II. ARTICULATION DU GENOU
Nous avons vu au commencement de ce travail, la part qu’avait eue le hasard dans la découverte des méthodes de redressement violent des ankylosés : nous avons donné avec assez de détails les faits de Meekren et de Cazenave, en voici un troisième, un peu moins connu, et aussi intéressant.
Obs. XXIX.
Immobilisation du membre inferieur datant de plus de 30 ans . Ankylosé de la rotule. Chute sur le genou. Fracture. Rétablissement des mouvements l.
Mme Naudier, âgée de 42 ans, eut à l’âge de 10 ans un engorgement inflammatoire du genou droit, qui se termina par l’ouverture de plusieurs abcès; la jambe se fléchit peu à peu et forma bientôt avec la cuisse un angle de 70°. Des praticiens furent d’avis d’amputer ce membre; d’autres conseillèrent d’attendre, on attendit. Au bout de deux ou trois ans, les douleurs qui avaient été très vives, s’affaiblirent et disparurent; la malade put se remettre à marcher en s’appuyant sur deux béquilles. Depuis, l’état de Mmi3 Naudier n’avait subi aucune modification; le membre dévié restait indolent, mais amaigri, faible, chétif. La malade marchait mais très diflicilement, au moyen d’une canne à crosse; au mois de juin 1838 elle vint me consulter; je lui trouvai la jambe llécliie sous un angle de 40 à 43°. La rotule était soudée sur le condyle externe
1. Duval. Revue des spécialités et des innovations médico-chirurgicales , 1 S * 0 . n° 3, p. 133. Cité par Campenon : Entorse des ankylosés, p. 1 69.
du fémur, auquel elle adhérait par un large pédicule. On la voyait comme relevée de dedans en dehors et ne touchant aucunement au condyle interne. Les mouvements de l’articulation étaient très obscurs. Pendant qu’on fabriquait la machine à traiter Mme Naudier, cette malade lit une chute sur le genou dans laquelle la cuisse se replia sous elle. Elle entendit craquer, fut relevée on proie à des douleurs atroces. Quelques minutes après, le genou grossit considérablement et se couvrit d’une large ecchymose, qui gagna bientôt le haut de la jambe et le quart inférieur de la cuisse. Eu examinant le membre, je trouvai les mouvements plus étendus et la mobilité de la rotule tout à fait rétablie. Les moyens antiphlogistiques dissipèrent l’inflammation, et l’on put appliquer la machine extensive. Cette machine agit tellement vite et bien, qu’en six semaines la jambe fut complètement redressée. Mme Naudier marche comme si elle n’avait jamais eu défaussé ankylosé.
Ce fait nous paraît démontrer la même chose que les deux autres, la rupture accidentelle et violente d’une ankylosé suffit à rendre au membre sa direction normale et souvent elle n’est pas suivie d’accidents; le fait ne prête à aucune autre interprétation ; on ne voit même pas trop l’étendue des services qu’ont pu rendre les machines dans ce cas ; il est probable que si après la chute on s’était borné à masser la jointure en assurant le maintien du résultat obtenu par des mouvements passifs prescrits à propos, tout se serait passé dans de meilleures conditions. Quel enseignement dégager de ces faits? on ne peut pourtant pas prescrire les chutes sur le genou à tous les malades qui ont des fausses ankylosés; le mieux, je crois, c’est de faire la rectification graduelle ou forcée selon la résistance sans aucune machine. Celte méthode est une de celles qu’on a le plus souvent essayées. « Lorsque l’on fait des efforts pour rompre une ankylosé angulaire du genou, disait Bonnet, on peut étendre ou fléchir la jambe sur la cuisse. On est porté instinctivement à mettre en pratique la première méthode ou celle de l’exlension directe ; elle offre cependant un grand nombre de désavantages. En l’employant, on attaque simultanément les deux difficultés à vaincre, c’est-à-dire que l’on a à rompre les adhérences qui unissent les os et à vaincre la rétraction des muscles et des tissus fibreux du creux du jarret qui s’opposent au redressement. »
La flexion, disait-il en terminant son chapitre, peut être suffisante chez les enfants surtout lorsque les adhérences sont encore molles comme on l'observe dans les tumeurs blanches non guéries. Je pourrais citer à l’appui de cette opinion un grand nombre de faits empruntés à ma pratique et à celle de M. Bouchacourt. Les résultats qu’a observés mon honorable confrère démontrent comme ceux que j’ai recueillis moimême, que dans ces cas la rupture est facile et que, peu de temps après, des appareils simples, qui étaient suffisants d’abord, peuvent opérer le redressement. »
L’observation suivante montre comment Bonnet procédait.
Obs. XXX [Bonnet).
Tumeur blanche du genou avec fongosités considérables et trajet fistuleux ; flexion , abduction , luxation en arrière et en dehors, ankylosé incomplète. Redressement et réduction immédiats.
Vous avez sous les yeux une jeune fille de cinq ans, d’un tempérament lymphatique, altectée depuis plusieurs années (nous manquons de renseignements précis à cet égard) d’un gonflement chronique du genou. Ce gonflement existe bien évidemment dans l’articulation fémoro-tibiale; car ses limites sont celles delà synoviale. Lorsque nous explorons la partie tuméfiée, nous n’y trouvons aucune fluctuation évidente; le toucher n’y fait reconnaître qu’un empâtement mou ; des veines nombreuses, apparentes sous la peau, sillonnent le tissu cellulaire sous-cutané. Cette tumeur doit être formée par des fongosités tapissant la surface interne de la synoviale, et pénétrant le tissu de cette membrane et celui des ligaments. Si c’était le lieu, j’exposerais mes études sur ce point d'anatomie pathologique. Il me suffira de vous dire que ces fongosités sont formées par le plasma organisé, arrivé jusqu’à la période où il est pénétré de vaisseaux capillaires, mais arrêté dans son organisation et ne passant pas à l'état de tissu fibreux qui est le tissu normal de son évolution b
Ce genou gonflé n’a pas sa direction normale : il est fléchi à peu près à 45°. Cette flexion est réunie à une luxation incomplète du tibia en arrière. Vous voyez l’enfoncement qui existe au niveau delà tête de cet os, au-dessous de la rotule, et la saillie que cette tête forme du côté du jarret. Du reste si quelque doute peut exister dans votre esprit sur •^cette luxation, vous n’avez qu’à prolonger par la pensée les axes du
i. Traité des maladies des articulations, t. II, p. lü.
fémur et du tibia. Vous voyez qu’au lieu de se rencontrer, comme du côté sain, au centre de l’articulation, ils se rencontrent en arrière des condyles du fémur.
