‹ Traitement des raideurs articulaires (fausses ankyloses) au moyen de la rectification forcée et du massageChapitre 5 sur 39 · VI, p · texte numérisé non relu

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n’est pas question d’y remédier. C’est à cet auteur que la chirurgie est redevable d’une conception plus rationnelle. Il fut à son époque un révolutionnaire ; tous les praticiens allemands contemporains apprenaient empiriquement leur art et par suite de ce mode d’éducation étaient hors d’état de modifier les anciens procédés et de chercher dans la discussion et l’observation la base de nouveaux. Fabriz, plus apte à comprendre les vieux maîtres, se dit que probablement en regardant comme identiques toutes les ankylosés, en les abandonnant à elles-mêmes on commettait un contre-sens ; que si dans certains cas les soudures étaient définitives, dans d’autres elles étaient résistantes sans doute, mais non à un tel point qu’on ne pût espérer de les vaincre. Sa doctrine et sa division furent-elles le résultat d’observations répétées ou d une idée préconçue ? La question a peu d’importance ; ce qui est certain c’est qu’en 1646 il rejeta pour la première fois les vieilles idées et déclara qu’il y avait non pas une ankylosé mais des ankylosés d’importance et de gravité variables suivant que les os étaient unis par une substance analogue à celle qui entre dans leur composition, ou qu’ils ne l’étaient pas. La division en ankylosé vraie et fausse prit ainsi place dans un ouvrage classique.

Fabriz avait tiré de sa théorie toutes les conséquences qu’elle comportait ; il avait préconisé avec énergie le redressement forcé dans les fausses ankylosés fait construire des appareils parfois ingénieux.

11 s'en fallut de beaucoup que cette division si simple fut acceptée par tout le monde. Je vais reproduire ici en partie, malgré sa longueur, une observation d’un chirurgien instruit du commencement du XYJII0 siècle ; à bien des points de vue elle est comparable aux faits personnels que je rapporterai plus loin ; il n’est guère supposable que l’auteur n’eût pas dans sa bibliothèque une des éditions déjà nombreuses de Fabriz de Ililden, et cependant il est si peu familier avec ce qu’il a dit, qu’en présence d’une raideur articulaire il ne prononce pas les mots vraie ou fausse ankylosé ;

nements, de détours et d’alternatives dont il ne songe pas à épargner la relation à son lecteur. On dirait que, pour la détermination d’une espèce morbide bien décrite, facile à faire à l’aide de reports aux commémoratifs et delà mise en relief de deux ou trois phénomènes, il lui avait fallu tout le talent, toute la réflexion, toutesles combinaisons àlasuite desquelles on arrive à une découverte.

« Un jeune homme âgé de 29 ans, dit Malloet, avait depuis plus d’un an sa jambe droite tout à fait pliée, sans avoir pu, pendant ce temps-là, l’étendre ; il sentait de grandes douleurs aux genoux, lesquelles étaient plus vives dans des temps que dans d’autres : elles ont été quelquefois au point qu’étant dans son lit il ne pouvait souffrir sur son genou le poids de sa couverture, et que pendant quatre mois, on a été obligé de le soutenir avec un cerceau. Quoique ses douleurs aient été moins aiguës dans certains temps, elles l’étaient toujours beaucoup quand on pressait l’endroit où le malade les sentait; ce qui ne lui permettait pas de se servir d’une jambe de bois, qui parla compression que le genou aurait souffert en appuyant dessus n’aurait pas manqué de rendre les douleurs beaucoup plus vives. Il ne pouvait non plus marcher avec deux crosses ; parce que, quand il voulait s’en servir, le poids de sa jambe lui causait au jarret des maux insupportables. Pour tâcher de s’en délivrer et de la nécessité de se tenir toujours au lit, il avait tenté de se soutenir les jambes avec des bandes ; mais comme cet expédient n’empêchait pas cette partie de vaciller et d’aller de côté et d’autre, il ne diminuait rien de ses souffrances.

Des chirurgiens de province qui passaient pour habiles, persuadués que c’était une ankylosé où le fémur et le tibia étaient soudés, après avoir employé longtemps plusieurs sortes de remèdes inutilement, ayant délibéré plusieurs ensemble sur ce qu’il y avait affaire dans cette maladie, étaient convenus qu'il n y avait pas cV autre parti à faire que de lui couper la cuisse.

