‹ Traitement des raideurs articulaires (fausses ankyloses) au moyen de la rectification forcée et du massageChapitre 33 sur 39 · Lûc. cit., p · texte numérisé non relu

Lûc. cit., p

rectification faile avec les précautions que nous avons indiquées h différentes reprises n’expose pas aux fractures.

Il peut exister en même temps que la flexion, une adduction légère, en général l’extension forcée la fait disparaître; s’il en reste à la fin du traitement, on en a raison par des mouvements appropriés.

Il est rare que la cuisse soit immobilisée dans l’extension ; c’était le cas, chez un malade de Brodhurst dont nous donnons l’observation. La flexion forcée est plus facile.

Obs. XXI Y ( Brodhurst ).

Raideur de V articulation coxo- fémorale consécutive à un rhumatisme blennorragique. Immobilisation de la cuisse dans l extension. Redressement forcé. Guérison.

F. G., officier de l’armée anglaise, âgé de 25 ans, eut pendant un séjour à Ceylan un rhumatisme blennorragique. En 1855, il dut garder le lit plusieurs semaines et souffrit de douleurs épouvantables. Plusieurs jointures furent prises, entre autres les épaules, les genoux, la hanche etc. ; toutes guérirent excepté la hanche. L’épanchement de l’articulation coxo-fémorale était plus considérable que celui d’aucune autre et la tuméfaction telle qu’on supposait que l’arthrite suppurerait. Il revint en Angleterre quelques mois plus tard et consulta sir Benjamin Brodie, dans l’espoir qu’on pourrait rendre la mobilité à Ja jointure. Au lieu de lui donner de l’espoir, ce chirurgien déclara qu’il mourrait avec sa raideur; voyant qu’il lui serait impossible de s’acquitter de ses obligations militaires, il prit ses dispositions pour quitter l’armée. Le 22 janvier 1857, le docteur William Wood me le présenta. Je trouvai les deux membres inférieurs de Ja même longueur; la tête du fémur était dans sa situation normale, la fesse était aplatie et les membres notablement amaigris. La cuisse fut complètement étendue et il lui devint impossible de la fléchir; pas de mouvement au niveau de la hanche, sauf un léger mouvement latéral. Si peu étendu qu’il fût, il démontrait que les adhérences étaient fibreuses; j’exprimai .cette opinion nu malade, en lui disant, qu’elles pourraient être rompues et les mouvements restitués. 11 était sur le point de partir pour Canton avec son régiment, et désirait beaucoup que l’opération fut faite immédiatement pour qu’il pût s’embarquer. J’aurais voulu le surveiller six semaines environ après ; il ne put me le promettre, parce qu’il attendait son ordre d’embarquement plus tôt. En conséquence, jejemis d'après l’avis du docteur Wood, l'opération à son retour de la Chine ; il partit «dix jours plus tard, mais un contre-ordre retint le bateau dans le port

pendant trois semaines. Le malade obtint un congé et revint à Londres. L’opération fut faite 3 février, en présence des docteurs Wood, Partridgeet William Pile.

Le docteur Snow donna le chloroforme. D'une main je fixai le bassin, de l’autre j’imprimai des mouvements au membre, employant à deux ou trois reprises une force légère, les adhérences cédèrent graduellement, et l’on put fléchir complètement la cuisse. On appliqua un appareil en gutta-percha préparé d’avance, puis un bandage. Le malade qui n’éprouvait pas la moindre douleur pouvait difficilement croire qu’on eût fait une opération. Le soir, un peu de sensibilité ; malgré cela, dort bien, sans opium. Quatre jours plus tard, la cuisse put être facilement fléchie et étendue.

On enlève l’appareil. Tous les jours des mouvements plus étendus sont imprimés au membre, et bientôt il peut le remuer lui-même Dans les premiers jours, le malade se servait d’une canne pour marcher. Trois semaines ne s’étaient pas écoulées depuis l'opération, qu’il pouvait aller et revenir de Bromton Square à Trafalgar Square. Je fus un peu effrayé lorsqu’il me raconta cela et heureusement il n’y eut aucun accident. Sensibilité de la jointure et raideur du membre; au bout de 24 heures, elles avaient disparu et il était aussi bien portant qu’auparavant. Six semaines après l’opération, la cuisse était fléchie à volonté au delà de l’angle droit, et on pouvait lui imprimer un mouvement d’un pouce environ dans l’abduction. Pour montrer combien l’état de la jointure était satisfaisant, je rappellerai que le malade pouvait s’asseoir dans la position ordinaire.