Vous pourriez croire qu’à la flexion et à la luxion du tibia se réduit toute la difformité, il n’en est rien. Toujours avec la flexion de la jambe coexistent l’abduction et la rotation en dehors. Seulement, certaines précautions sont nécessaires pour apercevoir ces éléments morbides: il faut tourner le genou de manière à ce que la rotule regarde directement en avant.
Je donne au membre cette direction, et vous voyez que la jambe fléchie est portée en dehors et un peu tournée dans le même sens. Veuillez remarquer aussi, que la subluxation est un peu en dehors en même temps qu’elle est en arrière.
Cherchons à présent jusqu’à quel point les rapports vicieux que nous venons d’observer sont maintenus avec fixité. Je tâche de faire mouvoir le tibia sur le fémur, et je ne peux obtenir que des mouvements à peine perceptibles, bien qu’il n’y ait pas de contractions volontaires car l’enfant ne manifeste aucune douleur. La rotule saisie entre les doigts ne peut être déplacée latéralement. Cette immobilité ne prouve pas l’existence d’adhérences solides : elle peut dépendre de la tension des ligaments et des muscles que produit la flexion. Nous jugerons mieux du reste, pendant l’anesthésie du degré de fixité de tous les rapports anormaux.
Il est impossible qu’avec une luxationdu tibia en arrière, durant plusieurs mois chez un enfant de cinq ans, il n'v ait pas une ulcération des surfaces articulaires. Cette altération que je diagnostique sera sans doute rendue plus évidente par les craquements que les mouvements imprimés à la jambe produiront bientôt entre les surfaces articulaires.
Cependant, en voulant changer, il n’y a qu’un instant l’attitude du genou, j’ai éprouvé une résistance dans la hanche correspondante.
Voyons donc si cette hanche n’est pas elle-même affectée.
Je vais l’explorer d’après les règles que j’ai exposées. Je fais reposer le tronc sur le lit dans toute sa longueur, j’étends le membre sain et je tâche à présent défaire cesser la flexion de la cuisse. Je ne peux y réussir, bien que j’amène le corps sur le bord du lit pour me débarrasser de l’obstacle que m’oppose le genou fléchi. Tous les mouvements d’extension et d’abduction que je veux imprimer à la cuisse se communiquent au bassin et, par suite, à la colonne vertébrale. La hanche est donc aussi affectée ; elle s’est fixée sans doute dans la flexion de l’abduction, par suite de la position vicieuse que lui a imposée le genou depuis longtemps malade et déformé.
Nous n’avons donc pas à nous occuper seulement du genou ; nous avons à agir sur la hanche. Si nous laissions cette enfant dans la triste direction où elle se trouve, elle serait horriblement estropiée, et sa ma-
TRAITEMENT UES RAIDEURS ARTICULAIRES
ladie serait entretenue par la torsion vicieuse que présentent plusieurs parties de sa jointure.
One faire pour rendre au genou sa direction normale ?
On pourrait proposer des appareils. Je ne conteste point leur utilité; mais il sera facile de vous prouver leur insuffisance et la difficulté de leur emploi.
Un appareil devrait d’abord opérer un redressement graduel de la flexion; il devrait ensuite remédier à l’abduction et à la rotation en dehors, et enfin repousser le tibia luxé en dedans et en avant.
Je vous laisse juge de l'insuffisance d’une machine qui ne remplirait que quelques-unes de ces indications, et de la complication de celles qui les rempliraient toutes.
Cependant, il faudrait encore exercer des tractions sur la jambe pendant que l'on retiendrait le fémur; agir sur la flexion et l’adduction de la cuisse en même temps qu’on remédierait à la difformité du genou.
Tant de combinaisons sont bien difficiles à réaliser ; elles ne sont pas inexécutables toutefois. Mais eût-on satisfait à toutes les exigences, on ne réussirait pas encore. On opérerait le redressement direct, c’est-àdire le redressement qui n’est pas précédé de la rupture des adhérences; or, sans cette rupture préalable on ne rendra jamais au membre sa direction normale, et surtout on ne fera pas cesser la luxation du tibia en arrière.
Nous nous trouvons ainsi ramenés au redressement avec les mains, précédé de l’assouplissement de la jointure, c’est-à-dire du redressement fait suivant les principes que j’ai développés hier dans leurs rapports avec les difformités de la hanche.
L’enfant est endormi... Je saisis sa jambe au-dessus du mollet, j’essaye de la plier et de l’étendre alternativement. Je ne produis que des mouvements très bornés, plus étendus cependant que pendant la veille.
Je continue ces mouvements alternatifs de flexion et d’extension doux et graduellement plus étendus.
Voici cinq minutes environ que j’opère, et déjà nous fléchissons la jambe assez complètement pour que le talon touche la fesse. Des craquements se font entendre pendant chaque mouvement, comme vous pouvez le reconnaître non à l’ouïe, mais au toucher, en embrassant le genou avec les mains pendant que je le fais mouvoir... Comme je n’ai pas fixé la cuisse, les mouvements du genou se sont communiqués à la hanche et ont rendu de la souplesse à cette jointure, qui n'est enraidie que par le repos et dans laquelle aucun craquement n’est perceptible.
Voilà dix minutes consacrées à l’assouplissement du genou et de la hanche. Le premier temps de l’opération est accompli: je peux passer au redressement. .
Je me place au pied du lit, je fais retenir le bassin, je tire sur la
jambe... Vous voyez avec quelle facilité elle se redresse... Je confie l'extension à un aide, et pendant qu’il maintient le membre étendu, je presse sur le fémur en avant et sur le tibia en arrière, pour faire cesser toute trace de luxation.
Vous le voyez à présent, la flexion, l’abduction du tibia ont disparu ; la luxation est réduite, la rotule mobile ; la hanche n’est plus fléchie ni penchée au-dessous; en un mot la rectitude est rétablie.
Arrivé à ce point, nous nous sommes contenté hier d’appliquer le bandage inamovible : j’irai plus loin aujourd’hui, je ferai usage de la cautérisation sous le bandage amidonné, dont j’ai exposé lundi dernier les principes dans mon mémoire à l’Institut. Le degré du gonflement m’engage à cette opération complémentaire.
J’ai là six pastilles de potasse entourées de coton et placées convenablement dans du diachylum ; je vais les appliquer sur toutes les parties tuméfiées... J’en place deux au-dessus de la rotule, deux sur les côtés de cet os et une à droite et à gauche de l’interligne articulaire. Si mes prétentions sont fondées, l’enfant ne ressentira aucune douleur de ces six applications d’un caustique qui détruit profondément la peau.
