leur extrémité, alors que le siège de la blessure peut en être très distant, peut occuper même d'autres régions ; comment s'expliquerait-on, dans cette dernière éventualité, l'absence de troubles vaso moteurs en d'aulres régions que les membres, région faciale, cervicale, thoracique, abdominale, etc.? Comment enfin accepterait-on le fait pourtant certain de l'apparition de troubles vaso-moteurs persistants en l'absence de tout traumatisme causal ?
Pour l'interprétation des réactions vaso-motrices dans les troubles qui nous occupent, voici les faits qui nous paraissent les plus frappants et les déductions que nous en tirons :
L'apparition, l'évolution des troubles de la régulation vaso-motrice sont dans la généralité des cas associés intimement à la coexistence d' un trouble moteur'.
On ne rencontre pas, en dehors de ceux provoqués par le froid, de gros troubles de la régulation vaso-motrice comme unique manil'eslalion d'une blessure.
L'intensité desdésordres vasculaires est souvent en rapport direct avec l'intensité et l'ancienneté du trouble moteur; en rapport nverse de la nocivité de la blessure initiale si l'on admet qu'elle doive s'atténuer progressivement avec le temps.
D'autre part, l'examen systématique du membre sain par les moyens d'investigation (oscillométrie) capables de révéler des déficiences non appréciables à simple vue, démontre qu'il existe presque toujours chez les sujets atteints de troubles acro-moteurs, un état de vaso-constriclion, même du coté sain.
Or, il est admis, que sous l'influence des conditions de la vie en campagne, il peut se développer aux extrémités des membres, des troubles vaso-moteurs qui, soit acquis, soit constitutionnels et accusés subsisteront dans la suite de façon plus ou moins persistante aux extrémités symétriques '
La vasoconstriction observée du côté sain, ne peut pas à notre avis, tant elle est fréquemment observée (et souvent de façon très précoce) être expliquée par la loi de symétrie. D'autre part n'est-il pas saisissant que, suivant la présence ou l'absence d'une micro» sphygmie bilatérale, le même trouble moteur névropalhique don-
(1) M. Cottet a attiré récemment l'attention sur la présence du syndrome acro asphyxique chez les soldats en campagne {Presse Médicale, 19 septembre 1917).
PATHOGÉNIE DES TROUBLES DITS RÉFLEXES i4g
nera ou ne donnera pas lieu (ainsi que nous l'avons observé) à l'apparition de troubles vaso-moteurs marqués du côté atteint.
Donc la préexistence d'un trouble vaso-moteur léger bilatéral et symétrique nous paraît être une hypothèse plus facilement admissible.
Ces troubles acro vaso-moteurs bilatéraux, av anl toute adjonction traumatique ou dyskinétique, représentent déjà en euxmêmes un certain degré de dérèglement du système sympathique vasculaire. Ils représentent une déficience de la régulation thermique et vaso-motrice contre laquelle les sujets doivent lutter par une suractivité musculaire constante. C'est l'intensité, c'est la fréquence des mouvements qui compenseront la paresse de l'activité circulatoire en excitant la régulation insuffisante du sympathique.
Dans ces conditions, qu'un membre, ou mieux une extrémité, siège de semblables troubles vasculaires préexistants, soit immobilisé sousl'i îfluence directe (action antalgique) ou indirecte (Irouble moteur pithia tique) d'un traumatisme local, que va-t-il se passer ? « Ce sont les organes disent Morat et Doyon, qui par l'intermédiaire de leurs nerfs sensitifs, provoquent ce phénomène vasomoteur destiné à proportionner la circulation au besoin créée par le fonctionnement ». L'inactivité musculaire va donc inhiber encore un sympathique déjà déficient. Plus cette inactivité durera, plus le sympathique s'adaptera à cette circulation ralentie, plus il tendra à perdre complètement ses fonctions normales régulatrices. Que se passerai il maintenant si nous faisons réapparaître les fonctions motrices du membre ?
La motilité passive ne modifiera que transitoiremenl et surtout que très partiellement les troubles vasculaires (voir documents p. 164); ceci s'explique parce fait que, n'étant pas un véritable réveil du fonctionnement musculaire, que n'étant qu'une apparence trompeuse de l'action physiologique normale des muscles, elle n'a aucune raison d'influencer les centres sympathiques de façon importante et surtout durable.
Au contraire, le retour des mouvements actifs provoque, nous l'avons montré, une modification intense, une amélioration notable des troubles vasculaires. Si ce résultat n'est pas d'emblée complet et définitif, s'il n'a tendance à se stabiliser que progressivement c'est, croyons-nous, que le système sympathique du membre s'était adapté à l'inactivité musculaire et que, pour une nouvelle adaptation à l'activité reparue, il faudra la mise en jeu régulière et continuelle des muscles dans leur fonctionnement physiologique
i5o TRAITEMENT ZfiES PSrCIfONÉVJW'SSS
normal *■• Ceci explique pourquoi l'on obserTe un parallélisme constant entre la rapidité de dispari lion des troubles vaso moteuTS eli le degré d« perfection de l'usage du membre malade' après le retour de la motililé.
C'est donc à notre avis l'immobilisation qui chez des prédisposés crée le trouble- vaso moteur. C'est l'iniutilisation ou utilisation vicieuse qui l'entretient, c'est le retour de la motililé qui tend à l'améliorer et l'utilisation physiologiquement normale qui tend à la faire disparaître.
Sans doute, l'immobilisation influant sur des membres à sympathique parfaitement réglé, n'est peut- être pas capable de créer à. eUe seule d'importants et persistants troubles vaso-moteurs. Mais qu'elle évolue sur un membre présentant déjà certaines ten- ' dances antérieures au dérèglement vaso-moteur (acro-cyanose), alors elle est plus que suffisante à accentuer d'abord, à stabiliser ensuite des troubles vaso-moteurs sérieux.
