‹ Traitement du croup [electronic resource]Chapitre 4 sur 22 · I. — Médication antiplilogistique · texte numérisé non relu

I. — Médication antiplilogistique

Pendant longtemps la méthode antiplilogistique a été . considérée dans tous les pays comme la plus propre à combattre le croup. Tous les anciens auteurs préconisaient les émissions sanguines locales et générales, soit seules, soit jointes à d'autres modes de traitement. En vain quelques médecins s'élevèrent contre ce système, ce fut peine perdue ; d'ailleurs ils furent peu nombreux, et tous les médicaments qu'ils voulurent substituer aux antiphlogistiques, tels que les dérivatifs et les antispasmodiques, ne réussirent pas mieux. — Citons parmi ces médecins : Bard (de New-York), h propos de qui Micliaelis disait : « Le croup est une maladie inflammatoire et non putride, comme le pense Bard, qui administre les anlisep-

tiques et perd beaucoup de malades, tandis qu'un autre médecin d'ici (New-York), qui traite le croup comme une maladie inflammatoire; sauve presque tous ses malades.» «Ce à quoi Desruelles ajoute dans son Traité du croup : Ces résultats de la pratique de Dard prouvent assez combien la théorie sur laquelle il l'avait fondée était vicieuse, pour que nous soyons dispensés de la combattre sérieusement. »

11 faut avouer, du reste, qu'aucun traitement ne paraissait plus rationnel. Le croup étant pour tous une inflammation de la membrane muqueuse du larynx et de la trachée, il était naturel de combattre cette inflammation par les saignées locales et générales; aussi voyons-nous les auteurs des mémoires envoyés au concours de 1809, Jurine, Vieusseux, Albers, Double, insister sur l'emploi des antiphlogistiques. Les auteurs qui ont traité après eux du croup adoptent le même traitement, Desruelles, Biaud et Royer-CoUard lui-même, quoiqu'il eût avancé que le croup était une inflammation spécifique.

Dès le début de la maladie, on avait recours à une application de sangsues ; plus tard, quand survenaient les accès de sufi'ocation, on redoublait, et un grand nombre de médecins employaient la saignée, préconisée par les uns au bras, et par d'autres à la veine jugulaire ou à l'artère temporale.

Parla saignée de la veine jugulaire, Bayley (de New- York), Fieliz, Middleton, Borrowe, Cheyne etDick prétendent avoir sauvé plusieurs enfants.

Duntze et Albers réussirent dans quelques cas en ouvrant l'artère temporale.

Plusieurs médecins anglais et américains, Bayley, Lyons et Dick, se prononcèrent même en faveur de la saignée

portée jusqu'à la syncope. A l'appui de cette opinion, quelques observations parurent aussi en France, signées par des médecins très recommandables : Delpech, Cruveilhier, Piorry, etc.

Cependant, jamais dans notre pays la saignée générale ne fut considérée comme un bon traitement du croup; mais il n'en fut pas de même des émissions sanguines locales faites au moyen de sangsues et de ventouses scarifiées appliquées sur le cou. On peut s'en convaincre en lisant les divers traités publiés sur le croup au commencement de ce siècle, et notamment celui de Desruelles, ouvrage bien fait, mais qui n'est qu'un long plaidoyer en faveur de la doctrine de Broussais.

Pour constater un progrès, il faut aller jusqu'en 1826, époque cà laquelle Bretonneau publia son Traité de la cliphthérite, dans lequel il établit nettement le vrai caractère de cette maladie, et s'éleva énergiquement contre le traitement usité jusqu'alors.

« Quant au croup épidémique, dit cet auteur, je suis forcé de déclarer, contre l'opinion généralement adoptée, que les émissions sanguines m'ont paru nuire et accélérer la propagation de l'inflammation diphthérique.