Deux mois après l’opération, c’est-à-dire le 24 mars, l’observation fut lue à la Société médico-chirurgicale, et selon le désir qu’il avait exprimé le malade était présent. Beaucoup de personnes qui avaient pu le voir auparavant, purent juger du changement. Il marchait sans arrêt, sans support artificiel, il n’était pas possible de dire si le mouvement d’une jointure était inférieur à l’autre.

Le 24 décembre, je reçus de lui une lettre de laquelle je détache les passages suivants: « Je peux faire à pied dix à douze milles sans fatigue, la région fessière a repris son volume. » Depuis quelques mois, ce malade peut s’acquitter de ses devoirs militaires, il été promu et n’a nullement l’intention de quitter l’armée. Je reçus en même temps une lettre de sir Benjamin Brodie, exprimant sa satisfaction du résultat obtenu.

Ors. XXV ( Brodhurst ).

Arthrite traumatique de la hanche consécutive à une plaie par arme à

feu. Immobilisation de la cuisse dans la demi- flexion. Redressement

forcé. Guérison.

C. AI..., officier du génie, revenait des tranchées devant Sébastopol, le 24 novembre 1854, en compagnie d’un de ses amis, quand il fut blessé par une balle qui l’atteignit au niveau de la ligne médiane de l’abdomen immédiatement au dessous de l’ombilic; dans son trajet, cette balle avait d’abord traversé la poche de son voisin, entraîné un fragment de sa boite à allumettes, et un bouton du blessé, puis elle était descendue jusqu’au niveau du pubis et avait passé dans l’aîne. Elle s’était logée profondément dans la partie supérieure de la cuisse, juste au-dessous du ligament de Poupart, déplaçant en dehors les vaisseaux fémoraux. Un abcès se forma, et il ne fut pas possible de retirer la balle. L’inflammation s’étendit à la jointure et obligea le malade à rester au lit sans mouvement jusqu’au mois d’avril. On s’aperçut alors de la raideur articulaire. Il serait fastidieux de le suivre malade dans ses pérégrinations durant les années 1855 et 1856. Il suffit de dire qu’il prit l'avis des plus remarquables chirurgiens de Londres et de Paris, et lit des séjours à d’innombrables stations balnéaires. Le résultat fut une amélioration de la santé, mais le membre resta immobile.

Lorsque le malade vint me demander mes soins, deux ans et demi après l’accident, je trouvai que l’articulation coxo-fémorale était immobile; la cuisse était fléchie à angle obtus sur le bassin, et, quand il était debout, ses orteils étaient à deux pouces du sol. Cet homme grand, bien musclé, n’avait pu continuer sa carrière dans l’armée. Il était disposé à se soumettre à toute opération capable de lui rendre l’usage du membre.

Le 30 mars, le chloroforme ayant été administré par le docteur Snow, le bassin fut solidement fixé, et avec l’assistance du docteur G i b b , je m’efforçai de fléchir la cuisse. Après quelques efforts, une partie des adhérences céda, mais les mouvements de la jointure n’étaient pas complètement libres. On fit un nouvel effort et le reste des adhérences se rompit avec un craquement assez prononcé. A partir de ce moment, le mouvement de la jointure devint libre et facile. Le membre fut mis ensuite dans une gouttière en gutta-percha, moulée sur la cuisse. La douleur fut sentie à la fois dans la cuisse et le genou, aussitôt après que les elfets du chloroforme furent passés. Elle diminua rapidement, et le malade put dormir la nuit sans opium. Au bout de ce temps, il se plaignit plus que dans les mouvements des jambes. Se lève le septième jour; les mouvements actifs furent commencés dans le cours de la semaine suivante. Les mouvements passifs des muscles occasionnent une douleur dans le voisinage de la jointure, elle est due selon toute probabilité au voisinage de la balle ; on songea un moment

TRAITEMENT DI-S RAIDEURS ARTICULAIRES

à l’extraire. Heureusement par suite de l’augmentation des mouvements, elle fut déplacée, et cessa peuà peu d’être sentie.

