‹ Traitement du choléra [electronic resource]Chapitre 4 sur 9 · TRAITEMENT DU CIIOI.KRA · texte numérisé non relu

TRAITEMENT DU CIIOI.KRA

dès le début de la période dite prénioniloire, suriîsenl souvent, même lorsqu'il y a de la diarrhée.

Pour condiallre celte dernière on a préconise un grand nombre de mcdicamenls. L'expérience a établi que l'opium est un des plus utiles. On peut le prescrire sous toutes les formes. Uni; des plus employées est le laudanum, qu'on l'ail prendre habiluellenient dans une potion, à la dose de 10 à 30 gouttes dans les vingt -quatre heures. Si la diarrhée persiste abondante, on le prescrit souvent sous forme de lavement à la dose de 15 à 30 gouttes, soit seul, soit associé à un astringent, l'extrait de ratanhia, par exemple, à la dose de A grammes. Parmi les autres agents capables de modérer le Hux intestinal, les poudres absorbantes ont vme ellicacité indéniable. Le sous-nitrate de bismidh a été souvent administré avec avantage m la dose de 8 à 12 grammes en vingt-quatre heures.

En 1873, j'ai réussi facilement à enrayer la diarrhée prémonitoire à l'aide du sulfure noir de mercure, dont les propriétés ont été surtout vantées par Socrate Cadet. Je le faisais prendre par pa.iuets d'un gramme, d'heure en heure, jusqu'à la dose de 12 grammes, et il ne . tardait pas k déterminer de la constipation. On

peut se demander si ce composé mercuriel, quoique insoluble, n'exerce pas une certaine action sur les proto-organismes qui pullulent déjà dans l'intestin à l'époque de la diarrhée prémonitoire. A cet égard, mon maître, M. Vulpian, pense avec raison qu'on pourrait tirer parti du salicylate de bismuth. Introduit dans le tube digestif, ce corps se décompose en oxyde de bismuth et en acide salicylique et peut ainsi, tout en produisant la constipation, agir comme antimicrobique . En tout cas, il est précieux dans les diarrhées les plus diverses ; il diminue toujours, supprime même souvent, les selles des typhiques et les rend moins fétides.

Dans les diarrhées si tenaces des phtisiques, M. Vulpian l'a donné avec succès, et il est convaincu qu'il produirait de bons effets dans le choléra.

A l'aide de ces moyens, on peut arrêter assez souvent la diari'hée prémonitoire et prévenir ainsi l'attaque.

Entrons maintenant dans la période d'état ; l'attaque de choléra est confirmée.

Ici encore, il est un certain nombre d'indications générales qu'on peut remplir à l'aide d'agents et do procédés relativement simples.

Dans loule épidémie, il y a Tort heureusement des cas d'intensité faible ou modérée dans lesquels la solution favorable s'obtient facilement. Ce ne sont que les cas intenses, à évolutiun très rapide, qui nécessitent une intervention active et l'emploi de moyens héroïques.

Les deux éléments les plus importants de l'attaque sont les troubles gastro-intestinaux et le collapsus algide.

L'altération du tube digestif est surtout remarquable par sa forme congestive et hypercrinique. Bientôt, en quelques heures, le tube digestif est rempli d'un liquide abondant. Ce liquide contient en dissolution mie grande quantité de chlorure de sodium et en suspension ces grains riziformes provenant surtout de la desquamation épilhéliale et qui donnent habituellement aux déjections un aspect caractéristique.

Par son mode de production d'abord, par sa présence ensuite, cette transsudation gastrointestinale constitue un obstacle sérieux à l'action des médicaments.

En se mélangeant avec cette abondante quantité de liquide, ceux-ci se diluent ; beaucoup s'altèrent ou se dénaturent au contact du chlorure de sodium. Et ces phénomènes se produisent même dans le choléra dit sec, c'est-à-dire

lorsque les évacuations font défaut, car dans cette forme de la maladie, le tube digestif est parfois plus rempli de liquide que dans la forme commune. A l'autopsie d'individus morts de choléra sec, j'ai trouvé, après avoir lié l'œsopliage et le rectum , jusqu'à, 5 litres de liquide dans le tube digestif.

Si à ces causes on ajoute les vomissements qui provoquent souvent le rejet presque immédiat de toutes les substances ingérées, on aura une idée des difficultés pratiques qu'il faut surmonter pour exercer une action par la voie gastrique. Il ne faudra donc pas compter sur l'effet topique des médicaments qui doivent agir surtout par leur contact avec la muqueuse digeslive. Et, d'autre part — c'est là un point extrêmement important — lorsqu'on emploiera des médicaments capables de provoquer des l'ffels généraux, il faudra se préoccuper, dans la détermination des doses, de leur accumulalion possible dans le tube digestif pendant l'attaque et de leur absorption brusque, à dose massive pour ainsi dire, au moment de la réaction.

Ces considérations générales doivent être bien présentes à l'esprit si l'on ne veut pas perrlrc en tentatives inutiles un temps d'autant plus précieux que les accidents morludes vont

maintenant, dans la majorité des cas, suivre une marche précipitée.

Quand l'attaque éclate d'emblée, ou bien lorsque les troubles digestifs prémonitoires n'ont pas encore été traités, on peut prescrire l'ipéca, surtout quand il y a un état saburral ou quand l'attaque succède à des excès alimentaires. Ce médicament oflVe l'avantage de modérer les vomissements, parfois même de les calmer. ^ Mais il n'est utile que lorsqu'on peut intervenir dès le début, et l'on doit se garder d'en renouveler l'emploi. Les purgatifs qui ont souvent été prescrits dans les épidémies antérieures, comme agents de la méthode substitutive, ont échoué et doivent être considérés détînitivement comme plus nuisibles qu'utiles.

L'opium peut encore iéi rendre de grands services. Il est indiqué tant (pi'il n'existe pas un ariaiblissement notable de la circulation. On prescrira quinze à vingt gouttes de laudanum dans une potion, et dans les cas un peu intenses on pourra porter cette dose à 30 ou '<<) dans les vingt-quatre heures.

Mais dans la crainte de l'absorption non immédiate du médicament, on l'emploiera avec plus de réserve dans les cas sérieux ou déjà avancés dans leur évolution, que dans les cas légers et moyens. Lorsqu'il y aura doute sur l'effica-

cité de l'opium administré par la bouche, on donnera la préférence aux injections hypodermiques. Dès le début de l'attaque, on fera une injection de chlorhydrate de morphine d'un centigramme et, suivant la marche des phénomènes morbides, on renouvellera cette injection à des intervalles variables tant que son emploi ne sera pas contre-indiqué par l'état de la circulation. La morphine est, en général, d'autant plus précieuse qu'elle s'adresse à la fois à tous les symptômes : vomissements, diarrhée, anxiété, cardialgie, phénomènes nerveux. Elle pourra être utilisée tant qu'il y aura des chances d'absorption par le tissu cellulaire sous-cutané.

Je crois cependant qu'il sera bon de veiller à ne pas dépasser une dose moyenne de m(irphine. Frappé, dans l'épidémie actuelle, de la fréquence de la torpeur cérébrale et de l'adynamie qui ont succédé rapidement aux phénomènes de l'attaque, même dans les cas en apparence les moins graves, j'ai cru devoir être très réservé dans l'administration de ce médicament.

Un certain nombre de médecins ont vanté d'une manière toute particulière l'association de l'opium avec les stimulants difiusibles. Il .serait inutile de reproduire ici toutes les fur-

12 TRAITEMENT DU CllOLÉMA.

mules qui ont été proposées cl sur la valeur desquelles on no possède encore que des données peu précises.

Dans les épidémies antérieures on a souvent employé le calomel seul ou associé à l'opium dans le but fort problématique d'e\citer la sécrétion biliaire et de faire apparaître les fameuses selles bilieuses qui annonceraient la fin de l'attaque. Les résultats de cette pratique ont été loin d'être encourageants, et je crois qu'il faut renoncer décidément au calomel qui, toléré, pourrait devenir dangereux au contact du clilorure de sodium contenu en aliondance dans le liquide intestinal.