En résumé, nous croyons qu£ :
La trouble' vasculaire primitif et symétrique, trouble de prédisposition, réalise un état d'isomicrosphy.gmie.
L'immobilisation ou même l'u/Msation vicieuse d'un des membres accentuant localement le dérèglement vaso-moteur, crée-, secondairement un état d'anis-omicrosphygmie, for-mule, nous l'avons vu, habituellement retrouvée dans les troubles acromoteurs.
Celle conception nous parait cadrer tout à la fois avec les données de la physiologie et avec l'analyse de nos résultats thérapeutiques.
(,1) La persistance d'adaptation des nerfs vaso-moteurs à un, état antérieur déjà modifié est soulignée par différents faits : tendance à la syncope et à la congestion des membres inférieurs par la station debout chez les sujets restés longtemps couchés, au premier changement de position., les vaso-moteurs désadaptés étant impuissants à luller contre L'action; de- la pesanteur. Un aulre exemple expérimental est plus, net encore : Le cheval est toujours debout ; or, si l'on couche' cet animal sur le côlé et) si l'on coupe l'artère métacarpienne,, Le sang ne coule pasimnuidiatement parce que la vaso-constriction se maintient très, forte, encore adaptée malgré les conditions nouvelles à, sa lutte antérieure contre l'inr flijence de la pesanteur (expérience de Lister)-.
PATHQ.GEME DES> TROUBLES D1T.& RÉEbEXES i5i.
IV. — La nature de la surexcitabilité mécanique ou électrique des muscle» et des nerfs et des- modifications des réflexes cutanés. — Noua croyons, comme MM. Babinski et Froment que la surexoitabilité mécanique des muscles avecienteun de la secousse est due à l'hypothermie et aux troubles circulatoires. Elle s : exagère par le refroidissement; s'accentue ou même disparaît par- le réchauffement. Elle disparaît aussi quand la guérison du trouble moteur a permis le retour à la normale de la circulation du membre.
Il en est de même- pour la suroxcitabilité électrique des nerfsj pour lai surexcitabilité-méoanique des. muscles.
Hécemment M; Sicard a démontré expérimentalement l'influence, des. modifications v-asculaires sur la contractilité.
Il en est de même enfin des. modifications du réflexe cutané plantaire. Diminué ou aboli quand l'hypothermie est intense, il reparait après réchauffement, soit artificiel, ainsi que MM. Babinski et Froment l'ont montré, soit par retour des mouvements actifs.
V. — Troubles de là réflectivité tendineuse. — Les modifications des réflexes tendineux seraient aussi pour les partisans de la théorie réflexe un signe de grande valeur:
Cependant, à lire la description que consacrent' M. M. Babinski et Froment à cette question dans leur livre, on voit qu'il s'agit d'un signe inconstant, d'interprétation souvent difficile; que tantôt les réflexes peuvent être exaltés, tantôt diminués, sans que l'on soit' en mesure de comprendre le comment, ou le pourquoi de l'une ou l'autre de ces modalités,
En effet ces auteurs notent « que les réflexes tendineux semblent « plus souvent exagérés dansles contractures du membre inférieur « que dans les formes hypertoniques observées au membre supé- « nieur. Dans les contractures du membre inférieur, la surréflee- « tivité tendineuse est souvent discutable et peut faire défaut, o Quelquefois elle n'est que latente et l'on peut alors la mettre en. « évidence parla narcose chloroformique.
« On. peut observer au contraire un affaiblissement plus marqué duréflexevichilléen avec lenteur du mouvement, comme l'a montré Clovis Vincent. Dans ce cas, les troubles physiopalhiques, en particulier la cyanose et l'hypothermie sont très prononcési Le réchauffement du membre rend au réflexe son amplitude normale »..
Des recherches que nous poursuivons sur cette question — et qui sont loin d'être terminées — on, petit retenirdès maintenant ceci :
i5 2 TRAITEMENT DES PSYCIIONEVROSES
. 1° L'hyperréflectivité tendineuse s'observe souvent, mais non constamment dans les troubles acromoteurs dits réflexes, aussi bien au membre supérieur (réflexes radio-pronateur, styloeubital et tricipital), qu'au membre inférieur (rotulien surtout, achilléen rarement).
Elle existe dans les formes hypertoniques comme dans les formes hypotoniques, au même degré de fréquence et d'intensité lorsqu'il y a atrophie musculaire.
Cette coexistence entre l'hyperréfleplivité tendineuse et l'atrophie musculaire est soulignée par le fait, d'ailleurs connu, que dans un membre atrophié, suite de fracture, les réflexes tendineux sont exaltés. Il en est de même de l'exagération du réflexe rotulien du côté du membre atrophié chez les coxalgiques. C'est ainsi que l'on peut constater l'exagération du réflexe rotulien, dans la scialique médicale, contrastant avec l'abolition du réflexe achilléen du même côté. M. Babinski qui le premier a signalé ce fait dans la scialique n'a pas à notre connaissance, — comme nous avons pu le faire, à l'appui de mensurations effectuées chez un grand nombre de sciatalgiques, — souligné le parallélisme presque constant entre l'atrophie musculaire et Thyperréfleclivilé.
2" Si l'amyotrophie coïncide presque toujours avec une exagération des réflexes tendineux, l'inverse n'est pas vrai Nous avons quelquefois constalé une exagération légère, mais nette des réflexes tendineux, sans que le membre ait présenté une atrophie appréciable.