A latin de la troisième semaine, tout le poids du corps pouvait être porté sur ce membre ; les mouvements furent lents à revenir, et un puissant etfort fut nécessaire pour avoir raison de la résistance des muscles de la cuisse, qui se contracturaient aussitôt que le malade faisait la moindre tentative pour la mouvoir. Pourtant, en déployant une grande persévérance, en continuant longtemps les mouvements passifs, la cuisse put être fléchie au delà de l’angle droit et facilement étendue.

Obs. XXVI.

Raideur de V articulation coxo- fémorale droite. Contracture et atrophie des muscles pelvi-trochantériens. Contracture légère des adducteurs . Flexion de la cuisse sur le bassin. Adduction diminuée. Mouvements forcés. Massage. Guérison.

A mon arrivée à Ragatz, au mois de juillet 1884, je fus consulté par un paysan, âgé de 40 ans, souffrant depuis plusieurs années d’une affection mal déterminée delà hanche droite. Cet homme a eu à plusieurs reprises des épanchements de diverses articulations et tous, sauf celui de la hanche, ont disparu sans laisser de traces. La douleur a son maximum en arrière du grand trochanter, s’irradie vers la région inguinale, elle est généralement sourde, plus vive aux changements de temps, plus vive lorsque le malade a gardé quelque temps l’immobilité, qu’il ait été assis ou couché. La nuit, il souffre beaucoup lorsqu’il repose sur le côté malade. Il y a deux ans, cautérisations nombreuses au fer rouge derrière le grand trochanter. La douleur a sensiblement diminué : malheureusement la jambe est devenue de plus en plus raide. Une saison thermale est restée sans résultat. Claudication prononcée, ne peut marcher sans s’appuyer sur unecanne, se fatigue très vite et boîte encore plus fort que d’habitude lorsqu’il est fatigué. Difficulté considérable pour monter les escaliers, traîne la jambe. Ne peut mettre lui-même ses bas. Les muscles fessiers sont atrophiés. Avec une pression un peu forte, on provoque une douleur assez vive derrière le grand trochanter. Des douleurs spontanées s’v développent à la suite des marches un peu prolongées et au moment des changements de temps. Aucune différence entre la longueur des deux jambes. En exerçant une pression, sur la plante du pied, on provoque une douleur légère dans la hanche. Extension normale. Flexion de 25° au maximum ; quand on force un peu, on sent que la résistance sera

facile à vaincre. Adduction moindre qu’à l’état normal, les efforts qu’on fait pour l’augmenter provoquent une vive douleur dans la ré-

THAITEMENT DES RAIDEURS ARTICULAIRES

gion des adducteurs. Dans la flexion forcée, ou éprouve une résistance assez vive à partir de 30°. Douleur vive dans la région iliaque et inguinale, surtout la dernière. Réaction très faible, tuméfaction légère. Massage. Après un repos d’un quart d’heure, on fait marcher Je malade; il marche sans trop de difficulté. Au bout de G semaines, la flexion de la jambe est double de ce qu elle était auparavant. Désormais, je ferai porter principalement mes efforts du côté de l’adduction.

Ce procédé est assez douloureux. Après deux mois et demi de traitement, la flexion et l’extension complètes sont possibles, de même que la marche prolongée, sans canne, pas de fatigue, claudication presque imperceptible, monte un escalier sans peine. Pendant mon séjourà Ragatz, en 188G, j’ai appris que l’amélioration s’est maintenue, que le malade marche encore mieux aujourd’hui que vers la fin du traitement.

Obs. XXVII.

Raideur de l'articulation coxo- fémorale consécutive à des accidents indéterminés pris pour le début d'une coxalgie et à une immobilisation prolongée au lit.