A présent nous pouvons passer à l’application du bandage. Il sera exactement le même que celui que nous avons appliqué hier, non seulement parce que la hanche est ici accidentellement et secondairement malade, mais parce que l’on ne peut immobiliser complètement le genou et assurer la rectitude qu’en embrassant tout le membre inférieur et en comprenant la hanche dans le bandage,
Des aides tiennent le membre tendu pendant que l’on place successivement le coton, les bandes amidonnées, les cartons, les bandes, les atelles en fil de fer, et enfin le dernier moyen de déligation,
L’enfant est réveillée, elle peut être transportée dans son lit. Son membre est parfaitement droit; sa luxation est réduite, tous les résultats en vue desquels l’opération avait été instituée sont obtenus; trois quarts d’heure ont suffi à la solution du problème L
Maintenant que nous connaissons tes pratiques employées auparavant, voyons la nôtre :
On fait asseoir le malade sur une banquette rembourrée, ou un banc convenablement construit et résistant. Supposons qu’il s’agisse de redresser le genou droit, on saisit de la main gauche la cuisse au-dessus du genou, la droite prend la jambe au-dessus de l’articulation tibio-tarsienne de manière à ce que le levier soit aussi long que possible ; on imprime à la jambe
1. Nouvelles méthodes de traitement des maladies articulaires , p. 117,
des mouvements successifs pour amener au maximum l’angle qu’elle forme avec la cuisse. Dans chaque séance on applique ce procédé 4 à 5 fois ; cà chacune d’elles, on arrive un peu plus loin qu’auparavant. De plus il faut avoir soin de ne pas abandonner le membre aussitôt après la séance, et de le maintenir dans l’extension pendant un certain temps (une ou deux minutes ou plus longtemps si le malade le supporte). Quand l’irritation est vive, le massage la calme vite ; l’effleurage et les frictions légères donnent les meilleurs résultats, même dans le cas de réaction exagérée; il est bon que le malade marche un peu immédiatement après la séance.
On fait la flexion forcée lorsque la jambe est immobilisée dans l’extension. Elle est saisie en même temps que la cuisse comme nous l’avons indiqué, le mouvement est provoqué naturellement en sens opposé, et on tâche de rendre plus aigu l’angle que la jambe fait avec la cuisse; il est rare du reste que l’extension ou la flexion existent seules; le plus souvent l’une l’emporte sur l’autre.
Chez les personnes robustes et énergiques, on pourrait faire l'extension et la flexion dans la même séance, surtout si une réaction faible suit chaque tentative. Je commence d’habitude parfaire seulement l’extension forcée et au bout de 14 jours je fais la flexion lorsque la mobilité est augmentée et que le malade s’est habitué au traitement.
Je crois qu’il vaut mieux procéder ainsi que de commencer en même temps l’extension et la flexion.
Obs. XXXI.
Raideur de V articulation fémoro-tibiale droite, consécutive à une hydartrose et à V immobilisation. Flexion légère et persistante de la jambe sur la cuisse ; flexion complété impossible. Atrophie des muscles de la cuisse. Douleur périarticulaire . Flexion forcée. Massage. Guérison.
M. L..., 46 ans. A la fin d’avril 1884, le genou droit se tuméfie spontanément sans douleur, ni phénomènes subjectifs d’aucune sorte; en même temps, la marche devient difficile. Badigeonnages iodés et immobilisation au moyen d un manchon de ouate maintenu par des atelles en bois. L’appareil fut enlevé de temps en temps pour appli-
quer des vésicatoires. CorDme ce traitement n’était pas suivi d’une amélioration notable, le malade entra dans un hôpital en Algérie où il se trouvait à ce moment. Pendant cinq semaines, tous les deux Jours 40 à 50 points de feu autour de l’articulation malade. Cette médication était à chaque fois suivie d’une amélioration passagère. A ee moment on trouvait sur la face interne du genou un point douloureux; l’auteur croyait qu’il s’était produit par suite de la pression qu’exerçaient les atelles. Comme la mobilité diminuait, on conseilla quelques mouvements. L’appareil ayant été enlevé, une bande fut attachée à la partie inférieure de la jambe, et avec elle le malade lui-même exerçait une flexion sur le segment du membre. Ce procédé appliqué avec les plus grandes précautions, provoquait malgré tout une douleur au point sensible, toute la région voisine présentait une tendance manifeste à la tuméfaction. Les tractions furent supprimées et les seuls mouvements permis au malade furent ceux qu’il était obligé de faire en traversant la cour de l’hôpital une fois dans la journée; cette courte marche était très pénible. Je vis pour la première fois ce malade à son retour en France vers la fin de mars 1885. Tuméfaction générale pas trop résistante du genou droit, pas de fluctuation, sauf dans les parties latérales. A la pression, sensibilité, seulement dans un espace très limité, situé entre le bord de la surface articulaire du tibia et le condyle interne du fémur, en pressant un peu plus fort au niveau du tendon de la patte d’oie, on trouve un autre point également douloureux. Les mouvements un peu violents provoquent une douleur spontanée, mais faible. Flexion légère de la jambe sur la cuisse ; le malade réussit avec quelques efforts à la vaincre et à mettre la jambe dans l’extension. La flexion est également entravée, avec beaucoup d’efforts, il arrive jusqu’à 100°. Rotule mobile. La flexion forcée est douloureuse. Les muscles de la cuisse de ce côté sont plus grêles et surtout plus flasques que ceux de l’autre. Le malade ne réussit à faire une centaine de pas qu’avec de grands efforts et en s’appuyant sur une canne. Flexion forcée : on atteint, dès la première séance, un assez bon résultat, mais il est passager. Au bout de 6 semaines, le malade marche mieux et ne se sert plus qu’exceptionnellement de sa canne. On cesse le traitement après 2 mois et demi, tous les mouvements du genou sont possibles, la flexion a une amplitude normale. 11 peut marcher sans appui et ne se fatigue pas plus qu’avant sa maladie. Grâce au massage, la sensibilité locale et l’atrophie musculaire ont presque disparu.
Je combats d’abord la déformation qui semble la plus prononcée et dont il sera le plus difficile d’avoir raison.
Il est bon d’observer la même règle pour les articulations
de la jambe et du pied, du poignet, des doigts et des orteils.