» A une époque où j'avais déjà reconnu l'insuffisance des émissions sanguines pour éteindre une inflammation qui ne cédait qu'à des applications immédiates, je crus encore qu'eUes seraient propres à en modérer le progrès; je persistai surtout dans cette manière de voir, après avoir constaté que l'idée d'une altération putride et gangréneuse ne s'appuyait que sur une illusion, et j'y persistai d'autant plus volontiers, qu'elle me paraissait concilier les sentiments opposés des anciens et des modernes. En effet, dans le xvii" siècle, l'application locale des caustiques

û TRAITEMENT DU CROUP.

tivail prévalu, et la saignée était loml)éo en grand discrédit, surtout si la maladie avait déjà fait des progrès; elle était alors condamnée, me disais-je, sur l'opinion préconçue du caractère septique de la maladie, tandis que tout simplement elle était sans efficacité contre la lésion mécanique, qui fait le principal danger de l'angine maligne. Mais les modernes ne se sont hâtés d'y recourir que pour prévenir la formation de la fausse membrane.

» Cette manière de voir a, je l'avoue, quelque chose de si spécieux, que je ne l'ai pas abandonnée sans beaucoup hésiter : j'ai dû cependant me rendre à l'évidence, en voyant trop souvent arriver le contraire de ce que j'avais espéré; j'ai la certitude que les symptômes du croup, loin d'avoir été retardés, se sont plusieurs fois manifestés après l'application des sangsues qui avait été conseillée dans l'intention de prévenir cette funeste maladie, que le plus léger mal de gorge faisait redouter.

» Non-seulement, ajoute-t-il plus loin, les symptômes ne sont pas ralentis par les émissions sanguines, mais encore ils semblent se développer, au contraire, avec une rapidité insolite chez des individus cachectiques, dont le sang a été décoloré et fluidifié par quelque médication antécédente. »

Dès lors, et à mesure que la véritable nature du croup fut mieux connue, les émissions sanguines tombèrent en discrédit, et furent condamnées d'une façon absolue, comme dangereuses et très nuisibles, par tous les auteurs qui s'occupèrent de celte maladie.

Telle est l'opinion de Guersant (1) : « Quoiqu'on ait prétendu et qu'on soutienne encore le contraire, les sai-

(1) Didionnmrc eu 30 vol.

TRAITEMliiNT DU CllOUr. ^

gnées n'ont cerlainement pas l'effel d'arrêter les progrès de cette phlegmasie toute spécifique, comme elles l'ont incontestablement dans les progrès des inflammations ordinaires. Tant que la maladie est bornée au pharynx, on voit les fausses membranes s'étendre, se renouveler malgré les saignées, et lorsque la maladie a pénétré dans le larynx, ce moyen n'est pas plus efficace pour en borner l'étendue. »

Barlhez, Rilliet, Valleix, Hardy et Béhier, dans leurs ouvrages, tiennent le même langage.

Enfin M. Trousseau, dans ses leçons cliniques, ne cesse de s'élever contre cette médication qu'il qualifie « d'essentiellement nuisible » .

Nous-même avons observé un certain nombre d'enfants qui avaient été traités dès le début par les sangsues, et chez qui la terminaison funeste doit être rattachée à l'inintelligence du traitement. Ces enfants arrivaient à l'hôpital dans un état de prostration considérable, tout traitement était devenu impossible, et la trachéotomie pratiquée dans ces conditions était promptement suivie d'accidents graves, tels que défaut de réaction ou réaction intense, gangrène et diphthérite de la plaie. Ces enfants succombaient tous au bout de quelques heures.

M. Barrier (1) est le seul auteur, à notre connaissance, qui ne proscrive pas les émissions sanguines du traitement du croup, et encore ne les conseille-t-il que dans le croup sporadique. « Il ne faut pas, dit-il, conclure du croup endémique ou cpidémique au croup sporadique. Sans doute M. Bretonneau a pu dire avec juste raison que les émissions sanguines n'arrêtent et ne ralentissent point

(l) Tmili; des mnladies des enfants, 2' édition, 1860.