3° L'hyperréflectivité tendineuse n'est pas l'apanage unique des troubles moteurs dits réflexes. Elle s'observe tout aussi souvent dans les paralysies ou les contractures globales d'un membre, de nature pilhialique pure, lorsque celles-ci sont de date ancienne et s'accompagnent d'amyotrophie.
4o L'examen des réflexes tendineux du côté sain, chez les physiopathes, comme chez les névropathes purs, mérite d'être minutieusement poursuivi.
Par un examen systématique on constate que chez tous ces sujets les réflexes sont forts, vifs, même quelquefois polycinétiques du côté sain; que s'il y a asymétrie en faveur du côté lésé, il ne s'agit le plus souvent que d'une simple exagération d'un état constitutionnel, physiologique, antérieur.
5° La diminution et même l'abolition des réflexes tendineux (de l'achilléen notamment) s'observent dans les cas de refroidissement marqué du membre, ainsi que l'ont montré JIM. Babinski et Vincent.
PATHOGÉNIE DES TROUBLES DITS RÉFLEXES i53
Mais nous ferons remarquer que l'on constate en même temps des modifications nettes du réflexe idio-musculaire du mollet, qui est lui aussi lent et diminué, ce qui donne à penser que le refroidissement du muscle peut aussi bien modifier le réflexe tendineux que le réflexe idio-musculaire.
6» Enfin et surtout nous voulons dès maintenant souligner ce fait que nous avons pu noter chez quelques-uns de nos malades : l'atténuation lente et /trogressive de l'hyperréflei'.tivilê se faisant parallèlement chez un sujet débarrassé de son trouble moteur, au fur et à mesure que s'installe l'utilisation physiologique normale du membre et que s'atténue l'atrophie musculaire.
Quelles conclusions pouvons-nous tirer de ces faits?
Pour l'instant, sans vouloir rejeter l'ingénieuse hypothèse de Claude et Lhermitte, de l'action dynamogénique exercée sur les centres médullaires par une longue inactivité d'un membre ou d'un fragment de membre, nous pensons que d'autres causes peuvent être invoquées pour expliquer les modifications des réflexes et que certaines d'entre elles, doivent être recherchées non pas dans une adultération analoinique ou dynamique du centre (moelle), des conducteurs de l'arc réflexe (nerfs), mais bien dans une atleinle portant au point de départ même de celui-ci (muscles).
Nous croyons que pour une très grande part la surréflectivité tendineuse peut être liée aux modifications anatomiques (hislochimiqucs) et parlant physiologiques de la fibre musculaire ellemême (myo-librille ou sarcoplasme) ; elle peut être liée aussi pour une part, pensons-nous, aux modifications du tonus musculaire.
Ce sont là des questions que nous ne pouvons qu'effleurer ici, mais qui s'étayent déjà sur des constatations importantes. En effet les travaux récents de Sherrington, de Langelaan et de Piéron ont montré, contrairement à l'opinion admise jusqu'ici, qu'il existait des rapports anatomiques et physiologiques intimes entre la réflectivité tendineuse et le tonus. Beaucoup des faits de la clinique neurologique mériteraient d'être repris à la lumière de ces notions nouvelles.
Modifications de la réflectivité sous l'influence de la narcose.
Nous les avons après MM. Babinski et Froment, plusieurs fois
vérifiées. Pour des raisons d'ordre extra-médical, nous n'avons jamais pu procéder à la narcose chloroformique et nous nous sommes bornés à l'anesthésie au chlorure d'éthyle et quelquefois à l'éther. Dans ces conditions, que nous reconnaissons différentes»
i54 TRAITE ME NT DES PSYCIWNÉVROSES
l'exagération élective des réflexes, l'exaspération Je la trépidation épileploïdo du côté lésé ne nous ont pas paru très fréquentes. Lorsqu'elle existait d'une façon manifeste, c'était surfont dans les troubles hypersoniques, c'est-à-dire dans ceux où, même à l'état de veille, on notailles élémentsnécessaires à provoquer le faux clanus. Comme d'autre part la résolution est plus lente à obtenir parla narcose dans le membre contracture que dans le membre sain — pour des raisons que l'on peut placer aussi bien à la périphérie (muscle) qu'au niveau de la moelle — il n'y a rien de surprenantque du côté lésé le clonus et l'hyperlonie disparaissent plus tard dans le sommeil anesthésique et réapparaissent plutôt dans le réveil. Il est donc permis d'admettre qu'au clonus anesthésique vrai, médullaire, s'associe, dans les troubles acromoteurs hypertoniques, un faux clonus périphérique (musculaire) ; cette association concourt à exalter le phénomène clonique global du oârtÉ contracture.
VI. — Nature des troubles trophiques cutanés, musculaires et osseux et des lésions articulaires. — 11 est évident que la cause intime de la vicialion trophique d'un membre paralysé ou contracture sans lésion organique d'un nerf ou d'un vaisseau est à l'heure actuelle encore obscure et légitime toute hypothèse.
MM. Babinski et Froment reconnaissent à cette catégorie de, troubles également une origine réflexe par voie sympathique.
