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CHAPITRE III

Historique.— Bien que l'air, comme milieu, ait été considéré de tout temps comme jouant un rôle immense dans la physiologie et la pathologie de l'homme, Monro semble être le premier chirurgien qui ait étudié expérimentalement l'influence de ce fluide sur les plaies et les phénomènes que produit son introduction dans les différentes cavités du corps. C’est ainsi que, dans son ouvrage sur les bourses muqueuses, publié en 1799 à Leipzig, il traite de l'influence de l'air dans les cas de plaies pénétrantes du crâne, de la poitrine, de la vessie, du péritoine, et il attribue leur gravité au contact pro-

longé de cet agent. Cette idée lui suggéra même plu-

sieurs expériences qu'il indique sansles préciser, mais qui l'amenèrent à cette conclusion que la gravité des blessures tient plus au temps et à la manière {modo) dont les viscères ont été exposés à l’injure (injuria) de l'air qu'à tout autre facteur. Et, plus tard, en 1758. ayant proposé la thoracentèse pour un cas de pneumothorax, toujours imbu des mêmes idées, il faisait la recommandation minutieuse et précise de chasser avec soin l’air de la plaie opératoire.

John Bell, en 1812, dans son Discours sur la nature et le traitement desplaies (p. 265), s’occupa de l'emphy-

sème lraumalique, général ou partiel, survenant après une fracture de côté, une plaie pénétrante de poitrine ou une effraction pulmonaire. Sans regarder la présence de l'air dans le lissu cellulaire, comme entièrement inoffensive, il dit à ce sujet que le danger n’est pas en rapport avec la gravité apparente des symptômes qui, dans les circonstances même les plus alarmantes, disparaissent avec rapidité.

John Davy rapporte plusieurs observations de pneumothorax dans les Archives générales de médecine, de 1824, p, 104; il ne s'occupe pas de l’action de l'air dans l’économie, mais il publie le résultat de ses études sur la composition des gaz qui ont séjourné dans les cavités naturelles ou accidentelles du corps. À ce propos, il rend compte des expériences qu'il a faites sur des animaux et des analyses de gaz qu'il a pu recueillir pendant la vie et après la mort chez des individus atteints de pneumothorax et dont la composition s'éloigne beaucoup de celle de l'air.

Les phénomènes essentiels sont, dans un cas de pneumothorax, la disparition à peu près totale de l’'oxygène et la production d'azote et d'acide carbonique.

Ces faits amenèrent Davy à étudier les variations de la composition de l'air dans une plèvre saine. Ayant injecté d'air la plèvre d'un chien, etayant sacrifié l’animal une heure après, 1l retira le gaz sous l’eau et obtint les différences suivantes,

Gaz injecté Gaz retiré OR 0 7,0 AN UNE ETS FO 93,0

CO quo e. 100 » traces

Donc, l'oxygène avait diminué, et l'azote augmenté proporionnellement à cette diminution.

Astley Cooper injeeta l'air dans les tissus, pour monter l'innocuité de cette pratique et ses expériences furent corroborées par Finley. Mais les physiologistes Bichat et Dysten surtout, montrèrent les dangers de l'introduction gazeuse dans les veines, ainsi que le professait Morgagni, el que le publia en 1830 l’Académie des sciences, après une célèbre diseussion. Cependant, Magendie introduisit, en procédant lentement, 40 litres d'air dans les veines d’un cheval, sans dommage pour l'animal, prouvant ainsi que le danger tenait à une action mécanique brusque, par division de la colonne sanguine. En 1856, une nouvelle diseussion s'éleva à l’Académie de médecine, à propos de la lénotomie sous-culanée el de la théorie de l’innocuité de cette opé-

ralion.

Action physiologique et pathologique.— Enlin. en 1859, MM. Leconte et Demarquay ont publié, dans les Archives générales de médecine, le compte rendu d'expériences admirablement conduites, concernant l’action physiologique et pathologique des gaz injectés dans les tissus des animaux vivants.

Nous donnerons, résumées les conclusionsauxquelles ils sont arrivés :

1° L'air, l'azote, l'hydrogène, l'acide carbonique, l'oxygène ne produisent aucun effel nuisible lorsqu'ils sont introduits dans le tissu cellulaire sous-cutané ou dans le péritoine ;

> Tous ces gaz sont résorbés après un temps plus ou

DAV 2

moins long lorsqu'ils sont introduits dans le issu cellulaire sous-cutané, et avec une rapidité qui varie de quarante-eing minutes(CO”*)jusqu'à plusieurssemamnes. (Az). La rapidité est, dans l'ordre : CO ?, O, HE, air, Az;

3° Un gaz, injecté dans le tissu cellulaire ou dans le périloine, détermine éonstamment une exhalation des gaz que renferme le sang et les tissus :