Lorsque cette déformation est sérieuse et exagérée par une contraction des muscles de la cuisse, la manœuvre que je viens de décrire n’estplus suffisante; dans ce cas, si la jambe est fléchie, il faut faire l’extension forcée sur l’épaule. Ce procédé très énergique est indiqué plus rarement que l’autre. Voici comment je l’applique : supposons que nous ayons affaire à une fausse ankylosé du genou droit avec flexion de la jambe sur la cuisse. Le malade est couché sur un canapé, de manière que la moitié droite du bassin et le membre inférieur correspondant soient un peu plus près du bord, l’opérateur se place lui-même du côté droit du malade en s’appuyant de son genou fléchi sur le bord du canapé et incliné de telle sorte que la jambe du malade repose par sa face postérieure sur son épaule gauche ; la main gauche saisit solidement le membre au-dessus du genou, tandis que fa droite à l’extrémité inférieure de la cuisse gauche du malade la fixe, le chirurgien se relève ensuite lentement, en redressant dans ce mouvement le genou ankylosé : on répète cette manœuvre 4 à 5 fois par séance.
11 est indispensable d’immobiliser l’autre jambe comme je l’ai dit, sans cette précaution, le malade fait un mouvement de ce côté, le bassin est légèrement déplacé, la fixation de la cuisse n’étant plus complète, on n’obtiendrait qu’une rectification à insuffisante chaque séance.
Obs. XXXII.
Raideur de l' articulation du genou consécutive à un rhumatisme biennorragique. Immobilisation de larolule, Epaississement de la capsule articulaire. Atrophie des muscles du jarret, de ceux de la région antérieure de la cuisse. Marche très difficile. Claudication. Extension et flexion forcées. Massage. Guérison.
Le docteur N..., 36 ans, chirurgien àX.... (Allemagne). Ce malade eut pour la troisième fois, au mois d’août 1882, un rhumatisme blennorrhagique. Les articulations tibio-tarsiennes et celles des genoux furent prises. Après de courts intervalles d’amélioration, il se fit des poussées répétées avec tuméfaction, douleur, rougeur modérée. La maladie présentait une ténacité particulière dans l’articulation fé-
moro-tibiale droite. Les médicaments usités dans les casde rhumatisme ordinaire furent sans effet ; la blennorragie présenta elle-même une grande persistance.
Dans le cours de l’été de l’année 1883, les douleurs diminuèrent dans toutes les jointures, sauf celle du genou droit; la rotule devint immo hile en avant des condyles fémoraux.
En même temps la jambe se fléchit peu à peu, presque à angle droit sur la cuisse, puis subit une légère rotation en dehors. A ce moment, on fit, dans le but de détacher la rotule, le redressement forcé de la jambe, puis on appliqua un bandage plâtré. A la suite de chaque opération de ce genre, il se fit une poussée inflammatoire ayant pour résultat de fixer de nouveau la rotule au fémur.
Quelques mois plus tard, cautérisations transcurrentes au voisinage du genou. Bains chauds, électroiyse, faradisation, massage des parties atrophiées pendant longtemps. Au mois d’avril 1884, la rotule est rendue de nouveau libre par une extension brusque, énergique. A la suite de l’opération, épanchement séreux considérable ; ne peut marcher qu'avec des béquilles, de temps en temps on imprime avec précaution des mouvements passifs de flexion et d’extension au membre et l’on fait régulièrement le massage.
Au mois de novembre 1884, ténotomie du tendon d’Achille dans le but de corriger l’anomalie de situation du pied (pied bot varus équin). On essaie de nouveau l’extension de la jambe au moyen d’un appareil de Langenbeck d’abord dans la narcose chloroformique. Pendant les mois de janvier et de février, pas de traitement, il essaie de marcher, mais à peine a-t-il fait quelques pas, que sa jambe roule et qu’il est sur le point de tomber. Je vois pour la première fois ce malade vers la fin du mois de mars 1885. A ce moment, le genou présente une teinte rouge foncée et est notablement tuméfié. Après quelques minutes de station verticale la jambe se tuméfie le malade ne peut marcher qu’en s’appuyant sur une canne et boite beaucoup ; une très courte promenade suffit pour le fatiguer; il se lève avec peine du fauteuil sur lequel il était assis pour passer du salon dans le cabinet. Flexion de la jambe sur la cuisse : lorsque le malade est assis et ([lie le talon repose sur un plan horizontal, le creux poplité présente une excavation du volume du poing. Les extrémités articulaires du fémur et du tibia sont plus volumineuses qu’à l’état normal; le condvle interne du fémur est surtout hypertrophié.
Les mouvements de la rotule dans toutes les directions sont très limités. A sa partie supérieure elle est comme encastrée dans une masse de tissu conjonctif de nouvelle formation ; comme il est très difficile de suivre son bord supérieur, on pourrait croire à première vue qu’elle a été fracturée. Au-dessus, la capsule articulaire paraît elle-même épaissie et rigide. Au niveau de ses insertions sur la face antérieure du fé-
mur, elle forme un volume du bourrelet du doigt, saillant surtout dans l'extension. La peau semble épaissie, infiltrée, en dehors des cicatrices laissées par les brûlures. La rotation en dehors est très marquée. La jambe forme avec la cuisse un angle de 145°.
Extension forcée : au début, on sent une résistance marquée, il faut déployer pour la vaincre une certaine vigueur. L’application du procédé est douloureuse, le maximum de la résistance parait correspondre à l’insertion de la capsule sur la face interne du tibia. Les muscles du mollet sont dans un état d’atrophie marqué, de même que ceux de la partie antérieure de la cuisse, et surtout le vaste interne et le droit antérieur. Après chaque séance, la réaction est moindre qu’on aurait pu le supposer étant donnée la difficulté de la flexion forcée. Pendant 14 jours, un peu de tuméfaction, surtout vers le bord interne de la face articulaire du tibia. Presque pas de sugillations sanguines, on a facilement raison de tout avec un effleurage de courte durée. Après trois semaines de traitement, l’amélioration est très appréciable, le malade peut se lever sans difficulté de son fauteuil. La claudication est moindre et la jambe plus forte; l’extension forcée est plus facile et moins douloureuse. Je puis maintenant faire des flexions; la résistance est moindre que pour l’extension. Le traitement est continué pendant 3 mois, au bout de ce temps, le malade peut étendre et fléchir la jambe presque comme à l’état normal, et faire sans se fatiguer de longues promenades à pied ; la rotule qui, à son arrivée, était déviée en dehors, par le traitement on l’a ramenée en haut dans sa situation: la jambe n’est plus déviée. Le massage a porté sur la région articulaire, sur les muscles atrophiés de la jambe et de la cuisse; le résultat a été excellent. Au moment où l’on cesse le traitement, les muscles n’ont pas repris complètement leur volume. J’ai revu ce malade au mois de mai 1886, à Paris, le résultat s’est maintenu; ne boite presque plus. Il ne resterait plus qu’une incurvation légère des orteils avec une diminution du volume à peine sensible des muscles du mollet.
