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VI. — Influence de l'âge sur le succès de la trachéotomie

S'il est un fait bien établi scientifiquement, c'est celui-ci : Avant deux ans la trachéotomie ne guérit pas ou guérit

(1) Ces relevés ont été pris dans le Inbleau qui se Irouvc dans la dernière édition du Traité de M. UoueluiL (18G2).

(2) Dclafond, Acail. nwd, M jainier 1859.

très rarement. Tel est l'enseignement de M. Trousseau et des médecins d'enfants.

A l'hôpital Necker, on soigne du croup, tous les ans, un grand nombre d'enfants au-dessous de deux ans, et presque jamais l'opération n'est tentée. Une série de quarante revers sans une seule guérison a motivé la proscription de la trachéotomie d'une manière générale. On n'y a recours que pour des enfants de dix-huit à vmgtquatre mois, de forte constitution.

Chez les petits enfants en effet, aux dangers delà pneumonie, s'en ajoute un autre au moins aussi grave; la nonexpulsion des mucosités bronchiques, qui produit l'asphyxie tout aussi bien que les fausses membranes, soit par l'obturation des grosses bronches, soit par celle des petites, et alors détermine un véritable coUapsus pulmonaire.

Les succès avant deux ans sont donc extrêmement rares. On peut les compter, et ils restent dans chaque hôpital à l'état de tradition.

De deux k cinq ans se montrent le plus grand nombre de beaux résultats, mais il ne faut pas oublier que cette période de temps est en rapport avec la plus grande fréquence du croup, par conséquent, le chiffre des succès est ici absolu et non relatif.

Au-dessus de cinq ans, la proportion des succès croît par rapport au nombre d'enfants du même âge opérés.

Voici le tableau des âges de quarante enfants opérés en 1859, et guéris.

A 6 ans 3

Au-dessous de 2 ans .

A 2 ans

TIUITEMENÏ DU CROUP.

Plusieurs faits rapportes dans la Gazette hebdomadaire de 1862 doivent nous faire modifier les conclusions adoptées dans notre première édition.

M. Bell (d'Édimbourg) a pratiqué avec succès la trachéotomie sur un enfant de sept mois. Nous ne savons pour quelle maladie l'opération a été pratiquée.

M. Scdutetten a réussi sur sa propre fille, âgée seulement de six semaines. 11 est vrai que l'existence du vrai croup dansce casa été contestée. Cependant il existait des fausses membranes dans la gorge de l'enfant.

M. le professeur Trousseau a opéré avec bonheur un enfant de treize mois {Journ. descojinaiss. méd.-chinirg., ^83/i).

M. Barthez vient d'avoir le même succès sur une petite fille âgée de treize mois (novembre 1861). La guérison était complète quinze jours après l'opération, malgré une paralysie partielle du voile du palais qui dura sept jours.

L'un de nous a opéré, dans le service de M. Blache, une petite fille âgée de vingt-deux mois, qui guérit sans comphcations.

M. Laborde et d'autres auteurs ont pubhé des faits de guérison avant deux ans!

Ces exemples doivent donc modifier l'opinion longtemps professée et aujourd'hui généralement acceptée que la trachéotomie ne réussit pas au-dessous de l'âge de deux ans, et nous terminerons par cette conclusion :

Le très jeune âge ne saurait être une contre-indication absolue de la trachéotomie.

Vil. — Influence des saisons sur le succès de l'opération.

L'influence des saisons sur le succès de la trachéotomie

est remarquable. Elle est en rapport avec la fréquence de la pneumonie, affection qui suit malheureusement trop souvent l'opération.

Le tableau suivant fait connaître par mois le résultat de m trachéotomies pratiquées en 1859 à l'hôpital des Enfants malades.

Janvier 21 opérations, 4 guérisons, 1 sur 7

Février 22 ~ 2 — H

Mars, 21 — S — - 2,6

Avril .13 - 2 — — S, 5

Mai 15 - 2 — — 7,5

Juin, Juillet, Août. 29 — 7 — — 4,1

Septembre .... 12 — 4 — — 3

Octobre 7 — 5 — — 1,4

Novembre 12 — 4 — 3

Décembre 12 — 2 — — 6

D'après la gravité des opérations, les mois se répartissent ainsi :

Février. . 1

guérison sur 1 1

Juin, Juillet, Août,

1 sur 4,1

Mai . . .