"I se produit après l'injection des gaz, des mélanges plus faciles à résorber, que le gaz le moins résorbable qui y est contenu, de telle sorte que la résorption de ce dernier ne commence que quand 1l est déja mélé en cerlanes proportions avec les autres gaz exhalés:

5° L'exhalation des gaz, surtout dans le péritoine, est plus considérable à jeun ;

6° La rapidité de l'absorption n'est pas modifiée par l'état de jeune ou de digestion ;

7° De tous les gaz injectés, hydrogène est celui qui détermine la plus grande exhalation des gaz du sang :

8° La rapidité de la résorption des gaz par le sang n'est pas toujours en rapport avec leur solubihté dans l'eau (Az. et H);

Q° S1, dansles injections d'air dans le üssu cellulare et dans le péritoine, 1l y a constamment absorption d'oxygène et exhalation d'acide carbonique ce qui, sous ce rapport, rapproche ce phénomène de la respiration pulmonaire, l’on ne saurait cependant considérer ces deux faits physiologiques comme identiques car, dans le cas des injections, les rapports varient entre l'oxygène

absorbé et l'acide carbonique exhalé.

Applications thérapeutiques. — lon se rend

re — comple qu'elle en est toute l'importance, mas l’on demeure étonné que ces auleurs, ayant surtout en vue l'application pathologique, n'aient pas songé à se transporter dans le domaine thérapeutique à la suite de pareilles expériences.

Ce côté de la question nous paraît avoir été abordé seulement par notre maître, M. le D' Cordier, chirurgien en chef de l’Antiquaille, qui raconte volontiers l’anecdote suivante d’une époque déjà éloignée, où 1l occupait les fonctions de chef de clinique dans le service de Desgranges ; un externe chargé par lui de pratiquer avec l'aspirateur Potain, une ponction dans une hydarthrose très douloureuse du genou ; ayant fait fonchonner à rebours le jeu des soupapes, la carafe se remplit d'air sous pression, qui pénétra dans l’articulalon, à l'ouverture de l’appareil et, non seulement le dommage fut nul pour le malade, mais on observa aussitôt une sédalion nelte des phénomènes douloureux. Le fait ne tira pas davantage à conséquence et il ne lui fut attribué d'intérêt qu’à titre de léger accident, plutôt heureux dans ses suites.

Beaucoup plus tard, en 1894, M. Cordier, frappé par les résultats obtenus dans les névralgies et les sciatiques, en particulier, par le procédé de l’élongation, mais aussi des dangers présentés par cette méthode conçut l’idée de pratiquer cet étirement, non plus sur le tronc nerveux lui-même, mais sur ses extrémités phériphériques, par la distension brusque des mailles du tissu connectif que suivent les terminaisons amyéli-

-niques, jusque dans leurs dernières expansions. Dans un même ordre d'idées, il songea à obtenir

une action lrophique possible pour le traitement des maladies cutanées (eczéma, psoriasis, ele.) et des expériences nombreuses furent alors tentées sur diverses espèces d'animaux (chiens, cobayes, lapins), msulflés jusqu'aux limites extrêmes, d’où il ressortit elairement l’innocuité absolue des gaz inertes (hydrogène, azole, acide carbonique) ou chargés de matières médicamenteuses (menthol, formol, éther, aldéhydes diverses) quand on les introduit ainsi sous la peau.

Chez l'homme, les résultats ne furent pas entièrement satisfaisants, pour ce qui concerne la thérapeutique dermatologique, et la question est encore à l'étude, reprise el poursuivie par son auteur, qui compile en tirer néanmoins un par fort avantageux, orâce à cerlaines modifications dont 1l n'est point temps m1 le lieu de parler 1e1.

Par contre, ces injections parfaitement indolores, et fort bien tolérées des malades, aboutirent presque toujours à une sédation nette sur la plupart des phénomènes douloureux (sciatiques, lumbago, coup-defouet, névraloie de la branche fémoro-cutanée liée à l'orchite ou à l’annexite, névralgie du trijumeau, ete), el provoquèrent une aclion modificatrice heureuse, dans nombre de troubles trophiques tels que dermites et ulcères variqueux, mal perforant plantaire, etc.

Nous pouvons d'ores et déjà faire prévoir qu'il sera publié concernant ces diverses actions des communica- Uons importantes el relaté des faits probants et nombreux. Pour nous, fidèle à notre programme, nous nous bornerons à étudier 1e1 la façon dont on peut apphquer cette méthode au traitement des scialiques

en général, et nous allons exposer tout d’abord les faits tels qu'ils ont été observés, tant par M. le professeur Cordier lui-même dans son service de l’Antiquaille que par M. Piery, chef de clinique dans le service du professeur Bondet et en ville, par nous enfin dans divers services de l'Hôtel-Dieu.

CGEXPEERENET

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