Obs. XXXIII.
Raideur de l' articulation du genou consécutive à une arthrite traumatique et à l immobilisation 'prolongée. Flexion de la jambe sur la cuisse. Extension complète impossible. Flexion complète impossible. Pied bot varus. Genu valgum. Extension et flexion forcée avec massage. Disparition de tous les accidents .
B..., 8 ans. Cet enfant est tombé il y a 3 ans sur le genou droit. Claudication à la suite de cet accident. Amélioration assez rapide, mais le petit malade continue de boiter. Tout à coup, pendant qu’il jouait au croquet, le genou devint si sensible qu’au moindre mouvement il poussait des cris. En même temps, une tuméfaction forcée se développa.
à ce niveau. On appliqua d’abord des compresses d’eau glacée; puis un bandage plâtré. A ce moment le genou tuméfié, et très sensible à la pression, ne présentait pas encore d’autre difformité. Après qu’on eut à plusieurs reprises enlevé et replacé le bandage, le petit malade continua de garder le lit du mois de novembre 1883 au mois d’avril 1884; en même temps, un appareil silicaté était constamment appliqué et toutes les 7 semaines environ, il prenait des bains de sel. On interdisait absolument la marche on le portait dans une voiture quand on voulait le faire sortir. Jusqu’au mois de novembre 1883, il suivit différents traitements sans avantage. A ce moment, on applique un appareil prothétique, destiné à rendre la marche possible. Lorsque je le vis pour la première fois, au mois d’octobre 1884, il était dans l’état suivant:
La jambe et particulièrement la partie antérieure de la cuisse sont dans un état d’atrophie prononcée. Je recommande d’abord l’abandon de l’appareil, le petit malade fera sans aide de courtes promenades. Pas de raccourcissement réel ou apparent de la cuisse (Un peu de genu vcilgum ; pied botvarus équin). Légère rotation delà jambe en dehors. Le petit malade boite fortement. A chaque pas, la jambe est pour ainsi dire projetée en avant dans l’abduction ; elle décrit presque un demicercle ; le malade est vite fatigué. Tout autour du genou, tuméfaction prononcée ; pas de fluctuation perceptible. Les condyles fémoraux sont notablement plus volumineux que de l’autre côté; l’extrémité du tibia est également augmentée de volume, la rotule est mobile et non pas en dehors de la ligne médiane. La jambe fléchie vers la cuisse fait à l’état de repos avec celle-ci un angle de 130°. Au delà de cette limite, l’extension même passive est presque nulle. Dans la flexion, l’angle est de 75°; on gagne très peu dans la flexion passive.
Je me propose de recourir d’abord à l’extension forcée ; le malade est trop jeune et trop irritable pour qu’on puisse songer la flexion dans une même séance.
Pendant 5 semaines, extension forcée, une séance par jour. Craquements perceptibles pour le médecin comme pour le malade; tuméfaction de la région du genou qui descend parfois jusqu’aux malléoles, à l’aide de frictions légères répétées pendant 8 à 10 minutes, on fait disparaître la douleur et les autres accidents. Au bout de ce temps, comme les séances sont suivies d’accidents nerveux, on n’en fait plus que 3 par semaine.
Massage journalier du genou et des muscles de la cuisse. Dans les premières séances, on réussit à peine à faire disparaître la moitié de la difformité. A bout de 2 mois et demi de traitement, l’extension complète est possible, mais la difformité présente une tendance persistante à se reproduire. Dans l’espoir d’en avoir raison, j’immobilise dans un appareil plâtré la jambe étendue. Après chaque séance, le petit malade marchait pendant un certain temps dans sa chambre. L’appareil plâtré
reste appliqué pendant 15 jours. La flexion est plus limitée qu’auparavant ; à l’aide de mouvements passifs, on lui rend aisément l’amplitude qu’elle avait avant l’application du bandage ; puis nous avons recours à la flexion forcée proprement dite; elle est plus facile, moins douloureuse que l’extension, suivie d’une réaction moindre. Après 4 à 5 semaines de traitement, résultat tout à fait satisfaisant ; l’extension et la flexion sont à peu près normales, le petit malade se plaint surtout de ce qu’il ne peut faire une course un peu longue à pied sans se sentir très vite fatigué. Supposant que cette circonstance tient surtout à l’atrophie des muscles de la jambe et de la cuisse, je les masse énergiquement. La chose est d’autant plus facile qu’à ce moment la direction du membre est normale et régulière. Au bout de 3 à 4 semaines, la jambe présente à peu près le même volume que la droite, il n’y a plus ni tuméfaction, ni difformité dans le voisinage de l’articulation fémoro-tibiale. La claudication est insignifiante ; faitde longues promenades sans se fatiguer (est allé une fois à pied du boulevard St-Michel à l’avenue Friedland). Au moment de quitter Paris, je lui conseille, afin que les résultats obtenus se maintiennent, défaire des exercices journaliers de flexion et d’extension des deux jambes, en s’appuyant avec les mains sur le dossier d’une chaise. Je lui recommande également de faire attention dans la marche, de bien lever le pied et de le porter directement en avant. En juillet 1886 le malade ne boitait plus. Le genu valgum a également disparu.
Obs. XXXIV.
Raideur de V articulation du genou consécutive à une arthrite traumatique : flexion de la jambe sur 1a. cuisse. Tuméfaction du genou. Extension forcée . Massage. Guérison.
M. G. 40 ans. Le 30 septembre 1884, en descendant une colline, ce malade fait un faux pas et tombe. Impossibilité absolue de marcher. La douleur du genou gauche était si vive que le malade crut avoir quelque chose de cassé. Le médecin appelé à ce moment crut à une lésion intraarticulaire et lui fit garder pendant dix jours une immobilité absolue au lit : Au bout de ce temps le malade revient à Paris : son médecin ordinaire continue le traitement, c’est-à-dire recommande le repos au lit, les cataplasmes et les compresses imbibées d’alcool camphré sur le genou; comme les mouvements restaient impossibles à cause de la violence de la douleur, on appliqua des pointes de feu. Les accidents aigus se calmèrent, mais la jambe resta faible : en même temps il se fit une flexion marquée de la jambe sur la cuisse. Au bout de 4 mois son médecin recommande le massage et les bains de Barèges journaliers.