la marchcdeladiplilhéritc,elque les symptômes semblent se développer avec une rapidité insolite chez les individus cachectiques; mais ces remarques ne peuvent être appliquées à tous les cas, et nous croyons que les émissions sanguines ne doivent pas être rejetées d'une manière absolue. Voici quels principes doivent diriger le praticien dans leur emploi. Dans les croups sporadiques, à moins que le sujet ne soit très faible ou parvenu à la dernière période, il faut saigner au bras ou mettre des sangsues, et faire quelquefois l'un et l'autre, suivant la nature des circonstances, qu'on prend toujours en considération dans l'emploi des saignées en général, c'est-àdire suivant l'âge, la force du sujet, la forme plus ou moins inflammatoire, et l'inlensité du mal. »

Nous avons peine, pour notre compte, à comprendre celte distinction admise au point de vue du traitement par M. Barrier, entre les croups épidémiques et endémiques et les croups sporadiques. Nous admettons parfaitement que chaque épidémie rêvet une forme particuhère, un cachet spécial qui imprime telle ou telle modification au traitement ordinaire , mais nous ne croyons pas qu'il faille admettre deux traitements si dissemblables, l'un pour le croup sporadique, l'autre pour le croup épidémique. De deux choses l'une, ou la médication antiphlogistique est nuisible, ou elle ne l'est pas. Si elle l'est, ce dont nous sommes convaincus, elle l'est aussi bien pour le croup sporadique que pour le croup épidémique. Nous savons très bien que les croups sporadiques sont, en général, beaucoup moins graves que les croups épidémiques ; alors on obtient un nombre de guérisons bien plus considérable, quel que soit le traitement adopté, et c'est surtout dans ces cas qu'on a vu réussir

TUAITEMENT DU CUOUl*. /

la inédicalion anlipblogislique ; mais un mode de traitement ne doit pas être apprécié de celte façon, il faut un grand nombre de faits observés dans des conditions différentes, pourvu que la maladie soit toujours la même. Il est en effet bien reconnu maintenant qu'une foule de guérisons obtenues dans le croup par des traitements divers doivent être rapportées à la laryngite striduleuse ou au faux croup, maladie toujours bénigne.

Il faudrait admettre avec M. Barrier que tel traitement qui ne réussit pas en Touraine et à Paris, où le croup est endémique, réussit mieux à Lyon et ailleurs, où il ne s'observe que rarement, et n'est jamais épidémique comme dans les localités que nous venons de citer; or, pareille supposition n'est pas admissible. 11 est bien reconnu que les climats modifient la forme des maladies, que les maladies des pays chauds ne ressemblent pas toutes à celles de la France ; mais il est aussi reconnu que les mêmes maladies qui s'observent sous des latitudes différentes, quoique présentant de grandes diversités dansleur marche, leur forme, n'exigent pas un traitement opposé. Citons, par exemple, les fièvres bilieuses des pays chauds et celles . qu'on observe assez souvent à Paris pendant l'été.

Les émissions sanguines ne sont point les seuls antiphlogisliques énergiques qui aient été proposés et mis en usage; on a préconisé aussi les affusions froides et les contro-stimulants.

Nous renvoyons pour la médication contro-stimulante au chapitre dans lequel nous apprécions l'action des vomitifs, et notamment celle du tartre slibié donné suivant la méthode rasorienne.

Les affusions froides ont été conseillées dans le croup par plusieurs auteurs allemands, Caumbach, DiUcrsherg,

Biscllof, qui ont cité quelques cas de guérison, iiiallieureusement trop peu nombreux encore pour qu'on puisse avoir une opinion arrêtée sur la valeur de cette méthode. Les affusions froides étaient administrées de la manière suivante : on plaçait l'enfant dans une baignoire, et on lui versait sur toute la partie postérieure du tronc deux seaux d'eau à 12 ou 13 degrés. Outre son action antiphlogistique, cette médication était peut-être utile comme antispasmodique.

Hanner, médecin de l'hôpital des Enfants de Munich, a employé un traitement hydrolhérapitiue différent: affusions froides sur le dos, enveloppement avec un drap humide recouvert d'une couverture de laine, linges imbibés d'eau glacée sur le cou.

Le petit nombre de faits publiés ne permet pas d'apprécier la valeur de ce mode de traitement, nous dirons seulement qu'il doit être employé avec la plus grande précaution. Souvent des manœuvres hydrothérapiques mal faites ont produit des affections thoraciques graves.

