TROUBLES PSYCHOMOTEURS DE LA FONCTION DE LA MARCHE
Astasie-abasie. — Le malade examiné couché ne présente pas de troubles moteurs élémentaires : tous les mouvements, la force musculaire, les réflexes tendineux, osseux et cutanés sont nor maux.
Placé debout le sujet, ou bien s'effondre sur ses membres inférieurs flasques, ou bien ceux-ci sont agités par un tremblement rapide qui aboutit à un piétinement indéfini. La marche est plus ou moins impossible.
Dysbasie à type choréiforme ou saltatoire. — La marche est incoordonnée, les membres inférieurs sont projetés avec asymétrie; au mouvement automatique de marche se superposent des mouvements spontanés « choréiformes » n'ayant aucun rapport avec le but poursuivi. Déjà très manifeste dans la slation, le désordre musculaire s'exagère lors de la progression (dysbasie trépidante). La trépidation peut porter aussi snr les membres supérieurs, le tronc, la tète.
Dysbasie à type pseudo-tabétique. — Ici aussi dans le décubitus dorsal tous les mouvements des membres inférieurs s'exécutent normalement. Dans la marche, au contraire, le sujet s'avance en projetant en avant les membres inférieurs; il talonne, festonne, écarte sa base de sustentation. Si on place le malade debout, on constate des oscillations irrégulières, amples, que l'occlusion des yeux ou l'obscurité n'exagère pas.
Dysbasie à type pseudo-polynévritique. — La démarche ressemble à celle de la polynévrite des membres inférieurs en voie de guérison. Elle se fait avec steppage exagéré et brusquerie dans les mouvements. Le malade se tient assez correctement debout ; parfois, au début de l'épreuve, il piétine sur place comme pour chercher son centre de gravité.
Formes atypiques. — Leur description est impossible en raison de leur extrême diversité. On peut voir des démarches non seule-
ment à type individuel mais aussi à type régional (dus à la contagion hospitalière).
Staso basophobie. — Alors que l'astasie-abasie vraie est une dissociation de l'automatisme de marche, la staso-basophobie est une inhibition de cet automatisme sous la dépendance d'un état émotionnel.
Dans le décubitus, les mouvements élémentaires s'effectuent presque normalement. Place-t-on le malade debout, son visage reflète l'effroi. 11 supplie qu'on le tienne, dit qu'il va tomber, que tout tourne autour de lui; il s'accroche désespérément aux personnes ou aux meubles voisins. Impossible de le faire marcher; s'il avance une jambe, bien vite il la retire, persuadé qu'il va lomber.
Les Boiteries d'habitude. — Peu étudiées en France avant cette guerre, elles sont actuellement très fréquentes.
Leurs causes sont celles qui, à un moment donné, ont déterminé une impotence fonctionnelle d'un membre inférieur; : blessures, traumatismes, affections douloureuses des membres, arthrites, rhumatismes et surtout scialiques et névrites consécutives aux gelures des pieds. Ces deux dernières causes nous ont semblé devoir être mises au premier plan de l'étiologie des claudications prolongées.
L'attitude viscieuse répond au début à la logique, et si tel malade fléchit la jambe en marchant, c'est parce qu'il souffre au talon ou dans le sciai ique. Ce qu'il y a d'anormal, c'est la prolongation indéfinie de l'attitude alors que l'épine organique a depuis longtemps disparu.
L'aspect morphologique et clinique de ces boiteries est à ce point variable qu'il est impossible d'en donner une description d'ensemble. Ce qui les caractérise, c'est que souvent — non toujours bien entendu — rien, dans le decubitus, au repos au lit, ne semble justifier la boiterie : ce n'est que dans la station debout et dans la marche qu'apparaissent les attitudes vicieuses ou les altérations motrices. Divers procédés d'exploration pourront encore mettre en évidence « l'illogisme » de ces boiteries. Dans la marche à genoux (Meige), dans la marclie décomposée, dans la marche en arriére ou dans la marche et la course sur place, le malade « oublie » souvent son attitude vicieuse et sa boiterie.