Il nous semble, pour notre part, que là encore on n'a pas tenu suffisamment compte du rôle joué par l'immobilisation, dans les perturbations apportées par elle sur le système vasculaire et régulateur thermique d'un membre privé pendant plusieurs mois ou même plusieurs années de toute espèce de mouvements. A l'immobilisation enfin s'ajoute fréquemment le maintien prolongé du membre dans des appareils de contention, dans des enveloppements à l'abri de l'air et de la lumière. Pour la peau et les phanères, les faits que nou6 avons publiés, faits dans lesquels l'aspect des téguments, des ongles, des poils se sont modifiés considérablement à partir du jour où le malade a recouvré la motilifé plaident bien en faveur du rôle indiscutable, joué par l'immobilisation (fig. 3» pi. IX). Ici, c'est l'aspect morphologique de la peau, sa consistance qui se modifient en même temps que réapparaissent les plis transversaux aux surfaces de flexion ou dîextension. Là ce sont les ongles qui présentent un sillon transversal manqué, dénotant' les' modifications importantes dans sa croissance, ou même dans sa repousse:
PATHOGrENW SES- TROU BUES BITS RÉFLEXES i55
H y a en plus en faveur de la thèse que nous soutenons, à considérer les deux faits suivants :
4o Les troubles trophiques cutanés sont ordinairement proportionnels en intensité aux troubles moteurs : nuls ou peu accusés dans les cas où persistent des mouvements sub-normaux du membre, ils prédominent dans ceux où la contracture ou Va/ paralysie sont absolues.
2° Ces troubles sont toujours plus apparents et plus marqués au niveau de la main où la motricité physiologique est beaucoup plus hautement différenciée qu'au niveau du pied.
Il nous semble donc que sans rejeter entièrement le rôle joué par le sympathique dans la trophicité cutanée, il y ait lieu de faire une part très importante — nous dirions môme prédominante — à l'immobilisation.
Pour l'amyotrophie, le problème pathogénique est plus complexe encore. Si nous n'avons pas observé de cas semblables à ceux de M. Vincent cités par MM. Babinski et Froment, cas dans lesquels malgré l'a récupération motrice, l'amyotrophie est allée progressivement en s'accentuant, nous avons été trappes comme tous les auteurs de la présence de l'amyotrophie et souvent aussi de son intensité dans les acro-contracturesou lesacro-paralysies. Aussi jusqu'à plus ample informé, nous rallions-nous partiellement à la théorie réflexe de Hunter, de Vulpian, de Charcotsans cependant ici encore refuser à l'immobilisation la part qu'elle peut' jouer dans l'apport de modifications physiologiques et partant anatomiques de la fibre musculaire elle-même, Vatrophie d' inutilisation s'op* posant ainsi à 1' 'hypertrophie compensatrice et obéissant aux mêmes lois biologiques.
Pour ce qui concerne l'ostéoporose, nous avons pu réunir quelques documents soulignant l'influence favorable du retour de la motilité physiologique sur la répercussion des troubles trophiques osseux. En pratiquant des radiographies en série dans des mains figées nous avons pu vérifier que le retour des fonctions normales provoque une atténuation progressive de la décalcification primitive.
Restent enfin les rétractions musculaires et surtout les lésions articulaires ordinairement tardives comme nous l'avons vu, mais qui constituent' un 1 obstacle important aux méthodes psychothérapiques. Ici encore l'immobilisation' à' elle seule peut servir, pensons-nous, à' expliquer certaines dé ces manifestations d'ordre organique indiscutable; les faits classiques et connus de tous les chirurgiens montrant ces raideurs articulaires s'installer avec
i56 TRAITEMENT DES PSYCIIONEVROSES
l'immobilisation passive, ne pas apparaître avec les méthodes modernes de mobilisation hâtive utilisées en cas de fracture, sont des arguments que l'on a peut-être par- trop oubliés.
Autrefois quand on laissait aux accidents de la névrose le temps de s'acclimater, il ne semblait pas discutable que des adhérences, des rétractions fibreuses, puissent se former à la suite d'une contracture hystérique.
Dans certaines maladies mentales, avec attitude stéréotypées maintenues pendant un temps plus ou moins long, il n'est pas rare de trouver des rétractions musculaires dont on rechercherait en vain l'origine réflexe. M. Jacquin nous en a montré à l'Asile d'aliénés de Bourg de très beaux exemples.
M. Cullerre, dans sa thèse, en donne des observations typiques et fort démonstratives. Il n'est pas douteux que dans ces cas, l'immobilisation en attitude vicieuse est la seule cause admissible de ces rétractions musculo-tendineuses.
A l'hypotonicité que l'on constate, assez accentuée parfois, viennent souvent s'ajouter d'autres causes qui accentuent ses effets.
Il est certain qu'une contracture intense déterminant une immobilisation ou attitude vicieuse très accentuée en flexion par exemple, très longtemps maintenue, entraîne à la longue un allongement des antagonistes, facilité souvent par l'atrophie.
Les causes dont, nous avons parlé à l'occasion du trouble moteur qui permettent l'exagération d'une attitude vicieuse (habitude, prédispositions articulaires ou ligamentaires individuelles) ne sont pas sans favoriser elles-mêmes l'allongement de certains muscles qui, aidé de la laxité articulaire, permettra le développement de l'hypotonie.
Celle-ci est ici comparable, au point de vue de son origine, aux rétractions musculaires par immobilisation prolongée ou attitude vicieuse.
Les lésions organiques articulaires secondaires apparaissent particulièrement évidentes au niveau des grosses articulations, coude, genou, hanche et épaule.
Notre expérience personnelle basée sur l'étude systématique d'un grand nombre de contractures localisées à ces articulations nous a amenés à cette double conviction : rareté des formes psychonévrosiques pures; difficulté et souvent même impossibilité de faire par un simple examen clinique la part respective des lésions analomiques et des manifestations fonctionnelles.
Celte différenciation au contraire se fait des plus aisément lorsqu'on a recours systématiquement à l'examen de l'articulation
pratiqué sous anesthésie chaque fois que faire se peut, et encore aux résultats fournis par le critérium thérapeutique qui souvent est un excellent moyen de diagnostic.