On peut, au contraire, obtenir de bons effets h l'aide du salicylate de bismutb qu'on administre a la dose de 6 à 8 gr. par paquets de 1 gr.

Comme la soif est toujours vive et que souvent les vomissements sont incessants et abondants, la question des boissons occupe une place iniportante dans le traitement de l'attaque.

La glace est acceptée par les malades avec reconnaissance. Il faut qu'elle soit pilée ou râpée et avalée par petits moreeaux. Toutes les boissons glacées peuvent également rendre service; niais plus les vomissements sont abondants, plus il faut éviter qu'elles soient prises en grande quantité d'un seul coup. On les adminis-

trera par quart de verre'Ou par demi-verre à des intervalles qui varieront avec l'intensité de la soif. Mais à quelle boisson donnera-t-on la préférence ?

Le nombre de celles qui ont été recommandées est considérable ; les plus simples me paraissent être les meilleures.

Chez les malades qui vomissent, l'eau de Vichy froide ou frappée me semble parfaitement indiquée, et je regrette de n'avoir pu donner à mes malades qu'une eau artificielle mélangée avec de l'eau de Seltz et dont le goût n'était pas agréable.

Pour ceux qui vomissent à peine ou qui ont exclusivement de la diarrhée, j'emploie plus volontiers l'eau albumineuse et le thé un peu fort, pur ou aromatisé avec une très petite quantité de cognac, et je donne ces boissons à la température de la chambre.

Les inhalations d'oxygène que j'ai prescrites à cette période dans le but de combattre les vomissements m'ont paru être d'une efficacité fort douteuse.

Ces prescriptions seront complétées par l'emploi des bains tièdes, que je regrette de n'avoir pu utiliser qu'exceptionnellement à Saint-Antoine.

Tels sont les principaux moyens qui s'adrcs-

THAlTEiMlLNT DU CUOLKUA.

sent aux troubles gastro-inlestinaux. Ils suftiscnt dans les formes légères et même de moyenne intensité lorsque l'algiditc est à peine prononcée.

Mais dans un grand nombre de cas, malgré tous les elTorls de l'art, la maladie progresse et les malades entrent dans la période si redoutable du collapsus algide et asphyKique.

On sait d'ailleurs que dans presque toutes les épidémies la plupart des malades sont amenés h l'hôpital l'roids et sans pouls. Trop souvent même l'algidité est ancienne et excessive au moment où le médecin d'hôpital est appelii à intervenir. C'est là un fait bien tacheux, car dans une maladie dont la marche est aussi rapide, parfois foudroyante, le sort des malades dépend en grande partie de la promptitude des secours.

Il est très important de posséder des notions précises sur l'élément morbide désigné sous le nom de collapsus algide et aspinjxique. C'est un étal fort complexe et encore imparfaitement connu.

Tenons-nous-en pour le moment à un aperçu d'ensemble,encherchantà nous rendre compte de l'enchainement des phénomènes pathologiques.

La transsudation intestinale énorme et rapide a pour effet de diminuer en quelques heures la

masse totale du sang. L'eau elles sels font les frais de cette spoliation ; l'albumine, on le sait aujourd'hui, reste dans les vaisseaux.

Est-il besoin d'insister sur les conséquences multiples de cet épaississement du sang?

Quelques médecins ont mis en doute son importance dans la production de l'algidité et de l'asphyxie, en citant les cas dans lesquels la maladie marche avec une rapidité foudroyante, ceux où l'on voit survenir en quelque sorte d'emblée le collapsus algide. Mais on n'a pas dit que le sapg eût alors conservé sa tluidité, et en réalité, il èst épaissi tout autant et plus peutêtre que dans les cas ordinaires.

A la réduction de la masse du sang viennent se joindre d'autres causes de dépression de la circulation que nous aurons plus tard à préciser. 11 en résulte une diminution considérable de la tension sanguine : le pouls devient liliforme, puis disparaît complètement; les battements des vaisseaux voisins du cœur sont eux-mêmes affaiblis, presque imperceptibles, et le cœur bat pour ainsi dire avide. Épaissi, circulant à peine et seulement d'une manière notable dans les parties centrales, le sang ne s'hématose plus, il se surcharge d'acide carbonique, et bientôt il s'altère plus profondément encore.

A l'algidité et à l'asphyxie viennent s'ajouter

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dans ces condilions, d'une manière plus uu moins rapide, l'hyposthénie générale cl parfois l'adynamie cardiaque.

Seule, au milieu de ces troubles profonds qui alleignent tant d'organes importants, l'intelligence, quoique engourdie, persiste intacte et complète jusqu'à la fin.

On comprend qu'un pareil état ne puisse durer qu'un temps limité, et par le fait on doit se représenter le cholérique comme une personne qui asphyxie, avec cette différence que l'asphyxie, au lieu d'être due au manque d'air respirable, esl la conséquence du ralentissement de la circulation pulmonaire.

Dès que le pouls disparaît, la vie se trouve menacée et par suite le cholérique est, comme l'asphyxié, en état de mort imminente.

On a voulu faire intervenir, pour expliquer le collapsus algide, rinQuence d'un prétendu poison cholérique sur les centres nerveux ou sur l'appareil cardiaque. Cette hypothèse me paraît inutile. J'admettrai plutôt que, dans les cas à évolution très rapide, la lésion intestinale impressionne d'une certaine manière un nombre considérable de nerfs splanchniqucs et que par voie réflexe il se produit une dépression dans l'aclion du cœur. Et encore n'est-il pas nécessaire d'invo([uer un pareil mécanisme, lorsque

très évidemmentle cœur s'affailDlit en se contractant sur une quanlité tout à fait insuffisante de sang.

Quoiqu'il en soit des faits de détail, il résulte clairement de cet exposé rapide qu'on doit susciter la reprise de la circulation et de l'hématose, c'est-à-dire provoquer laréaction.

Cette indication est certainement la plus importante du traitement de l'attaque bien caractérisée, car avant de pouvoir être guéri, il faut que le malade échappe à la mort par arrêt de la circulation et par asphyxie.

Disons inmiédiatement, et ce précepte deviendra bientôt d'une évidence extrême, que cette indication doit être remplie le plus tôt possible. Nous devrons donc accorder la préférence, surtout dans les cas h évolution rapide, aux procédés qui donnent les résultats le plus immédiats.

Les très nombreux moyens qui ont été proposés pour provoquer la réaction se rattachent aux trois méthodes suivantes : méthode externe, révulsive, méthode interne ou médicamenteuse, méthode chirurgicale par action directe sur le sang.

1° Emploi de la méthode révulsive. — Un très grand nombre de médecins, préoccupés surtout par les troubles de la circulation péri-

18 TRAITEMENT DU CUOLICRA.

phériquc el de la calorificalion, se sont adress(3s aux manipulations externes (frictions, massage), et surtout aux agents thermiques.

Les uns ont préféré l'emploi de la chaleur, les autres au contraire ont eu recours au froid.

Pour donner une idée de la manière dont la clialeur a él(' ulilisée, je ferai un emprunt à F. Foy, l'un des médecins envoyés en Pologne, en 183:2, et ilont le travail renferme des remarques très judicieuses sur le traitement du choléra (1).

« Il existe donc, selon moi, dit cet auteur, une méthode de traitement uniforme, constant, applicahle dans tous les cas de choléra très violent, c'est celle qui consiste à employer d'abord ttius les moyens capables de produire une réaction prompte, indispensable, et sans laquelle, quoiqu'on fasse, on a la douleur de voir périr tous les malades. On aura beaucoup d'espoir d'obtenir cette réaction, si les malades, aussitôt le début du choléra, sont apportés dans les hôpitaux ou dans d'autres lieux convenables ; si, en ville, le médecin est appelé à temps; si enfin on a recours assez promplement aux frictions, aux bains, à l'application de corps chauds autour du patient, etc..