H. — Médication dérivative.

Dans ce chapitre nous passerons successivement en revue divers moyens employés dans le but de détourner sur le système cutané l'irritation inflammatoire qui se porte sur la muqueuse respiratoire : tels que les vésicatoires, les sinapismes, ventouses, frictions, etc.

Vésicatoires. — Pendant longtemps les sangsues et les vésicatoires ont composé le traitement du croup, ce n'est que depuis une trentaine d'années qu'on s'est élevé contre cette méthode. Malheureusement tous les médecins ne sont pas encore convaincus du danger des vésicatoires, danger

TRA.IÏ1ÎMENT DU CROUr. »

bien connu de tous les élèves qui ont suivi l'hôpilal des Enfants, où il ne se passe pas de mois qu'on n'y reçoive de pauvres enfants atteints de diphlliérite cutanée presque toujours fatale, et dont le point de départ est un vésicatoire.

Il est peu de parties du corps accessibles aux épispasliques où l'on n'ait proposé d'employer des vésicatoircs, les uns simplement rubéfiants, les autres vésicants.

La grande majorité des médecins ne les employait qu'après avoir eu recours aux antipblogistiques et aux vomitifs; cependant il s'en est trouvé quelques-uns, Latour père et fils, et Desessarts, qui regardaient les vésicatoires comme le remède par excellence du croup, les appliquaient dès l'invasion de la maladie, et le plus souvent en collier autour du cou.

Cependant tous les auteurs ne se sont point accordés sur l'efiîcacilé de ce moyen. Home le regardait comme inutile ; Rumsey et Leisler s'élevèrent contre son emploi ; Borrowe avait remarqué que la plaie produite par le vésicatoire passait dans quelques jours à la gangrène et aggravait l'état général des malades. Mais ce fut le petit nombre. Albers et Portai pensaient que les vésicants avaient pour effet principal de vaincre le spasme des muscles du larynx; Jurine les recommande. Et si quelques médecins imbus des doctrines de Broussais leur préfèrent les saignées locales et générales, ils n'osent pas cependant les condamner, et se bornent à proscrire leur application au cou; car, en agissant ainsi, dit Desruelles (1), on s'ôte la faculté de recourir aux applications de sangsues, et l'on doit craindre de déterminer vers la tète une congestion à laquelle les malades sont disposés

II) Dcsrucllcs, Traité du croup.

par l'inflammation et le gonflement qui en résultent.

Bretonneau, le premier, prouva le danger des vésicatoires en publiant la relation de l'épidémie de Chenusson , dans laquelle il observa plusieurs vésicatoires gangrenés chez des enfants atteints de diphthérite; ne connaissant pas encore la diphthérite cutanée, il attribua cette compKcation à une disposition cachectique produite par le traitement mercuriel.

Les épidémies qui vinrent après celle de Chenusson montrèrent bientôt que l'ulcération du derme était une porte ouverte à la diphthérile, et prouvèrent le danger de ce mode de traitement.

Nul ne s'est élevé contre cette pratique avec plus de verve et plus de bon sens que le professeur Trousseau (1). « Que l'on veuille bien y réfléchir, dit-il, et l'on comprendra sans peine à quel point il est absurde, l'expression n'est pas trop dure, d'espérer quelque chose des vésicatoires dans cette affection. Supposons la fausse membrane tapissant le larynx : il ne s'agit plus alors de lutter contre la phlegmasie qui a été la cause de ces sécrétions couenneuses; on est en présence d'un corps étranger obstruant le passage de l'air dans l'arbre respiratoire : la fausse membrane n'est pas autre chose. Que prétendrat-on faire avec des révulsifs, avec des vésicatoires, dont l'action est essentiellement dynamique, contre une lésion toute mécanique? Autant vaudrait les appliquer sur le cou d'un enfant suffoqué par un haricot qui serait passé dans la trachée. Assurément vous traiteriez d'insensée la conduite d'un chirurgien qui agirait ainsi dans une circonstance semblable, et cependant ce chirurgien ne ferait

(1) Clinique de l'Hôtel-Dieu.

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