A l'appui des résultats fournis par ces moyens d'invesligalion nous pensons qu'on peut diviser les attitudes vicieuses des grandes articulations si fréquemment observées dans les centres neurologiques de l'intérieur, de la façon suivante, division pathogénique que nous avons déjà fait prévoir dans notre aperçu clinique :
1" Le trouble cède complètement par psychothérapie ou à défaut disparait totalement par anesthésie. La limitation des mouvements à l'état de veille est conditionnée par une contracture illogique, variable, accompagnée de tremblements (type pithiatique). Il s'agit d'une modification fonctionnelle pure; rare à l'intérieur, elle est d'observation courante aux armées.
2° Les mouvements de réduction provoquent de la douleur articulaire 11 y a de la contraction de défense; sous anesthésie on peut avec ou sans modifications musculaires et réflectives, arriver a la réduction en rompant de légères adhérences articulaires.
Par la psychothérapie on arrive au résultat total, mais d'une façon lentement progressive et à la condition de l'associer à la physiothérapie dont l'action, quoique subordonnée et secondaire, doit agir de façon parallèle.
H s'agit dans ces cas de troubles articulaires secondaires à l'immobilisation, donc secondaires au trouble moteur fonctionnel.
3» Dans de nombreux cas on observe que sous anesthésie on ne peut redresser la déformation que partiellement. Le traitement psycho-physiothérapique ne donne qu'un résultat partiel. Il reste un reliquat définitif. En pareilles éventualités on observe généralement soit des lésions articulaires irréductibles (directes ou indirectes), soit des rétractions musculo-tendineuses ; ces dernières sont dans la grande majorité des cas, en relation avec des plaies musculaires directes, accompagnées de pertes de substance plus ou moins importantes, ou d'autres fois consécutives à une suppuration du segment du membre correspondant.
40 Enfin dans une dernière catégorie de faits, ni l'anesthésie ni le traitement psychothérapique, n'amènent la moindre modification régressive. Il s'agit, sans association de troubles fonctionnels surajoutés, de lésions organiques pures articulaires ou musculotendineuses.
VU. Etat mental. — Il nous semble, d'une façon générale,
qu'on n'a pas suffisamment tenu compte, dans ces dernières années,
j58 VRAI TE WE NT DiE S PSYCffOiVEYSOSES
de la part jointe par l'état mental dans la genèse des accidents psyehonévrosiques de guerre.
Et pourtant depuis Janet on connaissait bien les « stigmates » de l'état mental des hystériques sur lesquels la plupart des aliénistes ont égalemont attiré l'attention, stigmates dont la suggestibilité, l'imitation, la mythomanie, l'orgueil, la pusillanimité, l'égoïsme, etc. forment les éléments fondamentaux.
Cependant quelques auteurs ont ou soin d'in6ister sur l'importance du facteur psychique chez les psychonévrosés de guerre.
M. Meige en décrivant pour la première fois l'impotence fonctionnelle de la main à laquelle il proposait de donner le nom de « main figée » a eu soin de comparer ce phénomène au négativisme moteur. « L'on ne peut pas ne pas être frappé, dit-il, de l'attitude générale de ces sujets, silencieux, solitaires, le regard inquiet, avares de gestes, ils semblent en état de perpétuelle vigilance. On dirait -que leurs « mains figées» sont l'objet d'une constante préoccupation. Cependant ils n'en souffrent pas, mais cette immobilisation est comme une idée fixe. Il n'est pas impossible que, par un processus dont les exemples sont très fréquents, sur une épine organique initiale soit venu se greffer un étal psychopatbique qui, actuellement constitue, toute la maladie ».
« On sait d'ailleurs qu'il n'est pas rare de voir à la suite de paralysies motrices, réelles, mais passagères, persister des impotences qu'on esltenté de qualifier d'imaginaires. Ces impotences ne sont, en réalité, que des amnésies motrices. L'un de nous a signalé leur existence chez les hémiplégiques organiques en voie de guérison. Ces remarques ne doivent pas être perdues de vue dans les cas que nous présentons. Plus encore que les troubles thermiques, l'état psychique de ces sujets mérite attention. Quelque tenté que l'on puisse être de voir en eux des simulateurs, on devra rester dans l'expectative ».
MM. Laignel-Lavastine et Courbon ont avec beaucoup de soin étudié l'état psychique de ces malades ; dans un récent travail ils ont insisté sur l'« insincérité » dans les accidents de guerre.
M. J. Courjon à propos de, paralysie dite réflexe a bien insisté également sur l'état mental de ces sujets, en montrant qu'à côté des débiles intellectuels, apathiques plus ou moins obstinés, existait une classe plus nombreuse de malades chez lesquels dominait avant tout la diminution de l'affectivité. « La tendance à la réclamation, dit Courjon, l'exagération des symptômes douloureux, la mise en scène qui existe, tant dans leurs actes que dans leurs paroles, leurs antécédents personnels où l'on retrouve l'in-
PATHOGÉIVIE DES TROU-BLES DTTS RÉFLEXES i5q
stabilité physique et mentale, leur paresse qui résulte de leur .« inactivité », leur hantise d'être soupçonnés de simulation, l'idée obsédante de leur infirmité indiquent qu'on se trouve en présence d'un état de désharmonie ou de déséquilibre mental dont la faiblesse morale est le symptôme le plus constant ».
Rouesy, Boisseau, d'OElsnitz plus récemment ont également attiré l'altention sur le rôle joué par le l'acteur psychique (la mentalité) dans le mode de guérison des accidenls psychonévrosiques de guerre quelle que soit la nature. de cet accident : pithiatique ou physiopathique.