(I) F. Voy, Ducholcva-morbus de Pologne, Paris, 1832.

<i A l'hôpital Ouyazdow, un cholérique arrivait-il dans nm salle? je le faisais promptement coucher (le lit eût pu être préalablement bassiné) et envelopper dans une couverture de laine chaude; des briques chaudes étaient placées à ses pieds; des frictions sur les membres et la surface du corps avec un morceau de flanelle imbibé d'eau-de-vie ou de vinaigre camphré étaient longtemps et constamment pratiquées. Je crois que des vapeurs de camphre, dirigées dans le lit et autour du malade, auraient encore été très utiles, préférables même à cause du refroidissement qui a lieu à la surface du corps parle fait de l'évaporalion du liquide employé; aussi m'arrivait-il souvent de préférer les fi'ictions sèches (à l'aide de brosses) aux frictions humides. Enfin, j'ai quelquefois fait respirer du gaz oxygène au malade. Pendant ce temps des boissons chaudes étaient données en abondance ; un bain général à 28 ou 29° R. (33 à 3G° G.) de température était préparé, et le malade y était plongé pendantvingt-cinq à trente minutes. On le reportait ensuite dans son lit avec toutes les précautions possibles pour qu'il ne se refroidit pas. »

Pendant que la chaleur intus el exlra était mise en usage par la plupart des médecins, le froid comptait de son côté un certain numbre d'ade^itcs convaincus.

TllAlTI^MENr PL' CHOLÉRA.

L'hydrothérapie parait avoir été utilisée d'a- Ijord en Orient dans certaines localités.

On peut lire dans le livre de Schnurrer (an. in Archives de médecine, février 1831) comment on agissait à Bakou.

On commençait le traitement à l'instant même de l'invasion. Dès les premiers symptômes, les malades étaient déshahillés, fût-ce même dans la rue, puis soumis au massage et auxaffusions froides. On frottait et pinçait surtout les memhres, le tronc et particulièrement la poitrine et les épaules. Ces manipulations étaient exécutées pendant deux ou trois heures par une dizaine de personnes, sur le même individu, tandis qu'on continuait à l'arroser d'eau fraîche. Revenu à lui on le mellail au lit, un lui faisait prendre ime infusion théiforme jusqu'à production de sueurs, et lorsqu'elles paraissaient, le malade pouvait être regardé comme hors de danger...

Les mesures étaient si bien prises par les autorités, qu'il y avait des vases pleins d'eau à tous les coins des rues et même sur les routes; personne ne passait la nuit tout seul; dès que quelqu'un était pris du choléra-morbus dans la rue, tous les passants s'en occupaient; tout le monde accourait, des seaux d'eau à la main, el C(uand l'un ('-tail fatigué de IVotler, l'autre le relevait.

TRAITEMENT DU COOLÉRA. 2 1

Une personne tombait-elle malade chez elle, ses gens appelaient au secours du haut du toit de la maison et à l'instant chacun s'empressait de s'y rendre.

Les braves habitants de Bakou, on le voit, professaient des sentiments d'humanité qu'on retrouverait difficilement aujourd'hui chez ceux de nos grandes villes d'Occident.

Parmi les médecins qui ont régularisé l'emploi de l'eau froide, je citerai particulièrement Gimthner.

Voici comment A. Gérardin et P. Gaimard rendent compte de la pratique de ce médecin (1).

« Le succès évident de l'usage des boissons fraîches donna bientôt naissance au traitement du choléra aigide par le froid. Les nombreuses tentatives et les précieuses observations faites et recueillies au grand hôpital général de Vienne, par M. Giinthner, médecin et directeur de ce vaste établissement, se recommandent et par leur exactitude et par le vif intérêt qu'elles présentent: nous croyons rendre un service important à la médecine française, en lui en donnant une relation succincte.

(1) A. Gémrdiu et P. Gaimard, Du cholérci-morbus en Rusaie, en Prusse et en Autriche, pendant les années 18-31 et 1832. Paris, 1832.

53 TUAITEMENÏ DU CHOLÉRA.

0 Le froid a clé employé à Vinlérieur (i[ à V extérieur, sous forme d'eau et de glace.

«A ViiUérieur, suivant que l'on recherchait un degré de l'roid plus ou moins élevé, on avait recours à l'eau de fontaine, à l'eau à la glace et même à de petits morceaux de glace. L'eau de fontaine était donnée par gorgées toutes les deux ou trois minutes ; la glace était administrée |)ar morceaux de la grosseur d'une noisette, toutes les cinq ou dix minutes.

<i Dans les cas peu pressants, on augmentait insensiblement l'intensité du froid ; mais lorsque la maladie était grave et urgente, on commençait immédiatement par le froid le plus élevé; on le continuait même pendant l'augmentation de la diarrhée et des vomissements. Et, lorsque ces symptômes avaient cédé ou qu'ils avaient diminué d'une manière notable, on abaissait peu à peu l'intensité du froid, et on le ramenait à la température de l'eau qui a séjourné pendant quelques instants dans un appartement ayant une chaleur de 12 à 15" R.

« Lorsque la diarrhée ne cédait point à l'usage interne de la glace, on la faisait cesser par un ou deux lavements d'eau froide ou d'eau à la glace.

«A X extérieur, l'emploi du froid avait lieu au moyen de lotions d'eau froide ou de lotions à la

glace et de frictions sur la surface du corps avec des morceaux de glace. On faisait les lotions avec des éponges ou des draps ; les frictions avec la glace étaient pratiquées ordinairement sur les membres et quelquefois surtout le corps ; on les continuait jusqu'à ce que les parties continuassent à se réchauffer, ce qui avait lieu, le plus souvent, dans l'espace de cinq à six minutes.

(' Alors le malade était séché rapidement avec des draps modérément chauds, dans lesquels on l'enveloppait : bientôt et peu h peu la surface du corps augmentait de température; la turgescence vitale se développait insensiblement; l'aspect cholérique du visage et les douleurs spasmodiques des membres inférieurs se dissipaient ; enlin une transpiration plus ou moins abondante annonçait (juc l'imminence du danger n'existait plus.

«Dans les cas très graves, plusla décomposiiion des traits du visage était prononcée, plus le pouls devenait petit et insensible, plus la surface de la peau était froide et livide, plus les crampes des extrémités augmentaient de violence, plus il fallait mettre de persévérance dans l'emploi interne et externe du froid : dans ces cas, les frictions avec la glace étaient préférables aux • liions (l'eau froide.

2 4 TRAITEMENT DU CllOLÉHA.

« Une remarque imporlanle (jne nous ne devons pas passer sous silence, c'est que l'emploi externe du iVoid a toujours été précédé de son usage à l'inlérieur ; jamais il n'a été isulé de ce dernier moyen; de plus, lorsqu'on cessait ces lotions ou les frictions, avant que la surface du corps fût devenue chaude, on avait perdu un temps précieux, et il fallait les recommencer.

« Depuis la mi-septembre jusqu'à la ûu d'octobre, on traita, d'après cette méthode, 100 malades, sur les(iuels G5 guérirent et 33 moururent.

« Et depuis la fin d'octobre jusqu'au 12 décembre, 'i^ malades ont été soumis au même traitement : sur le nombre, 3'i furent guéris, et 8 succombèrent.

« Il résulterait de ces documents authentiques que de toutes les méthodes curatives, celle par le froid s'est montrée la plus efficace ; car le nombre des individus guéris par ce moyen est presque le double du nombre des morts, proportion qui, à notre connaissance, n'a encore été obtenue dans aucun pays. »

Depuis cette époque l'eau froide, les frictions avec de la glace ou de la neige ont été recommandées par un assez grand nombre de médecins.

Parmi eux Burguières (de Smyrne) a employé, en 1848, un procédé un peu particulier.

THAIÏEMENT DU CllOLÉIiA. 25

Les malades étaient enveloppés tout nus dans un drap mouillé, puis dans une couverture de laine, et maintenus ainsi pendant deux heures ; on leur faisait prendre, de plus, tous les quarts d'heure une tasse d'eau fraîche. La chaleur commençait à se rétablir au bout d'une demi-heure environ.