Les résultats du traitement furent peu prononcés. Le genou et surtout
la partie placée au-dessous de la rotule devinrent le siège d’une infiltration générale, sans fluctuation. De temps en temps le malade est sujet à des douleurs assez vives dans la jointure intéressée. Peut marcher tant bien que mal, sans canne, mais boite beaucoup. La fatigue arrive vite et le malade est obligé de s’asseoir. Le membre inférieur gauche est un peu moins volumineux que le droit. La jambe forme en arrière avec la cuisse un angle d’environ 135°.
Je vois ce malade au mois d’octobre 1885. Extension forcée de la jambe ; on peut vaincre la contracture sans trop de difficulté; la flexion présente son étendue normale. Au bout de deux mois de traitement, l’extension du genou est complète, la déformation n’a aucune tendance à se reproduire, le malade peut faire de longues promenades à pied sans se fatiguer. A l’aide du massage antérieur de l’articulation fait à chaque séance on a eu raison de la tuméfaction du genou, les deux articula- . tions ne présentent plus aujourd’hui la moindre différence de volume. La réaction ayant suivi l’extension forcée a été si faible qu’il m'a paru superflu de faire le massage de la région.
Obs. XXXV.
Raideur de V articulation du genou droit ; arthrite chronique consécutive à un rhumatisme articulaire aigu. Atrophie des muscles de Ici cuisse. Mouvements du genou et marche impossibles. Extension et flexion forcées. Massage. Amélioration très notable. Marche possible.
Mme S. 34 ans. Dans le cours de 1882, rhumatisme articulaire aigu intéressant plusieurs jointures, bientôt la fièvre disparut, les jointures furent dégagées pour la plupart; toutefois le genou droit qui dès le début avait été pris reste tuméfié et douloureux, elle pouvait même très difficilement marcher et vaquer aux soins du ménage sous l’influence des bains chauds la tuméfaction disparaissait de même que la douleur, les mouvements se rétablirent en grande partie; mais l’amélioration fut de courte durée. Ayant été mouillé, la tuméfaction et la douleur du genou la reprirent plus vives que jamais; elle ne put plus marcher qu’en s’appuyant sur une canne. Fait une saison à Plombières sans amélioration notable. Depuis le printemps de 1883 elle marche avec des béquilles et ne peut s’appuyer sur la jambe droite. Dans la nuit si elle vient à la poser sur l’autre, elle éprouve une douleur ^brusque du genou qui s’irradie jusque vers la hanche. Chaque mouvement s’accompagne de craquements assez énergiques. La cuisse a notablement maigri. Je vois pour la première fois cette malade au mois de décembre 1884.
Elle est assise la plus grande partie de la journée; elle ne peut se lever qu’en s’appuyant sur le bras d’une autre personne. Dans le jour elle soulève assez bien la jambe; ce mouvement devient impossible le soir
TH A ITEM EN T DES H Al DE UH S AKT1CULAIHES
parce que le genou est tuméfié et douloureux. Les muscles de la cuisse sont sensiblement atrophiés. Les extrémités articulaires du tibia et du fémur sont plus volumineuses qu’à l’état normal. La rotule est encore mobile, mais ses mouvements sont très limités. La capsule articulaire est fortement dilatée et épaissie. Fluctuation peu marquée. Infiltration œdémateuse du voisinage de l’articulation. Peu de douleurs spontanées, cette malade a fait deux saisons a Ludion dont la dernière au mois de juin dernier, c'est depuis ce moment qu’elles ont disparu. La jambe fléchie sur la cuisse forme avec elle un angle de 1400- les mouvements actifs sont extrêmement limités. L’extension forcée est pourtant moins difficile qu’on ne pourrait le supposer; mais elle est très douloureuse; pendant l’application du procédé on entend un craquement très net, la flexion sur la cuisse est moins pénible.
Le traitement méthodique fut commencé le 10 décembre 1884. La malade douée d’une force de volonté réclame deux séances par jour. Le matin, je tais la flexion, le soir 1 extension forcée. Massage du genou et de la cuisse à chaque séance. Se plaint d’une crampe très violente dans les muscles du jarret; la douleur s etend jusqu’à la région plantaire, elle la calmait en s’appuyant le pied sur un corps dur. La réaction qui suivait 1 application du procédé était insignifiante. Au bout de six semaines, amélioration sensible; peut marcher dans la cbambie en s appuyant sur une canne. A partir de ce moment le traitement est beaucoup moins douloureux. Extension et flexion dans une même séance. La première est complète; malheureusement la tendance à reprendre la position vicieuse persiste ; pour en avoir raison, je fais vers la fin de la cure après chaque séance maintenir la jambe dans l’extension exagérée pendant un laps de temps qui va jusqu’à 1 /2 heure. Au bout de trois mois, l’extension et la flexion sont presque complètes, et la malade peut faire sans trop se fatiguer de courtes promenades. Je l’engage à se servir le plus possible de sa jambe droite, à s’appuyer dessus. Elle boite toujours un peu ; l’atrophie des muscles de la cuisse est beaucoup moindre. La tuméfaction du genou est également diminuée, mais 1 épaississement de la capsule persiste, l’épanchement articulaire a tellement diminué qu’elle semble à peine distendue. Par suite de l’amélioration nutritive des muscles de la cuisse, les condyles semblent moins volumineux qu’au début du traitement. Depuis j’ai appris que l’amélioration était encore plus prononcée qu’à la fin du traitement et qu’il
ne restait qu’un peu de claudication.
Obs. XXXVI.
Raideur de l'articulation du genou , flexion de la jambe sur la cuisse. Déviation apparente de la colonne vertébrale à gauche consécutive à
une myosite d'origine traumatique du carré des lombes et du grand
oblique ; massage. Extension forcée. Guérison.
