‹ Traitement des scolioses par la méthode du Professeur EstorChapitre 5 sur 15 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Cest en mai 1914, à peine admis comme assistant dans sa clinique particulière par notre excellent maitre, M. le professeur Estor, que nous eûmes l’occasion de faire intime connaissance avec les scolioses et de nous familiariser avec leur traitement. |

C'était l’époque où la nouvelle méthode d’Abbott récemmentconnue en France soulevait les enthousiasmes. Nous eussions volontiers partagé cet enthousiasme pendant longtemps si nous n'avions élé le témoin d’une application rigoureuse de la méthode d'Abbott à un cas de scoliose fixée, de ceux que l'on prétendait dorénavant curables. Il s'agissait d’un malade qui, « redoutant l'invasion allemande, était venu de Berck à Montpellier. Il présentait une gibbosité en côte de melon absolument incurable. Il avait foi dans sa guérison, et on la lui avait promise à Berck de bonne foi. Lorsque nous échangions quelques mots, pendant que je passais un feutre, ou que je pansais une escarre, s’apercevant de mon incrédulité,

il avait pitié de moi : « On voit bien, pensait-il, que vous habitez à mille kilomètres de Berck (1). #1

« Ge malade, ajoute M. le professeur Estor à qui nous empruntons ces quelques lignes de son rapport, n’a pas élé guéri. » Nous nous en portons garant.

Cependant, si nous avons eu la désillusion de voir que la méthode américaine, compliquée, violente, mal supportée par le patient, ne donnait rien dans les cas invétérés lels que celui signalé plus haut, nous avons eu la bonne fortune de suivre pas à pas, jusqu'à notre brusque mobilisation en août 1914, les modifications rationnelles que lui fit subir M. le professeur Estor, pour appliquer aux cas curables.

«+ De la méthode d’Abbott, M. Estor ne retint qu'une chose qu'il avait jugée excellente, son principe : Il en fit le fondement de cette méthode de traitement modifiée que nous avons maintes fois appliquée avec lui depuis la guerre et qu'il nous à chargé de décrire 1ci.

Pour cette marque d'honneur qu'il accorde ainsi à nos faibles mérites, qu'il veuille bien accepter encore une fois le tribut de notre reconnaissance émue. |

(1) Sur le traitement moderne de Ja scoliose (Rapport présenté par M. le professeur Estor à la Société française d’orthopédie, octo-

bre 1920).

‘À QUELLES VARIÉTÉS DE SCOLIOSE S'ADRESSERA NOTRE MÉTHODE DE TRAITEMENT

En vérité, presque toutes les scolioses, congénitale, rachitique, paralytique, statique, pleurétique, ete..., ne diffèrent de la scoliose essentielle, objectif principal de notre méthode de traitement, que par leur étiologie et peuvent bénéficier de celle méthode, indépendamment des indications thérapeutiques tirées de leur étiologie.

Toutefois, comme nous aurons surtout en vue, dans cette étude, la scoliose essentielle ou de l’adolescence, nous croyons devoir en esquisser les grands caractères cliniques. |

SCOLIOSE ESSENTIELLE OU DE L'ADOLESCENCE.— C'est la: forme la plus fréquente. Elle est caractérisée par une déviation dans le sens latéral de la colonne vertébrale, survenue au cours de la période de croissance, sans cause nettement déterminée, et entraînant des déformations plus ou moins accusées de la cage thoracique.

Les sujets qui en sont porteurs — ordinairement des

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jeunes filles — sont d'apparence normale par ailleurs, quelquefois même de santé florissante.

Sous quelle influence s'établit la déviation rachidienne ? La question demeure encore obscure de nos jours : on a incriminé l’attitude vicieuse prise sur les bancs de l’école. Sans doute, mais il faut admettre qu'à côté de cette influence à laquelle, peut-on dire, sont soumis plus ou moins tous les écoliers, existe une question prépondérante de terrain. Et c'est ce terrain que la majorité des auteurs, désireux d'expliquer la scoliose .essen-

telle, supposent entaché de « rachitisme tardif ». On.

incrimine, outre la dystrophie osseuse, la faiblesse de la musculature et des ligaments, faiblesse souvent due à une paralysie infantile fruste qui sera passée inaperçue ; enfin on a signalé dans l’étiologie de la scoliose essentielle l'insuffisance ou l’altération de certaines glandes à sécrétion interne (glandes thyroïdes et ovaires en particulier).

Il est certain que pour un même cas plusieurs de ces causes à la fois peuvent entrer en jeu ; il est bon d’en tenir compte pour le traitement.

La scoliose des adolescents siège habituellement à la portion dorsale de la colonne vertébrale et sa convexité est tournée à droite. Indépendamment de la courbure principale, on observe souvent deux courbures de compensation de sens contraire, c’est-à-dire à convexités tournées à gauche : dans la colonne cervicale et dans la colonne lombaire (Figure I).

Ces courbures s’accompagnent, ainsi qu’on peut l’observer sur des squelettes de scoliotiques, de torsion du rachis autour d’un axe passant sensiblement par la parie postérieure des corps vertébraux.