Quelques personnes de considération qui s’intéressaient à ce malade l’engagèrent à se rendre à Paris, dans l’espé-

rance qu’il pourrait y trouver des secours qui le dispenseraient d’en venir à cette extrémité. Y étant arrivé au mois de septembre dernier, il consulta des chirurgiens fort expérimentés dans ces sortes de maux. Ils furent d’avis qu’il n’y avait d’autre remède pour lui que celui de faire l’amputation de la cuisse.

Tl était si rebuté du triste état dans lequel il était réduit, et il ressentait quelquefois des douleurs si cruelles, qu’il prit son parti et se détermina à se faire faire cette opération. Comme le succès était douteux et qu’elle devait le mettre en danger de perdre la vie, d’autant plus qu’il était fort faible et fort exténué, les chirurgiens, par mesure de précaution, firent avertir le vicaire de la paroisse de lui administrer les sacrements ; et parce que j’avais occasion de voir ce malade, ils me dirent la résolution qu’ils avaient prise de faire cette opération comme une chose qui ne devait pas souffrir de difficulté, et seulement pour que je la préparasse par des purgations et les autres remèdes que je jugerais convenables.

Me croyant obligé d’examiner le mal pour lequel on devait faire l’amputation de celte cuisse, je fis découvrir la partie affectée et je trouvai que des deux condyles inférieurs du fémur, l’interne était un peu plus gros qu’il ne devait l'être, aussi bien que le côté interne de l’extrémité supérieure du tibia. Cette grosseur n’était pas douloureuse, même quand on la pressait ; et la douleur que le malade ressentait à son genou était directement à l’endroit du ligament qui attache la rotule au tibia. Je ne remarquai aucune tumeur dans la chair: la jambe au contraire était considérablement maigre. Quoique la grosseur descendante que j’avais observée dans le genou, ne me parût pas capable de faire par son volume que ce malade ne pût communément étendre sa jambe, cependant, à en juger par ce qui arrive ordinairement, elle pouvait être la suite de quelque dérangement dans les têtes des os ; en conséquence duquel ils auraient pu être soudés ensemble par une liqueur qui se serait épanchée dans les jointures, et qui, en s’y épaississant, s’y serait collée de façon que des deux pièces ils n’en auraient fait qu’une, maladie qui n’est que trop coin-

mune, et qui fait qu’aucun des os- soudés ne saurait avoir de mouvement qui lui soit propre, et qu’il n’y a par conséquent plus de jeu dans leur articulation. Et comme je n’en remarquais aucun dans le genou de ce malade, quelque effort que je lui lisse faire pour étendre sa jambe, je voulus m’assurer si celte cause avait lieu.

Pour cet effet, j’essayai d’étendre la jambe pliée, en faisant effort avec ma main droite pour l’allonger. J’observai que cette jambe s’étendait. A la vérité, ce n’était pas sans peine de ma part, et sans douleur de la part du malade ; c’est pourquoi je ne fis pas plus d’efforts pour l’étendre davantage, tant parce que je fus persuadé par la résistance que j’y trouvais que j’en viendrais difficilement à bout, que pour ne pas augmenter les douleurs et les rendre insoutenables, mais parce que cette jambe se remettait dans son premier état de flexion, dès que je la laissais libre, et que je crus qu’il était important de m’assurer si le mouvement qu’elle avait ne lui était propre avec la cuisse ; je réitérai tous les efforts que j’avais faits et toujours avec le même succès. Alors je fus persuadé que les os n’étaient pas soudés; car quand ils le sont, non seulement le membre n’a plus de jeu dans son articulation par ses propres organes, mais il est encore impossible qu’une force étrangère lui en donne, et qu’elle l’étende lorsqu’il est plié, ou qu’elle le plie lorsqu’il est étendu ; à moins que les os soudés ne se dessoudent ou qu’ilsne se cassent, ceque jesavaisbien n’être pas arrivé par les efforts que j’avais faits. 11 me fallut donc chercher la cause qui tenait cette jambe ainsi pliée; et qui faisait que le malade ne pouvait aucunement l’étendre. J’examinai les tendons de ses muscles fléchisseurs ; je trouvai qu’ils étaient extrêmement bandés et retirés vers leur origine : il me parut qu’il n’en fallait pas davantage pour tenir la jambe ainsi pliée, et je crus avoir trouvé la chose que je cherchais. Mais pour m’en assurer encore davantage, s’il était possible, je questionnai le malade sur la manière dont le mal lui était venu, dans l’espérance que je pourrais tirer de Là quelque lumière.