A côté delà révulsion à l'aide' des agents thermiques et des diverses manipulations viennent se ranger un nombre incalculable d'autres moyens révulsifs. Il serait parfaitement inutile de les décrire.

Veut-on avoir une idée d'un de ces procédés, qu'on lise le passage suivant emprunté à Scoutetten (1).

« Le traitement révulsif, d'après un rapport de M. Reyer, commissaire du cercle de Bochnia, en Gallicie, a été employé avec un succès remarquable par les juifs de Wiesna. De 240 individus qui, dans cette petite ville, ont été atteints du choléra, tous ont été guéris, à l'exception de deux personnes qui n'ont pas voulu se soumettre au traitement. M. Reyer, après avoir été témoin de la méthode dont il s'agit, l'a appliquée lui-même h trois de ses domestiques qui ont été sauvés. Elle consiste à faire frictionner

(1^ Scoutetten, Histoire médicale et topoyraphique du choléra-morbus, Metz, 1831.

G. Hayem. Traitement du choléra. 2

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par des hommes vigoureux les pieds et les mains du malade avec une mixlure chaude composée d'une chope de fort espril-de-vin, el une demi-chopine de vinaigre dans lacpielle on a laissé infuser, pendant douze heures au soled, demi-once de camphre, demi-once de moutarde, deux gros de poivre, autant de pixulre de cantharides et dail. On frictionne ainsi avec force el sans relâche le malade, placé ti cet effet dans un lit bien chaud el bien chargé de couverlures et de duvets, jusqu'à ce qu'il se soit établi partout le corps une forte transpiration, et en même temps on lui fait boire un grand verre d'une forte tisane de camomille et de menthe poivrée. On laisse alors le malade suer ainsi pendant deux à trois heures, toutefois sans le laisser dormir, en ayanl soin qu'ilne sorte pas même un doigt de dessous les couverlures, car dans ces circonstances le moindre refroidissement est mortel. On ôte ensuite une partie des couvertures dont le lit est chargé, el le malade tombe alors dans un sommeil non interrompu, qui dure six a huit heures, en conlinuanl de transpirer modérément. A son réveil le malade est encore faible, mais il est tout à fait hors de danger, etquelques soins suffisent pour amener une guérison parfaite. Si le malade se plaint de coliques ou de crampes d'eslomac, on lui ap-

TRAITEMENT DU CnOLÉRA.

plique sur le ventre des cataplasmes secs et chauds de son et de cendres, et même, si c'est nécessaire, un large sinapisme. »

Ces citatidus nous donnent une idée exacte des procédés auxquels on accordait le plus de confiance dans les premières épidémies.

Ils ont été depuis bien souvent imités, et on peut dire qu'il n'existe pas de moyens d'excitation cutanée qui n'aient été mis en usage.

Un des plus actifs, l'urtication a rendu des services à mon collègue et ami, le D'' Mesnet.

En 18G7, il lit recueillir les orties qui poussaient dans les terrains vagues de l'hôpital Saint- Antoine et il en fit flageller ses malades.

2° Méthode inlerne oumédicamenieuse. — Nous savons déjà que dès le début de l'attaque il est difficile de compter sur l'action des médicaments. Ceux-ci deviennent de moins en moins utiles au fur et à mesure que la circulation périphérique se ralentit et que le collapsus se prononce.

On n'en a pas moins recommandé contre l'algidité et pour provoquer le retour de la chaleur et du pouls un nombre considérable d'agents. Je n'en citerai qu'un petit nombre.

Les boissons excitantes et stimulantes tiennent peut-être le premier rang à cause du fréquent usage qu'on en a fait : infusidns plus ou

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moins concentrées de thé, de camomille, de menthe, de méhsse, etc., pures ou mélangées avec des alcooliques; le punch, le café.

Viennent ensuite les stimulants diffusibles et parmi eux surtout l'acétate d'ammoniaque à la dose de 8 à 10 grammes, l'élher à la dose de 1 à 2 grammes.

Je mentionnerai également les hoissons alcalines, les solutions de chlorure de sodium ou de sulfate de soude, sans pouvoir me prononcer sur les effels qu'elles ont pu déterminer dans les cas d'algidité bien caractérisée.

Il est douteux, en effet, que dans ces conditions, on puisse obtenir une véritable action médicamenteuse.

Des expériences aujourd'hui assez nombreuses, et entre autres celles de M. Duchaussoy, ont établi que chez les cholériques algides l'absorption gastro-intestinale est suspendue. On a pu faire prendre par la bouche des poisons très actifs dont les effets physiologiques ont été nuls. C'est même la raison pour laquelle nous avons donné, avec la plupart des auteurs modernes, le conseil de suspendre l'administration de l'opium lorsque la circulation devient défaillante.

Mais si l'absorption des médicaments par la muqueuse digestive est suspendue d'une manière plus ou moins complète, en est-il de même

de l'absorption par le tissu cellulaire sous-cutané ?

Celte question ne me paraît pas tranchée d'une manière précise. Il y a des degrés dans le collapsus algide : au début de cet état, bien que la circulation soit très languissante, elle n'est pas absolument nulle, et lorsqu'on pratique des injections hypodermiques dans des points centraux, les médicaments peuvent probablement encore être résorbés. Le processus de l'absorption est évidemment beaucoup plus lent qu'à l'état normal, mais il ne parait pas tout à fait éteint.

Il faut tenir compte d'ailleurs dans le résultat obtenu de la nature de la substance introduite par voie hypodermique. Les sels de morphine dissous dans l'eau ne sont évidemment absorbés qu'avec une extrême lenteur, mais les injections d'éther sont suivies de leurs effets ordinaires, à moins que le collapsus n'ait atteint un degré extrême.

Malheureusement cette voie encore ouverte ou plutôt entr'ouverte à l'introduction des médicaments est d'une bien faible ressource. Nous ne connaissons aucun agent qui puisse provoquer la réaction, car aucun d'eux ne peut remplir les véritables indications qui découlent de l'élément morbide dont nous nous occupons.

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J'ai essayé sur une large échelle les injections d'élher et j'ai constaté chez quelques malades une certaine excitation du cœur. Mais que peut faire une augmentation dans la fréquence des contractions de cet organe alors que les vaisseaux sont désemplis? L'usage de ces injections me parait aujourd'hui, du moins à ce moment, plus nuisible qu'utile, parce qu'il expose à épuiser un organe dont les forces doivent être ménagées et dont le rùle est considérable au moment où le malade entre en réaction.

Il ne faut donc pas se faire d'illusions sur la valeur de l'intervenlion médicamenteuse proprement dite pendant la période d'algidité a.sphyxique.

Ce mode d'intervention constitue évidemment le procédé de réaction le moins sûr et le moins efficace.

Mais nous croyons devoir rattacher à la méthode interne un procédé qui parait avoir donné, au moins dans certains cas, des résultats favorables et qui remplit une indication rationnelle, celle de faire pénétrer dans le sang une partie de l'eau perdue par la transsudalion intestinale.

Il consiste dans l'administration coup sur coup d'une grande quantité d'eau ; c'est un véritable gavage.

TRAITEMENT UU CUOLÉUA. 31

Malgré les preuves que nous venuns de fournir de la non-absorption des médicaments par le tube digestif, il paraît certain qu'en distendant l'estomac et les intestins avec de l'eau on réussit chez quelques malades à provoquer une absorption aqueuse et par suite une dilution du sang.

M. Netter, qui a eu le mérite d'insister d'une manière toute particulière et à maintes reprises sur ce genre de traitement, le décrit sous le nom de méthode ancienne. Et, en effet, c'est le traitement qui a été appliqué le plus souvent au choléra dit noslras depuis Hippocrate jusqu'au commencement de notre siècle.

