Loc. cit. p
ter la démonstration publique. Il y a dans la relation qui parut plus tard des faits intéressants à tous points de vue; nous en détachons un au hasard.
Le jeudi 19 août, le chirurgien lyonnais avait affaire aune coxalgie avec flexion et ankylosé incomplète : le sujet était une petite fille de 10 ans, bien constituée, chez laquelle l’affection de la hanche était survenue à la suite d’une chute et s’était accompagnée de raccourcissement.
Bonnet procéda de la manière suivante :
Le bassin fut placé dans l’étau qui devait le fixer, puis serré de chaque côté entre deux leviers matelassés.
Ap rès l’anesthésie, on pouvait faire exécuter à la cuisse des mouvements de 8 à 10°.
« Au delà de ces quelques degrés, nous trouvons une grande résistance, il faut la vaincre... J’imprime à la cuisse de légers mouvements de flexion, puis d’extension. Il n’y a que cinq minutes que je fais ces mouvements, et voilà que le fémur peut décrire un arc de 90°, je fais toucher le devant du ventre à la cuisse.
Nous devons passer aux mouvements alternatifs d’adduction et d’abduction. Je fais ces derniers avec beaucoup de douceur; car, exécutés avec violence, ils pourraient fracturer le fémur.
La mobilité fait des progrès. Nous pouvons passer aux mouvements de circumduction qui résument tous les mouvements normaux de la cuisse. Je décris avec le genou un cercle de 20 cent, de diamètre... Ce diamètre est à présent de 30 cent., il s’étend progressivement.
Voici un quart d’heure que nous agissons, la mobilité est suffisamment rétablie. Pendant ces manœuvres je n’ai entendu aucun craquement, je vais tirer et repousser plusieurs fois le fémur dans le sens de son axe... Je ne reconnais aucun mouvement de va-et-vient : il n’y a donc aucune altération des cartilages, aucune luxation spontanée. Nous pouvons procéder au redressement.
Je m’applique à porter la cuisse dans l’extension et l’abduction, toujours par des mouvements alternatifs... j’exerce des
tractions sur le membre pendant qu’il est étendu et dans l’adduction... 11 se redresse. Je le porte dans l’abduction..
Vous le voyez, les deux pieds arrivent à la même hauteur, le redressement est complet b »
Nous avons insisté sur toutes ces tentatives pour bien montrer que notre méthode a des précédents ; qu’elle est légitime, et-qu’on peut la présenter au public sous de hauts patronages. Nous ne procédons pas tout à fait comme Langenbeck ou Bonnet, car nous n’avons jamais songé à nous renfermer systématiquement dans l’un ou l’autre camp.
La rectification brusque est parfois meilleure que la rectification graduelle, parfois plus mauvaise. Ce que peu de personnes ont fait, c’est une application suivie du massage dans ces conditions. Nous avons dit ce que nous attendions de lui et notre attente a été rarement trompée. Appliqué à l’avance dans le but de faciliter une intervention il doit présenter une certaine énergie, les frictions et parfois le pétrissage sont indiqués; par ce moyen on donne une certaine souplesse aux tissus, on rend meilleure la nutrition des muscles et il n’est pas rare de voir augmenter l’étendue des mouvements. Après l’extension ou la flexion, le massage devient résolutif, antiphlogistique, anesthésique; il consistera en effleurages qu’on poursuivra pendant une dizaine de minutes sans violence.
Dans l’espèce, on n’a pas à tenir uniquement compte des renseignements que fournissent l’étude des commémoratifs et de l’état local des régions malades; nous avons souvent affaire à des enfants, sur lesquels le raisonnement a peu de prise, il est inutile de se mettre en frais d’éloquence pour leur démontrer les inconvénients d’une infirmité ; pour leur faire entrevoir la perspective d’une guérison. Ils ne savent qu’une chose, qu’ils souffrent peu lorsqu’on les laisse en repos et que les mouvements sont douloureux ; ils tiennent à ne pas souffrir, l’avenir ne les préoccupe guère. Les parents ne sont pas non plus des auxiliaires bien utiles ; il s’agit d’une méthode peu connue; ils ont entendu dire qu’elle a donné de bons résultats chez une personne de leur connaissance,
1. Maladies chroniques de la hanche, Paris, Baillière, 18o‘J.
mais leur conviction est à faire. S’ils veulent bien essayer un traitement qui ne réclame ni bistouri, ni machines, ils ne veulent pas aller au delà. Une opération les effraie tellement qu’il suffît de prononcer le mot pour les faire fuir. J’en ai fort peu rencontré qui acceptent la chloroformisation faite dans le but de rendre l’exploration moins douloureuse. Ce sont là des considérations extrascientifiques, des préjugés, mais quel est le praticien qui peut mépriser les préjugés ?