M. S. 30 ans. Au mois d’août 1882, éprouve en montant un sac de farine une violente douleur dans la fesse du côté gauche ; put malgré tout, les jours suivants, vaquer à ses occupations; mais la douleur reparaît avec son intensité première dès qu’il est obligé de faire un effort pour travailler, ou dans les quintes de toux. Ne songe à suivre un traitement méthodique qu’au mois de mars 1883. Plusieurs vésicatoires; malgré tout, la douleur ne fait qu’augmenter, l’hydrotérapie ne réussit pas mieux. La jambe du côté malade commence à s’atrophier; douleur vive du côté droit du genou, tuméfaction dans la région de la fesse, marche extrêmement difficile. Un chirurgien de Bordeaux consulté à ce moment diagnostique une rupture musculaire dans la région lombaire et prescrit les eaux de Barèges. Le malade fait un séjour d’un mois à cette station. Il en retira peu de profit; à la fin de la saison la jambe présentait même un raccourcissement notable. Découragé, il eut recours en désespoir de cause aux rebouteurs, ceux-ci firent l’extension violente : l’application de ces procédés fut suivie d’une incurvation apparente du corps du côté malade, la marche devint impossible, le malade hors d’état de faire un pas ne pouvait même plus s'asseoir, il était obligé de prendre ses repas sur un canapé ou une chaise longue : dans cette situation il lui était même impossible de se tourner seul. Son état général subit dans ces conditions des modifications extrêmement défavorables.
Je vis ce malade pour la première fois au mois de mars 1884. La jambe présentait une flexion marquée de la région du genou et faisait avec la cuisse un angle de 135°. Celle-ci flasque et amaigrie. OEdème sur les parties latérales de l’extrémité inférieure et au-dessous de la rotule. On ne peut l’étendre au delà de la limite indiquée. Flexion à peu près normale, pas de douleur spontanée ou provoquée par le toucher dans le genou, l’extension forcée très douloureuse s’accompagne d’un craquement au niveau du genou. Déviation apparente de l’axe du corps dans la région lombaire. La marche très difficile est accompagnée d’une claudication prononcée. Le segment inférieur du corps parait de même que la tête déviée vers la gauche, la marche le fatigue extrêmement vite.
A l'exploration de la région lombaire on trouve un foyer de myosite correspondant probablement à la rupture d’attaches musculaires aux dernières côtes (fibres du carré des lombes et de l’oblique). Massage de la région lombaire et de la région du genou. Extension forcée, on réussit par ce procédé à faire cesser momentanément une grande partie de la contracture, douleur et tuméfaction presque immédiates au voisinage du genou, on en a très vite raison par le massage; la douleur était si bien calmée qu’immédialement après chaque séance d’extension forcée
le malade pouvait marcher. Au bout de 8 à 10 séances, il n’v avait plus de craquements, ni de tuméfaction à la suite des manœuvres. Quinze jours après le début du traitement, le malade pouvait faire des promenades assez longues. Au bout de six semaines, il était complètement guéri et marchait aussi bien qu'avant l’accident du début. La claudication était à peu près imperceptible ; il ne restait plus qu’une flexion légère du corps à gauche. Le genou avait un aspect absolument normal; l’atrophie des muscles de la cuisse avait disparu grâce à un massage énergique, plus de traces de la myosite lombaire.
Quelques mois plus tard je reçus une lettre très explicite de ce malade m’annonçant que le résultat obtenu existait toujours, qu’il ne lui restait plus qu’une très légère inclinaison du corps à droite.
Obs. XXXVII.
Raideur de V articulation du genou consécutive à une tumeur blanche traitée et guérie par Vignipuncture. Flexion de la jambe sur la cuisse. Pied bot vcirus équin. Atrophie des muscles de la cuisse. Extension et flexion forcée. Massage. Amélioration. Interruption du traitement. Perte partielle du résultat obtenu. Extension forcée. Immobilisation dans l'extension au moyen d'un appareil plâtré, laissé en place pendant un mois. Mouvements passifs. Massage. Guérison complète.
Mlle D..., Dans, souffre du genou depuis deux ans et demi, sans cause connue ; la région s’est tuméfiée est devenue rouge, chaude et douloureuse. Un chirurgien éminent de Paris, consulté à cette époque, porte le diagnostic ostéite tuberculeuse du condyle interne du fémur et de la tête du tibia. La marche est devenue de moins en moins facile. On prescrit l’immobilisation complète de la jambe, mais cette prescription n'est pas suivie à la lettre. Ignipuncture à l’intérieur huile de foie de morue. Le traitement local fut fait pendant six semaines (une ou deux séances par semaine).
L'effet a été extrêmement avantageux; les accidents inflammatoires ont disparu. Malheureusement la jambe se courbait peu à peu ; à la fin, elle finit par formerpresque un angle droit avec la cuisse. De nombreux traitements institués à ce moment dans le but de redresser la jambe furent presque sans effet, elle commença à s’atrophier au bout de très peu de temps, l’atrophie commença par les muscles du jarret et s’étendit très vite à ceux de la cuisse,
La première fois que je vis cette malade, je constatai que la rotule était un peu déviée en dehors, la jambe formait avec la cuisse un angle presque droit. L’extension est à peu près nulle, la flexion n’est pas beaucoup meilleure. Peu de tuméfaction du genou. Le condyle interne du fémur, sensiblement hypertrophié, fait une saillie d’autant plus mar-
quée, que lacuisseest notablement diminuée de volume. Pas de douleurs spontanées ni au toucher, à la première séance il est impossible de redresser à moitié la courbure. La petite malade marche sur l’extrémité antérieure du pied, le talon ne touche pas le sol, cambrure exagérée de la région lombaire ; cette cambrure cesse d'être apparente dans le décubitus dorsal. Après six semaines de traitement, la malade peut mettre le talon sur le sol, et s’appuyer sur la plus grande partie de la plante du pied. A chaque séance avant l’extension et la flexion forcée, je fais le massage du genou ; un peu de tuméfaction suit chaque fois le redressement ; on la fait aisément disparaître par l’effleurage. Au bout de sept semaines l’extension est étendue : on continua le traitement pendant trois semaines encore et tout faisait espérer que le résultat serait excellent; malheureusement je fus à ce moment obligé de quitter Paris pendant deux mois. A mon retour, on avait perdu à peu près le bénéfice du traitement antérieur, recommence le traitement. Six semaines suffisent pour étendre presque complètement la jambe mais les parents devant quitter Paris m’obligent à hâter la cure et à cette effet j’applique un appareil plâtré immobilisant la jarnbe dans l’extension. Quelques douleurs facilement supportables pendant les premières heures qui en suivirent l’application. Cet appareil fut laissé en place pendant quatre semaines ; mais la malade marcha pendant tout ce temps. Lorsqu’on l’enleva, la tendance à la flexion contre laquelle on avait du lutter pendant tout le cours du traitement n’existait plus. Pendant les semaines suivantes, on fit tous les jours le massage de la cuisse, en même temps des mouvements passifs furent communiqués à l’articulation dans le but de lui rendre sa souplesse. Cinq mois après la fin du traitement j’ai revu la petite malade, elle marche facilement sans claudication ni fatigue; plus de raccourcissement de la jambe, plus d’atrophie des muscles de la cuisse.