11 me dit qu’il avait eu au mois d’août de l’année 1716 une fièvre qui avait duré quarante-cinq jours, desquels il en avait

été dès les quinze premiers en léthargie, que pendant ce temps-là il se débattait en voulant sortir de son lit, en sorte qu’on fut obligé de F attacher : qu’il avait trouvé le moyen de se détacher et s’était jeté de son lit à terre ; qu’il avait été saigné sept fois, savoir, quatre du bras et trois du pied ; qu’il savait tout cela parce que ses camarades le lui avaient rapporté, quand il était revenu à lui; qu’alors il s’était aperçu que sa jambe droite était tout à fait pliée :que depuis ce tempslà il n’avait pu aucunement l’étendre ; qu’auparavant elle avait toujours été comme l’autre : qu’il n’avait jamais senti de mal à son genou, et n’y avait remarqué rien d’extraordinaire.

Tel est le récit que le malade me fit sur l’état où il était, quand son mal du genou s’est formé. (J’ai employé les mêmes termes dont il s’est servi.) Je crus qu’il y avait beu d’en conclure que la maladie dont il me faisait le détail, avait été une fièvre continue avec transport au cerveau : et comme ce symptôme est accompagné de mouvements convulsifs, dont il est la cause la plus ordinaire, le récit du malade me fit juger que la tension que j’observais dans les muscles fléchisseurs de la jambe, pouvait bien être la suite d’une convulsion qui serait arrivée à ces muscles dans le temps qu’il avait le transport, en conséquence de laquelle ils seraient demeurés ainsi retirés, par quelque matière capable, en les gonflant, de les tenir ainsi raccourcis, et d’une nature peu propre à se dissiper, tant par elle-même que par les remèdes dont on a fait usage jusqu’alors.

Quoiqu’il en soit de ce raisonnement, que je ne donne que comme une conjecture touchant l’origine d’une maladie que je n’ai pas vue naître, indépendamment de cela, je fus persuadé, parle récit du malade et par ce que j’observais de son état présent, que sa jambe n’était ainsi pliée, et qu’il n’était dans l’impossibilité de l’étendre, que parce que ses muscles fléchisseurs étaient rétrécis et raccourcis, quelle qu’en eut été l’occasion » b

1. Mémoire de L'Académie des Sciejices, volume de 1728. James, Dictionnaire universel de médecine , traduit de l’Anglais par Diderot, Eidious et Toussaint. Revu par Julien Busson, Paris, 174G. Art. Ankylosé.

Malloet obtint d’excellents résultats des douches de vapeur locale. Mais, nous le répétons, cette observation nous paraît intéressante pour l’histoire de la thérapeutique des ankylosés : il y a avait presque cent ans que Fabriz en avait compté deux espèces, dont l’une au moins pouvait être traitée avec avantage; qu’il avait posé les principes du traitement et fait construire des appareils, malgré cela des chirurgiens de la province et de Paris en étaient encore à l’incurabilité.

Ce malade était affaibli, cachectique, à tel point que la veille d’une opération sanglante on commence par aller chercher un confesseur : il fallut qu’un hasard heureux lui fournît l’occasion de voir un chirurgien moins prompt à la décision parce que certaines réminiscences lui faisaient supposer que l’ankylose n’était peut-être pas aussi solide que l’avaient cru ses confrères, pour qu’il échappât à l’amputation, probablement à la mort.

Cependant les notions données par Fabriz firent peu à peu leur chemin ; à la fin du siècle on les trouve dans tous les livres. Mais il existe encore des confusions, le terme ankylosé n’est pas exclusivement appliqué aux raideurs consécutives h un processus terminé; on range parmi elles des arthrites et des tumeurs blanches en évolution. Voici ce que dit Hévin sur ce sujet:

U L’ankylose n’est autre chose que la soudure et l’immobilité d’une articulation. Lorsque les os qui forment une jointure sont si exactement unis entre eux que le malade ne peut faire aucun mouvement, c’est une ankylosé vraie ou sèche. Lorsque les os ne sont point soudés, et que les mouvements sont seulement diminués, en conséquence de quelque maladie de l’articulation, c’est une fausse ankylosé. Celle-ci comprend l’ankylose glaireuse qui est une collection de lymphe mucilagineuse ou de synovie ; l’ankylose abcédée ou amas de matière purulente ou sanieuse dans la jointure, et l’hydropisie de l’articulation, bornée par ses enveloppes L »