11 est bon de régler la chronologie du massage et de la rectification, d’être fixé sur ce que l’on peut attendre de l’un ou de l’autre.
Avons-nous affaire à des déformations, à des immobilisations dans une situation vicieuse qui tiennent à l’articulation et à son voisinage? commençons par masser ; le procédé est peu douloureux, l’amélioration sensible, la confiance est vite gagnée et lorsque nous voudrons agir avec plus d’énergie, nous ne rencontrerons plus d’objections. Si au contraire ce sont les contractures qui dominent, les circonstances sont moins favorables, et il faut commencer de bonne heure les extensions ou les flexions, il n’est pas nécessaire d’attendre comme on l’a dit la fin des accidents inflammatoires ; dans certaines arthropaties, cette temporisation reculerait le début du traitement et lui enlèverait une partie de ses chances de succès ; on peut hâter par le massage, l’arrêt et la réparation, c’est un moyen actif et sans danger.
Dès le début, demandons-nous à quoi tiennent les déformations, les rétractions, les anomalies de direction et de fonction \ du membre. 1
Ils peuvent tenir : 1° à l’articulation ou à son voisinage,
2° aux muscles. Nous avons vn les lésions correspondantes, épaississements et rétractions de la capsule, formation de faux ligaments, synovites tendineuses, avec adhérences des ten- \ dons à leurs gaines; enfin la myosite, avec diminution de la capacité d’extension des muscles. Il est possible de savoir en quel point les lésions sont le plus prononcées, il suffit de tenir compte du siège précis de la douleur et de la tuméfaction après les tentatives de rectification.
Quoi qu’il en soit, l’application du procédé est souvent suivie de phénomènes réactionnels ; si l’opérateur n’est pas fixé sur leur origine et leur importance ; s’il n’a pas soin de prévenir le patient ou ceux qui s’intéressent à lui, il ne fera qu’augmenter les défiances et rendre son rôle plus difficile.
La douleur est passagère; elle cesse presque lorsque la manœuvre est finie, on a facilemen t raison de celle qui persiste par le massage. Le craquement effraie tout le monde à tort, il indique qu’on a rompu des adhérences, que des portions de tissu rétractées ont cédé, c’est ce que l’on veut obtenir. Les sugillations sanguines, la tuméfaction secondaire n’ont pas plus d’importance, l’une et l’autre ne persistent guère quand le massage est fait à propos. Au membre inférieur, par exemple, il arrive parfois, lorsqu’il existe des contractures du demi-membraneux, du demi-tendineux et du biceps, qu’on observe une tuméfaction de la partie inférieure de la cuisse au début, plus tard le même phénomène se produira à la partie supérieure.
Avant de terminer ces considérations générales, revenons sur un point qu’ont touché sans insister sur lui Langenbeck et Nussbaum : lorsqu’on veut faire la flexion ou l’extension forcée, il faut tenir compte de l’énergie des résistances et de l’état du système osseux. Si l’on a affaire à des sujets chez lesquels il est mal développé, on fera bien attention de ne pas faire porter la force sur des leviers trop longs, pour ne pas s’exposer à des fractures. Si le membre est en flexion, par suite de la tendance que présente surtout cette anomalie à se reproduire, on ne risque pas dans la rectification artificielle de dépasser le degré qu’on veut atteindre ; on recommandera en outre au malade de faire lui-même, aussitôt qu’il le pourra, des mouvements actifs.
En somme, dans les ankylosés incomplètes, les contreindications sont peu nombreuses; je ne connais que la sénilité, l’affaiblissement et une impressionnabilité nerveuse extrême. Dans ces derniers cas la temporisation est de rigueur ; inutile de commencer un traitement qu’on serait forcé d'interrompre; que les malades patientent, suivent une médication appropriée, arrivent à des conditions générales satisfaisantes et il sera toujours temps de commencer.