Lorsqu'on pénétrant dans l'Inde les Européens se crurent en présence d'une maladie différente du choléra connu par les anciens, le traitement traditionnel ne fut plus suivi. D'ailleurs, tandis que les Anglais agissaient sous l'inlluence de la doctrine de Brown, la pratique des Français se ressentait des idées théoriques de Broussais.

Cependant on ne tarda pas à observer dans l'Inde quelques faits favorables à l'usage des boissons à hautes doses et particulièrement de l'eau froide.

Le hasard se chargea parfois de donner des leçons aux médecins, ainsi que parait le muntnMun des faits recueillis par (iravier.

« Le domestique indien de M. Dolarche, capitaine de Cipaliis, est atteint de choléra épidémiquc. Le laudanum, l'éther, la drogue amère, l'inlusion de gingembre, sont administrés et rejetés. Un médecin indien, appelé, compose une pommade avec le jus de citron, l'alun, l'oxyde de fer, et lui en frotte les yeux. La douleur qu'elle produit impatiente, irrite le malade jusqu'à la rage : il veut frapper ceux qui l'entourent ; les vomissements redoublent ; les personnes présentes fuient pour échapper aux coups de ce malheureux ; il les poursuit : un bassin plein d'eau, qui sert à arroser le jardin, se trouve sur son passage; il s'y précipite, et boit avec avidité pendant plusieurs minutes. On l'entoure ; mais il reste tranquille au milieu de l'eau. Une syncope suit l'ingestion de l'énorme quantité de liquide qu'il vient de boire. On se presse de le retirer du bassin, on l'essuie, on le couche : il dort pendant onze heures d'un sommeil paisible. A son réveil, plus de vomissements, plus de selles; il n'accuse aucune souffrance; mais il est aveugle. Ce fait est connu de tout Pondichéry (1). »

Évidemment un malade qui a pu se livrer ainsi à une course effrénée ne devait

(1) ScoLitetlcu, loc. cit., p. \S.

ÏRAlTliMENT DU CHOLÉRA.

pas encore être atteint d'algidité bien intense.

Mais des faits de ce genre attirèrent l'attention des médecins indigènes et il paraît, d'après Scoutetten, que Gravier, ayant appris d'un médecin indien, nommé Rassendren, homme de beaucoup de sens, que les individus qui buvaient de l'eau fraîche prolongeaient leur existence, mit celte expérience à profil. Il fit traiter ainsi un certain nombre de malades pendant les derniei's mois de l'épidémie de l'Inde en 1817.

Plus tard, lorsque le choléra fit le tour de l'Europe, de 1830 à 1832, les boissons chaudes ou froides administrées à hautes doses furent employées par quelques médecins, mais rarement d'une manière systématique. Elles venaient compléter, sans qu'on y attachât une importance spéciale , le traitement révulsif dont nous avons cité quelques exemples.

Cependant Muller, de Vienne (1832), s'est exprimé ainsi :

<( Sitôt que les malades présentent les signes du choléra décidé, tels que vertiges, vomissemenls, crampes, etc., il faut faire boire de l'eau froide en abondance, laver le corps ou au moins appliquer des compresses sur le front et l'épigastre. Si l'on éloigne en même temps les

TRAITEMENT DC CUOLKHA.

substances alcooliques, les aromates, etc., on sera sûr d'arrêter le cours de la maladie. »

Gilcrest relate de son côté que plusieurs praticiens de Londres permettaient à leurs malades, pendant la période la plus grave du choléra, de boire des quantités énormes d'eau i'roidc, peut-être 20, 30, iO pintes, ou même davantage, dans les vingt-quatre heures (1).

Convaincu de l'idenliti' du choléra noslras et du choléra asiatique, M. Nelter s"inspira de la pratique des anciens.

En 178-i, un professeur de Besançon, Rougnon de Magny, faisait ingurgiter un baquet plein d'eau de veau dans les vingt-qualre heures. «J'exhorte mes confrères, écrivait-il. ii faire attention à ce traitement du choléra... J'atteste que, depuis plus de vingt ans, j'ai eu le même succès dans ce traitement sans aucune drogue (2), »

C'est après avoir lu cette notice (en 1858) que M. Netter a appliqué la même méthode sans aucune préoccupation théorique.

« Quand, dit-il, les malades m'arrivaient vomissant, froids, bleus, ayant la voix cassée, etc.,

(1) Ces deux cilations sont cmprunlécs à M. Nelter. Vues nouvel/es sur le cliotéra, 1874.

(2) Journal de incd. miiduire, lîS'i. 11 s'agil du choléra iiostras.

je plaçais devant eux un infirmier qui leur faisait boire un gobelet après l'autre de limonade gommeuse mélangée d'eau de Seltz, liquides donnés à la température ambiante. Cette pratique une fois instituée, on la continuait imperturbablement, nonobstant les plus violents vomissements; les malades de leur côté s'y prêtaient on ne peut mieux, h cause de leur soif inextinguible. En général, au bout d'une dizaine d'heures d'ingurgitation incessante, vomissements et diarrhée s'arrêtaient, la chaleur se rétablissait, et les sujets entraient en convalescence, sans que la réaction fût troublée par des accidents quelconques.

« Cependant quand on est appelé auprès d'un cholérique, trop souvent la période des vomissements est déjà passée, et le sujet, prostré dans son lit, se trouve dans l'état connu sous le nom de cadavre vivant : est-ce qu'alors le traitement par les boissons abondantes réussirait encore? Ici j'invoque les faits relatés dans la brochure de Tourrette et recueillis pendant l'épidémie de 1849 ; les malades étaient précisément à l'état de cadavres vivants et on les croyait perdus, l'un d'eux ayant déjà reçu l'extrême-onction. Or, sous l'influence du traitement par l'ingurgitation de quantités énormes d'eau, ils ont réchappe, et, chose digne de re-

3 6 TRAITEMENT DC CnOLÉUA.

marque, la guérison a encore élé Immédiate, nuls troubles n'étant survenus pendant la période de réaction (1). «

Quelques médecins se sont servis non seulement de la voie gastrique pour faire pénétrer une grande quantité d'eau dans le tube digestii', -mais encore du gros intestin. Lizars (d'Edimbourg, 1832) introduisait une longue canule dans le rectum et faisait administrer des lavements dont on empêchait le rejet par la compression de l'anus.

Je n'insiste pas, le principe de la méthode est maintenant suffisamment connu. La température du liquide ingéré importe peu, d'après M. Netter; le point important est d'en introduire une quantité suITisamment abondante. Ce médecin paraît cependant avoir donné la préférence à l'eau froide ou tout au moins portée h ]a température de la chambre.

3* Méthode chirurgicale, par action directe sur le sang. — Il fallait être bien aveuglé par les idées doctrinales pour s'acharner, comme on l'a fait à l'époque du physiologisme de Broussais, h retirer du sang aux cholériques algides. On ouvrait inutilement une veine, puis deux, puis toutes celles qui étaient accessibles en faisant

(1) Nelter, toc. cit., p. 45.

TRAITEMENT DU CUOLplRA,

les plus grands efforts pour oÔter

onces de sang. '^ia» -i^»*--

Quand par hasard le sang se mettait à couler un peu abondamment, on s'extasiait sur les merveilleux effets de l'opération sans s'apercevoir que cet écoulement était la conséquence et non la cause d'un commencement de réaction.

En ne voyant dans le choléra qu'une irritation gastro-intestinale à laquelle on devait appliquer le traitement antiphlogistique, on ne se rendait qu'un compte insuffisant de la physiologie pathologique de la maladie et on ne souscrivait pas aux indications les plus urgentes.

Cependant lorsque le choléra pénétra en Europe en 1830, le goût des études chimiques commençait à se développer ; de nouvelles recherches devaient porter leurs fruits et susciter de nouveaux traitements.

Ces efforts furent tentés d'abord en Russie où le choléra se déclara en 1830. llermann ayant trouvé le sang très épaissi propose de remédier par des injections d'eau dans les veines à l'amoindrissement de la masse du sang. Il remar- (fue, de plus, que les déjections sont acides et rapporte cette acidité à la présence d'acide acétique qui existerait d'après lui dans le sang.