Le traitement se ressent des incertitudes qui régnent

1. Ilêvin. Cours de pathologie et de thérapeutique, 1793, t. II, p. 147.

sur la nature de la maladie ; on ne songe pas encore à rendre les opérations sanglantes moins barbares ; personne n’a rien entrevu qui ressemble au procédé de Rhea Barton ; au moins limite-t-on l’amputation aux cas d’ankylose vraie ou osseuse : «. On ne doit la pratiquer, dit Hévin, que dans les circonstances les plus urgentes. » Le traitement des fausses ankylosés est palliatif et doux: il consiste en bains et en douches de vapeur; en frictions avec des linges, des flanelles chaudes et des décoctions émollientes, etc.

Il s’en faut de beaucoup que la division des théories ait fini complètement avec le dernier siècle ; et qu’après tant de dissertations, d’efforts, de retours en arrière, nous en soyons arrivés à l’unité doctrinale et à l’unité d’appellation: tout le monde admet qu’il existe plusieurs variétés ; que ces variétés diffèrent au point de vue anatomique ; qu’il est impossible de songer à une méthode générale de traitement, mais on ne s’entend plus lorsqu’il faut préciser et s’entendre sur une classification. Nous n’avons pas l’intention d’écrire l’histoire complète des divergences qui se sont élevées à notre époque. Deux ou trois citations empruntées aux classiques nous montreront où en étaient les choses avant et depuis les travaux de Bonnet.

On dirait que même dans la patrie de Fabriz de Hilden, il s’était fait vers 1830 une réaction contre ses idées, qu’on ne voulait plus de sa division parce qu’elle est réellement simple.

L’ouvrage de Chélius était encore entre les mains de tous les praticiens d’Allemagne il y a vingt ans. Comme on va le voir, l’auteur a soin de nous dire que la distinction des ankylosés en vraies ou en fausses ne vaut rien. Si l’on se place à son point de vue, on est obligé d’avouer qu’il avait raison. Par suite du besoin de généraliser, on en était venu à faire rentrer dans les fausses ankylosés toutes les im-

mobilisations accidentelles et temporaires, observées dans le cours des arlliropathies en voie de développement.

« On divise ordinairement, disait Cliélius, les ankylosés en vraies et en fausses ; on range parmi les premières toutes les immobilisations des articulations résultant de la soudure de deux surfaces, et dans les secondes les états dans lesquels la mobilité est plus ou moins diminuée comme la chose arrive à la suite de pblegmasies chroniques, d’immobilisation prolongée, du gonflement des ligaments, des tumeurs périarticulaires, des contractions musculaires. Cette division doit être abandonnée, parce que dans les fausses ankylosés l’immobilisation n’est qu’un symptôme, celui d’une maladie contre laquelle doit être dirigée toute la thérapeutique ; on ne doit considérer comme une maladie vraie que l’adhérence des deux surfaces articulaires.

Elle peut se produire de différentes manières et résulte ordinairement de F inflammation des parties constituantes d’une articulation, longtemps maintenue en repos. Lorsqu’une jointure suppure, les surfaces cartilagineuses sont liées ; des granulations peuvent se produire lorsque la carie des os se limite, et contribuer à la formation d’adhérences. L’immobilité peut ainsi déterminer l’adhérence des surfaces articulaires. Ces cas sont très rares et diffèrent des immobilisations consécutives aux contractions musculaires, à la tuméfaction des ligaments, des luxations, des fractures, etc. » \

Cliélius lions dit avec précision ce qu’il n’admet pas ; il est moins explicite sur ce qu’il admet. Toutes les ankylosés ne sont pas identiques; c’est un fait acquis ; on ne saurait sans inconvénient confondre avec elles les maladies en évolution, c’est un autre fait acquis ; mais il était nécessaire de revenir à la classification et, puisque celle de Fabriz est défectueuse d’en mettre une autre h sa place.

C’est ce que firent successivement J. Cloquet et Vidai de Cassis. Nous ne dirons rien du travail du premier parce que ce qu’il se résume en une substitution d’adjectifs. Ce qu’on

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