Us ont rappelé l'importance qu'il y avait à. toujours rechercher le terrain sur lequel s'étaient développés les accidenls hystériques et ont, rapporté un certain nombre d'observations dans le 1ml dp montrer que l'état psychique des malades, leur bon ou mauvais moral, leur bonne ou mauvaise mentalité, semblent bien être le facteur de première importance dans la disparition des accidents psychonévrosiques. En effet si <l'on a affaire à un sujet de bonne mentalité, on verra les troubles même les plus rebelles, comme une acro-conlracture ou une acroparalysic avec troubles secondaires, disparaître et même guérir facilement. Au contraire si l'on a affaire à un sujet à mentalité déficiente, il sera, sinon impossible, du moins 1res difficile d'obtenir la guérison même passagère d'une hémiplégie ou d'une paraplégie du type pithiatique pur.
MM. Long elJacquin au Sous-CentreNeurologiquede la 7° Région ont fait récemment une étude des plus intéressantes sur « 1/état mental dans les Psychonévroses », portant sur 300 fiches d'observation.
Un premier groupe de cas qui forment le cinquième de l'effectif a été mis à part, parce qu'il s'agissait de troubles psyrhopathiques d'origine conslitulionnelle ou toxique sur le développement desquels les blessures ou les maladies n'onl eu qu'une faible importance, l'état de guerre n'ayant été 'qu'une contingence ou, tout au plus, une cause aggravante.
Chez les autres malades, de beaucoup les plus nombreux, les troubles névropathiques se sont développés après une blessure, une maladie au cours des opérations de guerre. Ici les auteurs insistent sur l'importance de la prédominance du terrain mental sur lequel sont apparus les troubles psychonévrosiques el qui leur parait évidente chez nombre de sujets incontestablement tarés.
C'est d'abord la débilité mentale, attestée par l'insuffisance scolaire, la lenteur des opérations intellectuelles, le puérilisme, un défaut d'imagination qu'on retrouve jusque dans une symptoma-
160 TRAITEMENT DES PSYCIIONÉVROSES
lologie terne et uniforme, et la pauvreté fies arguments invoqués pour expliquer la persistance de la maladie. Celle dégénérescence mentale est habituellement contresignée par des stigmates de dégénérescence physique. L'interrogatoire de ces sujets n'est pas aisé; qu'ils soient suggeslibles ou entêtés, de bonne ou de mauvaise foi, leur défaut de jugement aggrave, la lenteur de la mémoire, et il est difficile de savoir quelle est la culture qui a fait d'eux des piliers d'hôpital, alors que d'autres aussi débiles et passifs qu'eux, restent au front ou y retournent.
C'est encore plus souvent que la débilité mentale, le déséquilibre psychique chez des sujets ayant acquis sans difficultés le degré d'instruction exigé par leur milieu, d'une intelligence parfois brillante en apparence, loquaces, ayant la répartie facile et trouvant des explications multiples pour étayer leurs affirmations; seulement, derrière celte façade existe un grand défaut de jugement, du désordre mental, une suggeslibilite (fui s'égare presque toujours dans une mauvaise direction, et une tendance au mensonge qui justifie pour eux l'appellation de « mythomanes » : ce sont des fabulateurs en actes et en paroles. Tandis que le débile mental est surtout un persévérateur, le déséquilibré crée, et il a apporté aux psychonévroses de guerre des aspects cliniques, inédits et parfois surprenants. Il est accessible au raisonnement, il connaît les lois morales même s'il ne les pratique pas, car trop souvent des penchants pervers compliquent et assombrissent le tableau morbide. Rappelons-nous alors que ce sont ces sujets dans la pratique "civile, où le médecin, quand il est consulté, ne trouve à proposer comme thérapeutique, que le travail sous une discipline sévère et un conseil judiciaire quand il y a des intérêts à sauvegarder.
Après les débiles et les déséquilibrés, on doit mettre à part des états hypocondriaques chroniques : l'activité est inhibée par l'inertie psychique, par une humeur soucieuse, par des inquiétudes, pour tous les malaises passés et surtout futurs; chez eux, il est difficile de noler ce qui revient à la revendication ou à la simulation, car ils sont réticents plus souvent que quérulents, et parfois aussi tourmentés par des obsessions ou des phobies qu'ils n'avouent guère. Ils ont réagi par une persévération obsédante à la blessure ou à la maladie qui les a frappés ; il faut se demander si quelques-uns n'évolueront pas plus tard vers une psychose plus systématisée ; en tout cas, dès à présent ils donnent bien l'impression que chez eux, comme dans les précédents types, le terrain mental représente un facteur important de la genèse des troubles morbides.
PATHOGÉNIE DES TROUBLES DITS RÉFLEXES i6t
En résumé nous considérons les troubles réflexes i comme des accidents hystériques associés à des troubles secondaires. Ils se développent chez des sujets présentant :
Un état psychique spécial, préexistant, plus souvent acquis ou accentué par les conditions actuelles de leur existence. Cet état psychique qui va de l'état mental des pithiatiques à celui des accidentés du travail et même jusqu'à celui des revendicateurs (sinostrosés de Brissaud) permet à l'occasion d'un traumatisme ou d'une cause quelconque, souvent légère et banale, l'apparition :
D'un trouble moteur de nature pithialique que la volonté peut reproduire et qui est susceptible de disparaître brusquement par la persuasion. Evoluant sur un membre dont la circulation est parfaitement normale, sans lésions musculaires directes irrémédiables, ce trouble moteur peut être le seul symptôme ; c'est un trouble pithialique pur. Mais il peut s'associer à des accidents secondaires s'il se développe sur un terrain circulatoire anormal, préexistant, acquis ou accentué par la vie en campagne ou par toute autre cause, lésion artérielle par garrot, par exemple. Cette circulation défectueuse, liée sans doute à un dérèglement du sympathique, consiste en une vaso-conslriclion révélée le plus souvent par une diminution bilatérale de l'amplitude des oscillations artérielles (Microsphygmie).