Son collègue Jahnichen, pour reuiplir les indications découlant de ces nouvelles donnt'es, cher-

G. IIayem. Traileracnt du choiera. ;ï

3 8 TRAITEMENT UU CQOLÉRA.

che à introduire dans les veines de l'eau légèrement acidulée par l'acide acétique. L'opération ne fut exécutée (ju'une seule fois sur une femme agonisante depuis plus de vingt-quatre heures ; il fui impossible d'introduire plus de six onces dans la veine. Le seul résultat cpi'on diitint fut une réapparition du pouls dans les radiales pendant un quart d'heure ; la mort imminente depuis un jour survint au bout dedeuxheures (1).

A Berlin, en 1831, Diefl'enbach tenta inutilement la transfusion du sang qiii évidemment n'est ni pratique ni rationnelle. Ce n'est qu'un peu plus tard, en 183:2, que les médecins écossais, en téte desquels il faut placer Th. Latta (de Leith), posèrent nettement l'indication de l'injection intra-veiueuse et prouvèrent par des succès le bénétice qu'on en peut attendre.

En se fondant sur les recherches intéressantes d'O'Shaughnessy (2), Th. Latta injecte dans les veines de ses malades de l'eau salée pour diluer

(1) J'emprunte ces reiiseignemeuts sur les travaux de Moscou à M. Duchaussoy : Des injections faites par les veines dans le traitement du choiera cpidemique, ISoo. 11 les a puisés dans un travail que je n'ai pu me procurer : Recueil des faits observés sur le choiera mortjus, par les D--* Hcriiiami, Mariais, etc., Moscou, 1832.

(■■>) W. B. O'Shaughnessv, Report on Ihc chemical pathôloqy of maliqnant choiera; containing analysis of Blood, déjections, etc., 1832. (Voir l'analyse dans London med. gaz., t. X, 1832.)

TRAITEMEM DU CHOLÉRA.

le sang épaissi. 11 introduit d'un seul coup dans le torrent circulatoire plusieiu's pintes de sa solution saline et a la satisfaction de voir revenir à eux des malades sur le point de rendre le dernier soupir. La plupart d'entre eux retombent dans le collapsus algide plusieurs heures après l'opération ; il les transfuse de nouveau, et poursuivant ainsi l'algidité et l'asphyxie dès qu'elles se reproduisent, il réussit à sauver un certain nombre de cholériques qui paraissaient voués à une mort certaine (1).

Le traitement scientifique du collapsus algide et asphyxique était découvert.

A part quelques témoins de ces succès ines-

(1) Thomas LaUa, « Lclter Irom... lo the secretary ol' the Ceutral Board oï heallh, LouJon, alfording a viinv of the rationale and results of his practice iu the Treatmeiit of choiera J)y aqiieous aud saline injeclions u [Lancijt,\], p. 274, 1831-32). — « Letter from... delailiog Ihrcc cases of which one was successful » [i/jid.,Y>. 370).

— « lleply to some objections otfered to the practice of venuus injections iu choiera >- [ihid., p. '128).

Consulter encore :

Robert Lewius, « Injections of saline solutions iu extraordinary quantities iuto thi' veius iu cases of maiiguaut choiera » (divers .'documents comniauiqués au Central Board of heaith) !L«;îce<, II. pp. 2i3, 370, 18-U-32).

— H Queries put by the central Board of heaith to Vi' Lewius relation to saliue injections iuto the veius in choiera, wilh tlic replies to the samc >< {ibiiL, p. 279).

— On trouve dans Duchaussoy {loc. cit.) un excellent résumé des travaux des médecins écos sais.

4 0 THAITEIIEM' DU CllOLÉHA.

pérés et quelques imitateurs auxquels cette nouvelle méthode permit également d'obtenir des guérisons, personne ne crut à celte découverte. Le bruit qui se tit autour de ces tentatives considérées comme audacieuses domina à peine un instant les voix qui s'élevèrent de tous côtés pour recommander les traitements les plus divers, et bientôt il s'éteignit au milieu de l'apaisement etdu silence qui succédèrenl à l'agitation lorsque le fléau disparut de nos contrées.

En France, la même année, Magendie fit de son côté trois opérations intrucLueuses en se servant desérum artificiel et, depuis, les injections salines ne furent plus l'objet que d'essais timides et incomplets.

Les résultats (pi'elles ont donnés dans divers pays et dans les épidémies cjui se sont succédé depuis celle de 1830-32 ont été en général si peu favorables que la plupart des auteurs classiques (entre autres Griesinger) ont donnéleconseil d'y renoncer (1).

Cependant, en 1835, M. Duchaussoy, dans un travail historique fort intéressant, appela de nouveau l'attention du monde médical sur celte question (2). Mais il s'est particulièrement préoc-

(1) Griesiuger, Traité des 77ialadies infectieuses. Trad. française, p. "26, 187".

(2) * Loc. cit.

CLipé de faire pénétrer des substances actives, médicamenteuses dans les veines et il a fait ainsi dévier la méthode du butcfue Latta s'était proposé.

Au contraire, en 1873, mon collègue M. Dujardin-Beaumetz (i) a fait voir avec raison que le médecin écossais s'était engagé dans la bonne voie.

C'était une sorte d'invitation à de nouveaux essais, à laquelle j'ai cru devoir souscrire moimême en montrant que la période algide du choléra est une véintable phase de déshydratation[Soc. méd. des hôpitaux, 1873).

Malgré ces documents nouveaux, on peut dire qu'au mois de juillet dernier, lorsque le choléra fit son apparition en France, la question des injections intra-veineuses était encore au point où l'avait laissée Latta en 1832.

Au premier abord il semble qu'il y ait une certaine témérité à faire pénétrer dans les vaisseaux une notable quantité de liquide. Des expériences très simples prouvent, au contraire, qu'on peut ntroduire dans le torrent circulatoire des ani-

(1) Diijardiu-Beaunietz, « Des injections il oau et de solutions salines par les veines dans le traitement de ki période algide et ultime du choléra » [Bull, de la Soc. mcd. (les hôpitaux rlr Paris, 10 octobre 187:1).

maux des quanlilés considérables d'eau salée ou même d'eau distillée.

J'ai fait sous ce rapport, il y a plus de deux ans, des expériences démonstratives.

J'ai injecté à des chiens qui n'avaient pas été saignés, dont par conséquent le système circulatoire était plein, une quantité d'eau distillée s'élevanl du vingtième au douzième du poids du corps, sans provoquer d'autre désordre qu'un peu d'hémoglol)inurie passagère, avec ou sans hématurie. Ces derniers accidents étaient d'ailleurs évités lorsqu'on n'arrivait pas à des doses aussi fortes. On peut donc douliler la masse totale du sang avec de l'eiiu, sans produire autre chose que des troubles rénaux passagers, sans importance, et on peut injecter une quantité d'eau égale à la moitié de cette masse sans susciter aucun phénomène pathologique notable.

Pour entraîner la mort immédiate des chiens soumis à ces expériences, il m'a fallu injecter en une heure une quantité d'eau représentant deux fois et demie la masse totale du sang, et j'opérais, il ne faut pas l'oublier, sur des animaux dont le système vasculaire était plein. Si l'on considère maintenant qu'il est facile d'employer des liquides qui altèrent moins les éléments du sang que l'eau pure, que l'on agit sur des ma-

lades dont le système vasculaire est en partie désempli, dont le sang est épaissi, on en conclura que ces injections peuvent être supportées facilement à des doses très élevées.

En m'appuyant sur les observations des médecins écossais et sur ces expériences, j'étais décidé à utiliser les injections intra-veineuses pour combattrel'algidité cholérique. La dernière épidémie de Paris m'a fourni l'occasion d'en étudier les effets sur une assez large échelle et je puis aujourd'hui chercher à résoudre un certain nombre de questions qu'il m'aurait été impossible d'aborder au mois de juillet.

