DE QUININE
Cette thérapeutique a été employée surtout dans les cancers de Tutérus, du sein, de la langue, des fosses nasales, etc.
Les résultats obtenus sont très variables ainsi que Ton peut s'en convaincre en parcourant quelques observations. Dans certaines formes de tumeurs la quinine se révèle absolumente impuissante; dans d^autresau contraire elle procure, sinon la guérison, du moins une amélioration remarquable.
Il semble, dit M. Jaboulay, que la résorption soit plus rapide sur les tumeurs à malignité moindre. Une femme atteinte de cancer du sein a vu, au bout de quinze jours de traitement, un sarcome cutané de la cuisse gauche, rétrocéder plus que la tumeur mammaire elle-même. Nos connaissances actuelles sont trop insuffisantes pour qu'il nous soit possible de discerner Taction réelle de la quinine sur des agents pathogènes inconnus, très nom-
breux, et assurément très différents selon les tumeurs. Quoi qu'il en soit, examinons les résultats ordinairement obtenus par l'emploi de ce médicament, au double point de vue général et local.
1° Uétat général a semblé sous celte influence se relever, les forces reviennent. Quelques malades amaigris et cachectisés parles progrès du mal engraissent etrecouvrent le sommeil. Les douleurs sont en général diminuées d'intensité, surtout après les injections intra-musculaires.
On lit dans les observations que des femmes atteintes de cancers de Tutérus avec envahissement des annexes, compression des plexus nerveux du petit bassin, occasionnant des douleurs intolérables, ont été améliorées dès le troisième jour du traitement par Tinjection quotidienne de un gramme de quinine et des pansements locaux avec ces mêmes solutions.
M. Jaboulav cite le cas d'un malade dont le cou était cerclé de ganglions néoplasiques, qui avait subi depuis un an toutes les médications possibles et en était au chloral pour pouvoir reposer quelques heures. Sous l'influence du traitement par la quinine, il a été rapidement soulagé au point de n'avoir plus besoin de potion calmante et il a assisté a la diminution de volume de son cancer. Celui-ci avait pris et paralysé le sympathique droit, les phénomènes oculo-papillaires caractéristiques de cet envahissement se sont amendés depuis le traitement; Tœil est moins enfoncé et la pupille moins res-
serrée, sans compter encore que les mouvements du cou sont moins gênés et que les irradiations douloureuses dans le membre supérieur droit sont bien moins intenses.
Il convient de dire que cette sédation des douleurs ne semble pas persister après la cessation du traitement. Celui-ci doit être continué pour que les effets soient durables.
L'examen du sang, quand il a été pratiqué comme dans Tobservation citéepar Launois à la Société de chirurgie, montre que le taux des globules rouges est normal et qu'il y a une très légère hyperleucocytose.
2^ Localement, la régression des ulcérations malignes a été notée dans un grand nombre de cas. On les voit se rétrécir dans l'observation de Launois, en même temps qu'une croûte épidermique les recouvre et que la sécrétion se tarit.
Dans le cancer de l'utérus on a vu les bourgeons s'affaisser, prendre un aspect lisse, régulier, s'entourer d'un liseré témoignant d'un commencement de cicatrisation. Les hémorrhagies se sont souvent amoindries, même taries, ainsi qu'on peut le voir dans les observations.
De même les écoulements vaginaux deviennent moins abondants et moins fétides.
Dans un cas traité par M. Jaboulay, « un cancer chaud du sein, prêt à s'ulcérer, a diminué de plus du tiers dans Tespace d'un mois de traitement, il s'est re-
couvert en partie de peau saine, le reste de la surface tégumentaire étant ridé sur le néoplasme qui ressemble à une vieille pomme ou à une tomate desséchée ».
Dans un autre cas, un cancer en cuirasse avec peau d'orange, lymphangite et grains cancéreux, a diminué au point que la peau d'orange et les grains ont disparu dans sa cavité supérieure.
Mais à côté de ces faits, on a pu voir descas où, malgré une amélioration de Tétat général, la lésion locale persiste sans tendance à la régression.
Les adénites symptoniatiques des tumeurs malignes peuvent bénéficier du traitement par la quinine. Après un mois et demi de traitement dans le cas de Launois, les ganglions sus-claviculaires et axillaires avaient beaucoup diminué, au point de n'avoir plus que le volume d'un pois, mais jamais ils n'ont disparu.
Comment donc interpréter ces améliorations incontestables obtenues quelquefois par ce mode de traitement ?
M. Jaboulay, voyant dans le parasitisme animal la cause de l'énorme développement cellulaire qui constitue le cancer, attribue à la quinine une action spécifique sur les cellules envahissantes venues de l'extérieur, les protozoaires, et peut-être aussi sur les cellules fabriquées par l'organisme lui-même, les cellules proprement dites du cancer. Dans l'état actuel de nos connaissances, il ne nous est pas permis d'afïîrmer Texistence d'une action spécifique d'un agent thérapeu-
tique sur un agent morbide que nous ne connaissons pas.
Et d'ailleurs, le mot de guérison après l'emploi des sels de quinine n'a jamais été vrai dans le sens de restitutio ad integrurn de Torgane.
La quinine agit-elle localement comme un antiseptique, en détruisant les infections secondaires qui ont pour porte d'entrée les surfaces ulcérées et qui contribuent au développement des adénites ? Assurément c'est une part de son action.
Et les heureux résultats constatés après son emploi, peuvent être comparés à ceux obtenus avec d'autres antiseptiques : tels que l'acide lactique, le chlorate de potasse, le bleu de méthylène, — l'acide borique en lavage, — la résorcine en injection.
Mais la régression des tumeurs secondaires entourant une tumeur du sein, la diminution des ulcérations, semblent faire admettre une action plup énergique
La quinine est-elle un tonique pur et simple de l'état général ? Il y a tout lieu de le croire. Cette substance pourrait être rapprochée, au point de vue de son action, des sérums simples ou des sérums anticancéreux qui ont été préconisés et qui agissent sur Tétat général en modifiant la crase sanguine. Nous avons vu en effet qu'il a été observé une hvperleueocvtose chez des individus traités par la quinine, phénomène également constaté chez des malades traités d'après la méthode de Wlaeff. Ce sel peut donc avoir pour résultat d'élever létaux des globules blancs, par suite la puissance phagocytaire et la résistance de l'individu aux progrès de l'infection.