Obs. XXXVIII.
Raideur de V articulation du genou droit. Flexion de la jambe sur la cuisse consécutive à un rhumatisme articulaire subaigu avec sciatique. Myosite du moyen fessier . Extension forcée. Massage local. Massage du moyen fessier. Guérison.
M. L .., 36 ans, pris brusquement de douleurs danslarégion fessière droite. Cette douleur est si violente qu’on est obligé de transporter le malade en voiture à son hôtel. Bientôt elle s’accompagne de fièvre et de frissons, et s’étend à toute la partie postérieure de la cuisse, est augmentée par le moindre mouvement. Lorsque je vis ce malade, je constatai de la tuméfaction de plusieurs articulations phalangiennes, de celle du genou droit, autre tuméfaction au niveau de la bourse préro-
tulienne, de la patte d’oie, de l’articulation acromio-claviculaire. Le malade se tourne très difficilement dans son lit, il lui est impossible de se lever sur son séant. Douleur sourde permanente dans la région fessière prenant un caractère paroxystique au moindre mouvement ; elle suit le trajet du sciatique jusqu’au creux poplité. De temps en temps quelques douleurs dans la région péronnière. Point lombaire très accusé. Massage sur le trajet du sciatique. Au bout de dix jours, plus de douleurs ni spontanées, ni à la pression sur le trajet du sciatique. En revanche les manifestations articulaires notées au début sont devenues plus graves. Ce malade est atteint aujourd’hui d’une polyarthrite rhumatismale subaiguë. Refuse énergiquement le salicylate de soude.
Aussitôt après la disparition des accidents aigus, part pour Luchon. Revient au bout de cinq semaines dans un état plus satisfaisant qu’au moment de son départ. Les jointures sont toujours tuméfiées et douloureuses. Pour raison d’affaires, il fut -obligé de partir immédiatement pour l’Amérique. Je ne le revis qu’à la fin de 1884. Pendant son séjour en Amérique il avait eu recours à des médications nombreuses: hydrotérapie, électricité, galvanisme. Claudication prononcée, se fatigue extrêmement vite. Lorsqu’il est assis ne peut se lever d’un seul coup; une de ses jambes tremble et peut être étendue difficilement, mais lorsqu’elle l’est il marche sans trop de peine.
En l’examinant je ne trouve rien de particulier du côté des articulations intéressées au moment de l’attaque de rhumatisme. La jambe forme avec la cuisse un angle de 145°. Indurations de différente forme et de différent volume dans l’épaisseur du moyen fessier, consécutives à une myosite chronique. Quand on exerce une forte pression à ce niveau, il éprouve une violente douleur ayant son maximum au niveau de l’attache du moyen fessier à la crête iliaque. Atrophie de la cuisse, particulièrement du triceps. Airophie marquée du muscle intéressé. La jambe ne peut guère être étendue au delà de la limite indiquée ; la flexion est presque normale. En faisant l’extension forcée (sur l’épaule), le malade accuse très peu de douleur dans la région du genou ; la douleur est au contraire très vive dans la partie postérieure de la cuisse.
L’extension obtenue par ce procédé a été satisfaisante, mais temporaire à chaque séance, la partie postérieure de la cuisse devient le siège d’une tuméfaction qui s’étend du creux poplité à la limite du 1/3 inférieur et du 1/3 moyen de la cuisse. La douleur était prononcée dans la même région; on la faisait disparaître sans difficulté en pratiquant des frictions légères pendant une dizaine de minutes. Le malade marche aussi' bien qu’avant la séance. Pendant les quinze derniers jours du traitement ces phénomènes ne se reproduisent plus. Pas de réaction du côté du genou. Après .un traitement de trois semaines, le malade marche déjà un peu mieux. Si la tuméfaction postopératoire était moins prononcée vers la partie inférieure de la cuisse, vers la cinquième semaine
TRAITEMENT UES RAIDEURS ARTICULAIRES
elle commence à se produire sur sa partie supérieure jusqu’à la tubérosité de l'ischion.
Après deux mois et demi l’extension complète de la jambe était possible; elle ne présentait plus de tendance à la flexion. Pendant assez longtemps on remarqua des sugillations le long des muscles biarthrodiaux ; vers la fin, ces sugillations furent passagères. Pas de craquements. Le malade marche beaucoup mieux qu’au début, mais il reste malgré tout un peu de claudication. Pendant tout le traitement on a fait chaque jour le pétrissage du moyen fessier, ce muscle reprit son volume et sa consistance, sauf au niveau de ses insertions supérieures ; celles-ci avaient diminué, mais n’étaient pas revenues encore à l’état normal. Je dus continuer pendant un certain temps le massage pour les faire disparaître.
Après le traitement la claudication était à peine perceptible, le malade pouvait faire de longues promenades sans se fatiguer.
La flexion est normale. Je revois ce malade six mois plus tard, il est très satisfait de son état et se plaint seulement d’un peu de difficulté pour se lever lorsqu’il est assis. En pratiquant l’extension forcée pendant quinze jours on fait complètement disparaître ce dernier accident. Il y a quelques mois, j’ai reçu une lettre de lui m’annonçant qu’il marchait aussi facilement qu’avant son attaque de rhumatisme.
Obs. XXXIX.
Raideur et arthrite chroniques du genou droit consécutives à un rhumatisme subaigu. Contracture des adducteurs fémoraux. Massage du genou; abduction forcée. Guérison.
M. A..., -46 ans, a éprouvé à plusieurs reprises des manifestations rhumatismales qui ont disparu sans laisser de traces. Dans le cours de l’automne de l’année 1883, le malade revenant de la chasse par un temps humide eut une poussée subaiguë, à la suite de laquelle il éprouva des douleurs presque continues, dans le genou, sur le trajet du long péronier latéral, dans tout le pied droit; à la partie interne des cuisses. Les accidents aigus furent traités par le salicylate de soude à l’intérieur et les badigeonnages iodés, loco dolenti. Lorsque que je le vis pour la première fois en 1884, je n’observai rien de particulier du côté du pied. Le genou droit avait repris ses caractères ordinaires. Le genou gauche était tuméfié et douloureux à la pression, il était le siège d’un épanchement très marqué ; on constatait en même temps une légère courbure dans la région du genou. L’abduction des deux cuisses est impossible, le malade se plaint surtout de ne pouvoir écarter les jambes ; cette difficulté paraît tenir à une contracture des adducteurs des deux côtés, surtout du long adducteur.
Massage du genou, au bout de quinze de jours la douleur et l’épanche-