Sur ce terrain ainsi préparé, l'immobilisation ou l'utilisation vicieuse due au trouble moteur, agit à son tour exagérant du côté malade la microsphygmie (Microanisosphygmié).
Celle-ci détermine la cyanose, les troubles de la régulation thermique et leurs conséquences : modification de la conlraclililité mécanique et électrique des muscles, troubles secrétoires et trophiques, modifications des réflexes cutanés.
Sur ce membre mal nourri, d'autres causes (en particulier l'immobilisation, les séquelles de l'infection) s'ajoutent aux précédents pour créer les lésions musculo-tendineuses aboutissant aux rétractions, les lésions ostéo-articulaires déterminant les ankyloses fibreuses.
L'inaction, la mauvaise nutrition du membre, et peut-être aussi une action réflexe, peuvent déterminer de l'atrophie musculaire et des troubles trophiques des tissus mous et des os.
Conclusions et déductions pratiques
Si nous avons cru devoir nous étendre sur les idées pathogéniques émises à propos des -troubles dits d'ordre réflexe, ce n'est pas seulement, pour satisfaire à la tendance très naturelle, d'exposer ici le résultat de nos recherches personnelles. Ceci serait hors de propos dans un livre comme celui-ci destiné avant tout aux médecins praticiens. Mais c'est surtout, nous le répétons, parce qu'il ressort de cette question un enseignement pratique de première utilité.
Que l'on adopte l'une ou l'autre des théories pathogéniques ci-dessus énoncées, théories qui ne sont encore pour une part que des hypothèses susceptibles d'être infirmées ou confirmées, une première notion importante parait mieux qu'au début ressortir aujourd'hui des nombreuses discussions qui eurent lieu sur ce sujet à la Société de Neurologie durant ces deux dernières années. D'abord mise en doute, rejetée même par beaucoup de médecins, la notioa de curabilité du syndrome physiopathique de MM. Babinski et Froment, notamment dans son élément principal, le trouble moteur est maintenant acceptée presque unanimement.
Que l'action réflexe puisse durer plus ou moins longtemps après la disparition de la blessure originelle, et fixer ainsi une attitude vicieuse d'un membre ou d'un fragment de membre en contracture ou en paralysie (Babinski et Froment) — que cette action réflexe ne soit que passagère et que bientôt se substitue à elle un mécanisme psychique de fixation (Claude et Lhermitte) — ou que l'attitude vicieuse (paralysie ou contracture) ne soit dès le début que l'effet d'un mouvement, d'une contraction de défense à l'égard d'un traumatisme, favorisée par l'émotion et fixée par la suggestion, comme tout accident hystéro-traumatique (Boussy, Boisseau, d'OElsnitz) l'élément psychique domine tôt ou tard le tableau clinique. Que cet élément soit fréquent et toujours secondaire (association hystéro-réflexe, Babinski et FromenO constant et primitif (Roussy, Boisseau et d'OElsnitz, Claude et Lhermitte), il n'en commande pas moins les procédés de thérapeutique à instituer et engage tout médecin à recourir à la psychothérapie.
PATHOGENIE DES TROUBLES DITS REFLEXES i63
A la suite de notre communication à la Société de Neurologie (séance du 7 juin 1917) sur le Pronostic et le Traitement des troubles nerveux dits réflexes où nous demandions « s'il n'y avait pas un certain danger a laisser persister plus longtemps la notion de l'incurabilité en bloc de tous les troubles dits physiopathiques, moteurs, vaso-moteurs, secréloires et trophiques » — et ceci d'autant plus que pour beaucoup d'auteurs, les acrocontractures ou aero-paralysies, sans troubles secondaires, réduites au simple trouble moteur, avaient la même réputation d'incurabilité — le vœu suivant proposé par M. Babinski a été adopté :
« Etant donné l'intérêt qu'il y a dans les cas de troubles « pithiatiques rebelles purs ou associés à des phénomènes orga- « niques ou physiopatliiques, à changer les malades de milieu et « à les soustraire à toute action contre-psychothérapique,, il est « à souhaiter que l'on crée de nouveaux services d'isolement « organisés avec le plus grand soin, dans lesquels la psychothé- « rapie associée aux exercices d'entraînement et à la rééducation « intensive puisse être mise en œuvre avec le maximum de renne dément ».
Celle nolion de curabililé enfin mérite d'être largement répandue non seulement parmi les neurologistes, les médecins experts, les médecins non spécialisés, mais aussi parmi nos blessés trop souvent hélas enclins à exagérer dans un but utililaire la gravité de leur infirmité.
C'est dans ce but qu'ont été dirigés depuis plus d'un an nos efforts personnels.
En plus de la curabilité des troubles physiopatliiques, une autre nolion non moins importante apparaît immédiatement si l'on admet comme nous le faisons personnellement, que les troubles physiques légers ou graves (cyanose, hypothermie, raideur et ankylose, rétraction tendineuse, amyotrophie) ne sont que des manifestations secondaires relevant directement du trouble moteur et qu'ils n'apparaissent dans l'immense majorité des cas que tardivement : c'est dire en effet qu'ils sont le plus souvent évitables si l'on intervient d'une façon précoce, dès l'apparition ou le début de la fixation d'une contracture ou d'une paralysie.
i64 TRAITEMENT DES PSYCHONÉVROSES
L'observation que nous avons pu faire parallèlement depuis trois ans, d'abord aux armées, puis à l'intérieur, l'étude dans ce dernier cas d'un certain nombre de blessés récents lors de l'offensive du 16 avril 1917, ont peu à peu transformé en une conviction ce qui n'était d'abord en notre esprit qu'une impression.