État du sang et de la circulation pendant le col/apsus algide. — J'ai tenu d'ahord à faire reposer la pratique des injections intra-veineuses sur des bases incontestables.

On sait que s'il existe un assez grand nombre de médecins ayant fait dépendre le coUapsus algide des évacuations intestinales, il en est quelques-uns qui, aucontraire, ont invoqué d'autres mécanismes et en particulier une affection du système nerveux retentissant particulièrement sur le cœur et sur les vaisseaux.

Il est donc indispensable, en présence de ces opinions contradictoires, de reprendre l'étude du processus de l'algidité cholérique, que je me suis borné à esquisser à grands traits.

/| 4 THAITEMENT DU CUOLÉUA.

La première queslioii qui devait nécessairement attirer mon attention est celle de l'état du sang dans le clioléra.

J'ai poursuivi sur ce point quelques recherches qui feront l'objet d'une publication spéciale et que je me bornerai à résumer ici brièvement. Elles sont restées incomplètes par suite de la courte durée de l'épidémie; elles me permettront cependant de taire (piehpies déductions thérapeutiques.

Dès l'année 1830, llermann (de Moscou) établit que le sang était épaissi chez les cholériques. Il estima, d'après la proportion du coagulum,la réduclion de la masse sanguine à H livres.

Plus tard les recherches d'O' Shaughnessy montrèrent que le sang perd pendant l'attaque une partie de son eau et de ses sels.

Depuis, la plupart des auteurs ont admis comme démonln'' l'épaississement du sang, bien que celte opinion ne soit établie sur aucune recherche précise.

L'estimation d"Hermann est évidennuenl exagérée, et il reste encm-e à savt)ir non seulement jusqu'à quel point cet épaississement se produit, mais aussi s'il atteint dans tous les cas le même degré.

J'ai pens(} que l'on pourrait résoudre cette -question d'une manière suilisamment approxi-

TRAITIÎMENT DU CUOLÉRA. V5

mative à l'aide de la numération des globules rouges.

En me servant de ce procédé j'ai constaté que pendant l'algidité asphyxique le nombre de ces éléments est toujours notablement augmenté. Les chiffres que j'ai trouvés ont varié dans les limites étroites de 0,200,000 à 0,300,000. Bien que je ne sache pas quel était chez les malades le nombre des globules rouges avant l'attaque, je crois cependant qu'on peut estimer à environ 1,500,000 l'augmentation des hématies produits par l'épaississement du sang.

Or, si l'on suppose la masse totale du sang égale à 5 kilogrammes (le douzième du poids moyen du corps), un peut dire que cette masse est diminuée de 1"", 130, c'est-à-dire d'un peu moins du quart. L'épaississement du sang est donc indubitable et il réduit aux trois quarts environ le contenu de l'aire vasculaire. Mais, en outre, ce contenu n'est plus normal.

On sait que depuis 1830 divers observateurs ont constaté la réaction acid(3 du sang(l), que, de plus, d'après les analyses d'O'Shaughnessy, auxquelles je viens de faire allusion, le plasma n'a plus sa constitution normale. Il est donc certain que le sang subit de graves âdidtéra-

(1) .l'ai trouvé que le sérum du saug est tanlùl neutre, lanlùl acide, mais jamais franchemeut alcalin. .

46 TRAITEMENT DU CaOLÉRA.

lions chimiques, mais nous sommes cncoi'c insuffisamment renseignés sur ce poinl très important.

Dans une analyse d'O'Shaugimessy on trouve notée une proportion insolite d'urée, et récemment M. G. Pouchet a signalé dans le sang des cholériques la présence des acides biliaires (l).

11 n'est pas douteux (|ue d'autres principes d'origines diverses doivent s'y accumuler et on comprend l'intérêt considérable qu'il y aurait à connaître exactement quels sont ces principes.

.le n'ai pu me livrer aux recherches chimiques délicates et diliiciles qui seules pourraicnl fournir les données ([uinous font défaut. Mais je me suis demandé si les nombreuses causes de modilicali(tns chimiques du sang pendant l'algidité n'entraînent [)as des altérations anatomi([ues notables des éléments ligurés.

En 1865-00, dans des recherches faites en commun avec mon ami M. Ilénocque, nous avuns remarqué dans le sang des cholériques im assez grand nombre de petits globules rouges.

Plus lard, en 1873, j'ai attiré l'allention sur la

(1) (Comptes rendus de l'Acad. des sciences.) Mou préparateur, M. Wiulcr, tt vérifié l'assertiou de M. G. Pouchet.

diffluence des hématies (1). Cette lésion a été décrite récemment en détail par la commission des médecins de Marseille et considérée par elle comme ayant une grande importance (2). A la vérité ces lésions anatomiques n'ont rien de spécial et je ne crois pas, d'après mes récentes études, qu'on puisse leur accorder une grande valeur.

En effet, (juand, pendant l'algidité, on recueille le sang à l'ouverture d'une veine et non au bout du doigt d'où il ne peut sortir qu'à l'aide de pressions énergiques et renouvelées, on ne trouve pas de petits globules ou plutôt de globules fragmentes et sphériques tels que ceux que nous avons décrits, M. Hénocque et moi en 1866. .J'ai d'ailleurs cru devoir rapporter en 1873 la formation des globules fragmentés et des boules d'hémoglobine à la stase du sang dans les capillaires. D'autre part, lorsqu'on fait une préparation de sang pur avec les précautions nécessaires à l'aide de la cellule à rigole, et qu'au lieu d'employer un corps gras pour empêcher l'évaporation on se sert de salive, puis

(1) Bulletins et mémoires de la Société médicale des hôpitaux, p. 264, 1873.

(2) Soc. uat. de méd. de Marseille, Recherches sur la choléra. Rapport de la commission, lu par M. le D'' Livon, 13 sept. 1884.

4 8 TRAITEMENT DU CHOLKIÎA.

(l'ini encadremenl à, l'huile, on voit que la viscosité exagérée des globules rouges esl le résullatde répaississcmenl du plasma. Enabsorbant l'huniidité qui s'éclia|)pe do la salive, la préparation prend l'apidement des caractères normaux et on constate ([ue les globules rouges sont remarquablemenl intacts. Le scid fait qui l'rappe dans ces préparations est le nombre insolite des globules blancs. Parfois aussi les librilles du réticulum sont un peu plus épaisses, mais non plus noml:>reuses qu'à l'état normal. Il est même étonnant de constater cpie dans un sang (|ui est certainement cbimiquemeni altéré les globules rouges soient si complètement normaux. Et, cependant, tout en conservant ses caractères anatomiques, le globule rouge ne reste pas intact au point de vue de ses fonctions.

Quelques observateurs avaient déjà remarquéque lorsqu'on agite à l'air du sang de cholérique déhbi-iné, il rougit moins bien que le sang noruiai.

Au spectroscope il présente les bandes normales de l'oxyhémoglobine ; il n'y a donc pas d'altération cbimique de l'hémoglobine reconnaissable à l'aide de ce moyen. Mais l'analyse des gaz (juej'ai fait faire par mon préparateur M. Winter, met en évidence l'altération globu-

laire en montrant que la capacité respiratoire du sang est habituellement diminuée et parfois d'une manière considérable.

Les résultats qu'on obtient sont variables et doivent dépendre de la nature et de l'intensité des modifications du plasma. Il en est de même d'ailleurs de la teneur du sang en acide carbonique, (jui tantôt est exagérée, tantôt et le plus souvent très faible.

Toujours est-il que le globule rouge éprouve, sans qu'on puisse en préciser la cause, une sorte de paralysie fonctionnelle ; il devient moins propre à l'hématose et à l'entretien de la respiration des tissus.

On a encore invoqué une autre cause d'adultération du sang. EUe serait due à la pénétration du poison cholérique dans le sang et par suite dans tout l'organisme.

D'après les récentes recherches sur la cause première de la maladie, ce poison cholérique serait un microbe. Kocli le décrit sous la forme d'un bacille en virgule qui serait localisé dans l'intestin. Est-ce sous cette forme bacillaire que se ferait cette prétendue pénétration dans le sang du poison cholérique?