La conséquence de ces phénomènes de torsion et d’in-

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flexion latérale est une gibbosité costale postérieure, du côté de la convexité de la courbure, qui soulève l'omoplate et donne l'impression d’une épaule plus forte; une gibbosité costale antérieure, du côté diamétralement opposé, moins accusée : le thorax est oblique-ovalaire ; la forme d’un tel thorax vu en coupe suggère l’idée de deux forces de sens contraire ayant agi sur deux côtés diamétralement opposés du thorax autour de l'axe vertébral (Figure [1). Les points d'application de ces deux forces seraient les parties en creux du thorax dont la dépression aurait entraîné, par exagération de la courbure des arcs costaux des parties libres, la saillie, la voussure de ces parties libres, les gibbosités antérieure et postérieure,

Telles sont les déformations essentielles dans la scoliose des adolescents comme dans presque toutes les autres formes de scoliose, celles qui doivent retenir notre attention au point de vue du traitement. N° envisageant que ce seul but pratique, nous pouvons considérer que toutes les scolioses sont justiciables de la classification empirique en trois degrés, commode au point de vue de l'examen clinique, comme le pense M. le professeur Estor :

Scolioses du 1* degré. . + complètement réductibles. — du * —... partiellement réductibles.

— du 3 —., . irréductibles.

Il faut d'emblée ranger parmi les scolioses de la troisième catégorie celles qui se présentent avec une gibbosité en côte de melon à arête vive, complètement incurables jusqu'à nos'jours. «Nous ne devons pas, lisons-nous dans le rapport de M. le professeur Estor, condamner les malades de celte catégorie à un fraitement parfois dangereux, toujours inefficace. Les déformations osseuses,

qui pour ces incurables résistent à toute manœuvre de.

réduction orthopédique, ne céderaient que sous l'action

ve

d'ostéotomies où de résections costales, qui, jusqu'aujourd’hui, n’ont pas donné de résultat. »

Mais beaucoup de scolioses que l’on rangeait auparavant parmi les scolioses irréductibles ont pu être exclues aujourd'hui de ce cadre, grâce au procédé d'exploration de la mobilité du rachis issu du principe d’Abbott.

Pour cette exploration, les malades étaient, jusqu’à ce Jjoûr, mis dans la position de suspension verticale. Nous avons, chez tous nos malades, employé cette méthode concuremment avec laméthode de flexion et de détorsion. Nous sommes ainsi arrivés à ce résultat que des scolioses, rangées après examen en suspension verticale comme irréductibles, sont devenues réductibles en flexion et détorsion ; des scolioses du deuxième degré sont passées au premier degré.

MENSURATIONS.— Le degré de réductibilité d’une scoliose étant ainsi établi, comment apprécier pratiquement le degré de correction de la déviation rachidienne obtenue par l’une ou l’autre des méthodes employées ?

Pour mesurer les scolioses, une foule d'appareils ont été imaginés, ingénieux, certes, pour la plupart, mais trop souvent compliqués. Les résultats qu'ils donnent ne manquent pas de toute la précision désirable, mais il suffit dans la pratique d’user de moyens beaucoup plus simples ; l’essentiel est de se baser loujours sur les mémes poiñts de repère : |

Nous marquons au crayon dermographique par une petite croix la saillie de l’apophyse épineuse de la 7° vertèbre cervicale ; puis le milieu de la ligne réunissant les deux épines iliaques postéro-supérieures. Nous joignons ces deux points par une ligne droite cervico-sacrée C. S.

et EU et nous marquons après, au niveau de leurs sailies, toute la série des apophyses épineuses dorsales et lombaires.

Mesure de la flèche. — La plus grande distance qui sépare le sommet de l'arc de la corde (arc — courbe dessinée par les apophyses épineuses; corde — ligne droite C. 5. mentionnée plus haut) est mesurée avec une règle graduée en centimètres. C'est la flèche de l'arc de la courbure scoliotique.

Mesure des hémithorax. — Il est non moins indispensable de mesurer séparément chacun des hémithorax.

Au niveau d'une apophyse épineuse dorsale donnée on applique l'une des extrémités d’un ruban métrique exactement sur la droite C.S. ; on fait passer le ruban métrique sur le sommet de la gibbosité de façon qu'il embrasse | l’hémithorax jusqu'à lappendice xyphoïde repéré au crayon dermographique.

On mesure la distance qui sépare le rebord supérieur du ruban métrique ainsi appliqué au sommet du pli interscapulo-huméral du même côté, et en prenant de l’autre côté cette même mesure, pour que le rebord supérieur du ruban métrique soit au même niveau, on répète sur l'hémithorax déprimé la même manœuvre.

Il est bon d’avoir recours à la photographie, à condition de se placer toujours dans les mêmes conditions d'éclairage, de distance, de position et d'orientation du sujet ; la radiographie est aussi un excellent moyen d’appréciation des résultats obtenus par le traitement; elle a de plus l'avantage, faite avant tout traitement, de nous révéler, s'ils existent, des cas rendus incurables par la présence dans le rachis d’une vertèbre malformée, ete.

Enfin la spirométrie, depuis peu de temps mise en honneur, est appelée à rendre aux scoliotiques de grands services, soit pour mesurer séparément la capacité res-

ÉorlO te piratoire des deux hémithorax et les progrès accomplis au cours du traitement par l’hémithorax le plus faible, soit en cours de traitement, comme précieux adjuvant pour développer par des exercices journaliers de spirométrie la capacité respiratoire du scoliotique.

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