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Ï06 TRAITEMENT DU CROUP

avions suivi la maladie dès le débuL pas à pas, et chez lesquels les divers trailemenls employés ont été inutiles. La dyspnée n'en faisant pas moins de progrès, l'opération a été pratiquée avant qu'on ne laissât les poumons se congestionner d'un sang incomplètement hématosé. D'autres enfants étaient confiés à nos soins seulement lorsqu'ils étaient parvenus à ce degré d'asphyxie. S'ils étaient vierges de tout traitement, on essayait immédiatement les vomitifs, et l'opération n'était pratiquée que si leur emploi était suivi d'aggravation.

Plusieurs enfants nous étaient apportés après avoir été traités souvent d'une façon déplorable, débilités par les sangsues, couverts de vésicatoires, et atteints de diarrhée due à l'emploi de vomitifs trop répétés. Dans ces cas, la trachéotomie était pratiquée immédiatement.

Dans le troisième degré de l'asphyxie, la mort est imminente, soit qu'elle survienne progressivement, soit par le fait d'un accès de suffocation.

C'est dans ces derniers cas que la trachéotomie rend soudainement la vie à des malades qui avaient déjà un pied dans la tombe, suivant la magnifique expression de Fabrice d'Aquapendente. Parmi les enfants opérés dans cet état, un petit nombre ont guéri, ceux-là seulement opérés à la suite d'un accès de suffocation. Tous ceux chez lesquels l'asphyxie avait marché d'une façon lente mais progressive, ont succombé. C'est à cette forme' du croup qu'on a donné le nom de croup infectieux.

Laissons maintenant parler nos chiffres.

Sur 16A croups trachéotomisés soumis à notre examen :

94 furent opérés au Iroisième degré de. l'asphyxie ; 74 au deuxième —

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Sur les 9/i enfants opérés au troisième degré, 15 guérirent;

Tandis que sur les 7/i opérés au deuxième degré, 25 guérirent.

Différence énorme.

La thèse de M. Millard donne la même. proportion. Sur 23 enfants opérés à la deuxième période, ce qui correspond à peu près à notre second degré d'asphyxie, 43 ont survécu, c'est-cà-dire plus de la moitié. Au contraire, sur les 31. trachéotomies faites à la troisième période,^8 seulement, c'est-à-dire le quart, ont été suivies de guérison.

Il faut donc opérer de honne heure, car en laissant l'asphyxie se prolonger, les organes pulmonaires, le cerveau se congestionnent, et alors la réaction est bien plus dangereuse. C'est ainsi que chez les enfants opérés à la troisième période, les opérations sont bien plus difficiles. Les veines du cou tuméfiées et gonflées de sang, donnent très souvent des hémorrhagies gênantes, puis on observe assez fréquemment des convulsions causées par la gêne de la circulation cérébrale due au défaut d'hématose, et enfin un dernier symptôme auquel nous n'attachons pas toute l'importance que certains médecins ont voulu y attribuer, nous voulons parler de l'anesthésie.

Plus la période d'asphyxie qui a précédé l'opération a été courte, moins la réaction est dangereuse; car les forces de l'enfant, si précieuses pour la convalescence, ne sont pas usées.

Ce qui le prouve bien, c'est que ceux de nos petits malades opérés au deuxième degré de l'asphyxie qui n'ont pas survécu, résistèrent cinq, six et dix jours, et même plus après l'opération.

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Ceux au contraire qui furent opérés dans un clat d'asphyxie très avancé (troisième degré), succombèrent peu de temps après l'opération, le jour même ou le lendemain.

D'un autre côté, il n'est jamais trop tard pour opérer tant qu'il n'y a pas positivement mort. La trachéotomie étant la dernière ressource, il faut la tenter, à moins que les phénomènes d'infection générale ne se soient manifestés.

IX. — Inllucnce des formes du croup sur le succès de la trachéolomie.

Le croup n'est plus aujourd'hui aussi simple dans son expression pathologique qu'au commencement de ce siècle; l'extension funeste de la diphthérite a beaucoup modifié sa forme primitive, et chaque variété a son degré de gravité bien accentué, dont il faut tenir compte dans les résultais de la trachéotomie.

Nous admettons cinq formes de croup :

1° Croup simple. C'était la forme la plus commune au siècle dernier et au commencement du xix' siècle ;

2" Croup comphqué d'angine sans infection générale. Cette variété tend à devenir de plus en plus fréquente ; on la retrouve dans la grande majorité des cas actuels;

3° Croup infectieux, diphthéritique ou malin. MM. Bretonneau et Trousseau ont dépeint de main de maître cette forme terrible, qui se montre surtout dans les épidémies et qui paraît commune en Angleterre et en Amérique ;

Ix" Croup secondaire. Forme presque aussi grave que la précédente et conséculive presque toujours à la rougeole. Les croups secondaires succédant à la scarlatine et la variole sont très rares, du moins à Paris. La scarlatine s'accompagne plutôt d'angine exsudative, sans existence de fausses membranes au larynx ;

5» Croup récidivant. On observe tous les ans dans les hôpitaux quelques cas de récidive du croup, et nous avons vu un enfant qui a subi trois fois la trachéotomie.

1° Le croup simple est relativement bénin. Voici la statistique des croups simples à l'hôpital des Enfants en 1850.

Croups simples 24

Enfants opérés ' ^

— morts , . . . <0

— guéris ^

Enfants non opérés 5

— morts ^

— guéris

Total 12guénsons.

Proportion des guérisons : 1 sur 2.

La proportion des guérisons après trachéotomie est de 1 sur 2,1.

Ce résultat doit faire regretter que la trachéotomie n'ait pas été employée à l'époque où le croup était fréquent et non accompagné de ses complications aujourd'hui si funestes.

2' Croup compliqué d'angine sans infection générale.

Nombre de cas

Enfants opérés ''^^

— morts ''^^

— guéris

Enfants non opérés

— morts 2^

— guéris '

Total 42 guérisons.

Proportion des guérisons : 1 sur 4,3.

TRAITEMENT DU CROUI'.

La proportion des guérisons après trachéolomie est de 1 sur

Par conséquent, la mortalité après la trachéotomie est plus que double de celle qu'on observe quand l'opération est pratiquée sur des enfants atteints de croup simple.

3" Croup infectieux.

Pas une seule guérison.

h" Group secondaire.

Nombre de cas rj

Enfants opérés g

— morts . . , g

Enfants non opérés 2

— morts 2

On connaît néanmoins quelques cas de guérison de croup secondaire; M. Millard en cite dans sa thèse une remarquable observation.

5° Croup récidivant :

Nombre de cas 2

Enfant opéré ^

— guéri n

Enfant non opéré 4

— guéri n

Il est à noter que les récidives du croup ne sont pas très dangereuses. Le croup récidivant est ordinairement simple.

X. — Influence des épidémies sur le succès de la trachéotomie.

Le génie épidémique agit surtout en modifiant l'aspect symptomatologique du croup; par conséquent il déter-

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mine la prédominance de telle ou telle forme de celui-ci. Il est évident que les épidémies du croup compliqué sont plus graves que les épidémies du croup simple ; et ce que nous venons de dire relativement à l'influence des formes de croup sur les succès de la trachéotomie, nous dispense de nous étendre davantage sur ce sujet.

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