R. 7 ans. Cet enfant boite d’une façon disgracieuse; son père, qui est ferblantier, craint de ne pouvoir comme il le désire lui apprendre son métier. Il aurait présenté, il y a quelques années, des phénomènes ressemblant plus ou moins à la coxalgie. Vers l’âge de 5 ans, il commença à se fatiguer très vite et à traîner un peu la jambe en marchant. De temps en temps, il se plaignait de douleurs dans la région de la hanche. Pendant 6 mois, il garda un repos absolu au lit. Lorsqu’il se leva, il était incapable de marcher sans appui. Il y a plus de 2 ans que tout cela s’est passé ; aujourd’hui la cuisse est fléchie sur le bassin, les muscles de la jambe, de la cuisse, de la fesse de ce côté sont notablement atrophiés, ün s’adressa à un rebouteur. Celui-ci fit avec l’aide d’une autre personne une tentative de redressement forcé. L’aide maintenait le tronc tandis que l’opérateur saississant le pied tirait de toutes ses forces sur la jambe pour lui rendre sa direction normale. Cette tentative n’eut d’autre résultat que défaire beaucoup souffrir l’enfant; et la déviation de la cuisse augmenta.

Au moment où je vis pour la première fois ce malade, la cuisse faisait avec le bassin un angle de 145°. Pas de tuméfaction ni de sensibilité à la pression dans la région iliaque. Raccourcissement réel de 1 cent, de la jambe gauche, obliquité apparente du bassin. Afin de faire un examen plus complet, je fais appeler un de mes confrères, et après avoir administré le chloroforme nous constatons qu’il existe encore une mobilité satisfaisante dans l’articulation coxo-fémorale ; la flexion parait tenir plutôt à l’état des muscles qu’à celui de la capsule, surtout à une contracture du droit antérieur.

Extension forcée ; séance tous les deux jours. Le petit malade est très courageux et supporte bien le procédé. Au début chaque séance est suivie d’un peu de réaction, on en a facilement raison avec le massage. Au bout de 5 semaines, l’extension de la jambe est beaucoup plus facile. Grâce à un massage énergique, les masses musculaires du membre inférieur et de la région fessière ont augmenté notablement de volume. Après 2 mois, la jambe est complètement redressée, et le malade peut marcher. Il existe encore de la claudication ; en faisant porter au malade un soulier dont la semelle est plus épaisse que celle de l’autre, elle est à peine sensible. Je continue le massage pendant trois semaines ; la claudication est si faible qu’une personne non prévenue ne pourrait pas s’en apercevoir quand l’enfant marche ou même quand il court. La cuisse n’est plus fléchie sur le bassin, l’atrophie musculaire est insensible; la mobilité dans l’articulation coxo-fémorale est complète; l’obliquité apparente du bassin a disparu, l’enfant peut gravir très vite et sans difficulté les escaliers.

Obs. XXVIII.

Raideur de V articulation coxo-fémorale gauche consécutive à une arthrite aiguë à répétition. Contracture du droit antérieur de la cuisse ; flexion de la cuisse sur le bassin. Claudication , extension forcée , massage. Guérison *.

M. N. 31 ans. Il y a plusieurs années s’étant couché sur du gazon humide, il éprouve à son réveil une violente douleur au niveau de l’articulation coxo-fémorale gauche. Elle diminua notablement mais ne disparut pas sous l’influence du salicylate de soude. Depuis lors, il y avait des exacerbations manifestes à chaque changement de temps. Enfin au mois de juin 1882, le malade put se servir de sa jambe, cette amélioration dura tout l’été, mais, au mois de novembre, survint une nouvelle poussée aussi violente que la première; celle-ci ne céda pas au salicylate de soude. Il fut obligé de garder le lit pendant 2 mois, prit des bains de sel; et des fumigations, sans soulagement notable ; la cuisse se fléchit peu à peu vers le bassin, et lorsqu’après avoir quitté le lit, il voulut marcher, le pied ne pouvait plus s’appuyer à la terre que par son extrémité antérieure. Pendant l’été de 1883, il fit une saison à Aix-les-Bains, la douleur disparut, mais non la difformité, de telle sorte qu’il a toujours boité depuis ce temps. Il se présente à ma consultation vers la fin de l’année 1884. A ce moment: la cuisse fait avec le bassin un angle d’environ 140°, les longueurs réelles du membre inférieur sont les mêmes des deux côtés. Une pression énergique exercée au niveau de la cavité cotyloïde ne produit qu’une douleur insignifiante. Douleurs spontanées rares. Le malade marche difficilement;

Page 1