En dernière analyse, troubles hystériques purs ou troubles hystériques avec association de lésions secondaires d'ordre anatomique rentrent l'un comme l'autre dans le cadre classique de riiystéro-traumatisme et impliquent les mêmes mesures thérapeutiques (psychothérapie ou psycho-physiothérapie) et les mêmes mesures prophylactiques.
DOCUMENTS COMPLEMENTAIRES Recherches oscillométriques
MODIFICAFIONS VASO-MOTRICES DANS LES MAINS PIGÉES APRÈS DISPARITION DES TKOUBLES MOTEURS, AU COURS DE L'ENTRAINEMENT MÉDICAL
Au cours de nos recherches comparatives sur les modifications oscillométriques que nous étudions ici, nous avons été frappés des l'abord, de l'importance des variations de l'amplitude oscillatoire chez un même sujet, à la même artère, sous l'influence de différents facteurs. Nous les énumérerons ici et dirons comment nous nous sommes efforcés d'en corriger l'influence.
1° La température extérieure. — Les chiffres obtenus pendant les jours chauds de l'été ou pendant les périodes froides de l'hiver, ne sont pas directement comparables, aussi nous sommes-nous attachés à faire nos mensurations dans des conditions sensiblement semblables (chambre au nord à une heure très matinale en été, chambre chauffée légèrement en automne ou en hiver), de façon à ce que les chiffres obtenus aient été recueillis dans une température ambiante variant entre 8 et 12°. D'ailleurs, et pour plus de sûreté, nous avons retenu parmi les chiffres destinés à montrer l'influence de la récupération motrice sur les troubles vaso-moteurs, plus particulièrement ceux recueillis en automne et en hiver de façon à ce que l'influence de la température extérieure ne soit pas une cause d'erreur.
2» L'influence des périodes digestioes. — Nous avons noté dans la période qui suit les repas, une augmentation notable des
PAÏHOGÉNIE DES TROUBLES DITS RÊfLEXES i65
oscillations artérielles, souvent plus marquée du côté malade, préalablement microsphygmique. Il nous a semblé qu'il y avait là une véritable vaso-dilatation digestive plus marquée du côté malade, phénomène que les malades nous ont souvent spontanément accusé sous forme d'une sensation de chaleur survenant à cette période dans l'extrémité antérieurement refroidie. Il était important que ces modifications oscillomélriques ne viennent pas troubler l'interprétation des épreuves de mobilisation que nous ■voulions étudier. Aussi nous sommes-nous toujours efforcés de faire nos examens oscillométriques à grande distance des repas et plus particulièrement dans la matinée avant le repas de midi.
3 J L'influence des exercices actifs. — Voulant mettre en relief ici l'influence de la motilité active volontaire sur les modifications vaso-motrices, il fallait dans les cas à l'étude, que des séances de mouvements prolongées, n'aient pas précédé immédiatement les épreuves graduées auxquelles nous soumettions les malades, aussi nous sommes-nous assurés que nos chiffres et particulièrement ceux concernant la progression oscillométrique aient été pris après repos et particulièrement avant la séance de gymnastique quotidienne.
A. — Examens oscillométriques comparatifs chez des sujets normaux et chez des sujets atteints de main figée '.
Quelques exemples d'indices oscillométriques obtenus au niveau du poignet chez des sujets normaux.
Indices oscillomé- Indices oscillomé-
Observ. triques Observ. triques
Jas. . . 4 Ree. .
Dera . . . 2 Cor. .
Tis. ... 4 Mur .
Coch. . . 3 Pip. .
Per . . 3 1/2 Rie.
(1) Tous les chiffres que nous donnerons seront rapportés aux demidivisions de l'oscillométre de Pachon que nous avons employé pour l'ensemble de ces recherches.
Indices oscillomé
Observ.
triques
Rou .
Gue . .
Den .
Per . .
Cal. . .
Gui. . .
Cha m .
Cat. . .
Bru . .
Fau . .
Her . .
Ind
ces oscillomé
bserv.
■triques
Sal. . .
I)ub . .
Ban . .
Call
Cha „
Rot. . .
Mer . .
Lab. .
Taf. . .
Quelques e.remjiles d'indices oscillométrigues obtenus au niveau du poignet [côté sain et côté malade) chez des sujets atteints de main figée.
Observ.
Coté sain
Côté malade
Observ. Côté sain
Coté malc
Lon . .
Loui
Mai .
Lon»
Mon . .
Mag.
Out . .
Nal.
Pri
Pie .
Pey .
Pet .
Rav .
Pio .
The .
Sim.
Vel .
Voi.
Bon . .
Jun.
Ponf .
Rie.
Cha. .
Racl
Bla .
Bour
Pecr .
Mau
Tous
B. — Examens oscillométriques au cours de la séance de décrochage
Nous nous sommes attachés à rechercher dans la plupart des eus de mains figées que nous avons traitées, les modifications oscillométriques survenues du cùlé malade après disparition des (roubles moteurs sous J'influence de la séance de psychothérapie. Nous ne noierons pas ici les modifications caloriques observées parallèlement, mais nous pourrons dire que d'une façon approxi-
malive, nous avons vérifié qu'elles étaient absolument parallèles aux modifications vaso-motrices, la main se réchauffe, perd sa coloration violacée. L'oscillomètre donnera avec plus de précision les modifications vaso-motrices apparues sous l'influence de la récupération de la motilité.
Observât
ions
Val.
Hou.
Led.
Ass .
Gui .
For.
Gui.
Leb.
Bon.