Septembre.

Janvier. .

Novembre .

Avril. . .

Mars . . .

Décembre

1 Octobre . .

En résumé, l'hiver et le printemps sont désastreux pour la trachéotomie; l'été, mais surtout l'automne, favorisent ses succès.

Dans ce tableau, la proportion remarquablement heureuse de succès au mois de mars est exceptionnelle.

TRAITEMENT DU CUÛUP.

VII r. - i:mcacité de la Irachéotoinie suivant les diverses périodes du croup.

Le croup une fois confirme, à quelle période de la maladie faut-il opérer? C'est une question sur laquelle nous n'insisterons pas autant que le comporte la gravité du sujet, parce que nous croyons la question parfeitement jugée après la mémorable discussion de l'Académie de médecine. — Plus tôt la trachéotomie est pratiquée, plm elle a de chances de «wccè^. — Telles sont les conclusions auxquelles sont arrivés les docteurs Letexirant, André, Thibaut el Millard dans leurs thèses sur la trachéotomie. Nous aurions pu citer ici les faits observés par nos collègues, mais nous nous contenterons de ceux qui ont été soumis à notre observation, parce que nous les croyons en nombre suffisant comme statistique.

A quelle période du croup faut-il opérer ? A la seconde, répondent les auteurs cités plus haut.

Pour notre compte, nous ne trouvons pas cette réponse assez nette, assez précise. Nous croyons que les périodes du croup, comme celles de toutes les maladies, ne sont nullement définies et que chacun peut les transformer à sa guise.

Si, en effet, on prend la division classique du croup en trois périodes, on voit que la deuxième période est caractérisée par le début des phénomènes d'asphyxie avec accès de suffocation, et la troisième par l'asphyxie confirmée et mort imminente. Or, combien de fois n'arrivet-il pas que le premier accès de suffocation, signe caractéristique de la seconde période, produit l'asphyxie imminente et quelquefois telle que l'enfant succombe? Ce sont des faits dans lesquels la distinction des périodes du

TRAITEMENT DU CllOUP. AUO

croup ne saurait êlrc clablic, puisqu'elles n'exislenl pas, et qu'on voit survenir en même temps les signes de la deuxième et de la troisième période.

Comme la trachéotomie n'est faite que dans un but, celui de remédier à l'asphyxie produite par obstacle à l'entrée de l'air, c'est surtout sur le degré de l'asphyxie qu'il faut baser l'opportunité de l'opération.

En observant attentivement la marche de Xasphijxie croupale, on peut y reconnaître trois degrés :

Premier degré. — Asphyxie au début. — Marqué par le sifflement laryngé, avec respiration un peu pénible et ne se faisant qu'avec effort des muscles inspirateurs, mais sans fréquence. A l'auscultation on entend encore le murmure vésiculaire, quoique affaibli. Le visage est bon et n'exprime aucune souffrance.

Là peuvent se borner les symptômes du croup, et alors la guérison s'obtient sans opération.

Ajoutez à ce degré, l'opération ne doit jamais être pratiquée, jamais même proposée.

Deuxième degré. — Asphyxie confirmée. — Les symptômes précédemment annoncés. augmentent de gravité. La respiration devient bruyante aux deux temps, plus pénible, plus fréquente, et s'accompagne à l'inspiration d'une dépression très grande du creux épigastrique. Le murmure vésiculaire manque complètement, masqué par le bruit laryngé. Le visage se congestionne, et l'on voit apparaître des accès de suffocation. Ces derniers peuvent manquer et alors la dyspnée suit une marche croissante et progressive jusqu'au point de produire l'asphyxie avec mort imminente caractérisant le troisième degré.

Nous avons opéré un certain nombre d'enfants dans ces conditions. C'étaient pour la plupart des enfants dont nous

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