S'i — CoiiDiiiL. Tv|i. et Slér. Ciiptb
lU CHOLÉRA
Georges HAYEPJ
ProIVsseur de tliornppuliiiui^ à la Facullo dn méikTiuo Médecin do riiô|)ilal Saiut-AiilniuR
PARIS G. MASSON, ÉDITKUa
lUIiAlHK DK l'acADICMIK DE M É D E C I N F. 120. PoulcïarJ Saiiil-ricrniaiii. on face ik' l'École ilc Méilecinc
WELLCOME TROPICAL INSTITUTE
Tous liroits l'ospi'vcs.
Wti.
lCome iNsrmjTt
LlBRARY
Coll.
wefTROmec
Cali
Au moment où j'allais terminer mon cours de cette année le choléra faisait d'assez nombreuses victimes à Toulon et à Marseille. Paris était menacé. Je ne voulus pas prendre congé de mes élèves avant de leur avoir présenté un aperçu du traitement du choléra. Ma dernière leçon fut donc consacrée à l'exposé des principales indications èi remplir dans cette terrible maladie (1 ). Parmi les moyens qui me parurent le plus dignes d'attirer l'attention et de susciter de nouveaux essais, je crus devoir signaler particulièrement la pratique des injections intra-veineuses et je fis voir, à l'aide d'expériences sur
(1) Le traitement du choléra. Leco]i du s iuillct 1884, recueillie par M. Dullocq, interne "des hôpitaux (llevue scientifique, n9 3, H) juillet 1884).
G. Hayem. Traitement du choléra. • 1
2 TRAITEMEMT DL" CHOLÉRA.
les chiens, que ces injcclions sont parfaileiiient supportées même à très hautes doses.
L'épidémie récente, fort heureusement très courte, mais sérieuse à cause de la gravité des cas, vient de m' obliger à mettre moi-même à exécution les préceptes que j'avais formulés. Je puis donc aujourd'hui m'appuyer sur mon expérience personnelle pour compléter ma leçon du mois de juillet.
Les traitements des maladies rassortissent à deux grandes méthodes : l'une empirique, l'autre analytique ou méthode des médications.
De la première relève le traitement spécilifpie des maladies, de sorte que rien n'est plus rationnel que l'empirisme lorsqu'il nous met eu possession d'agents spécifiques éprouvés.
Malheureusement on ne saurait accorder, ,|uant à présent, la moindre conlîance dans prétendus spécifiques du choléra. Nous sdumies d'ailleurs dans la même ignorance à J-égard de la plupart des autres maladies spéciU(|ues contre lesquelles nous luttons chaque jour, la fièvre typhoïde, la variole, etc. 11 n'est d')ncpourle choléra qu'une thérapeutique ral\onnelle ;elle nous est fournie par la méthode
TRAITEMENT DU CUOLÉRA.
des médications qui nous enseigne à tirer les indications des éléments morbides constituants, du processus même de la maladie.
Mais en supposant qu'on parvienne à découvrir un spécifique du choléra, ce remède ne serait applicable qu'au petit nombre de cas clans lesquels les malades réclament des soins avant le début de l'attaque proprement dite.
On ne saurait mettre en doute la nature inléctieuse du choléra; mais je crois qu'on émet une opinion erronée lorsqu'on prétend que l'attaque cholérique résulte «d'un empoisonnement de tout l'organisme ».
L'élément dominant, primordial, celui d'où découle toute l'évolution morbide, consiste en une inflammation du tube gastro-intestinal.
La phlegmasie de cet appareil est à coup sûr essentiellement spécifique : elle résulte de l'action directe et spéciale du poison cholérique sur la muqueuse de l'estomac et particulièrement de l'intestin. Dans ces dernières années on a fait de louables efforts pour déterminer la nature de ce poison ; mais cette question éminemment intéressante ne peut pas être considérée comme définitivement tranchée.
Au point de vue qui nous occupe, ce qu'il importe de savoir c'est que ce poison semble
4 TRAITEMENT DU CUOLÉUA.
bien pénétrer dans l'organisme par le lube digeslif, et qu'il y suscite une inllammation remarquable par deux caractères principaux : une ("tendue considérable, une marche rapide et, dans certains cas, suraiguë.
11 résulte de ce point de départ que la période à laquelle on a donné le nom de « diarrhée prémonitoire » appartient déjà au choléra, et ce qui montre bien que la maladie est avani tout une inllammation spécifique du tube digestif, c'est qu'il suffit d'enrayer cette diarrhée prémonitoire dans son évolution par un traitement approprié pour prévenir l'attaque proprement dite.
C'est là un fait très important, qui avait déjà attiré l'attention de plusieurs observateurs dans le cours de l'épidémie de 1832, et sur lequel M. J. Guérin a eu le mérite d'insister. On a donc dit el répété, avec raison, qu'en temps d'épidémie, il faut combattre le plus tôt possible les troubles digestifs et intestinaux, enparlicuher ladiarrhée.
Dans l'épidémie actuelle la plupart des malades sont arrivés à l'hôpital en pleine période algide , mais un assez bon nombre d'entre eux avaient souffert pendant un temps plus ou moins long de diarrhée prémonitoire, presque tous étaient des gens misérables, se nourrissant mal, faisant des excès de boissons, el il
est probable que leur tube digestif était devenu en quelque sorte un terrain favorable à l'éclosion du germe morbide.
Lorsque le début de la maladie est marqué par une indigestion ou par les symptômes de l'embarras gastrique, on peut recourir à la méthode évacuante et employer la poudre d'ipécacuanha à la dose de l^^SO à 2 grammes.
Dans quelques cas on pourra se borner, pour provoquer l'évacuation de l'estomac, h faire prendre une grande quantité d'eau tiède et à titiller ensuite le fond du pharynx. Les malades garderont le repos au lit et seront soumis à une diète sévère (1). Quelques bains chauds, l'usage d'infusions aromatiques compléteront le traitement. Ces moyens très simples, employés
il) Pendant l'épklcmie qui vient de désoler la ville de Naples, le professeur Semmola a remarqué qu'uae simple tasse de consommé contribue à favoriser le développement d'une forme cholérique grave.
« Après le plus petit accès diarrhéique, dil-il, la plus petite quantité d'aliments ingérés constitue une vraie mitrailleuse que l'on met dans les mains d'un ennemi acharné, mais peut-être encore impuissant à porter des coups mortels » [Union médicale, 16 déc. 1884). Comme il est impossible de prévoir la marche que suivra, dans un cas donné, l'attaque de choléra, il me paraît bien difficile do considérer comme rigoureuse l'olisorvation de Semmola sur les dangoi-s de l'ingestion d'un pou de bouillon. Nous devons tenir compte cependant de l'impression de ce médecin distingué.