Lorsqu'on recueille du sang, avec certaines précautions, pendant l'algidité pour l'examiner dans la cellule à rigole, les éléments anato-

nii(iues de ce sang se conservent sans altération au moins pendant aussi longtemps que ceux du sang sain et, dans les espaces plasmatiques de la préparation, on ne voit ni immédiatement ni plus tard un seul proto-organisme. Comme les microbes humides échappent facilement à l'observation, j'ai fait des préparations de sang desséché qui ont été ensuite soumises à l'action des matières colorantes, en particulier du violet de mélhyle. Les résultats de ces derniers examens ont été également négatifs (1).

Enfin les recherches faites récemment sur les ptomaïnes devaient nécessairement entraîner certains médecins à rattacher les principaux

(1) M. Doyen, interne tles hôpitaux, aurait récemment réussi à trouver cette généralisation des bacilles et à prouver ainsi la pénétration du poison cliolériciuc dans tout l'organisme (Recherches sur la présence de bactéries dans les viscères des cholériques, Soc. de biologie, 13 déc. 18S4). Si ce fait se vérifie, il n'aura pas une grande portée en thérapeutique, car il est certain que dans des cas en apparence extrêmement graves, les malades peuvent réagir et guérir avec une extrême rapidité, ce qui donne à penser qu'au moins, dans ces cas, le sang et les viscères se débarrassent rapidement et aisément de leurs bacilles, si tant est qu'ils en présentent réellement. Et s'il n'en était pas ainsi, s'il était démontré que certains phénomènes de l'attaque et de la réaction fussent évidemment sous la dépendance de la généralisation d'un pi-oto-organisme, quelle indication en pourrait- on tirer dans l'état actuel de nos connaissances ?

symptômes du choléra à la production de poisons chimiques dans le sang. C'est effectivement ce qui s'est produit, et quelques auteurs italiens n'ont pas manqué de mettre en avant diverses hypothèses de ce genre. Semmola ne craint même pas de rattacher toute l'évolution de la maladie à la production de ptomaïnes qui empoisonneraient déjà les centres nerveux quand la diarrhée apparaît.

Sur deux individus morts dans mon service M. Yilliers a trouvé un alcaloïde nettement caractérisé dans l'intestin et dans les reins (1).

De son côté mon préparateur, M. Winter, a fait la même découverte dans deux échantillons de bile dont je l'ai prié de faire l'analyse.

Il semble denc, d'après ces recherches encore peu nombreuses, que les tissus et les humeurs des cadavres de cholériques contiennent des olcaloïdes ayant tous les caractères des ptomaïnes. Mais il reste à savoir si ce résultat a une signification bien précise. Il serait surtout tout à fait prématuré de rattacher avec Semmola les symptômes de l'attaque à la production de poisi^us ciiimiques.

S'il en existe un ou plusieurs appartenant en

(1) A. Villici's, » Sur la formation des ptoinaïucs dans le choli'u'a 1) [Acad. des s/:ieiv:es, 12 janv. 188.')).

8 2 ÏRAITEMENÏ DU CIJOLICliA.

propre au choléra ou toul au m(jins ne distinguant de ceux qu'on rencontre liabiluellenient dans les cadavres, n'est-il pas plus logique d'en faire dépendre la production des causes diverses d'altérations du sang que nous avons déjà invoquées cl dont nous montrerons bientôt les origines multiples?

Quelque incomplètes qu'elles soient, ces données sur l'état du sang vont nous permettre d'apprécier la valeur des théories relatives à la physiologie pathologique du collapsus on du moins de montrer celle qui a le plus de vraisemblance.

Cette dernière doit permettre de comprendre la production des altérations du sang et en même lenqts tenir conqDte des conséquences de ces altérations.

Nous nous trouvons en présence de deux opinions principales : dans l'une le processus morbide a pour point de départ la lésion intesliuale. D'après la seconde le système nerveux serait primitivement all'ecté et tiendrait sous sa dépendance les phénomènes de l'attaque, peut-être même les symptômes gastro-intestinaux.

M. Marey (1) a défendu cette dernière théorie

(1) Marey, « Essai de? théorie iiliy^iologique du clioléra » (Gaz. helnl. deméd., hov. el déc. 1>S()5'^.

dans un travail très intéressant (>ù il compare l'attaque cholérique à un accès de lièvre intermittente pernicieuse. L'ai gidité correspondrait à la période de frisson de cette dernière maladie, et la réaction qui lui fait suite serait l'analogue de la période de chaleur et de sueur.

D'après le savant professeur du Collège de France le choléra détermine une alfection du système grand sympathique, d'où résulte une action exagérée de ce système et par suite une contraction des muscles qu'il tient sous sa dépendance.

C'est à ce moment que se produit l'algidité. Plus tard, au spasme des muscles succède forcément leur épuisement, d'où réaction après une durée plus ou moins grande de refroidissement.

Pour expliquer les phénomènes de la période algide, M. Marey invoque à la fois le spasme des artères de la grande et de la petite circulation, ainsi qu'une contraction des radicules hronchiques. Le sang veineux ne peut plus absorber d'oxygène parce que les bronchioles contractées empêchent l'accès de l'air dans les vésicules ; de plus ce sang ne peut plus arriver dans le cœur gauche el par suite dans le circuit général à cause du rétrécissement des vaisseaux pulmonaires. De là l'anoxhémie, la cyanose, la stase veineuse du poumon et de

5 4 TRAITEMlî.N'T DU CHOLÉRA.

toute la circulation on retour, de là aussi Ti.schémie du système arliTicl tout entier.

Dans cette théorie les phénomènes gastrointestinaux n'()ccu|»ent plus que le second plan; ils sont la conséquence de la tension veineuse et de la contraction spasmodique du tuhe digestif. De même la suppression des urines a pour origine la faible tension du sang dans les artères et surtout le spasme des artères rénales.

Dans la période de réaction, au contraire, les vaisseaux se relâchent, les voies capillaires et artérielles deviennent largement béantes; la tension artérielle est faible et ainsi s'expliquent le dicrotisme exagéré du pouls, le retour de la circulation et de la chaleur périphérique.

Cette ingénieuse théorie, à laquelle l'auteur lui-même n'nitache que la valeur d'une hypothèse, ne tient pas un compte suffisant des phénomènes gastro-intestinaux et de leurs conséquences. \i\[e représente le choléra comme une maladie générale retentissant sur une partie du système nerveux, faisant ainsi hon marché des formes variables de la maladie et particulièrement des formes atténuées ou traînantes, dans lesquelles la maladie est, au moins pendant un certain temps, uniquement constituée par de la diarrhée.

On doit également se demander si l'analogie

TRAITEMENT DU CUOLÉRA. ^5

que M. Marey cherche à établir entre l'attaque cholérique et l'accès de fièvre algide n'est pas plus apparente que réelle. Le coUapsus du choléra ressemble, au contraire, presque absolument, aux phénomènes dits pour ce motif cholériformes des aiïeclions intestinales ou abdominales, et il est bien difficile de ne pas faire partir du tube digestif lui-même les modifications que la maladie imprime à l'action du système nerveux.

.le crois donc devoir me rallier à l'opinion qui considère la lésion de l'intestin comme le foyer principal et le point de départ de tout le processus. C'est d'ailleurs celle qui est le plus généralement acceptée.

Voici comment on peut faire dériver des troubles gastro-intestinaux les principaux phénomènes de l'attaque.

La lésion intestinale spécifique a pour caractère de soustraire au sang, d'une manière plus ou moins rapide, vme jtartie de son eau et de ses sels. Nous avons vu cependant que la diminution de volume de la masse sanguine ne se chiffre <pie par l\loO environ. Cela ne veut pas dire évidemment qu'une transsudation intestinale s'élevantà cette proportion puisse suffire i\ dclermincr l'épaississement du sang.

Au f\ir et à mesure que ce liquide est désliy-

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